
« Les malades mentaux sont plus souvent victimes que criminels »
La fugue d'un malade mental jugé dangereux à Marseille (finalement rattrapé pendant la nuit du Nouvel An) a relancé le débat sur la psychiatrie.
Le psychanalyste et universitaire marseillais Roland Gori revient sur cet événement et sur les mesures annoncées par le président de la République début décembre, après la mort d'un étudiant grenoblois poignardé par un malade échappé d'un hôpital psychiatrique.
Roland Gori est l'un des trente-neuf premiers signataires de « La nuit sécuritaire », une pétition qui dénonce ce plan pour la psychiatrie de Nicolas Sarkozy.
Un plan « aux conséquences dévastatrices » selon les praticiens, hospitaliers et universitaires, mais surtout révélateur de cette « politique de la peur » menée par le président de la République et son gouvernement qui, bien au-delà de la seule psychiatrie, usent et abusent du sensationnel et du fait divers pour « imposer des mesures sécuritaires ».
Sécurité et qualité des soins en milieu psychiatrique… est-il aujourd'hui possible de concilier les deux ?
Qu'il s'agisse du drame de Grenoble ou de l'évasion d'un fou dangereux de l'hôpital Edouard Toulouse de Marseille, je voudrais d'abord dire que nous sommes obligés de prendre en compte la souffrance des familles des victimes et des patients eux-mêmes.
Cependant, je ne vois pas très bien comment nos sociétés pourraient éradiquer ces événements. A moins de penser que l'on puisse supprimer la folie, ou supprimer les différents troubles liés à la souffrance psychique ou aux souffrances sociales.
La question alors est : quelles réponses peut-on apporter à ces situations ? Bien souvent, on assiste à des crimes fous, heureusement isolés et statistiquement peu fréquents. Les médias jouent un rôle dans ce qu'ils donnent à voir de ces événements. Ils ne sont pas seulement un reflet, ils en sont aussi les acteurs, les déterminants.
Enfin, ce n'est pas par hasard si l'on montre les monstres. C'est souvent au moment même où l'on a besoin de préparer et de fabriquer une opinion, c'est-à-dire de faire de la publicité et de la propagande pour imposer des mesures sécuritaires.
Vous dites « des crimes statistiquement peu fréquents »…
Si vous prenez le rapport de la commission « Violence et santé mentale », en 2005, sur 51 411 mises en examen dans des affaires pénales, 212 ont bénéficié d'un non-lieu pour irresponsabilité mentale, c'est-à-dire 0,4% des crimes et des délits. Statistiquement parlant, le nombre de crimes et délits imputables à des malades mentaux est donc très bas.
Ce que l'on sait aussi, c'est que la prévalence des crimes violents contre les patients malades mentaux est, elle, douze fois plus importante que dans la population en général… Manifestement, les malades mentaux sont beaucoup plus victimes qu'acteurs de délits ou de crimes.
Or, le gouvernement et le pouvoir politique à son plus haut niveau ont connaissance de ces chiffres. On ne dit pas aux malades mentaux : on va vous protéger des réactions de la société, ce qui est le rôle de l'Etat, d'être tiers. Non, on dit à l'opinion publique : nous allons vous protéger des malades mentaux.
Pourquoi alors instrumentaliser la maladie mentale ?
Aujourd'hui, le président de la République utilise le fait divers pour faire passer sa politique ? Pour moi, l'instrumentalisation se situe à ce niveau-là, et elle est dramatique : on fait comme si une politique pouvait s'établir à partir de faits divers.
On ne fait pas une politique du soins à partir d'un schizophrène évadé d'un centre psychiatrique ou d'un drame qui se produit dans un service d'urgence, de Samu, ou autre… C'est extrêmement dangereux pour la démocratie.
Ce qui m'inquiète, c'est cette exploitation des émotions collectives, particulièrement dans un contexte de crise financière et de crise économique, qui va avec un écrasement des classes moyennes.
C'est le grand bond en arrière…
On peut alors se demander si, quelque part, nous ne sommes pas face à un renouveau du grand renfermement, tel qu'il a été à l'origine de l'hôpital. Il ne passerait pas forcément par les murs, pas une réclusion géographique, mais davantage par un quadrillage des individus et des populations, qu'on suivrait à la trace, avec la possibilité d'une surveillance numérique qui irait jusqu'au marqueur biométrique de l'humain.
Il y a cette inquiétude face à la possibilité, grâce aux moyens technologiques qui sont les nôtres, de réaliser le rêve biocratique, le rêve de biopouvoir qui était celui du totalitarisme du XXe. S'il n'y a pas de réactivité du social, du politique, du culturel face à ce quadrillage numérique des populations, jusqu'au grain le plus ténu de leur existence, ce risque est grand.
S'agira-t-il alors d'une nouvelle forme de totalitarisme ?
Oui, d'un totalitarisme light, mou, mais bien d'une forme de totalitarisme dès lors qu'on veut bien considérer qu'elle a une visée totalitaire, c'est-à-dire lorsqu'il n'y a pas de possibilité de repli intime ni de pensée qui échapperait à la surveillance du pouvoir.
Nous sommes aussi dans une culture de la réaction immédiate. C'est la culture du nouveau capitalisme, pour parler comme le sociologue Richard Sennett, avec ses nouvelles valeurs. C'est la promotion d'un homme conçu comme micro-entreprise libérale, autogérée, ouverte à la concurrence qui, sur le marché de sa relation aux semblables, doit être réactif, flexible, mobile.
Ce qui est fou, c'est qu'on vient d'avoir la preuve que cette idéologie libérale née du milieu des affaires conduit dans le mur et on essaye pourtant d'introduire ces valeurs qui ont fait la preuve de leur inefficacité dans le soin, dans l'éducation, dans l'information, dans la culture.
Comment cela se traduit-il dans notre système de soin ?
Il ne faut pas faire croire aux populations qu'on va les préserver du meurtre, de la folie, de la délinquance, parce qu'on enfermera un peu plus de fous, en passant, par exemple, de cinq unités pour malades difficiles (UMF) à neuf.
On ne dit pas qu'on a fermé un nombre de lits faramineux, qu'on a accru les cadences des soignants, qu'on a recomposé leur conception du soin, qu'on les a enfermés dans un système qui les empêche de bosser.
Ce qui compte, c'est l'acte. L'homme est réduit à ses actes, à ses productions. Et pendant qu'on nous jette en plein visage les éléments les plus monstrueux, les réformes actuelles de l'hôpital conduisent à une conception mercantile de la santé et du soin.
