Voyage chez les collectionneurs de l'ultradroite

Reportage à Toulon, où trois boutiques sont les repaires des nostalgiques du régime de Vichy et de l'occupant nazi.

Des armes, munitions et divers objets saisis par la police portugaise, Lisbonne avril 2007 (Nacho Doce/Reuters).

(De Toulon) Un commerce fait florès dans la capitale varoise : les enseignes dites « Militaria », mot latin désignant tous les artefacts qui témoignent du passage ou de l'activité des armées, de tout pays et de toutes les époques. Elles fournissent des objets éminemment politiques en invoquant une neutralité historique.

Ces antiquités militaires sont ainsi collectionnées par des « reconstituteurs ». Si certaines, honnêtes, se plaisent à pérenniser l'héritage de l'US Army libératrice, d'autres choisissent la Wehrmacht, voire ouvertement la SS, quand ils ne cultivent pas la nostalgie de la division Charlemagne.

La France réglemente théoriquement cette activité avec sa législation sur les armes, l'application du jugement du tribunal de Nuremberg, l'article R645-1 du code pénal, ainsi que par la loi Gayssot du 13 juillet 1990.

Mais la reconstitution d'unités prend parfois des tournures surréalistes quand des collectionneurs revêtent leurs uniformes pour jouer à la guerre en entonnant des chants d'époque, ou diffuser un contenu politique.

Pour exemple, ces tracts issus de la fanatique association aujourd'hui dissoute « Vent d'Europe », rédigés par un militant du Front national de Fréjus, Eric Refait.(Voir les documents ci-dessus et ci-dessous.)

Une boutique à deux pas du palais de justice

L'inspection toulonnaise débute au « Béret vert », 217 avenue de la République, à cent mètres de la mairie. Un commerce ouvert après la victoire du FN aux municipales, en 1995.

Des casques, des décorations nazies, ainsi que des « Mein Kampf » en allemand trônent bien en vue. Article « collector », deux assiettes commémoratives du Maréchal Pétain s'y trouvent, ornées de francisques et de la devise « travail, famille, patrie ». On comprend le silence de l'ancienne kommandantur voisine sur ce genre d'activités, mais moins celui du maire actuel, Hubert Falco…

Quant à « Ma boutique », la plus vieille échoppe militaria de Toulon située à deux pas du palais de justice, elle fût ouverte en 1986. Aimant la Wehrmacht et ne s'en cachant pas, c'est un véritable entrepôt.

Des pistolets aux grenades, des casques aux bottes, on y équiperait une division de volksgrenadier. La littérature n'y est pas consignée. On y trouve des ouvrages d'anciens dignitaires nazis. A la sortie de la boutique, un client justifie sa collection :

« J'aime être au contact d'objets portés par d'anciens soldats. C'est important pour moi d'honorer leurs mémoires. »

L'activité s'étend aujourd'hui sur le net, à l'image de Militaria-ww2.com ou de Militaria.fr, véritables archétypes de l'hypocrisie ambiante. Rappelant la loi, ils proposent ensuite médailles, casquettes à aigle ou tête de mort, baïonnettes, dagues, drapeaux, brassards, grenades à manches, lance-fusées, masques à gaz, boîtes de pansements, jumelles, gants, lanternes… Tout s'y trouve pour aller envahir la Pologne.

Que fait la police ?

Face à cet arsenal, le service juridique de la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (LICRA) explique :

« Le code pénal interdit de porter ou d'exhiber des uniformes SS dans des lieux publics, y compris dans les boutiques. Mais le cadre juridique de ces commerces fait face à l'hypocrisie des vendeurs qui cachent souvent la croix gammée. »

L'effroyable culmine chez « Histoire d'Antan » (sic), ouvert en janvier 2006, au croisement de la rue Saunier et de l'avenue Jean-Moulin. Le fourrier garantit :

« Tout est en vente libre ici. C'est vrai que souvent on monte la tête aux gens avec des “faut rien faire, faut rien dire”, mais il n'y a que la croix gammée d'interdite. »

Pour conjurer la loi, de pudiques gommettes jaunes d'un centimètre se trouvent sur l'écusson d'une vareuse SS. Mais comment ne pas croire un commerçant qui travaille en face de la police nationale ! Il suffit en effet de faire vingt mètres, en traversant sur le passage protégé, pour se rendre du commissariat central de Toulon au magasin le plus équipé de la ville en articles « militaria » nazis.

Au sujet de la revue Signal, en vente dans sa boutique -fausse antiquité militaire mais réel vestige politique de Goebbels- l'imposant vendeur bombe le torse :

« C'est soumis à aucune restriction. C'est de la publication, c'était le Paris-Match de l'occupation, je peux même le mettre à la vente en vitrine si je veux. »

Quant aux brassards nazis et drapeaux du NSDAP qui s'y trouvent, la LICRA est formelle :

« Ce genre d'objets n'étant par essence qu'une croix gammée, ils sont illégaux. »

Reste une question. Nous n'avons pas osé demander aux nombreux clients réguliers sortant du magasin et portant l'uniforme de la police nationale s'ils étaient bien de véritables fonctionnaires ou de simples collectionneurs…

Photo : Des armes, munitions et divers objets saisis par la police portugaise, Lisbonne avril 2007 (Nacho Doce/Reuters).

