24/10/2008 à 19h41

Bachelot juge le débat sur l'hôpital « médiocre et injuste »


« Bien médiocre et bien injuste », c'est ainsi que la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, a jugé vendredi le débat qui fait rage sur son plan Hôpital 2012. « Bachelot joue la santé au casino », ironisait pour sa part une manifestante, devant le Pasino d'Aix-en-Provence, où la ministre était venue assister à un congrès sur la psychiatrie et où l'attendaient 200 agents hospitaliers. (Voir la vidéo)

L'annonce des mesures du plan « Hôpital 2012 » par la ministre de la Santé a provoqué cette semaine à Marseille de vives réactions dans le milieu public hospitalier. Ce qui a mis le feu au poudre ? L'annonce, dans le cadre de ce plan, de l'attribution d'une dotation de 54 millions d'euros à un futur hôpital privé marseillais. Alors que les financements accordés à l'Assistance publique des hôpitaux de Marseille (AP-HM) ne dépassent pas les 10 millions d'euros...

Un déséquilibre entre public et privé qui a provoqué l'ire des personnels et de plusieurs chefs de service de l'assistance publique.

C'est le Pr Guy Moulin, président de la commission médicale d'établissement des hôpitaux de Marseille, qui a ouvert le feu, en adressant, en fin de semaine dernière, un mail à la ministre de la Santé dans lequel il s'indignait de voir que « le projet de regroupement des structures libérales Ambroise-Paré et Paul-Desbief (projet baptisé “Euroméditerranée”) ferait l'objet d'un financement public de 54 millions d'euros » :

« Je suis, ainsi que, je pense, bon nombre des médecins de mon établissement, scandalisé de voir que l'argent public est mis au service de structures à but lucratif. »

Plus de lits dans le privé que dans le public

Roselyne Bachelot a tenu à rappeler qu'Ambroise-Paré n'était pas « un établissement capitaliste » mais un établissement privé participant au service public hospitalier.

« Par ailleurs, a poursuivi la ministre, 93% des crédits du plan “Hôpital 2012” vont à l'hôpital public. L'AP de Marseille avait été bénéficiaire de crédits extrêmement importants dans le cadre du plan 2007. Aujourd'hui, dans une première salve, nous aidons Ambroise-Paré qui, lui, n'avait rien reçu. »

Pour Jean-Luc Delmas, directeur d'Ambroise-Paré, qui s'en est expliqué dans le quotidien La Provence, par sa mission et son fonctionnement, le nouvel établissement devrait être « très proche du service public hospitalier ». Il n'empêche. Pour les agents de service public, la médication gouvernementale est dure à avaler.

Dans le service de neurochirurgie du professeur Péragut, au cinquième étage de l'hôpital de la Timone, on s'interroge sur une décision qui « méprise la dimension hospitalo-universitaire et la notion de service public ». Selon Jean-Claude Péragut, Marseille est en train de devenir un « centre expérimental » de la politique menée par l'Etat « en faveur de l'hospitalisation privée ».

Dans son secteur d'activité comme dans tous les secteurs « où l'activité médicale est bien rémunérée », il estime qu'en finançant des structures privées, l'Etat créé une concurrence qui se fera nécessairement au détriment de l'hôpital public, moins attractif et moins rentable. (Voir la vidéo) :

Le risque étant, selon le Pr Péragut, de revenir cinquante ans en arrière avec « un hôpital à deux vitesses », l'un qui fait la charité et l'autre qui fait des bénéfices. (Voir la vidéo)

Les annonces et déclarations de la ministre de la Santé interviennent qui plus est dans un contexte particulièrement sensible à Marseille, où les finances des hôpitaux sont dans le rouge vif depuis plusieurs mois.

Engagée ces dernières années dans un programme de réhabilitation et de redéploiement colossal, l'AP-HM ne peut plus aujourd'hui mener à terme toutes ses opérations par manque de moyens, engluée qu'elle est par ailleurs dans la mise en place de la nouvelle tarification à l'acte (T2A) et dans la gestion des 35 heures.

Le projet de pôle parents-enfants qui devait par exemple voir le jour sur le site de l'hôpital de La Timone est aujourd'hui au point mort. Pour ne pas dire abandonné.

Des difficultés financières qui n'ont évidemment pas échappé à la ministre de la Santé : « Le plan de retour à l'équilibre présenté par le directeur de l'assistance publique de Marseille est intéressant mais pour l'instant insuffisant », a estimé Roselyne Bachelot à Aix.