► Début janvier 2009, Roland Gori lancera un « Appel des Appels » pour fédérer les différents « mouvements de résistance » dans les domaines de la santé, de l'éducation, de la justice et de la culture et qui réunira, dans un premier temps, une centaine de signataires. (Ecouter l'appel)
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De pierre-b
medecin psy | 09H57 | 02/01/2009 |
Il me semble que la question posée pourrait se formuler ainsi : quelle pensée avons-nous de l'hopital psychiatrique ? Il y à presque quatre ans, lors du trentième anniversaire de l'hopital Valvert, à Marseille, nous étions quatre soignants à avoir envie de porter témoignage de ce que nous savons faire, de ce que nous savons être… Nous avions penser réaliser des portraits filmés de soignants, guidés, entre autre, par la néccessité de fixer sur la pellicule la parole des derniers infirmiers de secteur psychiatrique partant à la retraite ; puis les patients, au décours du tournage, se sont invités devant la caméra…
Notre projet a grandi, aidé par la fondation de france, dans la cadre de son programme « nouveau commanditaire » ; la réalisatrice et plasticienne Valérie Mréjen nous a rejoint.
Le film s'est achevé cet automne, et la premiere projection publique aura lieu le 16 janvier, hors les murs de l'hopital, mais ou tous, soignants comme patients, sont invités.
L'objectif de ce travail etait de porter témoignage, d'évoquer quelque chose du quotidien, du quotidien du soin psychique. Les murs ne sont pas absents, mais il y a des portes…ouvertes !
à pierre-b
De Blaise11
I'm hard, but I'm fair. | 10H09 | 02/01/2009 |
Bonjour,
pouvez-nous nous en dire plus ? des infos techniques : nom, lieu de proj ? merci.
De oui ben non
10H18 | 02/01/2009 |
« Les malades mentaux sont plus souvent victimes que criminels »
C'est valable aussi pour qui vous savez ?
De hervé69
| 12H19 | 02/01/2009 |
Je viens de signer, et pourtant mon ex épouse et mère de mes enfants fait partie de ces malades mentaux. Perverse narcissique, elle a bien failli réussir à détruire psychologiquement mes enfants et moi suite à son récent départ.
Nous devrions être 60 millions de français à signer cela, pas 10.000
Hervé
Mon blog : http://enfantsdudivorce.wordpress.com/
à hervé69
De jexiste
si, si | 13H58 | 02/01/2009 |
Les pervers ne font pas partie des malades mentaux à proprement parler et n'intéressent pas les psychiatres qui n'accueillent et traitent dans leurs établissements que des personnes « en souffrance », c'est-à-dire principalement les victimes de pervers. Ces derniers ne souffrent pas, ils font souffrir les autres et provoquent chez eux, qu'ils soient ou non atteints de maladies mentales, implosions ou explosions susceptibles de justifier des soins psychiatriques tels qu'ils sont conçus en France.
De hermes63
psychologue | 12H23 | 02/01/2009 |
Encore une fois ce qui frappe dans la virulence des critiques c'est l'homogénéité du malentendu. Roland Gori est cohérent dans sa démarche intellectuelle : un gardien précis et humaniste de notre république. stigmatiser les plus vulnérables n'est pas juste au sens noble du terme. Roland Gori montre bien que loin d'être des coupables ils sont le plus souvent des victimes. n'oublions pas de plus, l'introduction de son entretien qui porte sur les victimes et les patients. Saluons là le digne descendant des intellectuels (Foucault, Derrida et surtout Fedida), ligne de transmission des savoirs luttant contre l'ostracisme et l'exclusion. Roland Gori élève le débat et permet une compréhension de ce qui nous agite. soyons précis c'est moins de lutter contre que d'alimenter une réflexion globale.
à hermes63
De princeMichkine
juriste | 20H57 | 02/01/2009 |
entièrement d'accord ;
j'ajoute qu'il soulève un point qui ne semble pas être relevé dans les commentaires : le rôle des medias.
C'est vrai que ceux-ci focalisent régulièrement sur un fait divers impliquant par exemple un fou dangereux, car cela est susceptible de provoquer indignations et polémiques, bien vendeuses, mais sans réaliser toujours (ou au contraire sachant que) cela prépare et appelle une réponse prévisible du président actuel.
Cette réponse sera toujours la même : trouver un coupable facile et annoncer un chatiment exemplaire, profiter de l'émotion pour faire parler de lui en se plaçant du côté de la victime.
Qui est le plus démagogue : le populiste qui sort ses solutions simplistes ou le media qui monte en épingle un fait divers à la façon de paris match en le reprenant en boucle à chaque nouvelle « petite phrase » ? Les deux me semblent responsables des mauvaises solutions finalement apportées.
C'est la même impression pour d'autres problèmes de sociétés, comme le suicide assisté ou les mères porteuses…
De taraking
51 ans.mère de 4 enfants que j'aime... | 12H31 | 02/01/2009 |
bon,toutes ces palabres me font penser à ces réunions trop souvent stériles,ou l'on s'écoute parler.c'est plus simple que ça.les fous,sont des patients qui souffrent,leur vie est trop souvent une vie de merde(beaucoup se suicident).la psychiatrie a besoin des lits que l'on a fermés,besoin des soignants que l'on veut réduire en nombre ; pour ne pas dire réduire en miettes.besoin des connaissances,qui disparaissent.et d'un regard qui ne soit pas stigmatisant.de la compassion,un cadre de vie(manque criant de lieux de vie adaptés)….et si c'était votre enfant ? votre conjoint ? votre mère ? .trop souvent l'éclairage est posé sur le fou dangereux,mais beaucoup sont touchants,droles,créatifs….
De marie 75 3563
12H33 | 02/01/2009 |
revoir AMEN (de costa Gavras )et réfléchir !
TB article !
De marie 75 3563
12H34 | 02/01/2009 |
le fait divers … c'est le fond de soupe UMP !
De Putt Bill
12H51 | 02/01/2009 |
Je vois pas bien où Dr Cossu veut en venir…
En clair et si j'ai tout bien compris :
un « fou » qui tue n'est pas responsable de son acte…
Pas plus d'ailleurs qu'un chef d'état en poste qui en « fait » tuer des milliers-ions…
En outre, il préciseque seul 0,4% des crimes sont « pénalement irresponsables »…
A moins qu'il ne s'agisse encore une fois qu'une question de gros sous : « les réformes actuelles de l'hôpital conduisent à une conception mercantile de la santé et du soin. » …
Leçon de conjugaison :
J'instrumentalise
Tu instrumentalises
Il/elle est intrumentalisé-e
Nous instrumentalisons
Vous instrumentalisez
Ils/elles sont instrumentalisé-e-s
Ne vous ne faites pas Dr Freud, personne ne néglige ses peurs. Entre celles inspirées par Nicodingue et les vôtres, y a de quoi faire !
Pour le reste, faites comme les musées, organisez des « Journées Porte Ouvertes » ! ! !
De jjhb
cosmonaute | 13H15 | 02/01/2009 |
Les malades mentaux sont plus souvent victimes que criminels…
Quid des politiciens(nes) corrompus(es) ?
à jjhb
De jexiste
si, si | 14H04 | 02/01/2009 |
Les politiciens corrompus ?