6 commentaires sélectionnés

Portrait de I.P

De I.P

Flat4 | 15H39 | 05/12/2008 | Permalien

Mais au final c'est quoi le problème ? Il faudrait sortir un peu de France parfois, des boutiques comme ça il y en a dans plein de pays de l'UE avec pignon sur rue et ne cachant même pas la croix gammée. Une fois j'ai même vu dans une de ces boutiques une mitrailleuse de la Wehrmacht exposée graissée et chargée !

Ça vous aiderait à trouver le sommeil si ce commerce se faisait sous le manteau en commandant à ces boutiques étrangères sur Internet ? Moi je préfère 100 fois voir les bons gros nazillons se promener en uniforme SS, au moins on sait qui on a en face de soi.

Et puis n'oubliez pas qu'il y a des vrais passionnés de militaria qui n'ont rien de nazillons nostalgiques. Pensez par exemple aux collectionneurs de voitures anciennes qui récupèrent une KDF, une Schwimmwagen ou un Kübelwagen (des dérivés de coccinelle VW utilisés par l'armée allemande), est ce qu'on doit aussi les montrer du doigts parce que leur véhicule a sans doute été impliqué dans des morts ?
Si oui pourquoi est ce qu'on devrait considérer la collections de véhicules de guerre US plus acceptable ? Un obus de tank Sherman qui traverse une maison ça fait moins mal qu'un obus de Tigre ou quoi ?

Portrait de deckarudo

De deckarudo

16H07 | 05/12/2008 | Permalien

Tous des néo-nazi nostalgiques du IIIe Reich, bien sûr… J'achète régulièrement une revue sur l'histoire militaire de la 2GM, et je me prends systématiquement des réflexions comme « la guerre c'est pas bien, hein ! »… Comme si ça n'était pas une évidence pour celui qui LIT et S'INFORME sur ces événements tragiques.

Je suis moi-même collectionneur et historien amateur, je tiens par exemple de mon grand-père un prospectus de Pétain datant de 1942. Est-ce que ça fait de moi un Vichiste, ou bien une sorte de nostalgique d'extrême-droite ?

Bien entendu, je comprends qu'on puisse trouver cela très dérangeant ou morbide, mais de grâce, pas de généralités ! Ceux qui se déguisent ou collectionnent ces reliques du passé sont généralement bien mieux informés sur les crimes de guerre et autres méfaits perpétrés par la Wehrmacht, la SS, les Waffen SS, que n'importe qui d'autre.

Personnellement, je trouve ces types moins dangereux que certaines personnes qui tiennent de plus en plus souvent des propos sur les valeurs familiales, l'armée, l'honneur ou la fierté d'être français… Mais bon, à chacun son histoire et ses peurs…

Portrait de Oister

De Oister

Bruleur de drapeaux. | 16H26 | 05/12/2008 | Permalien

Il y a un peu plus de 10 ans. Certains faisaient des « fêtes » dans la forêt… jusqu'à ce qu'un préfet décide que cela suffisait.
Nous pouvions donc aller boire en boite de nuit pour engraisser la mafia (souvent « amie » de nos hommes et femmes politiques locaux et nationaux). Libre à nous de mourir ivres morts sur la route, puisque nous faisions travailler les services de secours et nous rapportions de l'argent à des soutiens politiques.

Bref, pour aller s'amuser dans la forêt, nous achetions souvent nos habits dans les stocks militaires. Pas chers, solides et d'une couleur qui dispensait d'un lavage trop fréquent.
Dans les stocks en question nous étions au mieux considérés comme des clients au pire comme des punks de merde qui auraient mieux fait de se trouver un boulot et une carte au FN…

Je pense à un magasin en particulier, qui se trouve à Pont de l'étoile (près d'aubagne).
Allez y, si vous habitez dans le coin.

Cemagasin ne vend pas à ma cnnaissance de « souvenirs » comme ceux que vous évoqués dans l'article.

Vous y verrez cependant des photos prises pendant des « reconstitutions » de défilés militaires mettant en scène des enfants au milieu d'adultes (ceux des patrons ou d'amis probablement) accoutrés d'uniformes militaires…
Le magasin s'appelle « Le casque bleu ». J'en rirai presque.