200 millions d'euros de déficit pour l'hôpital public marseillais

L'an dernier, les hôpitaux marseillais affichaient 150 millions d'euros de déficit. « A ce rythme, on atteindra probablement les 200 millions », tempête Jean-Paul Bramanti, secrétaire du syndicat Force ouvrière.

En attendant et pendant que l'Etat finance des projets privés, « pour poursuivre ses investissements, rappelle Jean-Paul Bramanti, l'Assistance publique de Marseille va vendre 300 appartements et ainsi dilapider son patrimoine ».

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  • kestiontoi
    • Posté à 20h41 le 24/10/2008

    Pourquoi aide-t-on le privé ?
    Dans quels secteurs le privé travaille-t-il ?
    Pourquoi donne-t-on des millions au privé alors que le public en a besoin ?
    Est-ce que le privé forme nos futurs médecins ?
    Est-ce une activité rentable ?
    Commment un établissement privé peut-il mieux payer ces médecins ?

    Chercher l'erreur ! ! !

    Pourquoi l'hôpital ne développe-t-il pas les actes rentables et n'abandonne-t-il pas les actes non-rentables au privé ? ? ?

    L'avenir de l'hôpital ne doit-il pas passer par un équilibre entre actes rentables et actes non-rentables ?
    Pourquoi aider le privé qui lui ne s'intéresse qu'aux bénéfices donc aux actes rentables ? ? ?

  • layote
    • Posté à 23h07 le 24/10/2008
    • Internaute

    Lien
    Même si vous ne voulez pas signer la pétition ,lisez au moins l'appel du Pr Grimaldi
    Je travaille à l'hopital où on parle de plus en plus de sélection d'actes rentables.Hors un sujet âgé ou infecté ou polypathologique n'est pas rentable au sens lucratif du terme.C'est pour cela qu'ils sont sous représentés en clinique.Normal me direz vous pour une entreprise
    Mais le risque est grand et déjà constaté de sélectionner les actes techniques rentables au dépens des traitements de fond(voir le canard de cette semaine sur l'hopital St Joseph , éloquent)
    Si nous appliquons ce principe , que ferons nous de nos vieux qui méritent encore une prothese de hanche ,du diabétique qu'il est plus rentable d'amputer que de tenter de sauver son pied ? ? ? des pauvres (et il y en a de plus en plus ! ! ! )souvent non suivis en ville et à qui l'hopital découvre une pathologie non rentable mais nécessitant un suivi médico social, de la personne en fin de vie à qui nous devons de finir sa vie dans des conditions acceptables de dignité avec l'attention que cela nécessite...
    Roselyne Bachelot a deux discours : celui destiné aux médias : angéliques (c'est pour notre sécurité , on vous veut du bien) et le discours au ministère avec pour objectif de réduire les postes à l'hopital et déléguer au privé avec le risque inflationniste et de désengagement progressif de l'état.D'ailleurs les lobbys des assurances privées jouent en plein puisqu'elles ont obtenu d'avoir acces au dossier médical pour la prévention comme dit Bachelot , pour la sélection des clients dis je....Les mailles du filet de la privatisation de notre systéme de santé se resserent.Nous faisons exactement ce que les anglais ont fini par abandonner devant la dégradation de la santé publique....
    On nous reproche de ne pas être rentable .Nos contraintes ne sont pas les mêmes à lhopital et nos modes de financement non plus.Quand une clinique se réserve un lit en réa à l'hopital ou transfère son patient à l'hopital par Samu car complications, c'est l'hopital qui supporte le cout le plus élevé et la clinique qui empoche le prix de l'acte rentable en un minimum de temps.Quand la tarification a l'activité inclut l'acte mais aussi les salaires du praticien , les actes de labos et de radio ; en clinique seul le cout de l'acte est compté , les honoraires du praticien , biologie et radio sont en plus .
    Bref ayant connu les deux modes d'exercice , je pourrais vous en raconter des tonnes.
    Soyez vigilants et si vous êtes convaincus signez la pétition.
    Par les temps qui courent , nous pouvons vite devenir des exclus de la santé .Et ce n'est pas un devis de dépassements d'honoraires dont Roselyne est si fière qui changera la donne.Enfin vieu et malade nous risquons fort de le devenir....
    Pour que notre santé ne soit pas l'objet d'investissement par des fonds de pension, pour que nous puissions y avoir encore accès en ces temps où la finance fait preuve de cynisme, préservons l'hopital public ....

  • hycare
    hycare répond à kestiontoi
    • Posté à 12h29 le 25/10/2008

    « Pourquoi aide-t-on le privé ? »

    Parce qu'il existe un Accord Général des Commerces et Services, signé par les états européens dont la France (Jospin et Chirac),en 1999.
    A cela vous ajoutez le Traité Constitutionnel.

