
Oser la gratuité des transports en commun à Marseille
La communauté d'agglomération du pays d'Aubagne et de l'Etoile a annoncé récemment sa volonté de mettre en place la gratuité des transports en commun dès 2009, financée à la fois par des participations des entreprises et par le budget communautaire. Et à Marseille ?
Cette idée de la gratuité des transports en commun urbains n'est pas nouvelle. Elle vise à accélérer la prise de conscience des citoyens ainsi que le changement des comportements vis-à-vis des transports en commun.
L'un des objectifs est d'amener aux transports de nouveaux usagers et de favoriser largement les échanges dans une agglomération (travail, activités, citoyenneté…), alors que les difficultés sociales restreignent, de fait, les périmètres de vie. Le fait que les transports en commun soient aujourd'hui largement subventionnés et que des catégories de citoyens toujours plus nombreuses bénéficient de tarifs préférentiels (jeunes, vieux, chômeurs, RMIstes…), a partout diminué relativement les recettes de billetterie, souvent en dessous de 30% du budget de fonctionnement et de jouvence.
La gratuité fonctionne dans les villes de moins de 100 000 habitants
L'idée de rendre gratuit le transport commun urbain, acte éminemment symbolique, tout en supprimant les dépenses de billetterie et de contrôle, est devenue ainsi séduisante. La gratuité existe depuis de nombreuses années dans certaines villes pionnières. Colomiers (près de Toulouse) et Compiègne (Oise), la pratiquent depuis les années 70. Dans les années 1995-2000, les municipalités de Vitré (Ille-et-Vilaine), Châteauroux et Issoudun (Indre), ainsi que Mayenne (Mayenne) ont suivi l'exemple, ainsi que, plus récemment, Cluses (Haute-Savoie).
Les initiatives de gratuité des transports en commun urbains ne touchent donc, pour l'instant que des agglomérations de moins de 100 000 habitants. Mais toutes ces collectivités considèrent que cette mesure a été un succès, immédiatement plébiscitée par une très forte augmentation de fréquentation.
Dans les grandes villes, l'idée de gratuité vient petit à petit en débat, et est nettement apparue durant la campagne des dernières municipales, comme à Toulouse, Nantes ou Nice.
Pour Marseille, quel en serait le coût ?
A Marseille, la liste LCR « Marseille contre-attaque à gauche » en avait fait l'un des points de son programme, estimant le coût à 57 M€ par an. Dès le début des années 2000, plusieurs articles ont évoqué cette possibilité. Le budget de la RTM est en effet financé, bon an mal an, par les usagers (billetterie) à hauteur de 30%, par le versement transport payé par les entreprises à hauteur de 50% et par les subventions des collectivités, à hauteur de 20%.
Le coût apparent de la gratuité est donc d'environ 30% du budget de 220 millions d'euros, soit 70 millions d'euros. Cependant il devrait être un peu moins élevé, en raison des économies de gestion induites. Néanmoins :
- dans le coût de la gratuité, il convient de prendre en compte la perte des recettes, mais souvent aussi celui généré par une offre améliorée, le financement d'infrastructures liées à la fréquentation accrue des transports en commun,
- dans les économies réalisées, on peut comptabiliser la suppression des coûts afférents à la billetterie, sa gestion, aux cartes de transport gratuit, au contrôle…
- cependant celles-ci sont loin de couvrir la différence et le financement de la gratuité pose donc problème.
Dans le cas de la RTM, la gratuité reviendra(it) soit à solliciter plus les employeurs, soit à multiplier par 2 les subventions publiques. Il est sans doute possible de solliciter plus les employeurs. En effet, le problème du transport des salariés est une véritable plaie qui freine le développement économique.
Les déplacements des salariés
En mars 2008, la réunion « Mon entreprise, ma ville », organisée par l'UPE13 avait montré l'inquiétude des dirigeants d'entreprise sur ce sujet. Dans un tel contexte, il serait sans doute judicieux que la Communauté Urbaine Marseille-Provence-Métropole et la RTM proposent aux entreprises de développer un partenariat renforcé « gagnant-gagnant » pour améliorer la situation des transports en commun.
La fluidité routière gagnée par l'utilisation plus massive des transports en commun, la diminution des accidents de trajet, des maladies de stress, des retards au travail, la résolution des problèmes aigus de parking des employés et des clients des entreprises, la pollution, l'isolation par doubles vitrage, pourraient convaincre les employeurs de s'engager dans une opération à long terme et à financer une partie supplémentaire.
De toutes façons, quelle que soit l'implication des entreprises dans un projet citoyen de ce type, il faudrait augmenter la participation des collectivités locales, ce qui, somme toute, ne revient même pas à doubler leurs subventions d'équilibre. Ceci me semble tout à fait faisable.
