« Les malades mentaux sont plus souvent victimes que criminels »
La fugue d'un malade mental jugé dangereux à Marseille (finalement rattrapé pendant la nuit du Nouvel An) a relancé le débat sur la psychiatrie.
Le psychanalyste et universitaire marseillais Roland Gori revient sur cet événement et sur les mesures annoncées par le président de la République début décembre, après la mort d'un étudiant grenoblois poignardé par un malade échappé d'un hôpital psychiatrique.
Roland Gori est l'un des trente-neuf premiers signataires de « La nuit sécuritaire », une pétition qui dénonce ce plan pour la psychiatrie de Nicolas Sarkozy.
Un plan « aux conséquences dévastatrices » selon les praticiens, hospitaliers et universitaires, mais surtout révélateur de cette « politique de la peur » menée par le président de la République et son gouvernement qui, bien au-delà de la seule psychiatrie, usent et abusent du sensationnel et du fait divers pour « imposer des mesures sécuritaires ».
Sécurité et qualité des soins en milieu psychiatrique… est-il aujourd'hui possible de concilier les deux ?
Qu'il s'agisse du drame de Grenoble ou de l'évasion d'un fou dangereux de l'hôpital Edouard Toulouse de Marseille, je voudrais d'abord dire que nous sommes obligés de prendre en compte la souffrance des familles des victimes et des patients eux-mêmes.
Cependant, je ne vois pas très bien comment nos sociétés pourraient éradiquer ces événements. A moins de penser que l'on puisse supprimer la folie, ou supprimer les différents troubles liés à la souffrance psychique ou aux souffrances sociales.
La question alors est : quelles réponses peut-on apporter à ces situations ? Bien souvent, on assiste à des crimes fous, heureusement isolés et statistiquement peu fréquents. Les médias jouent un rôle dans ce qu'ils donnent à voir de ces événements. Ils ne sont pas seulement un reflet, ils en sont aussi les acteurs, les déterminants.
Enfin, ce n'est pas par hasard si l'on montre les monstres. C'est souvent au moment même où l'on a besoin de préparer et de fabriquer une opinion, c'est-à-dire de faire de la publicité et de la propagande pour imposer des mesures sécuritaires.
Vous dites « des crimes statistiquement peu fréquents »…
Si vous prenez le rapport de la commission « Violence et santé mentale », en 2005, sur 51 411 mises en examen dans des affaires pénales, 212 ont bénéficié d'un non-lieu pour irresponsabilité mentale, c'est-à-dire 0,4% des crimes et des délits. Statistiquement parlant, le nombre de crimes et délits imputables à des malades mentaux est donc très bas.
Ce que l'on sait aussi, c'est que la prévalence des crimes violents contre les patients malades mentaux est, elle, douze fois plus importante que dans la population en général… Manifestement, les malades mentaux sont beaucoup plus victimes qu'acteurs de délits ou de crimes.
Or, le gouvernement et le pouvoir politique à son plus haut niveau ont connaissance de ces chiffres. On ne dit pas aux malades mentaux : on va vous protéger des réactions de la société, ce qui est le rôle de l'Etat, d'être tiers. Non, on dit à l'opinion publique : nous allons vous protéger des malades mentaux.
Pourquoi alors instrumentaliser la maladie mentale ?
Aujourd'hui, le président de la République utilise le fait divers pour faire passer sa politique ? Pour moi, l'instrumentalisation se situe à ce niveau-là, et elle est dramatique : on fait comme si une politique pouvait s'établir à partir de faits divers.
On ne fait pas une politique du soins à partir d'un schizophrène évadé d'un centre psychiatrique ou d'un drame qui se produit dans un service d'urgence, de Samu, ou autre… C'est extrêmement dangereux pour la démocratie.
Ce qui m'inquiète, c'est cette exploitation des émotions collectives, particulièrement dans un contexte de crise financière et de crise économique, qui va avec un écrasement des classes moyennes.
C'est le grand bond en arrière…
On peut alors se demander si, quelque part, nous ne sommes pas face à un renouveau du grand renfermement, tel qu'il a été à l'origine de l'hôpital. Il ne passerait pas forcément par les murs, pas une réclusion géographique, mais davantage par un quadrillage des individus et des populations, qu'on suivrait à la trace, avec la possibilité d'une surveillance numérique qui irait jusqu'au marqueur biométrique de l'humain.
Il y a cette inquiétude face à la possibilité, grâce aux moyens technologiques qui sont les nôtres, de réaliser le rêve biocratique, le rêve de biopouvoir qui était celui du totalitarisme du XXe. S'il n'y a pas de réactivité du social, du politique, du culturel face à ce quadrillage numérique des populations, jusqu'au grain le plus ténu de leur existence, ce risque est grand.