Ils font interner contre leur gré les citoyens parfaitement sains d'esprit qui les mettent en cause preuves à l'appui.
De lanterne rouge
à cheval sur mon yawl | 14H09 | 02/01/2009 |
je suis personnellement entourée de « malades mentaux » au boulot, ce sont de vrais criminels, et moi la victime…
De jexiste
si, si | 14H07 | 02/01/2009 |
VOICI COMMENT NOUS VIVONS :
Sans mandat d'arrêt, sans justification médicale, quatre policiers et deux médecins arrivent chez un homme bien portant. Les médecins déclarent qu'il est fou, le commandant de police hurle : « Nous sommes chargés de faire respecter la loi ! Levez-vous ! » Ils lui tordent les bras derrière le dos et l'emmènent à la maison de fous.
Cela peut arriver demain à n'importe lequel d'entre nous, et cela vient d'arriver à Jaurès A. Medvedev, un généticien et un publiciste, un homme d'une intelligence brillante et subtile, un homme au coeur généreux (je suis personnellement au courant de l'aide qu'il a apportée, de façon désintéressée et dans l'ombre, à des personnes malades). En raison même de la diversité de ses talents, on l'accuse d'être anormal, on dit qu'il est atteint de « dédoublement de la personnalité ». Sa sensibilité à l'injustice, à la bêtise, on la présente comme une « déviation morbide », « une mauvaise adaptation au milieu social ». Apparemment, abriter dans sa tête des pensées autres que celles qui sont prescrites, signifie qu'on est anormal. Les gens portant pensent tous de même. Et il n'y a aucun moyen de corriger cet état de choses. Même les appels de nos plus grands savants et écrivains ne servent à rien. C'est comme parler à un mur.
Si seulemment cette affaire était la première ! Mais elle est à la mode, cette manière de régler les comptes, sans prétendre accuser de quelque faute que ce soit, quand on a honte de donner les véritables motifs. Certaines victimes sont bien connues, d'autres restent dans l'obscurité. Des psychiatres serviles, qui renient le serment d'Hippocrate qu'ils ont prêté et qui sont capables de dire que s'intéresser à des problèmes sociaux, c'est faire preuve de « maladie mentale », peuvent déclarer qu'un homme est fou simplement parce qu'il est trop passionné, ou parce qu'il est trop calme, ou en raison de ses talents, ou parce qu'il en manque.
Pourtant, la simple prudence devrait leur conseiller de s'abstenir. Après tout, on n'a même pas levé le doigt contre Chaadaev, mais nous n'avons pas cessé de maudire pendant un siècle ses persécuteurs. Il est temps de se rendre compte que l'emprisonnement de personnes saines d'esprit dans des maisons de fous, sous prétexte qu'elles ont leurs propres opinions, est un meurtre spirituel, une variante des chambres à gaz, ces crimes ne seront jamais oubliés, et ceux qui s'en sont rendus coupables seront de tous temps condamnés, pendant leur vie et après leur vie, et ne bénéficieront d'aucune remise de peine.
Dans l'illégalité et la malfaisance, chacun doit toujours se rappeler qu'il existe une frontière au-delà de laquelle un homme devient un cannibale.
C'est un pauvre calcul que de croire qu'il est possible de faire toujours confiance à la force et de constamment mépriser la protestation des consciences.
A. Soljénitsyne,
15 juin 1970.
De Xavier Denamur
Restaurateur | 14H56 | 02/01/2009 |
Ecoutez l'intervention claire et concise de Boris Cyrulnick du 13 novembre 2008 suite au drame de Grenoble.
http://www.france-info.com/spip.php ? article211470&theme=81&sous_theme=34…
à Xavier Denamur
De jexiste
si, si | 17H53 | 02/01/2009 |
Puisqu'il parle d'un risque pour la famille de la victime, en cas de procès, d'entendre le tueur rire de son crime, je tenais à souligner que l'essentiel de la clientèle des hôpitaux psychiatriques est constituée de victimes de viols auxquelles certains psychiatres n'hésitent pas à dire qu'elles seront guéries de la maladie mentale qui consiste à se plaindre de ce genre d'agression, ou à n'en être point satisfaite, le jour où elles seront capables d'en rire autant que les violeurs eux-mêmes, pour qui ces crimes, surtout lorsqu'ils sont commis en réunion, ne sont toujours que de franches parties de rigolade.
Il arrive aussi que le viol fasse partie du traitement psychiatrique de ces victimes - histoire de leur apprendre à porter plainte de ce chef…
De BFA
18H37 | 02/01/2009 |
D'accord pour ne pas laisser la question de la dangerosité de certains malades mentaux traitée isolément du champ de la santé mentale, d'accord pour critiquer le jeu du sensationnel et de la peur.
Mais pas d'accord avec l'idée que l'évolution actuelle de la psychiatrie n'est qu'une déchéance, ni que toutes ces mesures soient mauvaises :
La santé mentale des dernières décennies a connu d'importants progrès comme le désenfermement des patients et le développement des soins ambulatoires (le secteur).
Un exemple : un diagnostic de schizophrénie n'équivaut plus aujourd'hui à un enfermement à vie. Actuellement on cherche à maintenir le lien du patient avec sa famille et avec un environnement social, voire professionnel. Ce progrès s'appuie sur différentes évolutions :
-théoriques :
1) l'idée que la schizophrénie n'est pas provoquée par les mères (le recul de l'influence psychanalytique et le progrès des neurosciences n'y sont pas pour rien),
2) l'idée que la désinsertion est en elle-même catastrophique en ce qu'elle accentue les aspects déficitaires de la maladie (évaluation des trajectoire des patients),
-pharmacologiques : apparition et progrès de la pharmacologie, mêmes s'il reste des progrès à faire.
Certaines évolutions paraissent réellement inquiétantes : la pauvreté de l'offre de soin en dehors du couple « médicaments/psychanalyse », le tout-sécuritaire, la restriction des moyens à l'hôpital ou dans les structures ambulatoires, etc.
Mais à quoi ces dérives sont-elles dues ? Sans doute en partie à la pauvreté du débat qui entoure les questions de santé mentale en France : Refus systématiques du changement et de l'évaluation, brouillage du message entre intérêt de la profession et intérêts des malades, entre opinions personnelles et données étayées, etc.
Par exemple, est-il décent de rejeter globalement une « culture de la performance » dans le domaine de la santé ? Mettre en œuvre ce qui aide vraiment les gens, ce n'est pas une priorité ? Il faut dès lors évaluer, faire le tri, choisir…
Le psychanalyste, « qui ne s'autorise que de lui-même », disqualifie tout regard extérieur critique sur son activité et sur la santé mentale à coups de slogans (« le psychisme ne se mesure pas », etc.). Il demande simplement un chèque en blanc pour une activité dont il se veut à la fois le prestataire et le seul évaluateur. Vous avez dit conflit d'intérêt ?
