
« Les malades mentaux sont plus souvent victimes que criminels »
La fugue d'un malade mental jugé dangereux à Marseille (finalement rattrapé pendant la nuit du Nouvel An) a relancé le débat sur la psychiatrie.
Le psychanalyste et universitaire marseillais Roland Gori revient sur cet événement et sur les mesures annoncées par le président de la République début décembre, après la mort d'un étudiant grenoblois poignardé par un malade échappé d'un hôpital psychiatrique.
Roland Gori est l'un des trente-neuf premiers signataires de « La nuit sécuritaire », une pétition qui dénonce ce plan pour la psychiatrie de Nicolas Sarkozy.
Un plan « aux conséquences dévastatrices » selon les praticiens, hospitaliers et universitaires, mais surtout révélateur de cette « politique de la peur » menée par le président de la République et son gouvernement qui, bien au-delà de la seule psychiatrie, usent et abusent du sensationnel et du fait divers pour « imposer des mesures sécuritaires ».
Sécurité et qualité des soins en milieu psychiatrique… est-il aujourd'hui possible de concilier les deux ?
Qu'il s'agisse du drame de Grenoble ou de l'évasion d'un fou dangereux de l'hôpital Edouard Toulouse de Marseille, je voudrais d'abord dire que nous sommes obligés de prendre en compte la souffrance des familles des victimes et des patients eux-mêmes.
Cependant, je ne vois pas très bien comment nos sociétés pourraient éradiquer ces événements. A moins de penser que l'on puisse supprimer la folie, ou supprimer les différents troubles liés à la souffrance psychique ou aux souffrances sociales.
La question alors est : quelles réponses peut-on apporter à ces situations ? Bien souvent, on assiste à des crimes fous, heureusement isolés et statistiquement peu fréquents. Les médias jouent un rôle dans ce qu'ils donnent à voir de ces événements. Ils ne sont pas seulement un reflet, ils en sont aussi les acteurs, les déterminants.
Enfin, ce n'est pas par hasard si l'on montre les monstres. C'est souvent au moment même où l'on a besoin de préparer et de fabriquer une opinion, c'est-à-dire de faire de la publicité et de la propagande pour imposer des mesures sécuritaires.
Vous dites « des crimes statistiquement peu fréquents »…
Si vous prenez le rapport de la commission « Violence et santé mentale », en 2005, sur 51 411 mises en examen dans des affaires pénales, 212 ont bénéficié d'un non-lieu pour irresponsabilité mentale, c'est-à-dire 0,4% des crimes et des délits. Statistiquement parlant, le nombre de crimes et délits imputables à des malades mentaux est donc très bas.
Ce que l'on sait aussi, c'est que la prévalence des crimes violents contre les patients malades mentaux est, elle, douze fois plus importante que dans la population en général… Manifestement, les malades mentaux sont beaucoup plus victimes qu'acteurs de délits ou de crimes.
Or, le gouvernement et le pouvoir politique à son plus haut niveau ont connaissance de ces chiffres. On ne dit pas aux malades mentaux : on va vous protéger des réactions de la société, ce qui est le rôle de l'Etat, d'être tiers. Non, on dit à l'opinion publique : nous allons vous protéger des malades mentaux.
Pourquoi alors instrumentaliser la maladie mentale ?
Aujourd'hui, le président de la République utilise le fait divers pour faire passer sa politique ? Pour moi, l'instrumentalisation se situe à ce niveau-là, et elle est dramatique : on fait comme si une politique pouvait s'établir à partir de faits divers.
On ne fait pas une politique du soins à partir d'un schizophrène évadé d'un centre psychiatrique ou d'un drame qui se produit dans un service d'urgence, de Samu, ou autre… C'est extrêmement dangereux pour la démocratie.
Ce qui m'inquiète, c'est cette exploitation des émotions collectives, particulièrement dans un contexte de crise financière et de crise économique, qui va avec un écrasement des classes moyennes.
C'est le grand bond en arrière…
On peut alors se demander si, quelque part, nous ne sommes pas face à un renouveau du grand renfermement, tel qu'il a été à l'origine de l'hôpital. Il ne passerait pas forcément par les murs, pas une réclusion géographique, mais davantage par un quadrillage des individus et des populations, qu'on suivrait à la trace, avec la possibilité d'une surveillance numérique qui irait jusqu'au marqueur biométrique de l'humain.
Il y a cette inquiétude face à la possibilité, grâce aux moyens technologiques qui sont les nôtres, de réaliser le rêve biocratique, le rêve de biopouvoir qui était celui du totalitarisme du XXe. S'il n'y a pas de réactivité du social, du politique, du culturel face à ce quadrillage numérique des populations, jusqu'au grain le plus ténu de leur existence, ce risque est grand.