S'agira-t-il alors d'une nouvelle forme de totalitarisme ?
Oui, d'un totalitarisme light, mou, mais bien d'une forme de totalitarisme dès lors qu'on veut bien considérer qu'elle a une visée totalitaire, c'est-à-dire lorsqu'il n'y a pas de possibilité de repli intime ni de pensée qui échapperait à la surveillance du pouvoir.
Nous sommes aussi dans une culture de la réaction immédiate. C'est la culture du nouveau capitalisme, pour parler comme le sociologue Richard Sennett, avec ses nouvelles valeurs. C'est la promotion d'un homme conçu comme micro-entreprise libérale, autogérée, ouverte à la concurrence qui, sur le marché de sa relation aux semblables, doit être réactif, flexible, mobile.
Ce qui est fou, c'est qu'on vient d'avoir la preuve que cette idéologie libérale née du milieu des affaires conduit dans le mur et on essaye pourtant d'introduire ces valeurs qui ont fait la preuve de leur inefficacité dans le soin, dans l'éducation, dans l'information, dans la culture.
Comment cela se traduit-il dans notre système de soin ?
Il ne faut pas faire croire aux populations qu'on va les préserver du meurtre, de la folie, de la délinquance, parce qu'on enfermera un peu plus de fous, en passant, par exemple, de cinq unités pour malades difficiles (UMF) à neuf.
On ne dit pas qu'on a fermé un nombre de lits faramineux, qu'on a accru les cadences des soignants, qu'on a recomposé leur conception du soin, qu'on les a enfermés dans un système qui les empêche de bosser.
Ce qui compte, c'est l'acte. L'homme est réduit à ses actes, à ses productions. Et pendant qu'on nous jette en plein visage les éléments les plus monstrueux, les réformes actuelles de l'hôpital conduisent à une conception mercantile de la santé et du soin.
► Début janvier 2009, Roland Gori lancera un « Appel des Appels » pour fédérer les différents « mouvements de résistance » dans les domaines de la santé, de l'éducation, de la justice et de la culture et qui réunira, dans un premier temps, une centaine de signataires. (Ecouter l'appel)
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De skalpa
actif et militant ? | 20H56 | 01/01/2009 |
Je reposte ceci
( Désolé pour le harcèlement visuel et j'assume le réchauffé, mais il faut ce qu'il faut !
Et voici un petit lien à lire et éventuellement à signer si
Vous n'acceptez « pas que la plus haute autorité de l'État répande de tels propos qui laisseraient croire que les personnes atteintes de troubles psychiques font bien plus souffrir la société que celle-ci ne les aliène. Vous n n'acceptez pas non plus que ces citoyens soient jetés en pâture à la vindicte populaire pour maintenir de manière forcenée, irresponsable, le ferment de la peur. »
http://www.collectifpsychiatrie.fr/phpPetitions/index.php ? petition=1« >
et ce lien :
à lire et éventuellement à signer si
Vous n'acceptez “ pas que la plus haute autorité de l'État répande de tels propos qui laisseraient croire que les personnes atteintes de troubles psychiques font bien plus souffrir la société que celle-ci ne les aliène. Vous n n'acceptez pas non plus que ces citoyens soient jetés en pâture à la vindicte populaire pour maintenir de manière forcenée, irresponsable, le ferment de la peur. ”
http://www.collectifpsychiatrie.fr/phpPetitions/index.php ? petition=1
see ya !
http://kprodukt.blogspot.com
à skalpa
De Chou marin
kiné | 21H13 | 01/01/2009 |
Je signe ce genre de pétitions avec plaisir !
Deux choses sont en parallèle :
le sentiment public vis-a-vis de la folie, utilisé par le populisme pénal de Sarko.
Puis les causes : l'instauration d'une option de semi-responsabilité, cadeau de la psychanalyse dont se réclame Mr Gori. Car selon eux il n'y a pas de maladies, juste des choix.
Comment peux-t'on choisir de devenir schizophrène, quelles théories obscurantiste promulguent ces visions débiles et dépassées ?
Mr Gori, vous voulez causer, causez-donc !
Qu'on rie, jaune. Pendant ce temps-la, les patients souffrent, en prison.
à Chou marin
De eagle
médecin | 23H14 | 01/01/2009 |
arêter de délirer d'où tenez vous que la psychanalyse s'est mêlé de « semi responsabilité » ou de dire que la schizophrénie est un choix, ?
commencer par digérer les lectures difficiles ou lisez les bons livres avant de livrer vos avis trés péremptoires
sinon parlez en à votre thérapeute car visiblement vous avez un compe à régler
à eagle
De Chou marin
kiné | 23H34 | 01/01/2009 |
Vous n'avez qu'a chercher vous-même, enfin !
