
Israël-Palestine : les élus locaux doivent-ils prendre position ?
A Marseille, des élus PS, UMP et Nouveau Centre ont manifesté leur soutien à la politique israélienne. Par intérêt électoral ?

Les manifestations du week-end autour de la guerre de Gaza ont été marquées, à Marseille, par la présence dans les cortèges de nombreux élus locaux. Les uns soutenant les Palestiniens contre l'opération israélienne. Les autres répondant à l'appel des représentants des associations juives.
Samedi, entre 10 000 et 20 000 personnes, selon les sources, ont manifesté pour réclamer une cessez-le-feu et l'arrêt des bombardements israéliens sur la bande de Gaza.
Dimanche, entre 5000 personnes selon la police et 15 000 selon les organisateurs ont manifesté à l'appel du Conseil représentatif des institutions juives (Crif) Marseille-Provence « pour la paix » et « en soutien au peuple israélien bombardé par le Hamas ».
« Israël veut la paix, le peuple palestinien veut la paix, le Hamas ne la veut pas »
De nombreux élus locaux ont participé à ces deux rendez-vous dans une répartition des rôles que l'on n'avait plus revue à Marseille ces dernières années. La gauche non-socialiste -PC et NPA principalement- manifestait samedi pour soutenir les Palestiniens, sans que cela apparaisse comme une nouveauté.
L'était beaucoup plus la présence le lendemain d'élus de premier plan du PS, de l'UMP et du Nouveau Centre -représentant chacune des collectivités locales-, au côté des responsables de la communauté juive. Alors que le président du Crif Marseille-Provence, Isidore Aragonès délivrait son message :
« Nous approuvons la réponse apportée contre les terroristes du Hamas. Israël n'est pas en guerre contre le peuple palestinien mais contre le Hamas. Israël veut la paix, le peuple Palestinien veut la paix, le Hamas ne la veut pas. »
Roland Blum, premier adjoint au maire de Marseille Jean-Claude Gaudin (UMP) ; Sylvie Andrieux, pour la région Paca (PS) ; Janine Ecochard pour le conseil général des Bouches-du-Rhône (PS) et Antoine Rouzaud au nom du président de la communauté urbaine (PS) ont défilé entre la préfecture et le consulat d'Israël.
Il s'agissait là de l'une des toutes premières manifestations en soutien à la politique israélienne à laquelle participaient de nombreux élus de gauche comme de droite. Une présence dont se sont d'ailleurs félicités les représentants du Crif.
« Dans une vision communautaire du jeu politique marseillais »
Même si elle n'a pas surpris grand monde dans le fond, cette mobilisation témoigne cependant d'une réalité très marseillaise. Depuis toujours, les élus locaux, quelle que soit leur orientation politique, dénoncent ce qui pourrait ressembler, de près comme de loin, à toute forme de communautarisme.
Or, assure le sociologue et politologue aixois Vincent Geisser, « nous sommes, avec ce rassemblement du Crif, précisément dans la vision communautaire, voire communautariste du jeu politique marseillais » :
« Il faut être là où les communautés, pense-t-on, comptent. Dans la tête des hommes politiques, ce jeu des communautés se traduit par une espèce de hiérarchie des influences qui n'est bien souvent que fantasmée. »
Pour Philippe Isnard, de l'Observatoire permanent de la laïcité Paca, « l'engagement de ces élus dans une manifestation pro-israélienne organisée par une instance communautaire va à l'encontre de la laïcité et de la séparation des communautés (et religions) et des institutions républicaines. »
« N'importons pas la violence, exportons le dialogue »
Des analyses que ne partage pas Janine Ecochard, conseillère générale PS présente dimanche à la manifestation du Crif. « J'y ai participé dans une démarche de dialogue et de paix, tout simplement » :
« Israël ne peut pas admettre de vivre sous la pression constante des tirs de roquettes et les populations civiles de Gaza ont le droit à l'aide humanitaire et à une vie apaisée. Qu'ils appartiennent à l'une ou l'autre communauté, nous étions là pour dire : n'importons pas la violence et exportons le dialogue. »
Un sentiment également exprimé par Daniel Sperling (UMP), adjoint au maire chargé du Mieux vivre ensemble, pour qui « tout a été fait à Marseille pour ne pas importer le conflit ».