S'agira-t-il alors d'une nouvelle forme de totalitarisme ?
Oui, d'un totalitarisme light, mou, mais bien d'une forme de totalitarisme dès lors qu'on veut bien considérer qu'elle a une visée totalitaire, c'est-à-dire lorsqu'il n'y a pas de possibilité de repli intime ni de pensée qui échapperait à la surveillance du pouvoir.
Nous sommes aussi dans une culture de la réaction immédiate. C'est la culture du nouveau capitalisme, pour parler comme le sociologue Richard Sennett, avec ses nouvelles valeurs. C'est la promotion d'un homme conçu comme micro-entreprise libérale, autogérée, ouverte à la concurrence qui, sur le marché de sa relation aux semblables, doit être réactif, flexible, mobile.
Ce qui est fou, c'est qu'on vient d'avoir la preuve que cette idéologie libérale née du milieu des affaires conduit dans le mur et on essaye pourtant d'introduire ces valeurs qui ont fait la preuve de leur inefficacité dans le soin, dans l'éducation, dans l'information, dans la culture.
Comment cela se traduit-il dans notre système de soin ?
Il ne faut pas faire croire aux populations qu'on va les préserver du meurtre, de la folie, de la délinquance, parce qu'on enfermera un peu plus de fous, en passant, par exemple, de cinq unités pour malades difficiles (UMF) à neuf.
On ne dit pas qu'on a fermé un nombre de lits faramineux, qu'on a accru les cadences des soignants, qu'on a recomposé leur conception du soin, qu'on les a enfermés dans un système qui les empêche de bosser.
Ce qui compte, c'est l'acte. L'homme est réduit à ses actes, à ses productions. Et pendant qu'on nous jette en plein visage les éléments les plus monstrueux, les réformes actuelles de l'hôpital conduisent à une conception mercantile de la santé et du soin.
► Début janvier 2009, Roland Gori lancera un « Appel des Appels » pour fédérer les différents « mouvements de résistance » dans les domaines de la santé, de l'éducation, de la justice et de la culture et qui réunira, dans un premier temps, une centaine de signataires. (Ecouter l'appel)
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à Quen_tin
De Jean de Lille
01H17 | 02/01/2009 |
Pour le seul diagnostic de schizophrénie on estime qu'environ 1% de la population est atteinte de cette maladie.
Il y a toutes les autres pathologies, ce qui doit bien nous amener à 3ou 4 % de la population générale.
à Jean de Lille
De Chou marin
kiné | 10H44 | 02/01/2009 |
Et ce n'est pas par choix.
à Chou marin
De Jean de Lille
10H53 | 02/01/2009 |
Je n'ai jamais dit ça.
à Jean de Lille
De Chou marin
kiné | 11H01 | 02/01/2009 |
Non bien sur, je ne fais qu'apporter une précision.
cordialement ; -)
à Quen_tin
De sissa
11H32 | 02/01/2009 |
Il me paraît fort douteux qu'il y ait 12 fois plus de malades mentaux victimes de crimes que parmi les non malades.
Ce que probablement voulait dire Gori, c'est que un malade mental a 12 fois plus de chances d'être victime qu'une personne non-malade(là, c'est crédible).
Pour savoir si cela représente plus que les 0,4% de crimes commis par des malades, on a besoin de savoir, comme vous dites, quelle est la proportion de malades dans la population.
Ceci dit toutes ces statistiques sont sujettes à caution : quelle est la proportion de malades non diagnotisqués ?
à sissa
De Quen_tin
13H02 | 02/01/2009 |
Je comprend également pour ma part qu'un malade mental a douze fois plus de chances d'être victime de violence.
Pour répondre à choux marin : je ne manipule rien du tout, mais les deux statistiques sont sur des plans différents.
Sur le 12 fois plus, il n'y a rien à dire, les malades mentaux sont plus souvent victimes de violences que les autres. Mais on ne donne pas la proportion réelle des malades mentaux victimes de violences, même 12 fois plus, elle reste peut etre très faible, sont-ils vraiment à protéger ? (je fais l'avocat du diable)
Par contre pour les 0,4%, tout dépend de la proportion de malades mentaux dans la population. La conclusion « ils sont plus victimes qu'agresseurs » n'est pas juste, il nous manque une information, et il se peut que les malades mentaux aient 50 fois plus de chances d'être agresseurs que les personnes normales, mais qu'ils soient vraiment très peu nombreux. (encore une fois je ne pense pas, je fais l'avocat du diable).