N'importe quel manuel de Droit pénal général, sous le chapitre responsabilité.
Et désolé de vous l'apprendre, mais la misdiagnose de la schizophrénie est une spécialité Freudo-lacanienne, l'inspiration de beaucoup trop de « spécialistes ».
De Jean de Lille
00H42 | 02/01/2009 |
Avant de signer la pétition vous devriez aller voir qui l'a signée avant vous. Sinon vous allez voir votre nom acollé à ceux de tout un régiment de psychiatres de psychanalystes et autres psychothérapeutes de tout poil.
Mais ce n'est pas ce devoir d'alerte qui me pousse à vous répondre une fois de plus. On ne doit pas connaître la même psychanalyse, si pour vous elle aboutit à la notion de choix (donc volontaire) de sa vie et de sa maladie. Il me semble au contraire qu'un des travers dans lequel beaucoup de psychanalystes sont déjà tombés c'est tout l'inverse : la déresponsabilisation totale du sujet en invoquant l'histoire avec le culte de l'événement traumatique déclenchant.
En ce qui concerne la maladie elle est toujours présentée effectivement non comme quelque chose d'extérieur au sujet mais comme la tentative ratée de résolution d'un conflit inconscient. Ratée puisqu'elle ne résout rien, maintient la souffrance, demeure énigmatique et souvent insensée. le travail de soin outre le soulagement de la souffrance c'est aussi permettre à la personne de trouver un sens à ce qui lui arrive afin que cela ne soit plus insensé justement. Cela n'implique nullement de notion de choix mais plutôt un certain déterminisme de ce qu'on nomme la causalité psychique.
Pour ce qui est de la notion de semi responsabilité, je ne sais pas si M. Gori en est l'adepte, c'est quelque chose que je ne maîtrise pas mais si elle se résume comme vous le faites, alors sur ce point je serais d'accord avec vous pour trouver cette notion étrange, floue et donc finalement assez dangereuse.
Mais bon ce qui me semble encore plus dangereux c'est que la médecine et non la biologie soit appelée à la rescousse pour justifier une réglementation qui sous tend une normalisation des comportements. A travers les paroles d'experts il y a souvent une opération de prise de pouvoir et d'aliénation d'autrui. De nombreux psychanalystes se sont mis dans cette position en faisant croire que leur pratique leur donnait un savoir qui leur permettait de donner un avis sur tout. (Voir Mme Agazinski qui a distillé à son compagnon Jospin, un certain nombre de notions parfaitement contestable dans un domaine qui n'était pas le sien).
Mais pour revenir à l'article il me semble que M. Gori s'occupe d'un champs qui le regarde comme praticien hospitalier. Pour une fois que les psy se mettent à défendre les malades je pense que ce n'est pas condamnable même si on n'est pas totalement d'accord avec ce Monsieur que personnellement je ne connais que de nom.
De Chou marin
kiné | 10H37 | 02/01/2009 |
Avez-vous regardé dans un livre de code pénal général ?
De plus, et parce que je suis l'actualité psy depuis longtemps, je peux vous assurer que si Mr Gori monte au créneau pour défendre les patients, maintenant, c'est juste parce qu'il s'oppose a l'évaluation de ses méthodes d'un autre age. Il accumule donc « appels » et colloques. Et pendant ce temps-la, des patients ne reçoivent pas de soins adéquats, juste de l'écoute, ce qui pour les maladies graves, marche aussi bien qu'un cataplasme sur une jambe de bois. Pas de quoi s'étonner que la camisole chimique soit aussi largement utilisée.
A l'étranger, il y a des lieux de vie ouverts, et donc pas de psychanalyse pour les troubles graves.
Encore une fois, c'est les psychanalystes qui ont fait introduire le principe de semi-responsabilité pour les fous en droit, il feraient mieux de pas trop se la ramener, au vu de l'actualité.
Je signe cette pétition car ce sont tous les professionnels qui sont concernes, toutes tendances confondues.
à Chou marin
De Jean de Lille
10H51 | 02/01/2009 |
La psychanalyse n'a jamais empêché de s'occuper correctement des malades : voir la mouvance institutionnelle et son accompagnement , le secteur : Tosquelles Oury, Gentis, Delion, Balat, et le dernier livre de Claude Jeangirard : « la psychose un devoir d'hospitalité ». Comme quoi ce n'est pas la psychanalyse qui est fondamentalement en cause mais le mésusage qu'on peut en faire. Mais la mauvaise foi pour détourner des principes à un usage privé est répandu bien au dela du champs psy.
