Zidane revient à Marseille : pur altruisme ou pur business ?

Zinedine Zidane est de retour à Marseille. L'homme aux pieds d'or souhaite créer son propre complexe d« “Urban football” à proximité du quartier de son enfance. Par pur altruisme ? Une enquête du Ravi, qui squatte chaque mois Marseille89.

(Dessin: Moix)

Fin décembre, Zinédine Zidane était de retour à La Castellane, cité de son enfance située dans les quartiers Nord de Marseille, pour inaugurer un équipement à vocation culturelle et sportive. Pur altruisme ? La question se pose. Car l'ex-international, et plus précisément ses deux frères Nordine et Farid, souhaitent faire émerger à proximité “un véritable complexe sportif autour du foot urbain”.

Entièrement financé par des fonds privés, ce centre composé de six terrains de foot à cinq, d'un terrain de beach-soccer, d'une salle de fitness et d'un restaurant, qui pour l'heure n'est encore qu'un projet, coûtera la rondelette somme de 4 millions d'euros. La mairie UMP de Marseille, qui n'aura pas un centime à débourser, jubile, comme son secrétaire général, Jean-Claude Gondard :

“Je suis très confiant. Le projet a son terrain, et le soutien de la Ville. Tout est réuni pour que le projet sorte en termes de permis de construire puis de travaux.”

Même enthousiasme chez l'ancien député-maire du secteur, le communiste Frédéric Dutoit :

“C'est une bonne nouvelle pour ces quartiers, l'initiative privée peut être une bonne chose pour améliorer la situation.”

L'optimisme est d'autant plus de mise que la société Zidane Sport Concept, en charge du projet, vient de conclure un accord avec le groupe néerlandais Corio, propriétaire du centre commercial Grand Littoral, un des plus grands d'Europe, pour disposer de 2,2 hectares de terrain sur la plate-forme supérieure, proche des parkings du magasin.

Un terrain qui, depuis 1994, a fait l'objet, d'abord dans le cadre du Grand Projet Urbain (GPU) puis dans celui du Grand Projet de Ville (GPV), de multiples rêveries. Avec pèle-mêle : un parc animalier (abandonné en 2003), un stade de sable, remplacé à son tour par des pistes de rollers et de skates et, finalement, une “coulée verte” vouée à faire le lien entre les différentes cités et les noyaux villageois du secteur.

Tous ont fini au fond d'un carton. Jusqu'en décembre dernier et l'arrivée providentielle de la “Zizou compagnie”.

Le projet se faisant à deux pas de La Castellane, cité de 5000 habitants où le taux de chômage flirte avec les 45%, le paquet a été mis pour rendre accessibles ces structures à tous : un plein tarif payé par les personnes solvables (environ huit euros de l'heure) et un tarif “social” pour les plus démunis (on parle d'un euro de l'heure).

Coup de boule dans le projet Zizou

Tous unis donc derrière l'icône du ballon rond ? Avec des bémols toutefois. “Il faut veiller à ce que la promesse de tarif social soit réellement appliquée”, prévient la socialiste Samia Ghali, sénatrice-maire du secteur. Même crainte pour Lyéce Choulak, président du collectif Bouge ta France :

“La question c'est : qui sera prioritaire ? Les gens des quartiers ou les cadres des entreprises qui paient plein pot ? Si c'est à but lucratif, c'est les entreprises qui seront prioritaires, c'est obligé. C'est pour ça que nous nous battons depuis des années pour avoir notre propre terrain de foot.”

En 2006, les habitants de la cité La Castellane pensaient enfin avoir le stade dont ils sont privés depuis plus de sept ans. La Région et le Conseil général s'étaient engagés à le financer. Mais la mairie, propriétaire du terrain, a refusé. Motif évoqué : “La construction sur le site d'un bassin de rétention d'eau de pluie.”

Construction qui ne verra jamais le jour ! Depuis, le projet est en panne. Aujourd'hui, les habitants ont une crainte : que le projet de Zidane ne vienne définitivement plomber leur rêve de stade pour la cité.

Autre interrogation, celle de sa viabilité à long terme. Samia Ghali, la vice présidente de la communauté urbaine s'explique :

“Pour que le projet soit viable, il faut l'étoffer. Seul, il ne sera pas visible. Je souhaiterais délocaliser une partie du marché aux puces pour créer un grand marché autour du monde et mettre en place un vrai pôle attractif pour tirer la zone commerciale Grand Littoral vers le haut.”

Beaucoup de projets, mais en fin de compte une seule finalité : renforcer l'attrait du centre commercial Grand Littoral.

Dessin : Moix

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3 commentaires sélectionnés

Portrait de C. Creseveur

De C. Creseveur

D'actualité | 14H19 | 12/01/2009 | Permalien

Qu'il fasse faire du foot au gamin, c'est formidable. En revanche il me semble que les infrastructures sportives ne doivent pas être du ressort privé. Parce qu'on connaît tout à fait le destin de ce genre d'initiatives qui doivent être solidement subventionnées, dès qu'elles ne tournent plus.
Zidane n'est d'ailleurs pas étranger à ce genre de stratégie puisqu'avec ses frères il avait déjà installé sa société dans les quartiers à Marseille pour bénéficier de la zone franche : ainsi d'impôt, tout en brassant des milliards d'euros !
A part ça les charges sociales sont trop élevées en France, n'est-ce pas !

Portrait de EtreProprio.com

De EtreProprio.com

annonces immobilières | 14H59 | 12/01/2009 | Permalien

Avec un titre pareil, je m'imaginais déjà Zinade à l'OM ! ! !

Portrait de sylvie.1313

De sylvie.1313

citoyenne | 16H41 | 12/01/2009 | Permalien

Eclairage intéressant sur ce projet. C'est vrai que si le projet voit le jour, en toute logique, c'est comme le dit le papier, c'est « les solvables » qui seront prioritaires pour acceder aux équipements. Le fameux « tarif sociale » c'est un peu comme certaines invitations, à la fiesta des sud où on vous laisse passer dans la mesure des places disponibles, c'est à dire aprés les payants et que si, il reste quelques places, en général, aprés les concerts en fin de soirée, aprés vous avoir bien fait poireauter ! Je suis étonner( à peine) que ce soit un acteur associatif qui lève le problème et pas l'élu communiste, qui apparemment se réjouit de la situation sans aller plus loin. Quand à madame la sénatrice maire du 15-16ème arrondissement, délocaliser le marché aux puces à cet endroit, jusqte à côté d'un centre commercial gigantesque, je crois qu'elle n'a pas trop réfléchie aux conséquences : d'abord au niveau de la circulation, le bd qui longe le terrain du projet est plutôt modeste, avec les ronds points, bonjour les embouteillages. Marseille, est bien connue pour l'efficacité de son service de nottoiement, imaginez le lieux (ou cohabite noyau vollageois et ensemble hlm) aprés le marché ! les transports ensuite, il n'y a pas de métro à proximité, bref un vrai cauchemard, donc un marché aux puces pour requalifier le quartier, c'est pas une idée de génie. Un marché aux puces, c'est de l'économie informelle, donc en terme d'emplois, c'est pas l'idéal ! Plus sérieusemnt, la mairie et les collectivités se doivent d'abord de donner un stade à cette cité et à ces habitants, et un stade municipal, c'est à dire gratuit, c'est le rôle de la mairie ! M

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