    En résumé, il faut à tout prix réduire « l'Etat Providence » et transformer les richesses publiques de l'état au service de tous les français en secteur privé au service des actionnaires...c'est très différent...
    Par ailleurs c'est le programme du président : je cite : « ...se faire de l'argent... ».

    Parce que les lois du marché privilégient la concurrence et que donc l'état se doit de tout subventionner (le privé comme les entreprises d'état), et certains ont donc beaucoup moins de subventions.
    Par ailleurs le passage à la T2A c'est laminant pour les services publics.La T2A (tarification à l'activité) pousse les hôpitaux à réduire la durée du séjour.
    Or le service public ne choisit pas d'exercer ce qui est « le plus rentable » mais propose tous l'éventail des soins, y compris celui de la psychiatrie, la gériatrie... et dont les séjours sont beaucoup plus longs, donc moins rentables...
    Ne soyons pas naïfs, le privé choisit toujours les secteurs rentables, il y a des actionnaires derrière, ces marchés sont juteux...

    J'espère que je vous ai un peu éclairer.

    En attendant, là où j'exerce, les directions sont en train de réduire les budgets, notamment celui des « activités » consacrés aux patients (je suis dans le milieu de la santé mentale) ainsi qu'à la restauration, et ce n'est qu'un début...

    Mais bon, les français , tant qu'ils resteront collés dans leurs canapés devant leur tv, ou bien à se plaindre sans bouger eux mêmes...
    Le réveil pour certains va être brutal si la politique de privatisation des services publiques continue !

    J'en connais qui regretterons d'avoir demander la casse du service public
    Par exemple le jour ou on préfèrera amputer un pied parce que ça coute moins cher (moins de durée de séjour) ...à moins que le « client » et non le « patient » détiennent de bons comptes en banque, mais vraiment très bons !

    Bonne Journée.

  • violeta
    violeta répond à hagalma
    • Posté à 16h06 le 25/10/2008

    A hagalma

    justement pas ! Le gouvernement français continue la CASSE et je ne vois pas trop ce qui peut l'arrêter, si ce n'est un fort soulèvement des citoyens.

    Avez-vous constaté que les banquiers et consorts se sont frottés les mains au sujet de celles mises dans les poches des citoyens pour les relever de leurs « coups de poker perdant » ? Ils n'ont pas hésité à aller se payer un bon super resto avec mets parfumés, chambres avec vue sur la mer et vins millésimés aux « frais de la princesse »....

    Cette INJURE est globale, générale et plus c'est gros et plus ça passe ! Les gens médusés n'osent pas y croire. Il est un phénomène qui s'appelle l'oubli -ou le refoulement- lorsque le choc émotionnel est trop fort, cela peut friser l'amnésie ; on peut dire aujourd'hui que peu de gens veulent vraiment VOIR ce qui se passe.

    Dans l'espoir béat que le virage de la privatisation en masse des structures citoyennes devienne performant, les citoyens oublient qu'ils ne sont pas riches pour la plupart et qu'ils resteront probablement -pour une grande partie d'entre eux- sur le bord du chemin d'une médecine performante.

    Beaucoup aujourd'hui hésitent déjà à se soigner, à changer de lunettes ou à refaire ses dents, écourtent leur séjour à l'hôpital à cause du forfait.. et j'en passe. Qui s'en soucie ? : Certains illuminés, syndicalistes ou militants du siècle dernier ? Certains citoyens isolés qui ne savent plus s'organiser pour défendre leurs intérêts.

    Où sont les jeunes contemporains du 21 ème siècle étourdis par l'aisance formelle des progrès technologiques de leur époque ? Elle leur procure une « bonne musique » de « bons films » des jeux vidéos inter-galactiques... Mais ne leur donne ni TRAVAIL, ni TOIT, ni DIGNITÉ ... C'est quand même un comble toute cette bêtise et cette indolence cultivées par les différents canaux de la « propagande officielle » qui a assommé l'esprit critique et l'intelligence dans ce pays !
    Je n'ai jamais vu la France dans un tel état !

    Faut dire que beaucoup de complicités passives et actives se sont déployées pour ce résultat désespérant et par toujours qu'à DROITE ! Demain ce sera pire ! Il y a de grandes probabilités que la crise soit suivie de déflation... Qui en souffrira le plus ? Relisons nos manuels d'Histoire et d'économie....

    Nous n'avons plus le droit de dire que nous ne le savions pas !