Du moins, il conviendrait de s'y pencher rapidement, sous peine d'asphyxie sociale et économique. Pour comparaison, j'avais précédemment chiffré à environ 500 millions d'euros par an le coût des nuisances dues à la carence en matière de déplacements. Naturellement, la gratuité des transports n'est pas la seul mesure à mettre en oeuvre, mais, symboliquement, elle marquerait la volonté conjointe des politiques et du monde économique, d'innover devant ce problème majeur.
Et l'Etat dans tout ça ?
Et, bien sûr, toujours la même question : il est où, l'Etat ? L'Etat, finançait, dans les années 70, 40% des investissements, avant de tomber, dans les années 90 à 15%, soit moins que la TVA lorsqu'elle est récupérée… Depuis les 1er janvier 2004, l'Etat a supprimé le dispositif d'aide aux transports collectifs, c'est-à-dire ses subventions.
Il est finalement timidement revenu sur cette disposition en octroyant au coup par coup des subventions à partir de novembre 2006. Marseille a ainsi bénéficié, exceptionnellement de 60 millions d'euros d'aides pour son tramway. Certes, la gratuité a un coût, mais certaines grandes agglomérations, comme Lyon, ont déjà mené des études en ce sens.
A Lyon, la gratuité conduirait à tirer une croix sur 120 millions d'euros de recettes annuelles. Il ne s'agit pas de recettes nettes, puisque leur collecte nécessite des frais (impression des tickets, contrôleurs…), mais elles représentent 18% du budget annuel de la TCL (transports lyonnais).
Changer les comportements
Comme l'indique la remarquable étude du Programme de recherche et d'innovation dans les transports terrestres (PREDIT) : Mobilité, territoires et développement durable, la gratuité est beaucoup plus facile à atteindre dans les villes moyennes (le rapport parle d'un « seuil »).
Il s'agit d'ailleurs d'un phénomène beaucoup plus large, qui fait que le coût du fonctionnement des équipements publics (culturels, sportifs…) est optimal pour des populations limitées. Aussi convient-il de modérer l'exemple d'Aubagne, qui chiffre le sur-coût annuel à 800000 euros pour 94 000 habitants.
Pour Marseille-Provence-Métropole (50 à 70 M€ pour 981 000 habitants), le coût par habitant serait 7 fois plus élevé, pourtant bien moindre que pour Lyon (120 millions d'euros pour 1.2 million d'habitants). Mais les usagers de la RTM viennent également d'un espace beaucoup plus vaste que la Communauté Urbaine, et les Collectivités Locales susceptibles de participer au financement pourraient être plus nombreuses. La gratuité des transports en commun à Marseille n'est pas une idée farfelue.
Elle pourrait être le déclencheur de modifications comportementales en profondeur des habitants et de ses acteurs économiques, sociaux, éducatifs, culturels…
Elle doit être sérieusement étudiée, en relation avec le développement que nous souhaitons pour notre métropole. Elle ne peut que s'inscrire dans une démarche de coût global (santé, environnement, économie, temps perdu, mixité, …) et sur le long terme. Elle doit être supportée par un modèle économique viable.
► A lire aussi le blog de Jacques Boulesteix.
Photo : Tramway sur le cours Belsunce, Marseille (Rémi Leroux/Rue89)
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De nipivime
;- | 16H06 | 30/10/2008 |
Un vrai sujet… merci de le lever ici avec autant de sérieux. C'est un débat qui doit en effet s'engager.
Peut être profiter de la « dynamique » Marseille 2013 ?
En tous cas, oui, avancons.
N
(Une remarque : la liste « Marseille contre attaque à gauche » n'était pas (uniquement) une liste LCR, mais une initiative collective de plusieurs organisations ou partis, dont la LCR en effet).
De Pierrrrre
22H28 | 30/10/2008 |
»…Oser la gratuité … »
► Moi j'ose…
mais qu'est-ce qu'il faut être vigilant !
De dommarco
travailleur | 22H46 | 30/10/2008 |
Il est bien évident qu'avec les problèmes d'énergie, les problèmes sociaux que connait Marseille, la gratuité est indispensable.
Comment peut-on imaginer un développement économique ou même le désengorgement de la circulation à Marseille avec un ticket de métro ou de bus ou de tramway à 1,70 euro. Nous avons carrément les transports en commun les plus chers de France, avec des lignes de tram et de métro les plus courtes.
La ville est emblêmatique d'un manque de réflexion totale sur des questions pratiques indispensables à son développement. On a construit un tramway, mais on a oublié de faire des pistes cyclables, du coup pendant les embouteillages tous les deux roues roulent sur le trottoir, les piétons circulent sur le macadam.