Et comme le disent d'autres commentaires, il faut aussi prendre en compte la façon dont sont calculées ces statistiques…
Mais je ne remet pas en question la conclusion qui est tirée, c'est la présentation qui est trompeuse, c'est tout.
à Quen_tin
De Chou marin
kiné | 13H40 | 02/01/2009 |
D'accord, il faut aussi être rationnel dans la forme.
à Quen_tin
De Quen_tin
14H02 | 02/01/2009 |
Petit exercice de math… En imaginant que les malades mentaux représentent 0,05% de la population, il serait possible d'affirmer, avec exactement les mêmes chiffres, que :
- les malades mentaux commettent en moyenne 8 fois plus d'agressions qu'une personne normale (il faut donc protéger la société de ces fous dangereux ! )
- seule 0,6% des agressions totales sont commises envers des personnes handicapés mentales (ils ne sont pas à protéger).
Pourtant les chiffres sont les mêmes… Mais la conclusion est complètement opposée !
De hagalma
23H19 | 01/01/2009 |
Nous vivons dans une société du toujours plus, plus de biens consommables bien sûr, mais aussi plus de sécuritaire, le paradoxe économique du toujours plus étant l'accroissement de la précarisation des statuts et des subjectivités. Les chiffres qui décident de l'avenir social et économique, c'est comme une fragmentation subjective potentielle latente, prégnante, toujours présente intérieurement. L'étonnant est qu'on se tourne vers la science pour obtenir…toujours plus de garantie, de certitude, pour traiter toute une série de « troubles » dont la liste est par ailleurs infinie : les fous, les délinquants, les agresseurs sexuels, la violence des petits de maternelle, l'hyperactivité, etc. Des médeçins abondent dans ce sens, non moins que les labos, et je pondère donc un peu le propos consistant à dire que « les praticiens » et « les universitaires » s'émeuvent et s'inquiètent du plan sarkozien pour la psychiatrie. Ce plan est en oeuvre, au moins à titre latent, depuis longtemps. Et la psychiatrie, pour ne parler que d'elle, n'a pas attendue l'élection présidentielle du 6 mai 2007 pour réduire de manière drastique son offre de soin hospitalière. Que je saches, ils ne sont pas très nombreux les praticiens ayant eu le courage de faire savoir avec constance qu'ils ne peuvent souscrire à ce toujours plus d'optimisation de l'offre de soin…qui n'a plus grand chose à voir avec le soin mais presqu'exclusivement avec la gestion comptable du soin !
Alors maintenant, ce qui devait arriver, avec les feux poussés uniquement du côté du livre comptable, c'est-à-dire du côté de la désubjectivation (car la bourse se fout comme de l'an quarante de votre désarroi), c'est que le corps social élise un être qui viendrait un peu les rassurer là-dessus : non pour leur dire que ça va aller (« fra-ter-ni-té ! »), mais que chacun a droit à profiter de la bourse, et que pour ce qui est des dangers annexes (les fous, les délinquants, les immigrés- vous le noterez, autant de figures marquées dans la culture de l'accumulation : du signe moins) eh bien l'Etre Suprème saura prendre les décisions qui s'imposent. En temps réel. Sarkozy, c'est comme un GPS : ça dit prenez cette direction, pas l'autre ! C'est rien moins qu'un débat de culture auquel notre société a à se coltiner. Mais le voudra-t-elle ? Elle qui semble désirer qu'il n'y ait pas de clair obscur, juste des problèmes, des troubles, des trucs facilement identifiables, représentables et traitables avec lois, textes, techniques dédiées. Le pourra-t-elle même encore, ou se contentera-t-elle pour longtemps de s'adosser pour ses doutes à un qui dit qu'il n'en a aucun ?
à hagalma
De Chou marin
kiné | 18H33 | 02/01/2009 |
Et c'est avec ce train de pensée, anti-efficacité et progrès des soins que l'on en est la. merci pour les patients et bravo pour la chapelle que vous défendez. On peut être de gauche ET avoir envie de soins qui aident vraiment,non ? ! Arrêtez donc la recup » pour le bénéfice de VOTRE vision de la santé mentale.
De hycare
00H36 | 02/01/2009 |
Très bon article et qui conforte, malheureusement tous les commentaires sur ce sujet, à savoir la privatisation de la Santé au détriment de tous.
Et bien pire la criminalisation de la maladie mentale et le retour au « grand enfermement » pour raisons « sécuritaires » nous fait reculer de plus de 60 ans !
