
A Marseille, le monde judiciaire uni contre Rachida Dati
Le torchon n'en finit plus de brûler entre la magistrature et la garde des Sceaux Rachida Dati. Après les annonces très critiquées de la réforme de la carte judiciaire au printemps, après l'annulation du déplacement de la ministre de la Justice au congrès de l'Union syndicale des magistrats le mois dernier, revoilà le monde judiciaire en colère depuis les événements de Sarreguemines (Moselle) au début du mois.
Après le suicide d'un mineur à la prison de Metz-Queuleu le 6 octobre dernier, les magistrats de Sarreguemines en charge du dossier d'incarcération du garçon avaient été convoqués, en pleine nuit, par l'inspection générale des services judiciaires. Rachida Dati avait de son côté qualifié « d'injuste » -affirmation démentie par le ministère de la Justice- la décision prise par les magistrats de remettre en prison le jeune homme.
Une attitude de la ministre qui a profondément choqué la « famille judiciaire », soumise depuis plusieurs mois à des rappels à l'ordre réguliers, des « injonctions contradictoires » voire même des mutations « forcées »… L'épisode de Sarreguemines apparaissant alors comme « la goutte d'eau qui a fait déborder le vase ».
Une journée d'actions nationale était organisée ce jeudi. A Marseille, cette sainte unité du monde judiciaire contre la garde des Sceaux s'est traduite par un rassemblement relativement important devant le tribunal de grande instance.
Magistrats, avocats, juges d'application des peines, éducateurs de la protection judiciaire de la jeunesse, surveillants pénitentiaires… tous ont dénoncé « les difficultés croissantes » rencontrées « dans l'exercice de [leur] métier ».
Les magistrats et la séparation des pouvoirs
Pour Paule Agosta, déléguée de l'Union syndicale des magistrats, chaque magistrat aujourd'hui « peut se voir reprocher d'avoir appliqué la loi ». Les magistrats refusent de jouer « le rôle de bouc émissaire qui leur est systématiquement assigné par le garde des Sceaux lorsqu'intervient un incident tragique ». (Voir la vidéo)
C'est parce qu'ils estiment que l'indépendance de l'autorité judiciaire est en péril que les « gardiens des libertés publiques » veulent se faire entendre. Marion Menot, juge d'instruction au tribunal de Marseille :
« Nous subissons le mépris au quotidien de la ministre. On nous demande de rendre des comptes, le principe d'indépendance est bafoué. »
Selon elle, « plusieurs magistrats de Marseille ont raconté avoir été appelés par la hiérarchie et sommés de se présenter immédiatement parce qu'un courrier de plainte ou un ordre des supérieurs avait été reçu. Cela devient normal alors que ce ne sont pas les règles de la magistrature ».
Véronique Noclain, pour le syndicat de la magistrature (SM), en vient même à rappeler des évidences :
« L'essentiel, c'est que les magistrats restent des magistrats, qu'ils puissent requérir librement un peine juste, et le tribunal, après une défense juste, puisse prononcer une peine juste. »
Les avocats et l'incohérence de la politique pénale
Sentiment largement partagé par les avocats. Me Marc Bollet, Bâtonnier du barreau de Marseille, insiste sur « l'incohérence de la politique pénale » actuelle et déplore le manque de manque de moyens de l'institution judiciaire, « à la queue des pays européens ».
« Les conditions d'exercice de nos métiers apparaissent de plus en plus difficiles. Votre liberté de juger, de requérir, votre indépendance indispensable, à vous magistrats, le choix et la portée de notre défense dans l'exercice du nôtre sont des valeurs fondamentales sur lesquelles nous ne pouvons transiger. »
Les juges pour enfants et le suivi éducatif
Selon Sylvie Mottes, la vice-présidente du tribunal pour enfants de Marseille, « la justice est discréditée ». « La question est de savoir si, comme le discours tenu à l'opinion publique tend à le faire croire, elle se discrédite elle-même » : (Voir la vidéo)
La PJJ et l'importance du milieu ouvert
Etaient également présents au rassemblement marseillais les éducateurs de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) qui ont abondé dans le sens de leurs collègues du tribunal pour enfants et rappelé toute l'importance de pouvoir « travailler sereinement avec des enfants en difficultés et non simplement être là pour les orienter vers des centres éducatifs fermés ».
Les « Jap » et le respect de la constitution
Bénédicte Scelle est juge d'application des peines. Selon elle, l'affaire de Metz « a libéré la parole » et les gens « commencent à dire tout haut ce que tout le monde pensait tout bas jusqu'à présent ». Elle rappelle en passant que les magistrats sont « les garants de la constitution et de la juste application des lois ».