Quelle crédibilité pour défendre son budget, lorsqu'on empêche l'évaluation des besoins réels de la santé mentale ?
Les malades doivent être soignés et protégés. Les rares malades qui représentent un danger doivent EN PLUS relever de mesures de sécurité. Pour ceux-là, est-il vraiment aberrant que les psychiatres ne soient pas seuls à décider ? pas sûr.
à BFA
De Chou marin
kiné | 18H49 | 02/01/2009 |
Vous allez vraiment droit au but !
Merci de dire les choses comme elles sont, tant pis pour ceux qui n'y comprendront rien.
à BFA
De jexiste
si, si | 18H57 | 02/01/2009 |
Même pour ceux qui ne sont pas dangereux, il est aberrant que les psychiatres soient seuls à décider, et qui plus est à l'abri d'un secret médical qui les autorise à n'en faire que selon leurs fantaisies, leurs intérêts, ou leurs perversions.
à BFA
De Chou marin
kiné | 20H53 | 02/01/2009 |
Mr Gori est CONTRE l'évaluation des soins et pratiques.
CQFD
à Chou marin
De jexiste
si, si | 22H15 | 02/01/2009 |
Celui-là revendiquait encore, en début d'année 2002, sa liberté de pratique avec une pugnacité d'autant plus singulière qu'il tombait sous le coup d'une mise en examen pour viols sur personne vulnérable par personne abusant de l'autorité de sa fonction depuis déjà deux ans :
http://www.psychiatrie-francaise.com/LLPF/2002/Fevrier/Texte.htm
Serge RODALLEC
Le monde change… Qu'on se le dise !
La lecture de l'éditorial, paru dans le numéro de décembre 2001(1), m'amène à réagir de la manière suivante.
Mais de quoi cherche-t-on à nous convaincre :
que pour être un syndicat responsable, il faut se fondre dans l'air du temps ?
que pour être respecté par le Pouvoir, il faut se soumettre â ses réformes ?
Est-ce que cette attitude ne s'apparente pas à « l'immobilisme » fatal dénoncé dans cet éditorial ?
On est en droit de s'interroger sur la cohérence de la ligne que défend notre syndicat quand il prétend que tout acte psychiatrique est par essence psychothérapeutique et que, dans le même temps, il remet en cause l'unicité de cet acte !
Et que penser également d'oser réclamer un CNPsy à 100 euros, aussi irréaliste que choquant ? Peut-être espère-t-on obtenir les bonnes grâces de nos politiques en participant activement aux changements qui s'annoncent, même si ceux-ci ne vont « pas toujours dans le sens souhaité par les psychiatres ». Quel doux euphémisme pour qualifier la mise en place d'un système technocratique qui menace profondément nos pratiques et nos choix thérapeutiques.
On s'étonne d'ailleurs qu'un tel bouleversement de l'organisation des soins se fasse sans information claire et sans consultation de l'opinion des intéressés. Où est le débat ? Faut-il, pour ces questions essentielles, s'en remettre à une élite qui pense et décide pour nous ?
La stratégie qui nous est proposée me paraît dangereuse. Elle risque de se solder par une bonne dose de mépris de la part de nos gouvernants qu'on aurait tort de prendre pour de candides béjaunes.
Par les temps qui courent, nous n'avons pas besoin d'un syndicat dévot qui se plierait devant la nouvelle liturgie mais d'un syndicat combatif, conscient de son rôle et qui sache faire entendre sa voix face aux enjeux actuels.
Mais ne désespérons pas, l'appel à la mobilisation reçu ce matin(2) laisse espérer que les psychiatres n'ont pas dit leur dernier mot.
L'acte de capitulation n'est pas encore signé !
S. R.
Brest
(1) LLPF N° 110.
(2) Appel du SPF à la fermeture des cabinets, le 23.01.01.
===========
Depuis, il a pris la poudre d'escampette :
http://www.brest.maville.com/Les-seances-tres-speciales-d-un-psychiatre-…
http://www.letelegramme.com/gratuit/generales/regions/finistere/assises-…
http://www.letelegramme.com/gratuit/generales/regions/finistere/assises-…
http://www.letelegramme.com/gratuit/generales/regions/finistere/viols-su…
http://www.brest.maville.com/Douze-ans-de-reclusion-au-psychiatre-violeu…
à BFA
De Jean de Lille
23H58 | 02/01/2009 |
bon sang de bois il faudrait arrêter de confondre psychiatrie et psychanalyse.
Le psychanalyse ne s'autorise que de lui même et de quelque autre pour être complet cela concerne une pratique spécifique contractuelle avec un ou plusieurs patients qui n'est pas si simple. Maintenant si le même individu est en plus psychiatre et qu'il a la responsabilité d'un service ce n'est pas de la psychanalyse il est tout à fait possible que dans ce cadre il participe à l'évaluation des besoin en santé mentale, en plus c'est ce qu'il fait le plus souvent car il serait mal venu de sa part de sacrifier son service avec personnel et malades pour des question idéologique .
Le point qui fait conflit sur l'évaluation est celle des pratiques pas seulement celle des psychiatres mais celle de tous les personnels. Ce qui est contestée sur ce point ce sont les grilles même d'évaluation qui reprennent des classification et des démarches thérapeutiques soutenue discrètement ou ouvertement par les lobbys .pharmaceutiques. Cela nous vient directement des States où la psychiatrie comme l'ensemble de la santé, contrairement à ce qu'on peut lire dans un certain nombre de post, ne se porte pas si bien que ça. Et pour les autres pays d'Europe il n'y en a pas un qui puisse vraiment s'enorgueillir de son mode de prise en charge.
Il faudrait arrêter de faire des amalgames pour en tirer des conclusion erronées car si cela ne relève pas de la psychanalyse le modèle s'en trouve dans les débats post soixante huitards où la condamnation est a priori et la méconnaissance totale.
à Jean de Lille
De BFA
00H50 | 03/01/2009 |
Je ne confonds pas la psychiatrie qui est la spécialité médicale en charge des troubles mentaux avec la psychanalyse qui est un courant de psychologie et de psychothérapie fondé par Freud. Il me semble toutefois que dans la pratique en France, la psychanalyse occupe encore une place importante dans les modèles théoriques des psychiatres et s'invite souvent dans le débat. Lorsque M. Gori déplore l'évolution de la formation, il fait référence à la diminution de l'emprise de la psychanalyse dans les université et dans la formation des psychiatres (cf la pétition « sauvons la clinique'). C'est pourquoi j'ai évoqué la psychanalyse ici.
à BFA
De Chou marin
kiné | 11H54 | 03/01/2009 |
Il est effarant de voir a quel point si peu de gens soient au courant de cette situation.
Et dire que dans le reste du monde les Freud Wars c'était il y a déjà 20 ans… nous, on commence a peine. Quelle perte de temps.
