Marseille : la Fiesta des Suds profite de la crise

La crise financière ne fait pas que des malheureux. Le projet de construction d'une tour de 130 mètres de haut qui devait déloger de son hangar portuaire la Fiesta des Suds, événement culturel phare de l'automne marseillais, est gelé.

La Fiesta des Suds est bien à l'image de Marseille, toujours à contre courant de ce qui se passe dans le reste du pays. Aussi, à l'heure de la crise financière qui fait sombrer traders et hommes politiques de tous bords dans une dépression contagieuse, l'équipe de la Fiesta à la super banane.

Pas seulement parce qu'elle s'apprête à ouvrir sa 17e édition ce week-end. Pas seulement parce que Marseille-Provence a été désignée voici un mois capitale européenne de culture pour 2013. Ce qui fait sourire Bernard Aubert et Florence Chastaigner, les deux fondateurs de l'association Latinissimo qui organise la manifestation, c'est précisément la crise financière.

Le projet de tour Icade, Marseille (Icade)

Le projet de construction du groupe Icade, qui prévoyait notamment une tour de 130 mètres de hauteur juste sur l'emplacement de la Fiesta des Suds a été gelé au moins jusqu'en 2013. « L'autorisation d'occupation temporaire de 70 ans que devait signer Icade avec le Port n'a toujours pas été validée », précise même Laurence Chastaigner.

Après l'incendie du Dock historique, Latinissimo a investi le Hangar à sucre

Pour comprendre cette situation, un petit retour en arrière s'impose. Après avoir été créée sur le J4 (un ancien hangar du port) et avoir migré à la Friche Belle de mai, la fête de l'automne indien marseillais avait fini par trouver voici une dizaine d'années ses marques dans les anciens entrepôts portuaires d'Arenc appartenant au Port de Marseille.

Mais, les 4 800 m2 aménagés du Dock des Suds ont été détruits par un incendie dans la nuit du 7 septembre 2005. L'année suivante, l'association Latinissimo a investi, avec l'accord du Port autonome, propriétaire des lieux, le hangar situé juste en face, jusque-là utilisé par l'usine Saint-Louis pour entreposer des palettes de sucre à destination du Maghreb.

Pour transformer le Hangar à sucre en salle de concert, Latinissimo a demandé à chaque collectivité locale (ville, conseil général et conseil régional) 800000 euros de subvention, soit 2,4 millions d'euros pour un chantier estimé à 3 millions d'euros.

Pour sa seconde scène, la Fiesta a même investi l'espace situé sous la passerelle d'autoroute. Une configuration inédite qui a donné un coup de fouet à un évènement qui avait eu tendance à s'endormir sur ses lauriers world, bien aidés en cela par un très confortable soutien financier du conseil général des Bouches-du-Rhône (500000 euros sur 1,4 million d'euros de budget).

Tout aurait pu aller pour le mieux dans le meilleur des mondes si quelques jours avant l'ouverture de l'édition 2006, le groupe Icade n'avait annoncé son intention d'édifier une tour de 130 mètres de hauteur juste… au-dessus du hangar à sucre.

Un investissement de 300 millions d'euros pour des bureaux et des logements qui auraient du être livrés en 2010 et qui s'inscrivait dans le cadre d'un appel à projets initié par le port autonome de Marseille, propriétaire des terrains.

Coup de gueule du président du conseil général et rétropédalage d'Icade

Cette annonce balayait d'un coup l'argent public investi par les trois collectivités publiques pour aménager le hangar à sucre. Le projet Icade a eu don de mettre en pétard Jean-Noël Guérini, président (PS) du conseil général des Bouches-du-Rhône qui avait, dans la foulée, menacé de se retirer -et avec lui l'institution qu'il préside- de l'établissement public Euromediterranée si la tour Icade devait voir le jour.

Le rétropédalage d'Icade et du Port se fera dans les mois qui suivirent, mais en toute discrétion. « Les négociations ont pris vraiment tournure courant 2007 avec la montée en puissance de la candidature de Marseille comme capitale de la culture en 2013 », précise-t-on au siège parisien du géant du BTP.

