Marseille 2013 : Muselier se relance mais divise son camp

L'ex-dauphin de Gaudin sera le « M. capitale européenne de la culture ». Un poste obtenu grâce à des pressions sur le maire ?

Depuis son échec dans la course à la présidence de la communauté urbaine Marseille-Provence-Métropole au printemps, que restait-il localement à Renaud Muselier ? A tout dire, pas grande-chose.

Celui que l'on présentait comme le dauphin naturel du maire de Marseille Jean-Claude Gaudin a perdu beaucoup dans la bataille, lâché par une partie de son camp.

Au point que certains se sont demandé si sa carrière politique n'était pas désormais derrière lui. Dans son entourage, on a même évoqué un été au cours duquel Renaud Muselier -qui est encore député mais fut premier adjoint au maire de Marseille durant deux mandats, président d'Euroméditerranée et secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères-, aurait hésité à raccrocher définitivement les gants. Lui-même ne s'en cache pas.

L'opportunité Marseille 2013 ?

Mais non, la bête bouge encore. Il suffisait donc d'une occasion pour la voir ressortir du bois. Elle s'est présentée le 16 septembre à la faveur de la victoire de la candidature Marseille-Provence au titre de capitale européenne de la culture en 2013.

Quelques jours plus tard, le maire de Marseille annonçait un peu à la surprise générale la création d'une « délégation spéciale de fonctions en ce qui concerne la préparation de la Ville de Marseille pour devenir Capitale européenne de la Culture ». Une délégation attribuée à Renaud Muselier. (Voir la vidéo)


La mission de Renaud Muselier s'articule très officiellement autour de cinq points :

  • Veiller à ce que les bonnes conditions de gouvernance soient réunies.
  • Suivre la finalisation de tous les projets développés dans le dossier de candidature.
  • Développer la capacité d'accueil de Marseille, pour accueillir « les 10 millions de visiteurs attendus en 2013 ».
  • Améliorer le fonctionnement de la ville de Marseille dans tous les domaines susceptibles d'avoir des incidences sur le bon déroulement et la réussite de l'événement (transports publics notamment).
  • Valoriser ce nouveau label, vecteur d'image et d'attractivité pour la Cité phocéenne.

Enfin, précise le maire, la nouvelle délégation « se veut complémentaire et facilitatrice de l'action des élus, adjoints au maire ou conseillers municipaux directement concernés dans le cadre de leur délégation par l'événement ».

Pas bête dans une ville où lesdits élus en charge de dossiers culturels sont une demi-douzaine. Dominique Vlasto, Daniel Hermann, Anne-Marie d'Estienne d'Orves, Jeanine Imbert, Maurice Di Nocera, Eliane Zayan… L'un en charge de l'action culturelle et des musées, la seconde responsable de l'Ecole supérieure des Beaux-Arts et du festival de jazz des cinq Continents, le troisième des grands événements, etc.

Pour Marseille, Renaud Muselier s'est donc proposé de coordonner tout ce petit monde. Mais au sein même de l'équipe municipale, comme dans l'opposition, cette nomination n'a pas manqué de faire grincer des dents.

Gaudin a-t-il été mis sous pression ?

Dans le camp du nouveau délégué spécial -où les rivalités sont exacerbées depuis quelques mois- certains assurent que Renaud Muselier aurait exercé de subtiles pressions auprès du maire pour obtenir ce poste médiatiquement très porteur et qui court jusqu'en 2013, un an avant les prochaines élections municipales.

« Muselier aurait même fait comprendre à Gaudin qu'en cas de refus, il pouvait dire au revoir à sa majorité municipale », assure un élu UMP. Bigre ! Au conseil municipal, Jean-Claude Gaudin est effectivement dans une situation délicate. Il n'y dispose que d'une très courte majorité -une voix d'avance- et n'est donc pas à l'abri de mauvaises surprises, comme ce fut le cas avant l'été.

Après l'épisode de la communauté urbaine, Renaud Muselier avait dénoncé l'attitude des « traîtres » et déclaré qu'il « reprenait (sa) liberté » au sein de la majorité municipale.

Aura-t-il été tenté de mettre dans la balance la majorité UMP du conseil municipal de la deuxième ville de France pour en tirer profit personnellement ?