Vivement que ça change, pour les patients, leurs parents et les étudiants en psy qui se retrouvent confrontes a ces vieilles bêtises sur leur lieu de stage ou leur premier travail.
Les choses bougent a l'université, mais pour le titre de psychothérapeute et l'évaluation, les lobbys freudo-lacaniens dont Mr Gori fait partie font tout pour les faire saboter. Ils se sont même affublés d'un discours de gauche libertaire, alors que l'on sait pertinemment qu'ils ont des positions réacs sur la plupart des sujets de société.
à BFA
De Jean de Lille
00H16 | 03/01/2009 |
Petit oubli à ma réponse : il y a bien longtemps que même pour les psychanalystes les mères ne provoquent pas la schizophrénie. Mais je ne vais pas faire un cours là dessus. Juste une précision qui peut s'avérer utile pour comprendre des fois ce que dit un psychanalyste : pour un psychanalyste ce qui compte dans une histoire de vie ce n'est pas ce qui s'est passé réellement au sens où il faudrait mener une enquête, c'est la manière dont le sujet l'a vécu et interprété et a construit son souvenir. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle certains ont des histoires épouvantables et s'en sortent très bien du moins tout porte à le penser et que d'autre qui semblent ^n'avoir pas rencontrer d'obstacles insurmontables se trouvent dans les pires difficultés. Avec tous les stades intermédiaires possibles. Mais de ce point de vue vous voyez qu'on peut balayer la culpabilité de l'entourage et même de l'intéressé.
à Jean de Lille
De BFA
01H04 | 03/01/2009 |
Il est vrai que certains psychanalystes ont renoncé à la valeur étiologique de leurs théories. Ce n'est pas le cas de tous et des ambiguités persistent bien trop souvent dans leur discours sur ce point.
De jexiste
si, si | 19H39 | 02/01/2009 |
Je vous recommande à tous la lecture de l'ouvrage de Catherine DERIVERY, jounaliste et écrivain, et Philippe BERNARDET, sociologue et juriste, chargé de recherche au CNRS, qui défend depuis près de trente ans les victimes d'internements abusifs devant les tribunaux français, et aujourd'hui la Cour européenne des droits de l'homme :
« ENFERMEZ-LES TOUS ! Internements : le scandale de l'abus et de l'arbitraire en psychiatrie » (Robert Laffont, octobre 2002).
Le chapitre 7 intitulé « D'abord la mère, puis les enfants… » relate le cas de Victoire Aymé (pseudonyme) et de ses enfants.
Extraits :
« L'histoire à laquelle nous consacrons l'essentiel de ce chapitre est exemplaire à plusieurs titres. Tout d'abord, il y a le simple scandale de la situation que l'on fait subir à Mme Aymé depuis une dizaine d'années. Ensuite, on y découvre que travaillent main dans la main, d'une manière si concertée qu'elle en devient suspecte, l'administration, la psychiatrie et les services de protection de l'enfance. Enfin, c'est non seulement un adulte, mais aussi des enfants qui subissent l'arbitraire psychiatrique le plus barbare.
Le doigt dans l'engrenage
Depuis plus de dix ans, Victoire Aymé se bat pour récupérer son fils, Antoine, quatorze ans, et sa fille Aurore, six ans, placés à l'ASE (Aide sociale à l'enfance). Le prétexte invoqué pour les lui ôter est qu'elle serait “instable” et “potentiellement dangereuse” pour eux. Pourtant, aucun fait concret ne vient étayer ces affirmations ; elle ne les a pas abandonnés, ne les a pas battus ni maltraités d'aucune manière, comme les services seront eux-mêmes contraints de le reconnaître après avoir tenté de faire placer sa dernière fille en famille d'accueil. On ne peut s'empêcher de s'interroger sur les raisons d'un tel acharnement à priver ces enfants de leur mère - alors même qu'elle élève seule, et merveilleusement, sa dernière-née, Ariane, deux ans. Il est des gens qui naissent sous une mauvaise étoile, pourrait-on dire en entendant le récit de la vie de Victoire Aymé. Si instabilité il y eut, on comprend vite qu'elle n'est guère de son fait. »
« En septembre 1987, elle accouche d'Antoine, qu'elle élève seule. Très tôt, il devient gravement asthmatique - allergique à la pollution parisienne - au point que le pédiatre lui conseille de s'installer au plus vite dans le Sud. Elle n'hésite pas une seconde : tant pis pour son nouvel emploi - difficilement déniché - et son appartement confortable, la santé de son fils passe avant tout. Elle arrive donc à X. sans travail et sans logement. Là, on lui offre une formation, mais que faire de l'enfant ? Elle ne connaît que la DDASS et les associations caritatives d'aide à l'enfance ; elle se résoud à demander de l'aide. Une assistante sociale lui propose de placer provisoirement l'enfant, alors âgé de deux ans, jusqu'à ce que sa situation matérielle se soit stabilisée. Elle n'a pas le choix.
Quand elle revient le chercher, elle apprend, incrédule, que le placement volontaire a été transformé en mesure administrative d'office sous prétexte qu'elle est “instable et potentiellement dangereuse” pour lui ! Elle se sent trahie, anéantie.
Après un premier moment d'abattement, elle se met à remuer ciel et terre pour récupérer Antoine. Ce ne sera pas sans mal. Encore novice - elle a à peine plus de vingt ans - et peu au fait des subtilités administratives, elle perdra beaucoup de temps à s'engager dans des voies sans issue, à frapper aux mauvaises portes.
Cependant, Victoire Aymé est une idéaliste ; une femme de principe qui se faisait - nous mettons volontairemant le verbe au passé, les récents événements ayant un peu érodé sa foi - une haute idée de la norme, de la loi et de la justice. Ce sont ces principes qui l'ont poussée à se battre bec et ongles pendant de si longues années, quand d'autres, à sa place, auraient baissé les bras. Il lui fallait récupérer ses enfants, certes, mais également faire respecter son droit et le leur. Des photos d'elle prises il y a une dizaine d'années sont révélatrices : une belle fille saine, pense-t-on en la regardant. Les souffrances, les soucis, la solitude et l'insomnie ont eu raison de son insolente santé, mais, si sa maigreur en dit long sur ce qu'elle a traversé, son regard, lui, n'a pas changé - toujours aussi déterminé.
Elle est même capable de se battre pour autrui… »
Je vous laisse découvrir la suite par vous-mêmes.
Evidemment, mère et enfants subiront viols et autres mauvais traitements de la part de représentants de l'Etat amateurs de chair fraîche…
Ce chapitre est l'occasion pour ses auteurs de revenir sur l'affaire des disparues de l'Yonne sous le titre : « Les disparues d'Auxerre : un rapprochement qui s'impose ».
Sur cette seconde affaire, se référer à l'ouvrage de Corinne HERRMANN, avocate, et Philippe JEANNE, directeur de clinique psychiatrique, « Les disparues d'Auxerre » (Ramsay, 2001), qui s'y consacre entièrement.