« On nous a fait comprendre qu'il serait plus judicieux de tabler sur le début des travaux en 2014. Mais, là, avec la crise financière et la récession qui s'annonce, les projets de construction de grandes envergures sont plus que remis en question. »

Et s'il fallait encore une bonne nouvelle pour l'équipe de la Fiesta, la passerelle autoroutière qui devait être fermée l'année prochaine pour installer la gare de la ligne de tramway ne devrait pas voir le jour immédiatement. Ça tombe bien, c'est sur la scène aménagée sous la passerelle que la Fiesta a concentré cette année l'essentiel de ses concerts. Photos : Fiesta des Suds, Marseille (Fiesta des Suds)

Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89

Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)

Envoyez « RUE » par SMS au 82557 (1,5 € / SMS)

En savoir plus

Accrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.

123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque

Connectez-vous pour entrer votre code

12 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

  • Téléchargez votre photo sur votre page perso. Elle apparaitra à côté de vos réactions.
  • Merci de respecter la charte des commentaires, sans quoi nous nous réservons le droit de supprimer votre réaction.
  • Les commentaires sont fermés après quatre jours.
Portrait de Billyglou

De Billyglou

culturel | 06H48 | 18/10/2008 | Permalien

La Fiesta n'a t-elle pas contribué à la requalification urbaine de ce secteur ? Ce qui entraine l'intéret de l'immobilier. La Fiesta est un des éléments qui ont permis tout celà, c'est comme çà qu'elle a été créé. Et quand le businnes n'a plus besoin des clowns il construit des tours…

Mais la crise change tout, la Rue de la République qui va être rendue au peuple Marseillais, la Fiesta va-t-elle enfin être un vrai rendez)vous populaire et pas ce rendez-vous qui réunit finalement peu de gens, et égard au bruit qu'il fait.

Le paradoxe c'est que Marseille avec 2013 voit l'avenir culturel en rose alors qu'en même temps la crise et l'état dramatique des finances publiques (Mairie et CU) ne peut qu'inquiéter. Et les Conseils Généraux qui vont disparaitre..qui va financer ce label Européen ?

Portrait de dommarco

De dommarco

travailleur | 09H59 | 18/10/2008 | Permalien

La Fiesta n'a pas réellement contribuée à la requalification urbaine du secteur. Elle a surtout contribuée à la requalification culturelle de Marseille. Guérini à bien raison de protéger ce festival car il est l'un des atout de 2013 dans un ville littéralement sinistrée d'un point de vue de la revendication et de l'expression culturelle.
Mais n'oublions pas que celà a mis du temps et que l'équipe de la Fiesta des Suds s'est vue balader jusqu'en 1997, année de leur sédentarisation au Dock des Suds.
Ensuite, si du fait de cette sédentarisation et des moyens sans cesse augmentés pour l'agrémenter, La Fiesta est plus devenue sur ces quatre dernières années un rendez vous branché dont l'uniformité nouvelle de son public contraste dramatiquement avec le précédent nettement plus représentatif de la richesse et de la diversité marseillaisse. Elle a jusqu'à ce temps été l'un des meilleurs et des plus magnifiques rassemblements populaires de tout le sud est, avec une mixité sociale et ethnique exceptionnelle et une programmation souvent avant gardiste.
Le problème est moins l'urbanisation insensée que subit Marseille dans la pure tradition d'un ultra libéralisme à la gribouille que dans l'institutionalisation du festival qui avec les années perd petit à petit le contact avec la population qui en à fait le succès.
La Fiesta peut exister envers et contre toutes les crises financières. Avec les moyens du bord elle est capable de faire des étincelles, mais les grands feux ont été allumés dans des condition extrèmes de survie, c'es justement avec l'arrivée du caviar qu'ils risquent de s'éteindre.