à Jean de Lille
De Chou marin
kiné | 23H11 | 02/01/2009 |
Je suis d'accord avec vous. Mésusage est le bon mot.
Et regardez comment les gens vous nazent quand vous osez dire des vérités.
Sauf que.. Delion ? l'inventeur du Packing, une pratique barbare et débilement inefficace, une torture pour les autistes, une des idées issues encore une fois du délire Freudien cher a la vieille garde ?
De Le Yéti
yetiblog.org | 20H57 | 01/01/2009 |
LE TAG ASSASSIN
Dans les tags figurant en fin de cet article sur les « malades mentaux, il y a “Marseille”, “psychiatrie”… et “Sarkozy” ! ! !
Vous aussi, vous avez fini par faire le rapprochement ?
De Phil2922
Retraite invalidité | 21H06 | 01/01/2009 |
Allez je cafte tant pis : Un malade mental s'est réfugié à l'Elysée depuis le 7 mai 2007. Je suis volontaire pour vous donner un coup de main pour aller le chercher. Le temps presse, son égo s'est schizophréné… ! !
http://phil195829.overblog.com
De siko
cherche un moyen élégant pour gagne... | 21H07 | 01/01/2009 |
Si on commençait par appliquer ce plan sur Sarko lui-même. Lui qui est reconnu par tous les psychiatres comme un cas clinique.
à siko
De fraistival
Journaliste spécialisé | 23H17 | 01/01/2009 |
Tout cela me semble être un débat intéressant.
Néanmoins, il faur rester proche du sujet. Imaginons que le malade mental en question ait tué l'amant de sa grand mêre tout simplement par vengeance. On peut imaginer qu'il ait pu subir, enfant, quelque cruauté de la part de cet adulte ou d'un autre, on ne devient pas schizo par hasard.
Imaginons que, malgré leur grande expertise, mais l'étroitesse de leur temps disponible, les psy libéraux n'aient pas réussi à faire remonter les causes de ce passage à l'acte, et de la souffrance qui y a conduit.
On déclare donc fou dangereux un type qui pourrait être sauvé simplement par un travail collectif. Un fou dangereux qui n'aurait plus rien à faire dans une sctructure d'enfermement. Dont il n'est sorti que pour se cuiter, comme tout le monde à cette époque de l'année, apparemment ! Donc il est peut être normal, mais personne ne prendra l'initiative de revenir sur une décision de justice.
Maintenant généralisons.
- Pourquoi la connaissance scientifique emmagasinée par les psy n'est t'elle pas mieux exploitée pour tracer les parcours qui conduisent à des situations de pathologie mentale courantes ? Ce fut le travail de Freud avant que la psy devienne une vraie discipline commerciale exercée dans un cadre libéral. Peut être que personne n'y a vraiment intérêt : plus il y a de fou et de malades, plus on gagne ! (j'ai vu une psy qui prenait ses rdv par téléphone pendant la consultation, et je suis pas le seul, les infirmiers qui travaillent dans les centres pourraient vous en dire plus sur les dérives des « tout puissant » médecins).
Celui qui gagne le plus ou qui a le plus d'entregent universitaire est ensuite celui qui ira expertiser à grands frais pour les tribunaux. Il deviendra un référent alors que ce n'est pas forcément le plus honnête sur le plan intellectuel. Mais on sort du sujet…
- Pourquoi le gouvernement ne demande t'il pas un travail de fond sur ces sujets aux psys et aux ex malades guéris afin de pouvoir déterminer les meilleurs parcours de guérison ?
On le voit sur ces deux exemples. Ce qui compte avant tout c'est « apprentissage à la vie collective, à la responsabilité, au respect de l'autre tout en restant vigilant qui font avancer le plus la société. La on nous sert une espèce de recette de gens en panne d'imagination, sans méthode, sans volonté de faire mieux. Pendant ce temps la les tribunaux enfourne les gens en taule ou en psy pour des babioles. Le dernier en date : 5 ans de taule pour 6 barettes de shit à 20 ans (1er récidive), autant pour 25 trentenaires qui avaient dealé les ballots de coke échoués sur la cote landaise ! (Freud aurait pris 25 ans).
Le problème c'est aussi de se demander comment nous pouvons enfanter de tels monstres….
à fraistival
De Chou marin
kiné | 00H03 | 02/01/2009 |
« - Pourquoi le gouvernement ne demande t'il pas un travail de fond sur ces sujets aux psys et aux ex malades guéris afin de pouvoir déterminer les meilleurs parcours de guérison ? »
Des rapports existent, des assoc de patients aussi, on sait ce qu'il faut faire, et pourtant, on continue de mal soigner.