Extraits de la digression :
« L'affaire des disparues d'Auxerre, présente dans tous les esprits, a défrayé la chronique à la fin de l'année 2000 et au début de l'année 2001. Cependant, certains détails ne sont pas forcément connus de tout le monde. Ils sont pourtant édifiants et jettent un éclairage intéressant sur l'affaire de Mme Aymé.
Commençons par le principal suspect, Emile Louis, impliqué dans la disparition d'au moins sept jeunes filles. Il est lui-même un pur produit des services de la protection de l'enfance. Placé à sa naissance, en 1934, dans une famille d'accueil, son père nourricier était, à la fois, gardien de l'abbaye de Pontigny, au nord d'Auxerre, et fossoyeur. A l'âge de quatorze ans, compte tenu de ses bizzareries sexuelles et de ses pratiques pyromanes, sa famille d'accueil l'envoie à l'hôpital psychiatrique d'Auxerre où il sera traité par le Dr Scherrer. Au regard de ce qui a suivi, “traité” est peut-être un grand mot… Dès 1961, il est mis en cause par une jeune fille de quinze ans pour violences sexuelles. L'année d'après, il est inquiété pour détournement de mineur, mais l'affaire est classée.
Toute son histoire est parsemée de soupçons de violences sexuelles et de viols : il échappera le plus souvent - pas toujours - à la justice. Etonnament, son CV particulièrement lourd ne l'empêchera pas d'exercer des professions l'amenant à côtoyer des enfants ou des jeunes filles sans défense, avec la bénédiction des autorités de tutelle : la protection de l'enfance et les services d'assistance aux handicapés. Comment cela est-il possible ? Pour le comprendre, il n'est pas inutile de revenir sur l'histoire mouvementée de ces services dans l'Yonne.
Car, en matière de disparition de mineures, le département a, si l'on peut dire, une vieille tradition. Ainsi, entre 1963 et 1969, des employés des Ponts et Chaussées d'Auxerre soumettaient à de faux examens d'embauche des jeunes filles de la DDASS après s'être assurés qu'elles n'avaient pas de famille. Reçues à ce pseudo-examen, elles étaient accompagnées à Paris, où les attendait prétendument un emploi, et disparaissaient sans laisser de traces. L'affaire avait été étouffée, malgré les protestations des parents nourriciers. Plus tard, en région parisienne, on retrouvera des prostituées venant de la DDASS d'Auxerre et préalablement passées par les structures psychiatriques du département… »
Suit une relation de divers exploits d'Emile Louis que je vous laisse découvrir par vous-mêmes.
« Au bout du compte, trop c'est trop, et E. Louis sera poursuivi pour viol et attentat à la pudeur sur les quatre filles placées chez sa concubine par Nicole Charrier. Il sera condamné à quatre ans de prison ferme en décembre 1983. A la barre, Nicole Charrier atteste de la bonne moralité de l'inculpé. Il est libéré deux mois plus tard alors qu'éclate la terrifiante affaire d'Appoigny.
Appoigny est un bourg de trois mille habitants, à sept kilomètres d'Auxerre, non loin des divers lieux de résidence d'Emile Louis. Le 20 janvier 1984, une jeune fille de dix-huit ans, pupille de la DDASS et ancienne pensionnaire des établissements de l'APAJH d'Auxerre, s'échappe du pavillon des époux Dunand. Elle confie son calvaire aux médecins de l'hôpital d'Auxerre : trois mois d'enfermement dans la cave de la maison, nourrie à la pâtée pour chiens, elle est enchaînée nue sur une croix, violée, torturée, battue, fouettée, brûlée par les membres d'une mystérieuse “organisation”. Des clients débarquent de luxueuses voitures. Encagoulés, ils paient Dunand pour assouvir leurs fantasmes les plus pervers.
La brigade de gendarmerie perquisitionne au pavillon… trois jours plus tard. Elle y découvre au sous-sol une autre jeune fille nue enchaînée sur un lit, couverte de lésions profondes, dont une croix gammée gravée sur un sein. Trois caves sont équipées de matériel sadomasochiste et d'instruments de torture, cagoules, croix de Saint-André, transformateur électrique, pinces, chaînes, cravaches, fouets, laisses et colliers étrangleurs, aiguilles, bidons de lavement, etc. Sur un tableau noir sont inscrits les “tarifs” pratiqués par le couple Dunand : “cravachée, fouettée : 200 F ; pose de pinces, aiguilles : 300 F ; brûlure au fer rouge ou à la cigarette, décharges électriques : 600 F”. S'y ajoutent : suspension, flagellation, application de révulsif, lavement, coprophagie, introduction d'objets dans les orifices naturels, piqûres, vente aux enchères d'une femme comme esclave et, en prime, un spectaure à 400 francs la place ! Pour trouver des clients, le couple passe des annonces dans les revues spécialisées. Et, pour les victimes, il s'adresse tout simplement à… l'ANPE d'Auxerre, prétendant rechercher des aides ménagères issues de la DDASS. Le tout est poétiquement baptisé : “Club Amour”.
La jeune fille échappée du pavillon affirme que le couple a fait de nombreuses victimes ; certaines ont été envoyées au Liban (déjà, quand enfant elle disparaissait trois mois du foyer de Montmorency où elle était placée, sa mère ne s'inquiétait pas de recevoir des lettres du… Liban ! ), d'autres tuées après avoir été torturées.
Claude Dunand est libéré dès 1989. Est-ce, comme le soupçonnent certains journalistes, grâce à l'intervention du président de l'association Fraternité Notre-Dame (congrégation religieuse active dans le tiers-monde, spécialisée dans le secours aux enfants en détresse et l'aide à la réinsertion des prisonniers, qui s'occupe tout particulièrement aujourd'hui des enfants des rues de Mongolie), dirigée par l'ancien administrateur d'un centre de l'APAJH ? (A ses côtés siègent Jean-Pierre Soisson député-maire d'Auxerre, et Serge Lange, président de la MGEN (Mutuelle générale de l'Education nationale). Au moment où l'affaire des disparues de l'Yonne est relancée par l'ADHY, en 1993, Jean-Pierre Soisson est élu avec les voix du Front national, ce qui provoque sa mise à l'écart. Trois ans plus tôt, il était intervenu auprès du garde des Sceaux, Pierre Arpaillange, pour solliciter une subvention de 200 000 francs et la libération conditionnelle de Claude Dunand. La subvention devait servir à l'hébergement du tortionnaire d'Appoigny… En 2002, le département de l'Yonne votera à 27 % pour Jean-Maris Le Pen.) En novembre 1991, Dunand est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Il est pourtant libéré dix ans plus tard, en 2001.
Emile Louis, quant à lui, libéré en février 1984, est parti s'installer dans le Var et fréquente divers campings de la Côte d'Azur, où il continue allègrement à abuser de femmes et d'enfants. Il sera condamné, en 1989, à cinq ans de prison ferme et trois ans de mise à l'épreuve pour attentat à la pudeur sur des enfants dont il avait occasionnellement la garde. Une fois de plus, la qualification de viol est curieusement écartée.