Il est quelquefois dangereux de sortir de chez soi rue de la République, le risque d'être emporté par une moto ou un scooter à été démultiplié par ce manque d'étude problématique. la gratuité des transports en commun est l'une des solutions les plus importantes d'un point de vue économique. ne sont-ils pas gratuits à Hong Kong, l'une des plus grandes capitales économique du monde.
La ville était équipée auparavant d'un excellent réseau éléctrique aérien pour les bus, il y a énormément de questions à poser la dessus.
De Armelle_Marseille
citoyenne à Marseille et ailleurs | 00H10 | 31/10/2008 |
Ayant été candidate sur les listes Marseille Contre Attaque à Gauche, je ne peux que me féliciter de ce que cette idée de gratuité des transports collectifs fasse son chemin et je salue bien haut la volonté de la Municipalité d'Aubagne de passer aux actes !
Je voudrais apporter quelques précisions :
- la liste Marseille Contre Attaque à Gauche n'était pas comme l'écrit à tort J.Boulesteix une liste LCR mais une liste unitaire d'une partie de la gauche radicale et alternative. Ce n'est pas la même chose . En ce qui me concerne, je n'appartenais pas à la LCR et ne suis pas aujourd'hui dans le NPA. J'étais et suis toujours dans cette mouvance « gauche alternative », je milite dans le collectif « pour une alternative au libéralisme » dans le centre de Marseille, là où notre liste a fait ses meilleurs résultats.
Je regrette vivement que la LCR lancée uniquement dans son processus NPA ait renoncé à poursuivre avec les citoyens, les collectifs antilibéraux, les Alternatifs,le Raco,des militants d'Utopia, le beau début d'expérience unitaire de MCAAG, qui aurait pu être pour Marseille un véritable laboratoire d'idées et d'expérimentation. MCAAG avait créé une dynamique, il y a un travail énorme à faire sur cette ville pour la gauche de transformation sociale et écologique.
Notre collectif pour une Alternative au Libéralisme se réunit toujours et est joignable ici cual13@free.fr
- l'idée de « gratuité » qui fait son chemin doit faire tomber des frontières.Nous avons fait des choix différents lors des dernières municipales mais cela ne fait pas de nous des ennemis irréductibles.
Alors qu'aujourd'hui le capitalisme est entré dans une de ses énièmes crises, dont nous ne mesurerons l'ampleur qu'aux dégâts qu'elle fait déjà et fera,d'abord chez les plus démunis, les plus fragiles, le dogmatisme libéral révèle toute sa nocivité. Pour notre part, militants des Collectifs antilibéraux investis lors des dernières municipales, nous sommes plus que jamais déterminés à faire en sorte que notre ville et au delà, s'inscrive dans un véritable changement démocratique,social et écologique.
Les Aubagnais le font pour leurs transports, les Marseillais doivent aussi reprendre le fil du débat et travailler ensemble dans l'intérêt général , à élaborer un véritable service public de transports collectifs gratuits.C'est cela la gauche !
Marseille ne doit pas être la capitale de la pauvreté, de l'indignité faite aux plus démunis, de l'exclusion, mais bien celle du partage, de la solidarité et de la démocratie réellement citoyenne et effective.
De riverain désinscrit à sa demande 28.01
abcdef | 10H19 | 31/10/2008 |
Aucun bus le jeudi 5 juin 2008 à Marseille, une journée de galère de plus pour les usagers, victimes récurrentes du système des bus marseillais (on est vraiment dans une ville du sud, pour peu on se croirait à Naples ! )
Que devrais-je dire lorsque le samedi 5 avril à 9h55, je suis tombé de tout mon long en sortant du bus de la ligne 83. Bien sûr je me suis fait très mal ; mains égratignées, courbatures dans tout mon corps, la tête qui me tournait.
Mais ce qui m'indigne le plus c'est le délit de fuite du chauffeur, loin de soucier de ce qu'il m'était arrivé. A t'il vu ma chute ?
Quoi qu'il en soit, il ne sait même pas inquiété de mon état et il est reparti très vite comme si de rien n'était, alors que j'aurais pu me faire très mal.
Ajoutez à cela les désagréments de toute sorte qui m'handicapent dans la vie de tous les jours.
En effet combien d'hommes de mon âge accepteraient d'attendre le bus plus de 20 minutes un dimanche ? Combien accepteraient-ils de se faire insulter pour une raison futile par une personne agée ? Cela m'est arrivé une fois et j'en garde un souvenir détestable. Combien supporteraient-ils le bruit ?
Les bus marseillais ou comment préférer la voicture, mais quand on pas les moyens et qu'on est obligé pour des raisons économiques d eprendre le bus. C'est souvent l'agacement et certains jours l'angoisse qui me monte à la gorge.