Rajoutez a cela un gouvernement comme le notre et on va bientôt faire fusionner asiles et prisons.
De Quen_tin
22H46 | 01/01/2009 |
Une petite remarque technique.
Sans vouloir critiquer la teneur générale des propos, auxquels j'adhère, je tiens à signaler que le traitement des statistiques est fallacieux.
On dit :
- 0,4% des crimes sont commis par des malades mentaux
- les crimes envers les malades mentaux sont 12 fois plus importants qu'envers les personnes « normales »
On met sur le même plan des statistiques qu'il est impossible de comparer sans connaitre la proportion de malades mentaux dans la population.
Cette proportion est peut être de moins de 0,4%, et peut être même de 12 fois moins que 0,4%, en quel cas les malades mentaux seraient autant « plus agresseurs » que « plus victimes », contrairement à la conclusion qui est tirée.
Ce mauvais usage des statistiques est typique de la manipulation d'opinion.
à Quen_tin
De Quen_tin
22H54 | 01/01/2009 |
Pour être précis il faudrait dire soit :
- 0,4% des crimes sont commis par des malades mentaux
- x % des crimes sont commis envers des malades mentaux
ou bien :
- les malades mentaux sont 12 fois plus victimes de crimes que les peronnes « normales »
- les malades mentaux commettent x fois plus de crimes que les personnes normales
Mais mélanger les deux est trompeur car la proportion de malades mentaux est relativement faible.
à Quen_tin
De Chou marin
kiné | 23H03 | 01/01/2009 |
Euh.. j'ai jamais été très bon en maths, mais multiplier par douze un pourcentage, quel qu'il soit, ça fait plus,non ?
En revanche, la manipulation, je m'y connais, c'est un de mes sujets préféré, vous vous y essayez ou c'est une simple erreur de votre part ?
à Chou marin
De Jean de Lille
01H13 | 02/01/2009 |
Pour aller dans votre sens (une fois n'est pas coutume) il y a une donnée qui n'est pas dites dans le texte quand on donne 0,4 % en tirant cette donne des statistique judiciaire dans lesquelles le prévenu à été déclaré irresponsable au moment des faits. Cette donnée est qu'à la suite de pression idéologique ce nombre a drastiquement chûté il doit y avoir 20 ans (peut-être est-ce ce que vous nommez la semi responsabilité), comme si il y avait beaucoup moins de malades mentaux maintenant qu'avant. Mais la questions de la pénalisation des malades a aussi été prise sous l'angle (à un moment donné) de l'intérêt des malades car irresponsable pénalement le malade aboutissait à un hôpital de force (H Collin Condillac, Sarguemines) d'où pour certain il était très difficile de sortir. Donc pour certains militants de cette époque le pénal était préférable , si toutefois il y avait des soins en prison, car là il y avait une échéance fixée par le tribunal.
Il se trouve qu'effectivement les soins en prison sont de très mauvaise qualité, que les malades mentaux sont surreprésentés dans la population carcérale, que par ailleurs les hôpitaux sont dépeuplé de leurs patients et qu'à la fermeture des lits il n'y a pas eu d'ouverture de structure alternative de vie pour les malades comme cela avait été promis. Donc non seulement les malades sont en prison, mais souvent ils sont pas soignés si leur entourage familial n'est pas attentif, et ils sont nombreux à être SDF. ce qui rejoint une autre partie de l'actualité
De jexiste
si, si | 13H15 | 02/01/2009 |
L'ARGUMENT DE LA FERMETURE DES LITS EST FALLACIEUX.
Pour vous en convaincre, je vous donne quelques chiffres connus en 2004 en vous précisant que la tendance ne s'est pas inversée depuis, elle est toujours la même.
En 2001, selon les données de la DREES (Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques), le nombre de lits en psychiatrie était de 62349, avec un taux d'occupation de 86,3%.
Le nombre des hospitalisés en psychiatrie à un instant t est donc sensiblement le même que celui des détenus, mais avec une durée moyenne d'hospitalisation en psychiatrie de 34,2 jours en 2001, le turn-over y est beaucoup plus important qu'en détention en établissement pénitentiaire (et le jugement préalable parfaitement inutile…).
En parallèle à la diminution continue de la durée moyenne d'hospitalisation en psychiatrie (en 1970, elle était de 250 jours), le nombre des « patients pris en charge » sur une année n'a donc cessé de progresser, pour atteindre 1,2 millions d'adultes au début des années 2000, alors qu'il était de 708000 en 1989.
