Pour la Justice, le jeune « tasé » ne menaçait pas la police

Le 21 octobre, à Marseille, un CRS avait fait usage de son Taser contre un jeune sans-papiers présenté comme menaçant.

A Marseille, sur le chantier de la tour CMA-CGM où a eu lieu l'arrestation du jeune sans-papier (Remi Leroux/Rue89)

Le jeune homme sans-papiers interpellé à Marseille la semaine dernière après avoir reçu une décharge de Taser a été relaxé du chef de « violence en réunion sur personne dépositaire de l'autorité publique ». L'argument de la « légitime défense » avancé par le CRS qui a fait usage de son pistolet électrique tient-il encore la route après cette décision de Justice ?

Taser débouté face au collectif Raidh


Lundi 27 octobre, le distributeur de Taser en France, la société SMP Technologies d'Antoine Di Zazzo, a été déboutée une nouvelle fois par le tribunal. Taser France avait porté plainte contre le collectif Raidh, accusé d'avoir « dénigré la marque » et « outrepassé les limites de sa liberté d'expression » dans le cadre de la campagne anti-taser du collectif. « Pour le juge, Antoine Di Zazzo n'était même pas fondé à poursuivre dans la mesure où il n'est pas propriétaire de la marque », précise le Raidh qui a obtenu 2000 euros au titre des frais de justice. En mars, Di Zazzo avait déjà perdu devant Amnesty International, qu'il avait également poursuivi.

L'article du quotidien régional La Provence relatant les faits s'ouvrait prématurément sur cette question : « Le Taser a-t-il sauvé une vie en venant se substituer à une arme de service ? », relayant ainsi la position des deux principaux syndicats de police, l'Unsa CRS et Alliance.

Le CRS s'est senti « menacé »

La scène s'est déroulée mardi 21 octobre en fin de journée à Marseille après une course-poursuite sur un chantier entre deux fonctionnaires de la CRS 55 et un groupe de cinq personnes qui tentaient de leur échapper. Ces dernières auraient jeté des pierres et des bouteilles en direction des policiers. C'est alors qu'il était surplombé par quatre des cinq individus que le CRS, se sentant « menacé » selon le parquet de Marseille, a fait usage de son arme.

Dans un premier temps présenté comme mineur dans la presse, le garçon victime de la décharge de 50000 volts serait en fait majeur, tout comme d'ailleurs le deuxième jeune homme arrêté. « Ils ont fait l'objet d'examens radiologiques et osseux confirmant leur majorité », précise le procureur de la République de Marseille, Jacques Dallest. Tous les deux sont sans-papiers.

Dès l'information parue dans la presse, l'Observatoire des violences policières illégitimes de Marseille a fait savoir qu'il resterait « prudent quant à l'interprétation possible de ces faits. » De quelle nature était la menace ? Y a-t-il eu « légitime défense », comme l'ont fait valoir les syndicats de police ?

Relaxé du chef de « violence en réunion sur personne dépositaire de l'autorité publique »

Jeudi dernier, les deux jeunes hommes interpellés ont été jugés en comparution immédiate et s'ils ont été condamnés à deux mois de prison avec sursis et interdiction du territoire national de un an pour infraction à la législation sur le séjour des étrangers, ils ont en revanche été relaxés du chef de « violence en réunion sur personne dépositaire de l'autorité publique ».

La Justice a estimé que rien ne permettait de dire, en l'espèce et jusqu'à preuve du contraire, que les deux jeunes sans-papiers avaient représenté une menace pour les CRS en service.

Dans ces conditions, l'argument de la « légitime-défense » avancé par les policiers pour justifier l'usage de l'arme électrique tient-il encore la route ? Le coup de Taser se justifiait-il ? Oui, a estimé le parquet de Marseille, Jacques Dallest confirmant ce matin avoir fait appel de la décision de relaxe :

« Le tribunal n'a pas la même vision que la nôtre et a estimé que les faits n'étaient pas caractérisés. Pour notre part et compte tenue des circonstances, nous pensons que cela n'invalide pas l'usage du Taser.

“Je ne dis pas qu'il s'agissait d'un guet-apens mais d'un contexte particulier : une fin de journée sur un chantier désert où un CRS s'est retrouvé à un moment face à quatre individus menaçants.”

Il a également rappelé que l'usage du Taser était soumis à trois conditions principales : la légitime défense, l'état de nécessité et l'interpellation selon l'article 73 du code de procédure pénale (dans le cadre d'un flagrant délit).

Le RaidH demande une enquête de l'IGPN

Le Réseau d'alerte et d'intervention pour les droits de l'homme (Raidh) -qui a gagné en Justice face à Taser France ce lundi (lire l'encadré)- a réclamé la semaine dernière qu'une enquête soit “diligentée par l'IGPN afin d'éclaircir les conditions d'usage du Taser X26” à Marseille.

Le Raidh s'est également interrogé pour savoir si la vidéo de la caméra qui équipe l'arme avait été rendue publique, rappelant qu'à son sens, “les événements précédents l'usage de l'arme sont ceux qui sont plus pertinents”. Un point de vue partagé par le procureur de la République :

“Nous allons visionner les images, mais comme souvent dans ce genre de cas, je ne m'attends pas à voir grand chose, à cause des mouvements et de la brièveté de la scène. Nous n'en saurons probablement pas tellement plus et, de toute manière, l'essentiel s'est joué avant.”