Pourquoi ne pas alors avoir délivré de tels messages de paix la veille, à l'occasion de la manifestation en soutien au peuple palestinien ? « Nous sommes représentants de l'ensemble de la population, poursuit l'élue au conseil général, discriminants à l'égard de personne et nous sommes présents lorsque nous sommes sollicités. »
Mais pour Vincent Geisser, le problème est plus profond : « La vérité, c'est que le mouvement pro-palestinien n'est pas suffisamment uni pour que les élus s'autorisent à manifester à ses côtés » :
« Par contre, poursuit-il, ne pas être présent au rassemblement du Crif aurait été une faute politique. Nous ne parlons même pas là de la possibilité d'une faute morale. Tous, qu'ils soutiennent sincèrement la politique menée par Israël ou non, étaient présents parce qu'ils sont dans cette vision surcommunautaire des rapports sociaux. »
« C'est un calcul à courte-vue, estime pour sa part Pierre Stambul, de l'Union juive française pour la Paix (UJFP), et les élus se gourent en agissant ainsi car ils auront à gérer des débats en interne, notamment au PS, et ça ne va pas être triste. »
Surprenante également dans ce cadre, la présence de Sylvie Andrieux, qui représentait dimanche le Conseil régional Paca dont le président, Michel Vauzelle (PS) s'était pourtant bien gardé, quelques jours plus tôt à l'occasion de ses vœux à la presse, de prendre position pour un camp ou pour l'autre, dans sa tradition de prudence méditerranéenne.
Intérêts électoraliste, clientéliste ?
Comment comprendre alors la présence de ces élus autrement que motivée par des intérêts politiques, électoralistes, clientélistes ? « C'est encore plus profond que cela, poursuit Vincent Geisser, cela touche aux représentations mêmes de ce que serait la soi-disant puissance communautaire. »
A l'image, estime-t-il, de Marseille Espérance, devenue « la vitrine » d'un communautarisme « qui n'est pas le reflet de la réalité sociale marseillaise ».
L'institution, créée au début des années 1990 par le maire de l'époque, Robert Vigouroux, regroupe, sous l'égide du premier magistrat, les chefs religieux des principales communautés de Marseille « pour se concerter et réaffirmer, chaque fois que la situation l'exige, leur volonté de vivre ensemble en paix et dans le respect de la spécificité de chacun ».
Une institution que Jean-Claude Gaudin a d'ailleurs convoquée la semaine dernière pour évoquer la situation au Proche-Orient et ses échos à Marseille.
Finalement, ces relations des élus politiques aux communautés, très « marseillaises » dans leur fonctionnement et assez exceptionnelles, Vincent Geisser les voit pourtant se développer ailleurs en France et notamment « dans certaines villes de banlieues » où, assure-t-il, le « néo-communautarisme » fonctionne en plein.
Photo : manifestation à Marseille à l'appel du Crif le 11 janvier 2009 (Jean-Paul Pelissier/Reuters).
A lire aussi :
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De le soudanais
ici et là | 13H05 | 13/01/2009 |
L'assassinat de civils dans un conflit est assimilable à un crime de guerre. Que se soit le Hamas ou Tsahal ne change rien à la donne, tout deux sont coupables.
Le Hamas et l'État d'Israël devront un jour rendre des comptes à la justice internationale.
Et personnellement je vois une différence entre une manifestation appelant à l'arrêt de bombardements et une autre soutenant les politiques de bombardements…
De Humain
13H11 | 13/01/2009 |
La question posée est la suivante :
Les élus locaux doivent-ils prendre position ?
Et non de connaitre la position de chacun.
A mon sens un élu n'a pas à prendre position, au non de quoi le ferait-il ?
En effet cela ne pourrait être que pour des motifs électoralistes…
Laissons chacun manifester, s'il ne souhaite, à des fins personnelles.
De caro
délinquante avérée | 13H17 | 13/01/2009 |
les élus ont droit aussi à la liberté d'expression et de manifestation en tant que personne privée. A mon humble avis, ils n'ont pas à manifester pour l'un ou l'autre camp en tant qu'élus.