Portrait de Billyglou

à dommarco Portrait de dommarco De Billyglou

culturel | 21H26 | 18/10/2008 | Permalien

Tout est lié linstitutionalisation et l'urbanisation et c'est la même chose avec la Friche de la Belle de Mai. Ne pas oublier que le Pole Média créé là-bas avec de l'argent public ne sert qu'à une chose : le tournage de cette horreur qu'est Plus belle la vie. Certains prendront conscience des dégats occasionés par ce feuilleton plus vrai que la vraie vie sans être bien sur la vraie vie de cette ville ou le populaire veut aussi dire misère, délinquance, débrouille, …pas du folklore quoi ! Mais quand ils prendront conscience ce sera trop tard, le mal sera fait..mais Marseille s'en remettra ! Comme d'habitude

Portrait de nmaisetti

De nmaisetti

étudiant | 10H11 | 18/10/2008 | Permalien

« Le projet Icade a eu don de mettre en pétard Jean-Noël Guérini, président (PS) du conseil général des Bouches-du-Rhône qui avait, dans la foulée, menacé de se retirer -et avec lui l'institution qu'il préside- de l'établissement public Euromediterranée si la tour Icade devait voir le jour. »

Source et complément d'informations ? Je pensais qu'EM était source de consensus dans le milieu politique et que seuls des oppositions sporadiques pouvaient apparaître (comme pour les Terrasses du Port).

Portrait de Prolo du livre

De Prolo du livre

12H57 | 18/10/2008 | Permalien

Gniark gniark !

Une de perdue, trois autres de retrouvées… (De tours…).

Alors si en perdre quelques unes, peut nous permettre de garder le seul festival un poil intéressant ET important (contrairement au fumiste Marsatac) ; en plus en emmerdant ceux qui ont toujours craché sur la culture (populaire & marseillaise) et qui nous ont vendus une Pseudo Culture Officielle Reconnu Par Paris et Bruxelles, j'me régale…

La crise, c'est souvent bon pour faire fermer leur claque-merde aux zélus et jacobins.

Portrait de Zoomental

De Zoomental

NRV | 14H58 | 18/10/2008 | Permalien

Années après années,la Fiesta des Sud est devenue un évènement bobo-branché.

Le prix de l'entrée de 15 à 35€ (avec 2,4 millions d'euros de subvention c'est un comble ! ) et la présence de vigiles molosses (n'hésitant pas à tabasser des gamins à trois contre un - je l'ai vu de mes yeux ! ) ont lentement transformé le rendez-vous populaire en soirées branchouilles et propres sur elles.

Rien d'étonnant à tout cela, Marseille deviendra, qu'elle le veuille ou non, une succursale parisienne ensoleilléee.

Le retard de construction de telle ou telle tour ou l'accession aux affaires municipales du parrain Guérini n'y feront rien.

Portrait de Brassoad

à Zoomental Portrait de Zoomental De Brassoad

10H51 | 22/10/2008 | Permalien

Assez d'accord, franchement, 35€ la soirée, ça me efait encore mal. Enfin moins que si j'avais payé mais bon, ça me donne l'impression de bobos à fort pouvoir d'achat de la plaine qui viennent s'acoquiner dans le 3e mais ouf ! heureusement tou est fermé dans la fiesta, il y a des vigiles pour nous protéger. Le plus choquant ? Ne pas trouver de bornes du vélib marseillais à proximité : « c'est vraiment la zone »

Portrait de Nadalegrigou

De Nadalegrigou

15H16 | 18/10/2008 | Permalien

L'année dernière j'ai failli m'y faire casser la gueule par les molosses que tu cites, juste parce qu'ils ne voulaient pas me laisser entrer avec une bouteille d'eau, prétendant qu'elle pouvait contenir des drogues illicites( ! ! ! ) et arguant du fait que je pouvais acheter de l'eau à l'intérieur et que je n'avais qu'à fermer ma gueule. Un journaliste de M6 faisant la queue s'en est mêlé ce qui m'a finalement permis d'entrer (sans ma bouteille ! )
Cette ambiance sécuritaire exagérée est à l'image de ce qu'est devenue cette manifestation, je n'y met plus les pieds et je vous rappelle qu'à Marseille les soirs de « Fiesta » les petites mais néanmoins talentueuses salles telles que « La Machine à Coudre », « l'Embobineuse“et autres proposent d'excellents programmes sans lacrymo ni matraque (de 0 à 7€) ! ! !