Une étude de la DREES de 2004 montre que le taux de recours dans les secteurs de psychiatrie générale (nombre des patients vus au moins une fois dans l'année rapporté à la population âgée de plus de 20 ans du secteur) est ainsi passé de 17 patients pour 1000 habitants de plus de vingt ans en 1989, à 21 pour 1000 en 1995, et à 26 pour 1000 en 2000.
Par ailleurs, je confirme ce que dit Chou marin sur les tendances bien plus répressives que curatives de la psychiatrie française, elles sont bien d'inspiration psychanalytique, au moins dans les discours qui les habillent, culpabilisant toujours des victimes afin d'éviter à l'ensemble du corps social de s'interroger sur son fonctionnement, ses dysfonctionnements, ses responsabilités.
Les Américains n'étant pas aussi réticents que les Français à poursuivre et condamner délinquants et criminels, ils n'ont pas non plus besoin de ces contorsions psychanalytiques pour culpabiliser les victimes de crimes et délits non reconnus et les traiter contre leur gré.
D'où, également, des soins plus adaptés pour les malades mentaux, les vrais, car débarrassés de toutes ces singeries.
à jexiste
De Chou marin
kiné | 13H48 | 02/01/2009 |
Et c'est la que se situe le problème : des soins plus adaptés.
Je suis indigné car ce n'est pas ce Mr Gori qui veut aider la France a rattraper son retard en la matière, bien au contraire. Les patients souffrent et leurs familles aussi
Vivement la relève !
à jexiste
De jexiste
si, si | 16H11 | 02/01/2009 |
Il manque une précision dans ce que j'ai dit plus haut : la diminution drastique du temps moyen de l'hospitalisation en psychiatrie depuis les années 1970 résulte de l'évolution des traitements médicamenteux, de plus en plus costauds, aptes à réduire la crise psychotique ou à incapaciter le gêneur (selon les cas) sous un délai de plus en plus bref. Dans le même temps, le nombre de lits n'a pas diminué dans d'aussi grandes proportions, ce qui a permis un accroissement considérable du nombre de personnes psychiatrisées (à tort dans de nombreux cas).
Alors que ce sujet complexe mériterait de longs développements et nombre d'explications très détaillées sur ses divers aspects, je fais des commentaires à la va-vite, un peu dans le désordre, en fonction des autres interventions et des opportunités de débat que nous offre ce site. Je renvoie ici le lecteur curieux à quelques unes de ces discussions récentes :
http://www.rue89.com/2008/09/26/maladie-mentale-arretez-davoir-peur-de-n…
http://www.rue89.com/marseille/2008/10/01/monsieur-d-met-en-greve-la-psy…
http://www.rue89.com/2008/10/18/antidepresseurs-peut-nuire-a-la-sante-de…
http://www.rue89.com/2008/12/28/un-fou-dangereux-echappe-dun-hopital-a-m…
http://www.rue89.com/derriere-le-barreau/2008/12/29/le-tribunal-souhaite…
Le présent article portant essentiellement sur l'instrumentalisation de faits divers par le pouvoir en vue d'un tour de vis sécuritaire, je rappelle que la préparation de l'opinion publique dans cette optique a commencé avec le double meurtre de Pau du mois de décembre 2004, survenu dans la continuité d'une mise en lumière particulière d'interrogations et discussions dont l'essentiel se retrouve dans les trois textes suivants :
http://www.assemblee-nationale.fr/12/propositions/pion1459.asp
http://www.assemblee-nationale.fr/12/rapports/r1598.asp
http://www.assembleenationale.fr/12/propositions/pion1958.asp
à jexiste
De XXXXXXXX
courageux | 17H20 | 02/01/2009 |
C'est à Bohars, à Bohars, à Bohars, c'est à Bohars qu'il nous faut !
à XXXXXXXX
De jexiste
si, si | 19H58 | 02/01/2009 |
Ah, Bohars… ses spirites, ses dessous-de-table tournants, ses pendus en série, ses proxénètes, violeurs et pédophiles… quel bouquet !
à jexiste
De Chou marin
kiné | 18H27 | 02/01/2009 |
Je suis plongé dans la lecture de vos liens, merci !
à jexiste
De jexiste
si, si | 21H42 | 02/01/2009 |
Tiens, une illustration de mes propos sur certaines différences France/USA :
http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2009/01/02/01011-20090102FILWWW00375-u…
Noter les réactions éberluées des lecteurs de cette dépêche…
à jexiste
De Jean de Lille
22H34 | 02/01/2009 |
Non soyez vraiment sérieux et regardez le nombre de lit fermés depuis trente ans. Mais ce n'est pas ce que je regrette le plus ce qui fait défaut actuellement ce sont de vraies structures d'accompagnement des malades plutôt que de les laisser les malades à la déshérence et de ne découvrir leur existence quà l'occasion de drames.