Du côté d'Auxerre, les affaires continuent. En 1988, deux toutes jeunes filles de la DDASS d'Auxerre sont récupérées, à Pantin, entre les mains d'un proxénète. Puis Pierre Charrier est interpellé pour le viol d'une pensionnaire du foyer “Guette Soleil” d'Auxerre, désormais géré par sa femme.
Pierre Charrier sera condamné à six ans de prison pour attentat à la pudeur avec violence sur une handicapée mentale de l'un des centres qu'il dirigeait. Cela fait l'effet d'une bombe au sein du personnel et des familles. Ils fondent alors une association dissidente de l'APAJH, l'ADHY (Association des handicapés de l'Yonne), qui reprend toute l'enquête de zéro. C'est cette association qui a mis à jour la plus grande partie des informations que nous venons de résumer. »
« Il faudra attendre mai 1997 pour que la cour d'appel de Paris, devant qui l'affaire est renvoyée, ordonne finalement l'ouverture d'une information.
Et c'est l'hécatombe : l'adjudant-chef Véron, chargé du dossier, meurt dans des conditions étranges quelques semaines plus tard. Le 4 août, le gendarme Jambert, qui, depuis quatorze ans, tentait de faire sortir l'affaire, est convoqué par le juge d'instruction. La veille, il demande à son fils de rassembler ses notes et carnets dans un porte-documents. Le jour de son audition, il se suicide. On ne mettra jamais la main sur ses carnets. Un autre témoin décède alors que son audition est programmée. On le découvre mort dans une cabane à bestiaux de Vallan, propriété d'Emile Louis. Puis l'une des filles d'Emile Louis déclare qu'elle a été témoin de l'assassinat, dans des circonstances atroces, d'une jeune fille par son père. Elle sera internée à l'hôpital psychiatrique.
De son côté, l'ancienne concubine d'Emile Louis, Gilberte Lemenorel, qui avait avoué, en 1992, que ce dernier lui faisait subir des sévices après l'avoir droguée, est convoquée le 7 août 1999 par le juge d'instruction. On la retrouve morte à côté de sa voiture qui a quitté la route pour une raison inconnue (Et après avoir fait quelques mois de prison en 1991, l'ex-épouse du tortionnaire Claude Dunand, qui le seconda dans ses basses oeuvres, décède en 1996 dans des circonstances non élucidées après avoir épousé… le père d'une des victimes du pavillon de l'horreur ! ).
L'affaire des disparues d'Auxerre est désormais confiée à la section des recherches de Paris. Emile Louis est officiellement soupçonné d'avoir fait disparaître sept jeunes filles, toutes prises en charge par la DDASS, handicapées mentales, suivies en psychiatrie, voire, parfois, hospitalisées peu de temps avant leur décès. La plupart étaient scolarisées à l'IME d'Auxerre ou dans d'autres établissemments de l'APAJH de l'Yonne dirigés par Pierre Charrier. (Les quelques victimes survivantes - dont sa fille - racontent qu'avant de les violer et de les torturer Emile Louis les droguait au Rohypnol. Elles émergeaient dans un état comateux, ayant en grande partie oublié ce qui s'était passé. Sous prétexte d'insomnie, Emile Louis se faisait prescrire ce somnifère par son médecin et s'en servait pour ses victimes. En 1996, sa femme de ménage se réveille chez lui, partiellement dévêtue, prise de vertiges, ne sachant pas ce qui s'est produit. Elle est incapable de rentrer chez elle. Son ami viendra la chercher et la fera immédiatement hospitaliser.)
Au début de l'année 2001, la DDASS et la justice sont mises en cause. »
Suit la description d'un autre volet de l'affaire, et d'autres découvertes édifiantes.
« On le voit, il n'est plus possible, ici, de parler d'un simple tueur en série isolé. La réalité est bien plus complexe. Elle s'enracine dans l'histoire locale et institutionnelle. La responsabilité et les intérêts personnels parfois sordides s'enchevêtrent et se soutiennent mutuellement pour détourner totalement de leur mission les services d'aide et de protection des jeunes handicapés mentaux et des jeunes en difficulté. La psychiatrie est omniprésente. Elle intervient notamment aux moments clés où les enfants se plaignent, et elle sert à tout étouffer. Il est d'ailleurs surprenant - pour ne pas dire plus - que, malgré l'obligation de signalement pesant sur les médecins, aucun ne semble avoir saisi le parquet des plaintes pour sévices des enfants et adolescents qui leur furent adressées.
Mais l'Yonne n'a malheureusement pas le monopole de telles horreurs. La liste complète des abus sur mineurs par des personnes de l'administration via la psychiatrie révélés ces dernières années serait trop longue à énumérer. »
Retour sur l'affaire Victoire Aymé et nouvel extrait croustillant :
« Dans ce contexte, une autre information ne manquera pas d'intriguer : le vice-président du conseil général de la ville de T., dont dépendaient à l'époque Antoine et Aurore, fut condamné en 1999 pour diffusion illicite de matériel pédophile (vidéo essentiellement) avec cinquante-six autres personnes. Il en recevait les commandes à la boîte postale du RPR local dont il était le secrétaire, dans une ville mitoyenne de celle où la fameuse compagnie de taxis avait son siège social. La police et la justice ont mis la main sur le diffuseur et sur certains clients. Mais où sont les fabricants, les laboratoires et, surtout, les rabatteurs d'enfants ?
Seule une enquête judiciaire permettrait de pousser plus loin les investigations. Ici, les photographies du petit Antoine prises dans le premier établissement psychiatrique acquièrent des résonances particulièrement sinistres.
Quoi qu'il en soit, et dans l'attente d'une enquête qui viendra peut-être un jour, l'histoire du petit Antoine et de sa mère pose toutes les questions de l'attitude de la psychiatrie face aux enfants. Le grand scandale est qu'elle se comporte encore trop souvent avec eux comme elle le fait avec les adultes. Les mêmes violences sont utilisées : l'isolement, la séparation du milieu familial, les punitions à coups de piqûres, de contention et autres traitements de force, les coups et tous les mauvais traitements qu'autorisent le milieu fermé et la toute-puissance de l'administration, sans compter, dans le cas d'Antoine, l'absence d'une scolarisation véritable, d'activité manuelle ou sportive depuis quatre ans et d'une prise en charge psychologique.
La psychiatrie en vient même de temps à autre à envoyer des adolescents dans les UMD (Unités pour malades difficiles), où sont gardés les malades mentaux les plus dangereux et certains médico-légaux. C'est ce qui est arrivé à un jeune homme de quinze ans un peu trop “volubile”, qui, pour avoir insulté des infirmiers du CHS où il était placé, s'est retrouvé, au mois de novembre 2000, enfermé à l'UMD de Boissonnet (à Cadillac, près de Bordeaux).