Joël Fiorani, du syndicat UNSA CRS, n'a pas souhaité “commenter la décision de Justice” mais a tenu à rappeler que “l'utilisation du Taser permet d'éviter qu'il n'y ai des problèmes plus graves” :

“Depuis deux ans que les CRS sont équipés de Taser, c'est la première fois qu'il est utilisé. Une fois en deux ans ! Je pense que l'usage est bien encadré”.

En attendant l'appel, les deux jeunes ont été remis en liberté et se sont, selon Jacques Dallest, “probablement envolés dans la nature”.

Photo : A Marseille, sur le chantier de la tour CMA-CGM où a eu lieu l'arrestation du jeune sans-papier (Remi Leroux/Rue89)

5 commentaires sélectionnés

Portrait de anthime

De anthime

en orbite | 13H53 | 27/10/2008 | Permalien

Plaidoyer pour un moratoire sur l'utilisation du taser.
Il me semble que nous devrions demander une enquête indépendante pour évaluer la dangerosité de cette arme « non lethale » et pour définir un cadre strict d'utilisation. Perso je suis contre la généralisation, notamment aux polices municipales. J'en détaille les raisons dans l'article suivant :
http://splashy.fr/blog/2008/10/25/alerte-au-taser.html

Portrait de Seccotine

De Seccotine

14H11 | 27/10/2008 | Permalien

En général, les Sans-Papiers, lorsque leur chemin croise celui de la police ne sont pas menaçants, ils seraient plutôt fuyants car ils savent très bien que en cas d'interpellation, ils seront perdants à tous les coups et que leur investissement (en argent, en énergie) pour arriver ici et y rester serait anéanti. Alors, franchement, je ne les vois pas lancer des projectiles.

Portrait de PANCH

De PANCH

Cadre | 15H08 | 27/10/2008 | Permalien

Après avoir visionné plusieurs vidéos de tirs de tazers et après avoir lu plusieurs témoignages, je suis en faveur d'une INTERDICTION TOTALE du tazer en France (que ce soit pour la police et pour les citoyens).

Il est évident que cette arme ne peut être placée sur le même niveau que des armes non léthales classiques : matraques, bombes lacrymogènes…. or on nous la sert à cette sauce.

Pour ma part je suis aujourd'hui très vigilant et je regarde avec attention qui (politiques) s'élévent avec force contre cet outil dévastateur et qui ne le fait pas.

Mon bulletin n'ira pas à ceux qui auront laissé passer cela (même ceux qui sont silencieusement contre ! ! ! ).

Le tazer c'est 50 000 volts, combien d'ampères ( ? ), 1 à 5 minutes de douleurs attroces et de convulsions (ça fait tout de même de 60 à plus de 300 secondes et sur certaines vidéos on croirait une exécution sur chaise éléctrique…déplorable dans un état de droit. On finit par se dire qu'une seconde c'est une infinité), des séquelles psychologiques et nerveuses que certains veulent cacher.

Enfin quelques questions :
-que se passe-t-il si un cardique est éléctrocuté par une décharge de 50 000 volts (et combien d'ampères) ?
-que se passe-t-il si le dard se pique sur un nerf (cou, colonne, etc…)
-que se passe-t-il si le dard se pique sur la tête, les tempes ?

On nous prend pour un troupeau…

Non sérieux dans quel monde vit-on ?

Portrait de marie 75

De marie 75

18H18 | 27/10/2008 | Permalien

info taser (in le matin, suisse)
Taser France débouté de son action en justice contre l'association RAID-H

L'importateur français du pistolet à impulsions électriques Taser a été débouté lundi de l'action en « dénigrement » qu'il avait engagée devant le TGI de Paris contre le Réseau d'alerte et d'intervention pour les droits de l'Homme (RAID-H).

SMP Technologies reprochait à l'association RAID-H d'avoir « dénigré » la marque et le nom commercial Taser. Elle lui réclamait 50.000 euros de dommages et intérêts.

La société poursuivait des propos et une affichette publiés en avril 2007 sur le site de RAID-H.

L'association y qualifiait notamment le Taser de « dernière gégène au pays des droits de l'Homme » et y diffusait un flyer intitulé « Electrochoc », appelant à la soirée anti-Taser du 21 avril 2007. On pouvait y voir un robot tenant un pistolet Taser et arborant sur son torse une cible, dans laquelle était dessiné le corps d'un homme mort.

Considérant que SMP Technologies ne détient « aucun droit sur la marque Taser », déposée aux Etats-Unis en 2003, la 17e chambre civile a jugé qu'elle était « irrecevable à agir en dénigrement de la marque Taser ».

Jugée recevable à agir en dénigrement du « nom commercial Taser », la société a pourtant été déboutée sur ce point.

Pour le tribunal, les propos litigieux « n'apparaissent pas, au-delà des formules chocs utilisées, et s'agissant d'une association oeuvrant dans un but d'intérêt général et de santé publique, à l'occasion d'un débat qui dépasse les frontières nationales, comme constitutifs d'un abus de la liberté d'expression ».

Portrait de nimenoii

De nimenoii

Prof | 20H18 | 27/10/2008 | Permalien

Le problème, c'est qu'a force de dire aux policiers que c'est vachement mieux le tazer parce que ça leur évite de sortir leur arme à feu, ils sont tentés de dégainer à tour de bras comme avec un pistolet à eau.Finalement,un gros flingue, qui fait des gros trous, est-ce que ça responsabilise pas un peu plus ?
En fait, si on veut vraiment faire peur, c'est mieux le gros flingue, et si on ne veut pas prendre le risque de faire une bavure, et ben le mieux c'est rien du tout.
Je suis pour la dernière solution.

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