Cela est effectivement « Le grand bond en arrière », comme l'a écrit Serge Halimi en 2004, ou « Comment l'ordre libéral s'est imposé au monde ».
Il est plus que temps de réagir.
Je suis infirmière psychiatrique et en total accord avec Roland Gari.
Et pour en ajouter, voici un témoignage sur l'hôpital général, un de plus,reçu aujourd'hui c'est un courriel qui date de juin dernier…
« Témoignage d'une infirmière ! ! ! a faire suivre car c'est la réalité…….
Le témoignage d'une infirmière :
Je suis assez catastrophée en ce moment, car dans aucun média, aucune presse, même dans les discours de nos chers politiques, personne ne parle de ce qui se passe du côté de l'hôpital public… Et pourtant, moi qui le vis de l'intérieur, je vous garantie qu'il y a de quoi sauter au plafond !
Tout ce qui va suivre est un peu compliqué, peut-être, mais nécessaire pour vous expliquer ce qui se passe sur le terrain.
Je suis infirmière dans un service de Médecine adulte (Médecine interne et thérapeutique, pavillon 5, hôpital Bellevue à St-Etienne) avec une capacité d'accueil de 21 patients, dont 95% est muté directement des urgences. Autrement dit, la plupart ne sont pas encore très stabilisés sur le plan médical et ont donc besoin d'une surveillance étroite et efficace de la part des infirmiers et aide-soignants. Les agents de service hospitalier (ASH) ont elles aussi un rôle important, car au détour d'un couloir ou pendant qu'elles nettoient une chambre, elles peuvent être les premiers signaux d'alarme d'un patient en détresse. Sans parler de leur travail primordial pour assurer l'hygiène des services, rôle majeur dans la lutte des infections nosocomiales.
Nos équipes s'organisent ainsi : (les équipes de jour et de nuit sont indépendantes, je ne travaille que le jour matin-soir)
> 2 infirmières + 2 aide-soignantes + 1 ASH le matin
> 2 infirmières + 2 aide-soignantes + 1 ASH le soir
> 1 infirmière + 1 aide-soignante la nuit
Ceci est ce qu'on appelle le service minimum, autrement dit, c'est le minimum règlementaire pour assurer la sécurité des patients. Or il faut savoir que nous n'avons jamais de personnel en plus et que la tendance actuelle est de nous faire tourner en sous-effectif de manière presque systématique les soirs et les week-end soit un seul infirmier pour 21 patients.
Depuis 2 mois, une de mes collègues infirmières a démissionné et n'est pas remplacée, une autre est en arrêt de travail qui risque d'être prolongé cet été et n'est pas non plus remplacée. Nous ne sommes donc plus que 6 infirmiers au lieu de 8 à assurer un roulement sur 4 semaines, jours de semaine, week-end-end et fériés compris. Alors nous effectuons 1 puis 2 puis 3 weekend supplémentaires (nous en travaillons déjà 2 sur 4 habituellement) et ainsi de suite pour que le service tourne, avec des jours de repos qui sautent et des alternances de rythme incessantes. Si bien qu “ il devient impossible de prévoir quoi que ce soit en dehors de la vie au CHU, sous peine de devoir annuler au dernier moment pour cause : boulot !
Samedi dernier, le 14 juin 2008, une autre collègue s'est arrêtée et, étant la seule infirmière du soir, il n'y avait donc personne pour prendre la relève du matin… C'est un infirmier des urgences qui a été détaché de son service pour venir dans le nôtre, qui a assuré les soins de nos 21 patients, alors qu'il ne les connaissait pas, et qui a dû faire face en plus à une situation d'urgence vitale de l'un d'eux…
Une des ASH est arrêtée depuis 1 an en étant remplacée de manière très ponctuelle, obligeant les 3 ASH restantes du service à se partager un roulement sur 4 semaines, jours de semaine, week-end et fériés compris. Leur tâche est de nettoyer à elles seules, tous les jours, la totalité des 16 chambres du service de fond en comble (vitres, mobilier, murs, WC), les bureaux médicaux, les pièces de vie (office, douche, WC, couloirs), la salle de soins…
Il faut savoir que le CHU de St-Etienne est en pleine réorganisation, puisqu'un gros complexe est en fin de construction à l'hôpital Nord, promettant parait-il des technologies de pointe, des locaux modernes et surtout des soins efficaces et de qualité…
Alors expliquez-moi comment être à la hauteur de ces exigences quand le personnel est déjà largement en sous-effectif ? L'hôpital refuse d'embaucher, car déficit budgétaire, mais préfère faire appel à l'intérim, qui coute plus cher que des contractuels…
Hier, j'étais normalement en ‘repos’ et j'ai passé une bonne partie de ma journée à démarcher la Médecine du Travail, les syndicats et à parler avec notre chef de service, pour essayer de trouver des solutions pour que notre direction nous entende…
Nous sommes par chance soutenus par notre chef de service, qui connait la valeur de notre travail et sait que nous ne protestons pas pour rien. Il nous connait suffisamment pour lui même remuer ciel et terre pour qu'on s'occupe du sort des soignants à l'hôpital. Il nous soutient par ce que lui-même est très inquiet de la situation et voit notre gouvernement asphyxier le service public hospitalier, or lui a choisi de travailler au CHU par foi en ce service public et dans le respect du serment d” Hippocrate.