« Le chantage n'est pas dans mon caractère », assure-t-il . Reconnaissant s'être interrogé sur son avenir politique après son échec à la communauté urbaine, il dément avoir eu besoin de convaincre le maire de lui créer cette délégation. (Voir la vidéo)


Renaud Muselier met en parallèle ses nouvelles fonctions et le travail réalisé lorsqu'il présidait l'établissement public Euroméditerranée ou son investissement dans le cadre du projet d'Union pour la Méditerranée. Pour lui, il est question de « disponibilité » au service de Marseille et « d'envie de travailler », pas d'ambition personnelle.

Les « cultureux » s'interrogent

Dans le petit monde de la culture marseillaise, on s'interroge sur l'apparition du personnage dans un paysage qu'on ne lui savait pas familier. Courageux mais pas téméraires, les acteurs culturels rechignent généralement à commenter à haute voix.

Guy Carrara, directeur du Centre de recherche européen des arts du cirque (Creac), explique ainsi :

« Politiquement, cette nomination était prévisible. Et en même temps, travailler avec les politiques est incontournable dans ce dossier. Alors, travaillons ensemble. Mais si les acteurs politiques ne se mettent pas d'accord entre eux alors là, effectivement, nous n'avancerons pas. »

Une mise en garde destinée à l'ensemble des acteurs politiques impliqués, qui ont joué l'union sacrée pour la candidature et seraient bien inspirés de la faire perdurer au-delà.

Bertrand Colette, chargé de mission à Marseille-Provence 2013, estime qu'il n'a « pas à commenter » la nomination de Renaud Muselier mais tient à préciser qu'elle s'inscrit dans la démarche que souhaite engager l'association qui porte le projet 2013 :

« Nous avons réfléchi avec les différents partenaires, ville, conseil général, conseil régional, communauté urbaine, à la mise en place de petites cellules de travail qui interviendraient sur tous les domaines qui vont concerner le projet : transports, déplacements, nettoyage, équipements, etc. Renaud Muselier sera donc notre interlocuteur à la ville… »

Bertrand Colette rappelle également que les six prochains mois vont permettre à tous les acteurs du projet, qu'ils soient culturels, politiques, économiques ou insitutionnels, de trouver leur place. Certains ayant été simplement plus vite en besogne que d'autres…

3 commentaires sélectionnés

Portrait de johnny got his gun

De johnny got his gun

franc-tireur | 14H09 | 06/11/2008 | Permalien

Pour ce job, a-t-il négocié un téléphone portable, une grosse voiture et un écran plasma, comme à la communauté urbaine ? L'article ne le dit pas…

Portrait de Bebert Cassandre

De Bebert Cassandre

14H34 | 06/11/2008 | Permalien

Muselier….Pour la capitale de la culture européenne… Il fallait au moins ça… Bon, les esprits chagrins… Les incontournables esprits chagrins arguerons que question culture, Renaud Muselier et la culture c'est un peu le mariage de la carpe et du lapin… Mais c'est ça la rupture ! Nom d'un petit bonhomme ! (Que je ne nommerai pas) La rupture, il n'y a que ça de vrai ! Pour exemple : A 85% les français, s'ils avaient pu voter aux Etats Unis, auraient voter O'Bama, alors que dans la même temps en France un « homme de couleur » leur paraît totalement suspect et qu'ils invitent leur police à lui vérifier ses papiers aussi souvent que faire se peut. Il se trouve même des gens qui promettent de nettoyer les banlieues au karchër afin de purger notre espace vital de cette malsaine engeance dont le sieur O'Bama ferait partie s'il habitait la « patrie des droits de l'homme »… Alors Muselier à la présidence de la culture européenne ce n'est pas plus grave qu'un zébulon à la présidence de notre république. Mais bon, ça ne viendrait jamais à l'esprit de quiconque d'imaginer un seul instant que 53% des français puissent un jour élire un zébulon pour gouverner la France….

Portrait de zénon denon 84

De zénon denon 84

Bonne | 16H31 | 06/11/2008 | Permalien

Ah les têtes de chapitre …
Je reste tjs le cul par terre
devant l'imagination des rédacteurs :
Exemple /« développer la capacité d'accueil de
Mareseille pour acceuillir 10 millions de
visiteurs attendus en 2013 … »
Ou vont -ils chercher ce genre de chiffre .
De la gonflette,du n'importe quoi
pour remplir des dossiers …à subventions
diverses et multiples .
Diable ,on travaille à la mairie ,Meuussieu !
et on prévoit .

Tous les commentaires

Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89

Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)

Envoyez « RUE » par SMS au 81027 (1,5 € / SMS)

En savoir plus

Accrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.

123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque

Connectez-vous pour entrer votre code