Portrait de Art Gasp

De Art Gasp

Ancien Journaliste | 15H36 | 18/10/2008 | Permalien

Zoomental je partage tout à fait votre analyse.
Cette réunion de pseudo-bobos sur le déclin et à l'image de la ville. Le discours prôné par ses organisateurs du genre « Marseille la sympathique, la chaleureuse “ contraste avec la triste réalité, sitôt les portes des Docks franchies.
Non seulement, le service d'ordre évoque en effet plus un bataillon de Kapo sur le qui-vive (fouille au corps digne de l'évêché) qu'un comité de bienvenue, mais le prix des places est tout à fait disproportionné compte tenu des concerts proposés.
Sans parler de la promiscuité malsaine de tous les petits privilégiés des Conseils (régional et général) qui se targuent d'avoir chaque année des invitations contrairement aux chômeurs et autres érémistes qui eux, doivent payer plein pot leurs places. Laissons donc ces VIP s'amuser entre eux et choisissons plutôt des quartiers marseillais plus sympathiques et autrement plus authentiques.

Portrait de netchou

De netchou

assis devant le clavier,m'sieur le ... | 22H08 | 18/10/2008 | Permalien

« Sans parler de la promiscuité malsaine de tous les petits privilégiés des Conseils (régional et général) qui se targuent d'avoir chaque année des invitations contrairement aux chômeurs et autres érémistes qui eux, doivent payer plein pot “,c'est tellement vrai ! ! et n'oublions pas aussi les salariés de la provence,journal hautement culturel.Et puis tous les cadres d'entreprises toutes proches,dans le quartier des docks de la joliette ou ils se croient tous dans la city londonienne.Marseille est avant tout une ville populaire et il faudra encore en construire des tours pour faire de l'ombre à ce peuple ! Et n'oubliez pas qu'il y a TOUTE l'année des petits bistrots ou ça joue et chante et des endroits ou l'on s'amuse pour pas cher,ailleurs et sans vigile…

Portrait de Ed Daln

De Ed Daln

15H41 | 20/10/2008 | Permalien

La Fiesta plus VIP que populaire

Assez d'accord avec Netchou, Art Gasp etc… la Fiesta est devenue une succession de soirées bobos, Vip pleine de gens à invitation … Qui paie son entrée aux Docks ? C'est cher et de moins en moins accueillant avec ces gardes qui se la jouent.
Ces soirée reflétent de moins en moins Marseille. Le concept est toujours intéressant mais il y a beaucoup d'effet de com, Marseille, le port, le peuple, le métissage etc et les soirées ne sont pas toutes à la hauteur. Mauvaise accoustique, surpopulation, mauvaise bouffe à prix élevés etc.

C'est la rançon du succés sans doute de basculer dans un mélange de showbizz-bobo-marseilloportuaire …
A cette messe annuelle je préfère en effet les coins de Marseille où l'on peut écouter de la bonne musique sans se faire fouiller et sans avoir l'impression - un peu - de se faire arnaquer.

Car Fiesta = subvention, argent public + conso élevée + prix d'entrée élevé si pas un copain qui traine dans la culture ou au conseil général. Cela dit j'ai passé là-bas quelques bonnes soirées dans le temps …

Portrait de alain13

De alain13

étudiant | 11H40 | 21/10/2008 | Permalien

Une manifestation populaire ?

Beaucoup d'entrées gratuites sont distribuées au personnel d'entités suventionnantes ou idéologiquement parties prenantes, comme la région PACA, tandis que les comptages de fréquentation invoqués pour toucher les subventions me paraissent sujets à caution. On s'y croise entre bobos de la bonne société marseillaise et militants de gauche.
Mais évidemment, pour les élus de gauche, la manifestation subventionnée est une façon de se conserver leur électorat, enfin le croient-ils, parce qu'eux-mêmes fréquentent davantage les cercles dirigeants que les milieux populaires. Voyez les cérémonies des voeux de tous ces gens, qui y est invité, qui y vient (les responsables qui subventionnent et les responsables des associations subventionnées s'y croisent), alors que d'autres gens n'ont pas de quoi se loger ou pas de quoi manger.