Et ne parlons pas de la lenteur des bus due au trafic anarchaïque et aux incivilités persistantes des automobilistes marseillais qui se garent n'importe ou qui passent au feu rouge bloquant la circulation à de nombreux rond points, sans que la police régularise la circulation.
Et les retards fréquents des bus. Certains chauffeurs de la ligne 53 à St.just se font un plaisir de partir souvent avec 5 minutes de retard à la fin de leur pose. Quand le bus est bondé est que forcément il se remplit de plus en plus à chaque arrêt, c'est insupportable.
Et en ce début octobre 2008 sur la ligne 83. Le bus est encore à l'arrêt, des touristes barrent l'accès à bord avec leur gros sac à dos. Avec une femme nous demandons que la chauffeur ouvre les portes centrales pour que nous puissons entrer. Le chauffeur ne répond même pas à notre demande(quel mépris ! ) et il ferme les portes avant et part, me laissant à l'arrêt comme un imbécile.
Il y a un véritable problème avec les bus dans cette ville. On en parle seulement quand les chauffeurs ou les agents de sécurité en sont les victimes ?
Quel parti pris inadmissible ! et les usagers alors ?
Nous somme considérés comme des moins que rien, comme des citoyens de seconde zone.
Et après on s'étonne des réactions violentes de certains.
La RTM ou comment préférer la voiture.
Vous croyez que cela ma plait de ma faire insulter, ou de tomber et de me faire mal sans auncune réaction positive du chauffeur ? ou que le chauffeur parte ma laissant à l'arrêt alors que j'aurais pu monter dans le bus ? Et bien, cela ne me plaît pas.
Le problème est qu'on enttend pas la voix des usagers. Alors c'est sûr des membres du conseil municipal peuvent écrire des bonnes intentions sur les transports en commun, mais eux ils ne prennent jamais le bus, et les témoignages comme le mien ne sont jamais publiés.
J'ai écris plusisuer fois à Karim Zéribi sur son blog ; Vous croyez que j'ai reçu une réponse :
Parle toujours tu m'intéresses !
Les bus à Marseille c'est une honte.
Enfin je peux l'écrire et le dire tout haut.
(ça soulage ! )
Je profite de rue89 pour le faire enfin. il faudrait que l'on comprenne enfin la galère des usagers des bus à Marseille.
De Pierrrrre
21H33 | 31/10/2008 |
Pour info,
une petite virée le dimanche en bus/RER de la banlieue à Paris, pour une famille de 5 personnes, revient à 40 euros de tickets…
..en voiture, le même déplacement coûte 5 euros d'essence.
De Kéké du 13
Exilé à Marseille | 10H20 | 03/11/2008 |
Il est clair que les transports en commun sont mal fichus à Marseille (horaires, lignes, manque de grands parkings en bout de ligne de tram ou metro faisant office de pôles d'échange, etc…).
Sans parler du prix du ticket qui est exorbitant.
La gratuité serait une bouffée d'air. Mais bon, il ne faut pas se leurrer, ce n'est pas prêt de voir le jour. Qui financerait en totalité l'entretien et la création de nouvelles ligne. La Communauté Urbaine ? Vu que le réseau actuel profite principalement à la Ville de Marseille, je vois mal les autres communes mettre la main à la poche. En outre cela se répercuterait forcement sur les impôts locaux, et vu ce que je paie déjà pour mon petit appart j'en frémis d'avance.
PS : @ Daniel : effectivement, le comportement de certains chauffeurs est inadmissible. Je veux bien comprendre que leur travail n'est facile tout les jours, mais bon ça n'excuse pas tout.
De ericparis11
juriste | 12H16 | 05/11/2008 |
Arrêtez de dire que le ticket coûte 1,70 ! C'est le ticket SOLO au détail qui coûte ce prix là, celui que l'on prend de manière occasionnelle, en dépannage. Le citer, c'est montrer que l'on est surtout un automobiliste…ou un pigeon.
Le ticket par 6 ou 12 coûte 1,20 €. C'est cher, certes, surtout au vu de la taille du réseau (à barcelone, c'est 72 centimes le ticket), mais déja plus raisonnables. Au tarif groupe, cela descend à 0,72 € le voyage, et c'est 0,60 € pour les plus de 65 ans. Et les RMIstes et les chômeurs non imposables ne paient pas (gratuité, oui, et cela fait du monde à Marseille).
Alors, un débat sur la gratuité totale, oui, mais avec des arguments réels et des chiffres justes.
Le problème de la RTM, ce n'est pas son prix, mais le fait que trop peu de gens l'utilisent, pour des raisons de confort, de temps et de choix de l'automobile.