Je dors très mal et pour être honnête je pense au boulot constamment. J'ai peur que le stress me fasse oublier un soin, que la pression m » empêche de prendre le temps avec un patient déprimé, que la fatigue me fasse faire un mauvais calcul de dose, administrer un produit au mauvais patient… J'ai peur que ce métier que j'aime me transforme en assassin, involontairement, par ce qu'on aura laissé la situation se dégrader. Parce que nous sommes tous responsables : je suis l'infirmière d'aujourd'hui mais nous sommes tous les patients de demain. VOUS pouvez être au bout de ma seringue, ou votre mari, votre enfant, votre proche.
Je vis l'insécurité dans mon travail, alors que je le maitrise pourtant. Mais je suis humaine avant tout.
Vous serez ceux qui pâtirez du manque de soignants dans les services : je n'aurai pas pu prendre le temps de vous donner des nouvelles du patient que vous aimez, je n'aurai pas pu gérer 2 situations d'urgence à la fois… Faut-il attendre qu'il y ait des morts pour réagir et prendre conscience de ce qui se passe dans les hôpitaux ? ? ?
Aujourd'hui, j'ai besoin de vous. Merci de bien vouloir transférer ce mail de manière la plus large possible, pour informer le plus de monde possible. Si vous connaissez des personnes du monde hospitalier, journalistique, politique ou autre, n'hésitez pas à les solliciter.
Il faut se mobiliser en masse pour être plus efficace, moi toute seule, je n'intéresse personne.
Merci pour votre attention. »
No comment…
à hycare
De lyones
grand-mère en colère | 16H01 | 02/01/2009 |
Mère de soignants en psy, je sais que ce que vous vivez est infernal : courage à vous qui faites ce métier si difficile !
je crois que toutes les grandes peurs sont en train de resurgir, et le mythe du fou qui tue les nuits de pleine lune revient hanter les mémoires ! Bouclons les tous, on sera tranquille, les « monstres » seront enfermés ! ou alors trouvons un moustachu qui lui aura une solution … finale ! ! Ce que je dis est très dur, mais on ne peut s'empêcher d'y penser ! !
De isp57 jury
inf de secteur psychiatrique | 00H47 | 02/01/2009 |
je travail en psy depuis 20ans.Cette année debute par un depart a la retraite de 35 infirmier(e)s.Remplacement prevu 27 aide-soignante.Chercher l'erreur.On a fermé des unités entieres C'est connu si y a pas de lits,y a pas de malades.Des fugues y en a toujours eu.Et y en aura encore plus.Le diplome d'inf de secteur psy n'existe plus.Meme formation pour tout le monde.La culture de la psy ,le savoir qui se passait ,ne passe plus.Pas la meme formation.Un inf de psy etait formé aux entretiens,a divers techniques(// a la violence,a l'angoisse du patient,aux delires divers…..)La relève non.Mais maintenantl'hopital doit etre rentable
L'argent contre la qualite des soins.On ne prend plus en charge un patient en souffrance,mais un client qui doit etre rentable au travers des soins donnés.Alors pour reduire les coups on reduit la masse salarial.pas de remplacement en poste equivalent.On met la pression sur les equipes(mutation d'inf ,de cadres qui n'avait rien demandés ou il ya 5 ans(mais pas sur le poste demande))Bref l'etat français nous ramene a l'asile mais plus a l'hopital psychiatrique.Et je parle pas du public et du privévu que le privé va bouffer le service public.Amis riche soignez vous bien.
En attendant restera la douleur et la souffrance des patients et de leurs entourages.Ainsi aussi des familles victimes d'un acces de folie d'un patient qui aura fugué ou qui aura été mis trop tot dehors
demandez-vous pourquoi il y a penurie de psychiatre
Amis qui comme vous prenez en charge ses encore patients bon courage.Nous personnel de la psy sommes là pour eux
à isp57 jury
De Chou marin
kiné | 10H47 | 02/01/2009 |
Bon courage, et bonne année qd même !