Vous me direz que ce n'est pas pareil, qu'il s'agit d'uniformes d'armées régulières.
C'est juste douteux. Je me demande quelles autres photos nous pourrions trouver dans leurs albums ou leurs ordinateurs (comme ça, par mauvais esprit).
Au même moment sont arrêtés quelques éleveurs de chèvres mangeurs de légumes bio pour : sabotage, terrorisme et atteinte à la sureté de l'état.
Le fait que certains représentants du chainon manquant aillent se fournir en breloques de l'époque du Reich est gênant, certes, que n'importe qui puisse aller acheter en toute impunité de quoi se faire une petite guerre me dérange un peu plus.
Allez voir, vous trouverez tout ce qu'il faut :
armes blanches : couteaux de combats, poings américains, lacrymogènes (et le délicieux gilet qui va avec…)
Equipements de protection : casques, lunettes, gilets pareballes, gants, uniformes… Chaussures… tout.
Même des jeeps, motos…
Pour les armes à feu, voyez auprès de jeunes en bas d'escaliers dans les cités. Seulement celles qui craignent…à partir de 150 euros, on commence à faire des trous dans de la tôle…
Je me dis que si quelques fous de dieu veulent imiter leurs amis indiens par exemple et s'amuser dans une de nos grandes villes, ils ont tout à portée de main pour être encore plus efficace. Un martyr avec un casque lourd et un gilet pare balle est certes prêt à mourir mais vous aurez plus de mal à le… « neutraliser ».

Bienvenue en France sécurisée par Monsieur Sarkozy, ou la lutte contre le terrorisme se fait avec nos « amis » américains en Afghanistan.
A moins que Dassault n'ait des armes à tester ?
C'est toujours mieux de monter des opé en réel pour tester le matos…
Mais c'est une autre histoire. Je m'égare.
En tout cas, vos gamins risquent pas fumer du shit au collège ! Ca c'est important…

Portrait de durutti91

De durutti91

fonctionerf | 20H04 | 05/12/2008 | Permalien

Je suis joueur de jeux d'histoire et ancien vendeur, tu prends un jeu sur le débarquement, tu mets en couverture des soldats anglais, tu vends rien, des soldats us tu vendras mieux, surtout si c'est des paras tu mets un boche et c'est carton !
Et dans les tournois c'est pareil, la moitié des joueurs s'alignent en allemands.

Les stéréotypes diffusés par les nazis en leur temps et leur descendants aujourd'hui contribuent à entretenir cette iconographie et cette idéologie du soldat allemand héroïque dans une Europe assaillie de toutes parts et notamment par les hordes russes. Les russes ont gagné par le nombre, c'est connu tout comme le soldat SS qui est un soldat d'élite, foutaise.
Les SS détournaient le matos de la whermacht , leur taux de pertes étaient plus élevés car leurs officiers n'étaient pas toujours à la hauteur, quant aux massacres, la heer n'a rien à leur envier, Rommel était un nazillon jusqu'en 44.

Je m'énerve, je m'énerve, lisez donc Le bouquin de jean luc leleu sur la waffen SS chez Perrin, il casse le pseudo mythe de cette élite.

Regardez les pseudos des joueurs sur internet pour des jeux comme Combat Mission, panzermeyer, tiger … de beaux zéros servis par une police française qui se découvre résistante en 44 mais qui encore en juin arrêtait et transférait.

En fait ceux qui défendent la république par les armes auraient donc tendance à être anti-républicain ?

C'est pas de l'actualité, c'est de la tradition !

Portrait de yves13

De yves13

travailleur social | 21H19 | 05/12/2008 | Permalien

Dans mon village à 70 km à l'est de toulon , la majorité des librairies spécialisées dans le livre ancien ou rare vendent des bouquins d'extreme droite de mein kampf à maurras en passant par leon daudet brassillac et celine on trouve tout, n'allez pas croire que les acheteurs/lecteurs sont des jeunes nazillons en manque de culture livresque , non se sont des juges , des avocats , des médecins etc

Portrait de gadin

De gadin

ne comprend pas le monde | 09H53 | 06/12/2008 | Permalien

je suis en école de marché de l'art et la semaine dernière j'ai éffectué un stage dans une salle de vente aux enchères lors d'une vente de militariat.
Il y avait deux objets nazis, un casque et une dague. Tenir ces objets dans les mains provoque une sensation de malaise très étrange.
Ces deux objets ont fait les enchères les plus hautes de la collection ( 500 euros chacun) acheté par la meme personne. Le vrai p)roblème c'est l'ambiguité du rapport à l'objet que ce soit chez l'expert qui n'a aucun problème d'éthique avec cela ou les acheteurs dont on ne connait pas les motivations.
Dernière chose, j'ai également appris que l'un de's commissaire divisionnaire de la police de Lyon possédait la plus importante collection d'objets nazis de la région.
Tout ça pour dire que cette fascination est on ne peut plus malsaine et qu'on ne devrait pouvoir laisser cette situation dans le flou artistique dans laquelle elle se trouve.

Tous les commentaires

Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89

Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)

Envoyez « RUE » par SMS au 81027 (1,5 € / SMS)

En savoir plus

Accrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.

123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque

Connectez-vous pour entrer votre code