Service public d'éducation : Marseille entre en résistance
Alors que les syndicats étaient reçus jeudi 4 décembre par le ministre de l'Education nationale Xavier Darcos, une « veillée des écoles » (voir la vidéo) était organisée à Marseille par les enseignants et parents d'élèves pour informer sur les grands enjeux d'éducation et les risques posés par les réformes. Celles déjà mises en œuvre comme celles à venir.
Pour le secrétaire général de la FSU Gérard Aschieri, interrogé avant sa visite chez Xavier Darcos, « les petits pas en arrière du ministre ces derniers jours -il s'est excusé à propos de ses déclarations sur le travail des instituteurs de maternelle et est revenu en partie sur la suppression des Rased-, ne sont néanmoins pas suffisants ».
Les lycéens bloquent leurs établissements
Dans le secondaire, les lycéens marseillais sont particulièrement mobilisés. Mardi matin, une dizaine d'établissements étaient bloqués. Rebelote ce mercredi où, devant le lycée Montgrand, situé juste en face de la Préfecture, les forces de l'ordre ont délogé les élèves « grévistes » qui bloquaient l'entrée de leur établissement à l'aide de poubelles, en faisant notamment usage de gaz lacrymogène.
Ce jeudi, pas vraiment échaudés, les lycéens ont renouvelé leur blocus mais ils avaient cette fois-ci prévu des fleurs à offrir aux policiers : (Voir la vidéo)
C'est néanmoins dans le primaire que la mobilisation reste la plus forte. La « veillée des écoles » devrait être organisée dans une soixantaine d'écoles maternelles et élémentaires du département des Bouches-du-Rhône. Outre l'assemblée générale des établissements en grève, plusieurs syndicats d'enseignants, dont le SNUipp, majoritaire dans le premier degré, ont appelé à mettre en place cette veillée.
Pour les en dissuader, l'Inspection d'académie a fait partir, mardi en fin d'après-midi, une circulaire dans laquelle elle mettait discrètement la pression sur les écoles les plus en pointe dans le mouvement.
Tour d'horizon des dossiers sensibles avec quatre enseignants et un lycéen marseillais.
Yves Assassin est maître d'adaptation dans trois écoles du centre-ville. Il est l'un de ces instituteurs « Rased » (Réseaux d'aides spécialisées aux élèves en difficulté) dont il est beaucoup question ces derniers jours. Depuis que Xavier Darcos a annoncé leur suppression.
Même si ce dernier a fait un pas en arrière cette semaine -3000 postes « seulement » supprimés sur 8000- Yves Assassin déplore la casse d'un « dispositif unique » qui permet d'aider les enfants « en très grande difficulté » et qui leur donne la possibilité, pour s'en sortir, de faire « un pas de côté ».
Pour faire comprendre tout l'importance de son travail, il a souhaité revenir sur l'histoire d'une petite fille de 4 ans qui, explique-t-il, « a été son ancrage » dans ce métier. Il prend ici le temps de la raconter : (Voir la vidéo)
Yves Assassin estime par ailleurs que le dispositif « d'aide personnalisée » mis en place à la rentrée 2008 n'est en rien comparable avec les Rased.
« Il ne s'agit pas de remédiation, c'est autre chose, ce n'est pas mauvais en soi pour des élèves qui ont de petites difficultés, mais ce n'est pas le même public et l'administration elle-même le reconnaît.
“Dans la circulaire d'installation de ce nouveau dispositif, il est bien précisé que ce ne sont pas les élèves en très grande difficulté qui doivent intégrer ces groupes d'aide personnalisée”.
Amandine Isaia est institutrice à l'école Cité Saint-Louis, dans les quartiers Nord de Marseille. Une école dont elle assure la direction à tour de rôle avec ses autres collègues.
“C'est une toute petite maternelle comme on n'en fait plus” avec quatre-vingt enfants, trois classes seulement, une par section.
La mise en place de “jardins d'éveil” pour les enfants âgés de deux-trois ans, telle que présentée début novembre dans le rapport Papon-Martin signe, selon elle, la disparition à plus ou moins court terme de la maternelle.
“C'est un projet extrêmement dommageable pour de nombreuses familles, notamment dans certains quartiers dits défavorisés où la scolarisation des enfants de deux ans est essentielle. C'était d'ailleurs l'un des grands enjeux des zones d'éducation prioritaires.” (Voir la vidéo)
Pour Amandine Isaia, ce démantèlement de la maternelle “ne fait qu'aller dans le sens de toutes les réformes de Xavier Darcos” :
“On tend vers une libéralisation de l'école en même temps qu'une remise en cause du principe même d'égalité des chances.”