« Or, la garde des Sceaux s'immisce de plus en plus dans l'acte de juger. Ce que nous réclamons, c'est que les conditions soient réunies pour que nous puissions juger dans des conditions conformes à la loi ».
La pénitentiaire et l'incarcération à outrance
Pour le syndicat FO des pénitentiaires, c'est la « solidarité » qui prime. « Les copains de la magistrature ont besoin de notre soutien », affirme Gérard Migliorini, délégué force ouvrière des surveillants à la prison des Baumettes, où l'on compte quelque 2000 détenus pour 1378 places.
Même si la réunion de la semaine dernière entre les secrétaires généraux des pénitentiaires (FO, UFAP et CGT) et Rachida Dati les a quelque peu rassurés. « Mais nous restons vigilants, assure Gérard Migliorini. Avec la magistrature, on s'entend sur certains points et notamment sur le refus d'une politique du tout sécuritaire, d'incarcération à outrance, qui conduit à une surpopulation carcérale ».
Surveillants pénitentiaires et magistrats dans le même bateau, pour éviter la surcharge derrière les barreaux.
Rémi Leroux et Hélène Decommer
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De jojomigrateur
Photojournaliste | 23H41 | 23/10/2008 |
Je viens de voir ce soir la Rediff » de l'émission de France 5 « C'est dans l'air » qui était consacrée à « Rachida Dati face à ses juges ».
Le moins que l'on puisse dire, c'est que les critiques ont plu de tous les côtés… Il est rare qu'un personnage politique fasse autant l'unanimité contre lui et en la circonstance, il me semble qu'il doit y avoir un sérieux problème relationnel entre cette dame et ceux qui sont appelés à travailler avec elle…
A stade, je ne vois pas ce qui pourrait être fait pour « calmer » le jeu et revenir à une situation « normale »…
A part, peut-être de changer de garde des sceaux… !
De laplote
hello | 08H02 | 24/10/2008 |
http://laplote.over-blog.fr/
De Arthur Mage
10H59 | 24/10/2008 |
Reveric, je ne sais pas ce que fait précisément le gouvernement. Rachida Dati est à l'origine de nombreuses réformes que je n'ai pas le temps et au sujet desquelles je n'ai pas les connaissances suffisantes pour pouvoir présentement en parler.
J'ai par contre assisté à un échange, dans mon foyer qu'elle a visité (sans présence de journalistes), entre l'actuelle ministre de la Justice et l'actuelle vice-présidente du Tribunal pour enfants de Marseille, Sylvie Mottes donc. La ministre a dit à Mme Mottes, au sujet du travail éducatif : « je sais que vous, vous êtes contre la contrainte », assertion que Mme Mottes n'a non seulement pas trouvé bon de réfuter, mais qu'elle a en outre justifié en estimant que son travail consistait avant tout à être comprise par les mineurs.
Permettez-moi d'estimer qu'éduquer sans jamais contraindre et plus encore, juger sans contraindre, sont des vues de l'esprit.
Pas plus que les enfants ne doivent être traités comme des adultes, la société n'est une jungle dans laquelle tout serait permis.
PS : je pense que mai 68 a apporté énormément de choses positives, notamment pour ce qui est de briser des carcans éducatifs liberticides, mais aujourd'hui, il y a le revers de la médaille, qui est tout autant à gérer que le furent les justes combats d'alors pour davantage de droits et de liberté.
De reveric
Rillard | 13H07 | 24/10/2008 |
j'ai lu « de Verdun a Cayenne ».
Le héros de ce livre, R. Porchet avait un choix à faire après être ressorti vivant du fort de Vau en 1915 ou 16.
Il avait été jeté comme beaucoup au coeur de la bataille parce que d'autres avait fait des choix politiques et « statégiques » qui l'avait mis dans une contradiction inténable et impensable.
il a déserté.
Echappé à la contrainte et tenter de l'assumer tut au long de 16 ans de bagne.
Il a été « ré éduqué » lui aussi c'est le cas de le dire dans les prisons française de l'époque ou les QHS de 1970 étaient presque des maisons de repos à coté de ce qui est décrit dans cet ouvrage.
J'imagine que les « gardiens » avaient eux aussi une haute estime de leur missions et de leur méthode de ré éducation du criminel de tout poil.
Il avait donc leur libre arbitre pour faire se qu'il faisait a savoir contraindre avec les méthode et le système de l'époque.
Cayenne c'était pire.La ré-éducation la travail forcée la faim la maladie la Nature la corruption le déni de justice le bannissement et la violence.
La société actuel française n'est pas la Jungle.
De la contrainte : nous y sommes tous exposé et théoriquement libre de s'en soustraire.
Merde à Vauban et à Dati.