à isp57 jury
De jexiste
si, si | 11H54 | 02/01/2009 |
Que je sache, il n'est pas prévu de transférer au privé la prise en charge de personnes internées sans leur consentement, c'est toujours une des prérogatives du secteur public, et ça le restera tant que la psychiatrie française sera bien davantage tournée vers la répression de possibles troubles à l'ordre public que vers une quelconque thérapeutique.
L'écoute, les séances de psychothérapie, sont exclues du traitement en hôpital psychiatrique depuis 1992. Celui-ci se réduit à la prise de médicaments, par voie orale ou par injections, de force en cas d'internement non consenti. S'y adjoignent assez souvent diverses violences et maltraitances.
La formation spécifique d'infirmier ou infirmière psy a été supprimée à la même époque, dans la foulée de la loi du 27 juin 1990 régissant l'hospitalisation psychiatrique telle qu'elle existe encore aujourd'hui - du moins en théorie…
à jexiste
De Chou marin
kiné | 13H58 | 02/01/2009 |
Vous voulez dire qu'il n'y a pas de psychothérapie digne de ce nom en hôpital/clinique ?
à Chou marin
De jexiste
si, si | 14H22 | 02/01/2009 |
En hôpital, il n'y en a plus du tout depuis 1992. En clinique, c'est différent, c'est plus variable, il semble que globalement ce soit mieux, les soignants y trouvent au moins le temps d'avoir des rapports humains avec leurs patients. Les personnels hospitaliers rétorquent qu'ils les choisissent, ce qu'eux ne peuvent pas faire. Ce n'est pas tout à fait faux dans la mesure où ce sont eux qui accueillent les internés sous contrainte, mais ce n'est pas non plus le seul facteur influant sur les différences de prises en charge entre public et privé.
Allez voir les discussions sous cet article :
http://www.rue89.com/marseille/2008/10/01/monsieur-d-met-en-greve-la-psy…
à jexiste
De Chou marin
kiné | 18H58 | 02/01/2009 |
C'est fou de lire ces infos. On laisse le soins d'installer une relation thérapeutique a des gens qui ne sont pas assez (bien ? ) formés pour. Entre ça et le problème des mauvaises bases théoriques de la majorité des spécialistes, je crois que je comprends un peu mieux pourquoi la camisole chimique est si abondamment utilisée.
Quel gâchis humain et financier -cela coûterait pourtant tellement moins cher de VRAIMENT aider les malades.
Cela changera-t-il un jour vous pensez ?
à jexiste
De BFA
10H14 | 03/01/2009 |
Impossible de généraliser de cette façon les différences de prise en charge entre privé et public. Je ne crois pas que le privé soit plus riche en personnel que le public (mais je n'ai pas de chiffres, quelqu'un en a-t-il ? ) et pour ce qui est de la disponibilité et du temps effectivement passé auprès des malades, ça dépend bien sur des effectifs, mais aussi et de façon déterminante de facteurs locaux et personnels : dynamique du service, qualités humaines de chacun… Alors, les généralisations…
à BFA
De jexiste
si, si | 12H44 | 03/01/2009 |
Les échos que j'ai à ce sujet me viennent de patients qui ont testé les deux solutions, privé et public, et sont plus satisfaits du premier où infirmiers et infirmières comme psychiatres trouvent le temps de s'entretenir avec eux en dépit de charges de travail plus importantes, leurs effectifs étant plus réduits que dans le public. La principale différence vient de la manière dont les uns et les autres abordent leur travail. Même différence entre hôpital des Armées (public) et hôpital civil. L'hôpital public civil est sous la dépendance du politique et on y fait beaucoup de politique à tous les étages, cela prend du temps et crée des ambiances, des mentalités spécieuses…
De g47
01H31 | 02/01/2009 |
Merci à Mr Rémi Leroux pour cet article très important car il ouvre un espace de rencontre pour tous ceux qui essaient de dénoncer les manipulations et la propagande visant à faire de chaque être humain non seulement un objet de consommation, une marchandise mais aussi un objet à contrôler, à surveiller, à faire taire, à soumettre au dictat du libéralisme quitte à l'enfermer.
J'attends aussi avec impatience que se fédèrent les différents mouvements de résistance pour faire entendre en nombre notre opposition à la destruction du lien social par le fléau libéral. Voici quelques rappels de mesures que tout le monde connait :
- Attaque de la petite enfance avec les questions de dépistage des troubles du comportement et la médication qui va avec.