Quand on connaît l'ambiance qui règne dans ces endroits à la sécurité renforcée, moitié prison, moitié hôpital, où l'on est contraint de côtoyer de vrais psychopathes, parfois pervers, parfois violents, on a du mal à imaginer que ce soit l'endroit idéal pour préparer l'insertion d'un jeune dans la société, surtout s'il présente des troubles psychologiques. C'est pourtant là que risque de se retrouver Antoine dès son quinzième anniversaire, comme l'en a prévenu le Dr Lorda.
Une autre coïncidence troublante dans l'affaire du petit Antoine mérite d'être signalée :
Nous savions de différentes sources que des enfants pris en charge par les services de protection de l'enfance, qui se plaignaient de sévices, étaient envoyés dans des centres équestres spécialisés ou des fermes équestres. Nous ne nous posions pas plus de questions que cela. Les enfants sont mal en point, on les envoie au vert se refaire une santé… Bravo ! Après l'affaire du petit Antoine, des informations troublantes nous sont parvenues, modifiant notre vision des choses.
“En cas de visite médicale faisant apparaître des marques de coups, le personnel invoque des chutes de cheval ; le médecin inspecteur n'y voit généralement que du feu”, nous expliquait en Alsace un responsable de famille d'accueil. Ensuite, l'enfant est envoyé en pédopsychiatrie et sa parole est discréditée à tout jamais. Le dossier est refermé. Curieusement d'ailleurs, avant sa première hospitalisation psychiatrique suite à ses dénonciations d'actes de pédophiles dans sa famille d'accueil, Antoine avait, lui aussi, été envoyé dans une ferme équestre. L'une d'elles, dans l'est de la France, liée aux services de protection de l'enfance, a été fermée pour actes de pédophilie dans ses murs. Au début de l'année 2002, François Superi, directeur du centre “Cheval pour tous” de la région de Climont, près de Colmar, était écroué pour viols et sévices sur sept enfants et adolescents. Il travaillait en liaison avec Jean-Pierre Rozenczweig, président du tribunal pour enfants de Bobigny, dont la vigilance avait ainsi été mise en échec durant de nombreuses années, le centre étant, entre autres, financé par un riche industriel allemand.
Nous nous sommes souvent demandé si ce qui est arrivé à Mme Aymé aurait pu arriver à n'importe qui, dans n'importe quel milieu.
Le 16 mai 2001, en Conseil des ministres, Ségolène Royal évoquait cete question dans son projet de réforme del'Aide sociale à l'enfance (ASE). Selon les rapports de l'Inspection des affaires sociales et des services judiciaires, l'immense majorité des cent cinquante mille enfants placés en France proviennent de familles défavorisées et plus des trois quarts des signalements d'enfants interviennent dans des situations “à risque”, sans qu'il y ait jamais eu de mauvais traitements de la part des parents ou de l'entourage.
La presse s'est fait l'écho de cette situation. Dans un article de Libération du 16 mai 2001, on peut lire : “La plupart des parents (8 sur 10) n'ont pas de défenseur, et, quand un avocat découvre la teneur des dossiers (les familles n'ont pas le droit de savoir ce qu'on dit et écrit sur elles), les dés sont déjà jetés.”
Me Nicole Milhaud cite le cas de l'une de ses clientes. Le cauchemar a démarré avec une suspicion de mauvais traitements physiques qui s'est révélée infondée. Un an plus tard, la problématique est devenue exclusivement “materno-pathologique” : “Comme elle se défend, on dit aujourd'hui qu'elle est folle, et cela justifie la coupure définitive avec ses enfants.”
Et, plus loin : “Logée depuis cinq ans dans un hôtel social, Mme Z. est allée manifester devant sa mairie pour qu'on la reloge décemment. Les services sociaux n'ont pas aimé l'article que Le Parisien lui a consacré. En concertation avec les services locaux de la protection de l'enfance, ils ont émis l'hypothèse que cette femme souffrirait de ‘dissociation psychique’.” Plusieurs travailleurs sociaux ont pris sa défense contre la mesure de placement envisagée : “Elle n'est pas déprimée, elle n'en peut plus de la promiscuité et de la violence qui règnent dans ce foyer, témoigne l'un d'eux. Mais mon chef m'a prévenu que, s'il arrivait quelque chose aux enfants, je serais mis en cause.”
Pour fondamentales qu'aient pu être les dénonciations des différents ministres en charge des enfants depuis 1999, il est à craindre qu'il ne s'agisse, encore une fois, que de la partie immergée de l'iceberg. Force est d'ailleurs de s'interroger sur les raisons du caractère tardif de ces révélations par l'administration française, alors que tous les pays de l'Europe du Nord, notamment, combattent depuis plus de vingt ans les sévices perpétrés dans leurs propres services psychiatriques, au point qu'il existe plusieurs résolutions et recommandations internationales du Conseil de l'Europe insistant sur la nécessité de de s'attaquer à ces phénomènes. Mais l'affaire qui va suivre montre qu'il n'est pas toujours facile de venir au secours de l'enfance maltraitée, surtout lorsqu'on est enseignant. »
Le chapitre suivant aborde le cas d'une enseignante de Narbonne internée pour avoir dénoncé des pratiques plus que critiquables à l'égard de certains enfants, encore une fois issus de familles défavorisées.
De Jean-Luc LUMEN
en invalidité | 17H45 | 03/01/2009 |
Les lits que les préfets font occuper pour satisfaire leurs soifs de pouvoirs et selon leurs bons plaisirs de nuisances perverses ou pour rendre service à un maire escroc, ou à tout autres de ses copains qui vous veut du mal.
Combien cela ferait économiser à la Sécurité Sociale.
Ce que vous ne savez pas, c'est que les prisonniers privés d'un préfet pourri, ou d'un maire pourri, sont logés au frais de la sécurité sociale.
Si c'est préfets et maires sans oublier les commissaires, si toutes ses pourritures devaient payer sur leurs budgets, leurs prisonniers privés. Croyez moi les trois nommé regarderaient à deux fois avant d'embastiller, selon leurs bons plaisirs, des innocents.
Combien de lits seraient libérés pour les vrais malades, si les préfets ne pouvaient plus embastiller leurs prisonniers privés ? .
Jean-Luc LUMEN
Résistant Fils de Résistant
106 jours, prisonnier politique de par le bon vouloir du préfet NICQUET de Moselle
De R.S
Enseignante | 22H10 | 03/01/2009 |
Je remercie vivement Roland Gori pour ses prises de position et la pertinence de ses propos. Une parole qui humanise, qui maintient en éveil est tout à fait bienvenue face aux dérives du contemporain et aux atteintes à l'altérité. Je me sens complètement concernée par « L'appel des appels » et je viendrai volontiers au rendez-vous du 31 janvier 2009.