Les nouveaux médicaments permettent des traitements plutôt moins assommants qu'il y a 20 ans, mais évidemment ça ne règle pas tout. en particulier pas le premier point et l'absence d'un vrai souci thérapeutique explique facilement le turn over des malades qui reviennent régulièrement quand il ne sortent pas de la filière soins par la désinsertion qui conduit certains à être SDF, emprisonné et parfois morts.
Les américains connaissent les mêmes problèmes peut-être en pire du fait de l'absence de système de sécurité sociale publique. On a rarement vu des malades mentaux gravement atteints se mettre à jour de leur cotisation d'assurance sociale et payer des surprimes à leur assurance privée du fait de la fréquence des hospitalisations ou des traitement continus. Dans ce pays ceux qui sont l'objet d'attention sont effectivement les malades qui sont passés à l'acte de manière délictueuse ce qui fait qu'un nombre important de malades qui ne sont plus soutenus par leur famille ni spécialement dangereux se trouvent à l'abandon. Ce n'est certainement pas le système que je voudrais voir se développer ici.
Ce qui est drôle c'est que vous accusez la psychiatrie française d'être répressive et que vous admirez les américain de n'être pas complexé de pénaliser les malades.
Enfin sur la question du discours qui habille le discours répressif deux observations : Il y a effectivement un certain nombres de psychanalystes qui ont servi la soupe aux tenant de la répression (je faisait allusion à Mme Agazinski dans un de mes post qui a joliment défendu la répression pour faire valoir selon elle « l'instance paternelle »)
La deuxième c'est que vous ne lisez pas ce qu'écrivent les gens qui travaille dans ce milieu. ll y a un certains nombre de contribution Ce n'est pas de la psychanalyse dont il se plaignent tous soulignent l'absence dramatique de moyen et de soutien, la fin de la formation des infirmiers psy, l'absence de temps toujours consacré à des actes, des papiers administratifs et comptables… au détriment de la relation avec les patients. Il voudraient bien faire leur boulot mais il n'ont pas d'autre choix que de revenir les gardiens dont justement le discours psychanalytique les avaient sortis il y a 50 ans.
Cette situation de la psychiatrie en France contrairement à ce que vous dites n'est pas le fait des tenants des vieilles lunes psychanalytique mais bien le fait des soit disant modernistes qui ont fait leur place dans l'hôpital et le système de santé contre la psychanalyse en donnant un coup de ripolin à des conceptions encore plus anciennes que la psychanalyse essentiellement idéologique. Le résultat c'est,( l'avez vous remarqué dans la fameuse évaluation dont on nous rebat les oreilles ? ), l'absence du principal intéressé : le patient. C'est l'administration qui évalue ce n'est ni les malades ni leur proche. Croyez vous vraiment naïvement qu'à l'heure actuelle l'administration hospitalière, ou celle de la sécurité sociale ou encore prochainement les ARS ont vraiment le souci de ce qui se passe dans la tête des malades, et ce qui est bien pour eux. En dehors du respect des procédures écrites pour les autres ils ne connaissent rien à la réalité ni du terrain ni du psychisme.
Bon je m'arrête et je ne pourrai pas répondre à d'éventuelle réponse car je serai absent plus de 5 jours à partir de demain. je vous remercie de vos contribution et aussi de m'avoir permis d'exprimer mon point de vue.
Cordialement
à Jean de Lille
De Chou marin
kiné | 23H51 | 02/01/2009 |
Dommage en effet que ce ne soient ni les malades ni leurs proches qui évaluent, le nettoyage serait plus rapide. Vivement la relève, fini les chèques en blanc a l'incompétence. Quand on soignera enfin humainement et efficacement, ça ira mieux. Libre a Gori et aux autres d'aller dans le privé pour « suivre » des gens moins malades mais plus riches.
à Jean de Lille
De Chou marin
kiné | 23H52 | 02/01/2009 |
Je suis méchant. Mais beaucoup plus : indigné par votre mauvaise foi.
à Chou marin
De Jean de Lille
00H29 | 03/01/2009 |
Désolé, je ne suis pas de mauvaise foi. J'ai fait l'effort de comprendre votre point de vue que je ne partage pas, mais je vois bien là dedans quelles sont les responsabilité des mandarins psychiatres anciens ou modernes. Par contre il y a des évolutions et des réalités que je connais tout simplement pour avoir eu les mains dans le cambouis toute ma vie, sans d'ailleurs en tirer ni profit ni gloire, mais il a donc fallu que je me tienne au parfum de ce qui se passait dans le vaste monde et il y a des choses que je ne peux pas laisser dire sans apporter un point de vue contraire.
