
A Marseille, les « bureaux de Dieu » se mettent en veille
Parce qu'elle dénonce des conditions de travail « indignes » et une diminution des financements pour les permanences, l'équipe du planning familial de Marseille a décidé de fermer les portes de ses « Bureaux de Dieu ».
L'appartement ressemble à s'y méprendre à celui du film de Claire Simon sorti en novembre dernier avec Nathalie Baye et Nicole Garcia. Situé au troisième étage d'un immeuble du boulevard d'Athènes (Ier arrondissement), à Marseille, il a été aménagé en planning familial il y a maintenant vingt ans.
Un long couloir permet d'accéder aux différentes pièces. On compte une salle d'attente, un cabinet médical, deux salons d'entretien, une salle de réunion, deux ou trois bureaux. La cuisine est là aussi, avec ses carreaux orange « comme dans le film », et le petit balcon pour les pauses cigarette.
Avec une différence de taille entre fiction et réalité : le chauffage est en panne dans la réalité ! « Au mois de décembre, témoignent les conseillères du planning familial marseillais, nous avons eu droit à des inondations, des coupures d'électricité intempestives et même à l'arrêt du chauffage pendant l'accueil du public… »
Des situations d'urgence qui ont conduit l'équipe à fermer le planning le 23 décembre dernier. Avec des doléances parfois plus anciennes :
- Un espace trop exigu face à l'importance du public accueilli et au nombre croissant de salarié-e-s.
- Une situation au 3e étage sans ascenseur ne permettant pas l'accueil des personnes en situation de handicap, et rendant difficile l'accès pour les femmes enceintes et les parents avec enfants en bas âge.
- Un immeuble d'habitation où les voisins subissent quotidiennement les nuisances liées à l'affluence du public.
Claire Ricciardi, conseillère conjugale, rappelle que le loyer que paye actuellement l'association -850 euros par mois-, est incomparable avec les prix actuels du marché :
« Les conditions de financement d'associations comme la nôtre rendent totalement inaccessibles les prix actuels de l'immobilier marseillais. Pour déménager, il nous faudrait assumer un loyer en augmentation de plus de 400%, alors que nos permanences sont déjà déficitaires. »
5000 personnes sont accueillies chaque année au planning familial de Marseille, auxquelles s'ajoutent 2000 patientes qui bénéficient d'un suivi gynécologique confidentiel et gratuit. La structure compte une trentaine de salariés, soit dix-neuf équivalent temps plein, la plus importante après Paris et Grenoble.
« Avortement, une liberté fragile »
En 2004, un très beau documentaire du réalisateur marseillais Régis Sauder, « Avortement, une liberté fragile », soulignait avec une grande justesse l'importance de travail mené non seulement par les intervenantes du planning familial mais également par les différentes structures de prise en charge des IVG. (Voir la vidéo)
Le documentaire de Régis Sauder abordait déjà les problématiques soulevées par le film de Claire Simon : dépassement des délais, jeunes filles isolées, structures hospitalières débordées, gynécologues-obstétriciens de moins en moins nombreux ou même nécessité d'aller avorter en Espagne… (Voir la vidéo)
Même si, reconnaît Claire Ricciardi, la situation s'est quelque peu « améliorée » depuis 2004 -notamment pour ce qui est des délais d'attente- de nouvelles difficultés pourraient survenir dès 2009.
Une baisse dangereuse des crédits
Car, bien au-delà de la problématique immobilière, cruciale mais très locale, l'équipe du planning entend également dénoncer « le déficit de financement des permanences », et donc pas seulement à Marseille.
« A l'heure où le film de Claire Simon “Les Bureaux de Dieu” souligne l'importance de ce lieu d'écoute, l'existence même de ces permanences est menacée par la baisse nationale des crédits alloués par l'Etat à cette activité. »
Dans ce contexte, c'est le volet « prévention » qui pourrait pâtir de ces restrictions budgétaires :
« Le ministère de la Santé a annoncé 30% en moins sur les budgets prévention.Les permanences, les fameux “Bureaux de Dieu”, sont financées sur une ligne budgétaire qui est héritée du temps où le planning fonctionnait avec des bénévoles et qui est payée 8 euros de l'heure…
“On continue à faire cette activité car c'est le coeur de notre action et nous l'avons toujours maintenue bien que structurellement déficitaire. Or, ces subventions, le ministère a annoncé qu'elles seraient supprimées.”
Comme le rappelait Maya Surduts, de la Coordination des associations pour le droit à l'avortement et à la contraception à la fin du documentaire de Régis Sauder, “rien n'est jamais définitivement acquis dans cette histoire” : (Voir la vidéo : Joëlle Brunerie Kauffmann, gynécologue et membre de la LDH, puis Maya Surduts)
Mercredi 7 janvier les bureaux marseillais de Dieu seront réaménagés dans la rue, sur les trottoirs du boulevard d'Athènes. En attendant une réunion le 13 janvier prochain avec la Ddass pour essayer de trouver une solution de relogement.
- 13574 visites
- Version imprimable
Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89
Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)
Envoyez « RUE » par SMS au 81027 (1,5 € / SMS)
En savoir plusAccrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.