- Réformes de la carte scolaire, de l'organisation de l'école et du lycée avec suppressions de postes, suppressions des RASED avec le souhait du pouvoir de démanteler l'éducation nationale, privatiser et introduire la concurrence.
- Psychiatrie, fermeture des lits, absence de personnels, camisole chimique, courts séjours et abandon des personnes en souffrance qui sont livrées à elles-même.
- Foyers de vie publics accueillants des personnes malades mentales c'est à dire des sujets psychotiques, c'est à dire des fous ; Foyers de vie donc n'ayant aucuns moyens pour permettre un accompagnement humain respectueux de ces malades pour cause de budgets trop réduits et de manque de personnels qualifiés.
- Pénalisation de l'enfance et de l'adolescence
- Enfermement de plus en plus important, construction de prisons, réduction de la prévention.
- Pauvreté criminalisée
- Disqualification de la justice et fermeture des tribunaux
- Sécurité sociale en berne, soins payants et de plus en plus chers
- Disparition progressive des services publics.
etc…
La liste est longue,
Mais un point relie toutes ces réformes ravageuses sous prétexte de transparence, de mondialisation, de concurrence, de marché, de sécurité : l'argent, le profit maximum et pour y parvenir, il faut des individus qui ne discutent pas, qui ne pensent pas, qui ont peur, qui ne revendiquent pas et qui se mettent eux-mêmes en concurrence.
Avec pour résultat final une économie qui va dans le mur, les marchés financiers qui s'effondrent et les milliards d'euros qui arrivent d'on ne sait où.
Alors oui, pour cette nouvelle année 2009, je souhaite un éveil sur ce qui se passe dans notre pays. La création de cet appel des appels proposé par Mr Roland GORI est une nécessité pour que nous puissions soutenir un mouvement de résistance efficace et sur du long terme.
Alors à bientôt.
Post scriptum : Pour ceux qui jugent la psychiatrie, la psychanalyse et les cliniciens, ayez s'il vous plaît la délicatesse de vous informer suffisamment sur ces questions très sérieuses pour rédiger un commentaire argumenté.
à g47
De Chou marin
kiné | 10H53 | 02/01/2009 |
Je suis informé. Les gens sur le terrain n'ont pas le temps pour s'organiser contre quoi que ce soit, ni la possibilité de faire grève. Le personnel est débordé et les moyens sont insuffisants. Les patients sont, au mieux, chimiquement stabilisés. La vision a long terme ? Répétition, pas amélioration. Les états généraux n'ont rien apporté. Les querelles de clocher en France font que le soin et la gestion de la folie sont gravement en retard par-rapport a ce qui se fait ailleurs. Un grand merci a la vieille garde et les casseroles qu'ils traînent.
De enildem
Chercheur | 01H45 | 02/01/2009 |
Très bon propos de monsieur Gori décrivant les prétention tordus du président charlatan. Comme toujours monsieur Sarkozy se fait le spécialiste du sujet dans lequel il fourre son nez… pour n'envoyer que de la poudre aux yeux.
Pour un article pertinent qui décripte le discours de Nicolas Sarkozy sur la réforme de la psychiatrie :
http://alolibrius.blogspot.com
De Okotoks
Amateur de paléonthologie et d'hist... | 02H43 | 02/01/2009 |
Article intéressant. Quelqu'un pourrait-il le compléter avec le pourcentage de fous criminels par rapport au nombre total de patients ? Sinon, j'ai toujours été choqué dans la manière dont la société française perçoit les fouset plus géralement les malades mentaux. Pour être bref, Ils sont vu uniquement comme des maladies ambulantes pouvant potentiellement contaminer autrui. On oublie que ces patients sont aussi des individus à part entière avec une personnalité, des aspirations et un point de vue sur le monde. C'est peut être vrai que le « système » (Dieu que je n'aime pas ce mot), et peut être eux-même, les amène à ne se voir qu'au travers leur maladie, ce qui empêche sûrement leur intégration dans la vie de tout les jours. Et maintenant que l'on reparle des fous criminels, cela risque d'être pire puisqu'ils sont désormais potentiellement dangereux.
De Un compte supprime
nc | 03H37 | 02/01/2009 |
« On ne fait pas une politique du soins à partir d'un schizophrène évadé d'un centre psychiatrique ou d'un drame qui se produit dans un service d'urgence, de Samu, ou autre… C'est extrêmement dangereux pour la démocratie. »
Ah bon ? mais si. C'est precisement ce que fait ce gouvernement, dans tous les domaines.
La politique du fait divers, la politique du fait accompli, la politique du court terme pas plus loin que le bout de son nez.