Cynthia Bourdier est institutrice remplaçante à la maternelle Abeille-Consolat (Ier arrondissement). Elle évoque le projet d'Agence nationale de remplacement, également avancé ces derniers mois par le ministère de l'Education.
Le projet pourrait accélérer l'embauche de vacataires dans l'Education nationale et fragiliser davantage le dispositif actuel de remplacement des enseignants. (Voir la vidéo)
Selon elle, “si on ne sait pas grand chose du projet”, il est en parfaite corrélation “avec l'annonce de la suppression de 13 500 postes d'enseignants supplémentaires l'an prochain, la mise en place du service minimum d'accueil ou encore la fermeture des listes complémentaires”.
Marwan Mettouchi est en terminale au lycée Montgrand, également responsable du syndicat lycéen Fidl Aix-Marseille. En seconde dans son établissement, les élèves sont entre 30 et 35 par classe. Une situation qui, selon lui, ne fera que se renforcer avec la suppression annoncées de postes d'enseignants et la réforme du lycée :
“Marseille doit être le fer de lance du mouvement national parce que le recteur et son équipe sont à l'origine de la réforme du lycée”. (Voir la vidéo)
Chloé Herszkowicz est directrice de l'école des Dames, maternelle située en zone d'éducation prioritaire. “C'est une école un peu particulière, explique-t-elle, car je récupère tous les enfants du centre-ville qui n'ont pas eu de place dans leur école de quartier.”
“Il y a donc une population très changeante avec beaucoup d'enfants qui vivent dans une très grande pauvreté et d'autres qui sont mieux lotis. Il y a de fait une mixité sociale qui apporte énormément de richesse à tout le monde.”
Pour elle, l'école que prépare le gouvernement va disloquer ces solidarités, creuser les inégalités entre les enfants, entre les familles, et instituer une système scolaire à l'anglo-saxonne. Les prétextes budgétaires masquant mal l'idéologie de la politique régnant actuellement.
Chloé Herszkowicz évoque la “lettre de désobéissance” qui circule depuis plusieurs jours et qu'ont choisi de signer de nombreux instituteurs pour justement dénoncer cette politique. Refusant ainsi d'appliquer les nouveaux programmes, de mettre en place l'aide personnalisée, etc. A Marseille, toutes les lettres recueillies seront remises à l'Inspecteur d'académie vendredi 5 décembre. (Voir la vidéo)
► Mis à jour le 5/12/08 à 13h50, ajout d'un lien vers la vidéo de la “veillée des écoles”.
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De gelu42
18H13 | 04/12/2008 |
Les enseignants sont fatigués des mensonges répétés, la manipulation des chiffres et de la mauvaise foi de ce ministre .
Trouvez-vous normal à l'heure où on insiste sur la lutte contre l'échec scolaire de :
- Supprimer 6 000 postes en primaire alors qu'on attend 15 400 élèves supplémentaires à la rentrée 2009
(Dans la Loire en 10 ans pour un nombre d'élèves identique, 86 postes ont été supprimés ! )
- Supprimer 7 500 postes dans les collèges malgré la hausse des effectifs
- Supprimer l'accueil des 2/3 ans à l'école maternelle laïque gratuite pour le remplacer par une garde dans des jardins d'enfants payants.
- Supprimer la formation pédagogique des enseignants et les recruter à BAC +5
- Supprimer les réseaux d'aide spécialisés aux enfants en difficulté. 20000 élèves vont rester sur la touche chaque année.
Nous, enseignants trouvons cela désastreux, c'est pourquoi, nous étions en grève le jeudi 20 novembre et nous manifesterons le 10 décembre.
Nous pensons à nos conditions de travail qui se détériorent mais aussi aux élèves dont nous avons la charge
De Infovite
Plébéien. | 18H40 | 04/12/2008 |
Marseille , il est temps que la France entière prenne ton accent !
http://info-espress.over-blog.com/
De papillon123
fonctionnaire | 20H02 | 04/12/2008 |
Je ne suis pas habituée à faire grève et je me suis syndiquée récemment mais je profite de cette action pour évoquer plus généralement l'avenir des services publics et ce qu'ils impliquent : fixation des règles (fondement de toute société), recherche d'un traitement le plus équitable possible dans tout le territoire, gratuité ou quasigratuité des services publics..
Tout celà est compromis par les réformes actuelles.
Mon gout pour un monde plus juste est mis à mal par les réformes actuelles alors même que je pensais que le service public etait un des derniers remparts.
L'organisation publique des soins et de la santé, de l'éducation, de la poste, de la justice sont cassés par la RGPP ; et cette réforme descendante sans aucune concertation reelle me laisse penser que de toutes façons, tout est joué, sauf à ce que nos syndicats se mobilisent plus fortement pour une journée d'action commune, sauf reveil des consciences.