123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque
























4
De Mon-Al
roturière :-) | 18H10 | 05/01/2009 |
Il est bien évident que le combat n'est pas gagné définitivement… la vidéo de Maya Surduts me rappelle bien des souvenirs. Les batailles menées dans les années 60 puis 70, semblent naturellement pour les jeunes femmes d'aujourd'hui comme des souvenirs d'anciens combattants, rasants voire complètement antédiluviens … mais c'est vrai tout çà. La bataille pour le droit à disposer de leur corps, les Femmes l'ont gagnée, et c'était, au-delà d'une question de survie (avorter avec les moyens artisanaux étaient légions et souvent mortels) mais surtout une question de POUVOIR sur les hommes … car gérer sa sexualité était pour les hommes une prise de pouvoir insupportable ! Il fallait les entendre, entendre les insultes et les mots d'oiseaux dont ils nous affublaient ! ! ! Et lors des manifestations du MLAC en 73 ont été durement réprimées, nous défilions avec des petits enfants … beaucoup de « braves gens » nous jetaient des choses et les forces de l'ordre ne nous ont pas ménagées ….
Bref, tout ce qui a été « gagné » est constamment remis sur la « sellette » par des moyens plus ou moins visibles : les attaques de cliniques ont diminué, les meneurs ayant parfois été sévèrement condamnés, mais les associations pro-live sont actives, elles restent tapies dans l'ombre … Il y a quelques années il était impossible d'obtenir un RV dans les temps dans certains départements … et lorsque c'était possible, c'était trop tard … les expéditions à l'étranger ne sont pas qu'un souvenir d'autrefois : çà continue.
Maintenant, on agit d'une autre manière : en coupant les vivres aux centres de planning … C'est une ingérence inadmissible contre une loi votée….
Si les Femmes avortent, ce n'est jamais par plaisir … comme peuvent le penser les « bonnes dames » ! ! ! C'est toujours un traumatisme une fêlure dans une vie : c'est un choix que l'on fait parce que l'on ne peut pas faire autrement : accident de contraception, situation économique excluant l'arrivée d'un enfant, viol ou toute autre raison qui n'a pas besoin d'être expliquée : c'est un choix personnel.
Il nous faut rester vigilantes car la loi peut à tout moment être remaniée … revotée dans un sens qui ne serait pas dans celui des Femmes.
De antonh
curieux | 21H12 | 05/01/2009 |
la situation est la même un peu partout en france, une de mes amies qui bosse au planing de lens a 6 mois à un an pour partir pour les meme cause : arret des subventions…
meme si elle aime son travail (elle intervient dans les écoles pour parler de sexualité), elle ne mange pas des cailloux. restera le bénévolat et beaucoup d'amertume…
De Sissi of Marseille
Rebelle | 23H22 | 05/01/2009 |
Mille pour cent à vos côtés dans ce combat pour tout ce qui est nécessaire pour que le Planning Familial ( pour l'histoire et les combats voir les autres commentaires) continue sa mission fondamentale.
A vos côtés, et dans la rue avec vous mercredi pour continuer, ici à Marseille - comme sans doute dans bien des endroits en France - un indispensable combat pour la dignité, juste cela qui n'est pas rien, des femmes.
C'est terrifiant cette impression de réécrire ce que déjà nous écrivions quand nous militions par exemple au MLAC…il y a plus de trente ans ! ! !
Rien n'est jamais acquis à l'homme … et moins encore à la Femme !
Après quoi, heureusement que je n'ai pas le temps de répondre à certains commentaires qui me donnent vraiment envie de renier la tolérance à laquelle je m'efforce…
En revanche, merci à la fille de Lillith.
Et debout les filles, l'avenir est entre nos mains !
De oui ben non
10H39 | 06/01/2009 |
Deux articles le même jour. Décidément la pilule est dur à avaler.
Dans notre société libérale avancée, la femme, si elle veut être l'égale de l'homme (alors qu'elle l'est de par la constitution), se doit d'être disponible (pour ne pas dire corvéable) comme l'homme, dans son entreprise. Avoir un enfant peut hypothéquer son plan de carrière.Donc, l'avortement est souvent un choix obligatoire.
Dans notre société libérale avancée, la richesse d'une entreprise dépend en parti du salaire versé à ses employés ; donc des salaires le plus bas possible, d'où des difficultés financières en cas de venue d'un nouvel enfant. Là encore, le choix de l'avortement s'impose souvent.
Dans notre société libérale avancée, le notion de liberté, de disponibilité de son corps est une notion essentielle : droit d'être gros, maigre,d'avorter etc.. Et pourtant, la dictature des modes , ou des religions,rend ce principe difficile à réaliser.
Il est quand même curieux de constater que ce qui est possible, en théorie (voire de par la loi), est en fait problématique dans cette société « libérale avancée ».
Quand cesserons nous d'attribuer des droits aux autres, en fonction de nos propres désirs ou convictions ?
Quand cesserons nous de concevoir la vie des autres en fonction de la nôtre ?
Quand cesserons nous de dire « après moi le déluge » ?
Quand cesserons nous de considérer notre prochain comme un rival, voire un ennemi, même et surtout si nous ne le connaissons pas ?
Quand allons nous mettre en pratique la recette du bonheur pour tous ?
En 2009 ? Chiche !