à Jean de Lille
De Chou marin
kiné | 10H36 | 03/01/2009 |
Je comprends un peu mieux et m'excuse de mon ton envers vous. Je crois cependant que vous êtes mal renseigné et que de plus vous ne saisissez pas les nuances de mon point de vue.
Je ne suis pas contre la psychiatrie ni les psychiatres en général.
Je suis en revanche, comme d'autres intervenants sur se forum, très au courant des causes réelles de la crise de la psychiatrie française. Sans vouloir répéter le commentaire de BFA (voir plus loin) je peux résumer qu'en conclusion, il est absurde de cautionner des méthodes visiblement inefficaces,et défendre ses amis contre l'évaluation de leurs pratiques sous couvert de je ne sais quels fallacieux prétextes, retournant sa veste pour aller dans l'air du temps.
Je ne vois pas l'intérêt du patient ici, je sens bien en revanche la peur d'un retour de bâton après des décennies d'idioties thérapeutiques sans contrôle aucun.
Mon addition dans cet argumentaire, en tant que conjoint d'une juriste, ne fait qu'enfoncer le clou concernant l'indécence de monsieurs comme Mr Gori : c'est bel et bien leur système d'interprétation de la maladie mentale qui a introduit le concept de semi-responsabilité en droit pénal général. Ce fut un retour en arrière, le résultat, d'une vision réac de l'homme et de sa psychologie. C'est ainsi que des politiques bien réacs peuvent donner le feu vert a des magistrats du même acabit, pour suivre des experts du même ton, et condamner un malade pourtant considéré civilement comme 100% irresponsable.
Ne cherchez pas l'erreur, il n'y en a pas, tout est légal. Bon boulot, très humain en effet, merci hein. Et vive la psychanalyse Française.
à Jean de Lille
De jexiste
si, si | 11H02 | 03/01/2009 |
Le plus gros problème de la psychiatrie française, c'est que la priorité de ses priorités n'est pas le malade mental, mais le dissident, l'opposant, le témoin gênant ou la victime encombrante qu'il s'agit d'éliminer le plus discrètement possible, c'est-à-dire par des moyens frauduleux et à grand renfort de fables en tous genres.
La moitié des internements sous contrainte sont abusifs. Qu'on arrête de traiter en psychiatrie des gens qui n'ont rien à y faire, et les vrais malades auront tout de suite bien plus de moyens à leur disposition, et de meilleurs soins.
Je suis sérieuse et ne m'arrête pas à des apparences trompeuses, comme la fermeture de lits.
Les nouveaux médicaments ne sont pas moins assommants qu'il y a vingt ans, ils provoquent moins d'effets secondaires pour un résultat analogue sur les troubles psychiques, si bien qu'à l'hôpital les psychiatres s'autorisent à en prescrire des doses massives, sans commune mesure avec celles que préconisent les fabricants eux-mêmes, jusqu'à obtention des effets secondaires à un seuil critique, comme avec les premiers neuroleptiques.
Notez au passage que ces derniers auraient dû disparaître, mais non, au grand étonnement des fabricants, ils sont toujours très usités en milieu hospitalier, où ils restent prisés, précisément pour incapaciter les gêneurs de tous poils avec leurs effets secondaires prononcés, mais pas seulement. La notion de faute du malade ou présumé tel qui imprègne la pensée des psychiatres du courant psychanalytique a pour pendant celle de la punition qu'ils se doivent d'infliger. Les effets secondaires des neuroleptiques font alors partie du tableau : ils collent la tremblante à leurs patients pour les humilier, les dégoûter d'eux-mêmes. Ces mêmes psychiatres font montre d'un besoin pathologique de garder leurs patients sous leur dépendance, et naturellement, d'en avoir toujours plus. Ils mesurent leur pouvoir à l'aune du nombre de lits qu'ils contrôlent. Ce sont eux qui poussent des cris d'orfraie à chaque fermeture de lit et s'opposent à toute solution alternative.
Je lis les contributions des professionnels, je les écoute, je les connais avec tous leurs travers, et je reste critique.
Enfin, je ne suis pas une fan du système américain, mais lui reconnais sur certains points des qualités qui font sérieusement défaut à son homologue français.
Par exemple, l'obligation de soins n'existe pas outre-Atlantique, même dans le cadre de l'internement sous contrainte.