
SDF sans-papiers ? « Au centre de rétention », dit le préfet

Michel Sappin, le préfet de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur a assisté mercredi, dans les locaux du Samu social de Marseille, à la mise en place du plan grand froid pour l'accueil des sans domiciles fixes.
Le sujet était d'actualité ce jour-là après la mort de SDF dans le bois de Vincennes et les déclarations de la ministre du Logement. Michel Sappin, lui, a échangé avec les associations marseillaises qui travaillent quotidiennement avec les sans-abri.
A une question qui lui était posée concernant les conditions d'accueil des personnes sans domicile fixe ET sans-papiers, notamment les mères avec enfants, Michel Sappin a répondu qu'il existait pour ce public « les centres de rétention ». Avant de se rattraper en assurant qu'il s'agissait là d'une « boutade ».
« Ils seront bien au chaud au centre de rétention… »
La « boutade » arrivait à la fin d'une conférence de presse à laquelle Rue89 n'a pas assisté mais plusieurs témoignages ont confirmé les propos du préfet et certaines personnes présentes nous ont avoué avoir été choquées par leur teneur.
D'autres parmi les responsables associatifs que nous avons interrogés ont préféré minimiser l'affaire, visiblement gênés aux entournures. L'un d'eux témoigne :
« Il n'empêche, c'est incroyable que le premier représentant de l'Etat dans cette ville tienne des propos pareils ! En somme, ce qu'il dit, c'est : les SDF sans-papiers seront bien au chaud au centre de rétention… »
« Sur le ton de l'humour »
Interrogée, la Préfecture des Bouches-du-Rhône a confirmé que M. Sappin avait expliqué « qu'en principe l'accueil pour ces personnes était dans les centres de rétention ». S'étant aperçu que son trait d'humour n'avait pas été compris, le préfet a aussitôt précisé que sa remarque avait été faite « sur le ton de l'humour ».
Au-delà, assurent les services de l'Etat :
« Pour le préfet, la grande consigne pour les personnes sans abri et sans papiers, surtout en période de grand froid, est l'accueil inconditionnel dans les structures d'hébergement existantes. »
Ce qu'un représentant de la Direction départementale des affaires sanitaires et sociales (DDASS) s'était empressé de rappeler mercredi soir après la « boutade ».
1942 places d'accueil à Marseille
Depuis plusieurs années, l'Etat et la Ville de Marseille mettent en place un « plan hivernal extrême », autour d'un dispositif d'urgence (numéro 115) et de nombreuses structures d'accueil, dont plusieurs fonctionnant la nuit.
En 2007 dans les Bouches-du-Rhône, on comptait 2487 places, dont 1750 à Marseille. Pour l'hiver qui s'annonce, les capacités ont été augmentées et Marseille compte désormais 1942 places (2614 pour les Bouches-du-Rhône). Une permanente associative :
« La problématique des SDF sans-papiers n'est en général pas abordée. Nous savons tous pertinemment qu'il n'y a pas à Marseille de lieu spécifique pour les personnes en situation irrégulière et que l'accueil inconditionnel ne va absolument pas de soi. »
Pour Fathi Bouaroua, délégué régional de la Fondation abbé Pierre, le débat ne doit pas être restreint aux sans-papiers. « L'urgence sociale touche aussi les gens aux droits sociaux limités et les sans-droits » :
« La gestion de l'urgence sociale a considérablement évolué ces dernières années, la pauvreté frappe des publics périphériques. Que fait-on pour les gens qui vivent en squats, en cabanes, en caravanes ? Comment s'occupe-t-on des Roms ? Les unités d'hébergement d'urgence ne correspondent pas à des publics familiaux, a fortiori à des familles sans-papiers. »
Selon lui, le préfet a considéré dans son propos que « ce n'était sans doute pas de sa responsabilité de prendre sous sa protection des personnes sans-papiers. Mais, en attendant, que fait-on ? »
Le représentant de la Fondation abbé Pierre assure que la crise actuelle a, d'une certaine manière, permis de prendre la mesure de l'urgence :
« Demander une nouvelle “loi 48” pour bloquer les loyers ou réviser les aides au maintien dans le logement… ce ne sont plus des gros mots aujourd'hui. »
Et ça n'a rien de drôle.