Au fait, c'est qui ce schizophrene echappe d'un centre psychiatrique. Serait pas deja au gouvernement par hasard ?
à Un compte supprime
De Servais-Jean
4591
alpha-béta | 04H55 | 02/01/2009 |
Au gouvernement non, il est un peu au dessus, hélas.
De Bob le cinglé
En panne | 09H59 | 02/01/2009 |
Je M'en Fous Pas Mal… Je suis un sage irresponsable.
http://www.francoischarron.com/flash/crazy-frog/crazy-frog.html
De m a i a
aquoiboniste | 05H50 | 02/01/2009 |
Mon point de vue de folle (diagnostiquée) :
L'hôpital qui guérit est à mon sens un hôpital ouvert, surveillé mais ouvert.
Les seuls patients que j'ai vus « péter les plombs » lors de mon séjour en HP étaient ceux qui étaient confinés. Et péter les plombs, pour un malade mental, c'est bien souvent contre lui-même.
Mais le suicide des malades mentaux de tout poil doit être une bénédiction pour les bien-pensants qui nous gouvernent et autres…
Les querelles psy(chiatres)/psy(chanalystes) me fatiguent, tant il devrait être évident que ces « disciplines » sont complémentaires !
Que penser alors des ergothérapeutes dont la médecine peine à penser qu'ils font bien partie intégrante du système de soins ? Que penser des ASH, parfois seul(e)s à assumer la veille, particulièrement la nuit, d'un pavillon entier d'une trentaine de malades, toutes pathologies mentales confondues (puisque c'est l'un des principes de l'établissement dans lequel j'ai été soignée) ?
Je l'avoue, je n'étais pas très fière à mon arrivée dans le pavillon : j'étais la crème des malades, une dépression chronique, calme, enjouée malgré tout, lucide et volontaire. Autour de moi, des malades et des maladies inconnues (le corps médical ne communique pas sur la pathologie du voisin) : on se prend vite à supputer qu'untel est abruti sous les médocs parce qu'il est dangereux, ou que truc va nous sauter dessus pour un regard mal interprété…
Et puis, à la longue, on fait connaissance et la plupart des peurs tombent. A tort ou à raison.
Mais peu importe, prendre le premier malade qui vient à commettre un crime et le lyncher en place médiatique ou politique, à défaut de publique parce que ça ne serait pas très propre, est une facilité qui me heurte et qui rappelle quelques heures sombres etc. Et prendre pour appui la « défense » des victimes ou de leur entourage est une vaste imposture, car ce sont bien souvent eux qui sont le plus emplis de compassion et de compréhension, par delà la douleur.
Mon point de vue de personnel d'éducation (parce qu'en plus on me confie des jeunes ! ) :
Récemment diplômée et qualifiée dans l'approche psychopathologique et éducative des adolescents difficiles (la classe hein ! ^^) sous la houlette du professeur Philippe Jeammet, j'ai à côtoyer bien souvent des adolescents en difficulté qui peuvent devenir « difficiles ».
C'est un des premiers principes que je m'impose (sans difficulté) : sous tout acte violent, il y a difficulté qu'elle soit personnelle, familiale, sociale et parfois pathologique.
La suppression des RASED est une catastrophe, le manque de personnel médico-social est une catastrophe, le manque de relais possible lorsque nous, simples personnels d'éducation, arrivons à la limite de nos compétences, est une catastrophe.
Nous détectons moins bien, moins rapidement, moins efficacement, et nous mettons en place des dispositifs de prise en charge boiteux, insuffisants.
Ce sont nos jeunes qui en pâtissent ; nous leur offrons l'image d'une société qui ne veut pas se préoccuper de leur souffrance. Et si l'on est pas à l'écoute d'un jeune, y compris d'un jeune qui ne dit rien ou se fait oublier, nous faillissons à notre mission d'éducation, d'insertion dans la vie professionnelle et le tissu social, et de favorisation de l'épanouissement personnel, avec tout ce que cela comporte comme notion de préservation de soi, de sa santé, physique ou mentale.
Pour toutes ces raisons, je rejoins les préoccupations et les actions de ceux qui, contre les ignorances et les manipulations du pouvoir, se battront pour les droits des malades ou de ceux qui risquent bien de le devenir encore plus cruellement.
De tandaba
citoyen | 09H32 | 02/01/2009 |
les malades dérangent car ils ne peuvent s'adapter à la société. Surtout quand celle-çi devient plus complexe et plus compétitive.
De Blaise11
I'm hard, but I'm fair. | 09H53 | 02/01/2009 |
J'attends le commentaire de moravagine, riverain et observateur désabusé…