A quand, par ailleurs, une mobilisation des syndicats dans la branche privée ? ?
Il n'est jamais trop tard pour bien faire mais quand le fera t-on ensemble ?
De LetsGo
22H26 | 04/12/2008 |
C'est vrai que les Marseillais bougent et bravo à eux. Mais ils ne sont pas les seuls : A Vaulx-en-Velin,69, nous avons fait grève à 95% le 20/11, nous étions encore une centaine de grévistes les 25/11, 27/11 et le 4/12. A chaque fois des actions : banderoles sur toutes les écoles, perturbation d'une anim péda sur l'aide personnalisée, rassemblement devant l'IA, classe sauvage sur une grande place lyonnaise. Evidemment, nous avons fait les fameuses nuits des écoles, tout comme à Villeurbanne, Décines, Vénissieux, certains arrondissements de Lyon… Une grève départementale intersyndicale aura lieu mardi 9 décembre.
A Vaulx-en-Velin nous n'avons jamais mis en place l'aide personnalisée. Depuis quelques jours, de nombreuses écoles la suspendent.
Les parents d'élèves s'organisent : pétition, participation à la fabrication des banderoles, aux nuits des écoles, volonté de bloquer les écoles…
Bref, la résistance s'organise aussi en banlieue lyonnaise. Soyons de plus en plus nombreux !
De vincethenordik
étudiant | 23H20 | 04/12/2008 |
Personnellement, je suis pour les réformes de l'Education Nationale. Pourquoi ? ? ? Ca fait des années qu'on en parle, qu'on va réformer, et aucun des ministres ne l'ont fait. Pourquoi ? ? ? Les syndicats bloquent tout et refusent tout changement, et donc préfère l'immobilisme (ce qui montre un certain conservatisme de notre pays sur l'Education). Les faits ? ? ? La France est autour de la 25e du classement PISA pour les pays de l'OCDE (en comptant les mathématiques, les sciences et la compréhension de l'écrit) En gros on a un système scolaire nul, en dessous de la moyenne. C'est comme si la France passait le BAC et qu'elle était recalée car en dessous de 10/20. Alors les lycéens manifestent. Perso j'ai fait parti de ce genre de blocage et manifestation lors des réformes Fillon et du CPE. La majorité des lycéens ne manifestaient que pour ne pas aller en cours car pour la grande majorité ceux sont des moutons. Quand on leur demande précisément c'est quoi la réforme des lycées, ils ne répondent que par ce que les soi-disants meneur leur disent, en gros du bouche à oreille. Quelle honte y-a-t-il à vouloir suivre des modèles qui fonctionnent à la quasi perfection comme le modèle Finlandais ? ? Quelle honte y-a-t-il à laisser aux lycéens le choix de piocher parmis 15 différentes options en Seconde pour pouvoir mieux s'orienter par la suite ? ? Les jardins d'éveil, quand ils sont bien encadrés, permettent aux enfants d'avoir un lieu pour apprendre tout en s'amusant. Arrêtons un système où le bourrage de crâne est la règle dans les classes, les profs ne sont pas Dieu et n'ont pas tout le savoir. Mais amener l'élève à apprendre par lui-même en lui donnant des outils ça ça lui plaira plus que de se fatiguer le poignet quitte à avoir une entorse et gober ce que lui dit le prof. Acceptez la situation, la France est la risée de l'Europe sur l'Education, point barre. Il faut changer de système progressivement, c'est tout. A bon entendeur…
De andelle
10H15 | 05/12/2008 |
C'est en maternelle que se développe le langage surtout pour les enfants qui n'ont pas l'occasion de parler et d'être écoutés par un adulte (et ils sont TRES nombreux).
C'est en maternelle qu'on commence à apprendre à se socialiser, à respecter l'autre.
C'est en maternelle que les enseignants peuvent déjà remarquer les enfants qui ont des difficultés et peuvent leur apporter une attention adaptée ou si c'est nécessaire les orienter vers une prise en charge personnalisée dans les RASED.
Une difficulté prise en considération dès cet âge évite, sans aucun doute, l'échec scolaire, l'aggravation de l'inadaptation, l'aggravation de la détresse, de la révolte et au bout du compte est une prévention du risque de plongée dans la délinquance.
Langage : il faut savoir qu'en prison, le pourcentage d'illettrisme est énorme. La plupart des détenus ont beaucoup de mal à s'exprimer oralement et encore plus par écrit. Cette situation va donc s'aggraver.
Donc moralité : accueillons largement les gens dans les prisons – dès 12 ans – et fermons les maternelles, c'est urgent !