De lioe
berlin | 13H22 | 13/01/2009 |
Je crois que chacune peut manifester pour ce qu il croit juste en son ame et conscience !
Après défiler en tant qu elu c est un peu plus délicat ! engager son électorat(j exagère bien sur) dans une prise de position personnel qui plus est dans le conflit Israelo-Palestinien, c est non seulement un calcul politique incertain, mais en plus dangereux par l importation de ce conflit par voie(x) officielle !
Ce conflit oppose deux camps, motives par des avis l un comme l autre passionnel et irrationnels ! le choix de l un de ces deux camp par un élu le détacherait d une partie de ses administres ! Ce serait aller a l encontre de l esprit de la mission d elu !
Il n y a plus qu a espère que cela ne favorisera pas les dérapages que la France connaît depuis le début de ce conflit !
!
De pomme53
Médiation | 16H42 | 13/01/2009 |
Pas facile d'être un élu à l'opinion réservée par ces temps de crise communautariste sur fond de conflit Israélo-Palestinien !
Tant les évènements du proche Orient nous bouleversent tous, on aimerait en effet entendre davantage d'hommes et de femmes politiques de toute sensibilité exprimer un avis, un sentiment à l'égard du drame de Gaza .
Sans prendre la défense des politiques, il faut bien admettre que pour l'heure, dans notre France aux libertés écornées, entamées, oserai-je dire « sous contrôle » , émettre un avis sur ce conflit est quasi considéré comme prendre parti ! prendre position ! se « dresser » contre l'autre…camp ! Exposer un avis même politique, même charitable en termes nuancés, est donc critiquable, voire sanctionnable !
De fait, et on les comprend, ils sont peu nombreux les politiques de tous bords à s'impliquer sur le sujet, tant les conséquences de leurs propos ( qu'ils plaisent où déplaisent aux passions exacerbées d'un camp où d'un autre) peuvent les entraîner dans un gouffre d'isolement électoral où pire encore : médiatique.
Et pour certains d'entre eux, Maires de villes aux communautés disparates et très engagées, le simple fait de parler du conflit Israélo-Palestinien peut leur valoir de façon rédhibitoire, une étiquette de pro où d'anti, avec tous les noms d'oiseaux généralement associés à ces qualificatifs « honnis » !
D'aucuns, parmi les « observateurs éditoriaux avisés » ( on se demande en quoi ? ) regrettent cet état de fait , ces non dits, ces silences dérangeants, ces retenues calculées d'opinions personnelles ; certains parmi les plus « philosophes » de ces éditorialistes en col blanc préfèreraient plus de courage, plus d'engagement où plus (disons le mot ) de « visibilité » s'agissant de personnalités politiques influentes dont on soupçonne à tort où à raison, un rapprochement « intellectuel » pour tel où tel camp, généralement le plus faible ! ?
Car ces bien-pensants, champions de la morale éditorialiste, qui font la pluie et le beau temps de la culture d'opinion ne retiendront qu'un outrage, qu'un délit : oser prendre parti pour un camp c'est reconnaître que l'autre a eu tort ! Ô misère ! s'il a eu tort c'est qu'il n'est peut-être pas dans son bon droit ! Ô doute effroyable ! que n'ai-je soutenu en d'émouvantes lignes chaque jour répétées pareille vilénie ? Bigre, comment admettre l'inadmissible ?
En vérité, tout le monde n'a pas les mêmes raisons ni les mêmes succès à s'exposer à l'oligarchie culturo-médiatique ambiante !
De colyz
psy | 20H38 | 13/01/2009 |
Les élus n'ont pas à prendre position pour un bord ou l'autre avec ce conflit en dehors de leur pays.
Où alors qu'ils clament que c'est à titre privé et ils n'ont pas le droit de mettre en bandoulière la ceinture bleu blanc rouge.
En revanche s'il y a des éclaboussures du conflit (dans un sens ou dans l'autre) dans leur ville ils ont le droit et le devoir d'organiser une manifestation pour la paix citoyenne et pour la tolérance.