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Photo : des enfants dans des tentes du DAL à la Bourse de Paris en octobre 2007 (Benoit Tessier/Reuters).
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De johnny got his gun
franc-tireur | 14H21 | 28/11/2008 |
décidemment, l'air de Marseille est propice à la plaisanterie douteuse… voici quelques années, le prédécesseur de Michel Sappin avait visité le centre de rétention d'Arenc, réputé pour ses (très) mauvaises conditions d'accueil. Christian Frémont (oui, c'était lui, celui qui vient d'être nommé directeur de cabinet de Sarkozy) avait alors estimé que les sans-papiers placés là avant d'être expulsés n'avaient pas lieu de se plaindre puisqu'ils bénéficiaient d'une « vue imprenable » sur la mer Méditerranée, le centre de rétention d'Arenc étant perdu au bout d'un quai du Port autonome de Marseille… Nul doute que cette bonne blague fait toujours la joie de Brice Hortefeux !
De Jack Sullivan
en boule | 14H28 | 28/11/2008 |
Le préfet est celui qui rend des comptes à Boutefeux le magnifique (regardez mon bon maître comme j'ai bien atteint mes objectifs d'expulsion, shlurp shlurp), mais aussi celui sur qui repose la mise en place des plans d'urgence, notamment ceux ciblant les plus démunis.
Rien de très étonnant à ce qu'un mélange des genres aussi détonnant finisse par faire « boum » chez un haut fonctionnaire déjà soumis à l'insoutenable pression du chiffre.
… Tenter de faire passer ça pour de l'humour, par contre, c'est clairement une insulte à l'intelligence de ses auditeurs !
De vol19
awash | 17H00 | 28/11/2008 |
Une stratégie bien connue qui vise à tester, puis faire bouger les lignes du discours socialement « acceptable », et si possible projeter la souffrance et la violence des classes populaires contre les « marginaux ». Le délit de vagabondage et leur enfermement dans des camps de travail nous ramène à l'angleterre Victorienne au XIXième siécle, et va probalement s'accompagner du retour d'idéologies de darwinisme social.
Que le discours soit tenu par un préfet de la République n'est pas anodin. S'agit-il là d'un projet politique ?
De antonh
curieux | 18H08 | 28/11/2008 |
la compassion, c'est bien cette chose qui sert à dormir tranquille ?
je préfère l'être au paraître cher monsieur.
quand je donne des fringues aux manouches, de la bouffe aux clodos ou à la banque alimentaire, quand j'ouvre des cabanons qu'on doit faire abattre dans le cadre du boulot pour filer un toit quelques temps, je ferme ma G…
il y a des gens qui le font, y'en a d'autres qui n'ont que des jolis à la bouche…
ça n'enlève rien au problème de fond qui est soulevé ici : est-ce à la population d'aider les plus mal-logés d'entre nous ou à l'état ?
a quoi sert un etat s'il n'est pas au service de son peuple ?
on sort 300 milliards pour sauver des banques et on propose de mettre des malheureux en camps pour les « sauver » ! !
on collective les dettes et on privatise les profits, voilà ou est la compassion ces derniers temps.
on peut rire de tout, mais pas avec tout le monde, au risque de passer pour un cynique…voilà ce qu'est ce monsieur.
et dire que c'est senser nous représenter, ça fait peur ! !
De princeMichkine
juriste | 23H03 | 28/11/2008 |
Merci Jeanne Moreau pour votre appel et merci à RUE89 d'avoir le courage de dire et de dénoncer l'intolérable.
Quoi ? Les autres, la majorité, les 53% ne voient pas que le roi est nu ? Depuis le 8 mai 2007, je suis tellement hébété jour après jour à la lecture des nouvelles que j'ai besoin de me réconforter avec ceux qui ont les yeux ouverts.
J'espérais que les dirigeants, quels que soient leurs électeurs se devaient de tirer la France et l'Europe vers le haut au lieu de flatter les plus bas instincts sécuritaires.
Mais comment hurler quand les manifestations contre la politique de l'« identité nationale » sont si peu remplies ? A quand la Grande manifestation pour la Fraternité ?