A Marseille, l'académie recrute des profs par petites annonces

Pages petites annonces du quotidien La Provence du mardi 7 octobre. Vestner France Ascenseurs recrute « Technicien d'Ascenseur H/F » pour un poste dans la région de Marseille. Un peu plus bas dans la colonne, on cherche un conducteur de travaux ». Entre les deux, cet encart :

« L'académie d'Aix-Marseille recrute Enseignant(es) ds les disciplines suivantes : sciences médico-sociales, biotechnologie, technologie, mathématiques, allemand, sciences physiques, génie civil…

Niv. licence mini exige.

C.V. à adresser à : Rectorat, Académie d'Aix-Marseille, division des Personnels enseignants »

Un lien internet renvoie également vers le site de l'Académie, pour celui ou celle qui souhaite obtenir plus d'informations ou « formuler sa candidature ».

Comment faut-il lire cette petite annonce ? Pour le rectorat d'Aix-Marseille, il n'y a là rien d'exceptionnel :

« A la rentrée, chaque académie est obligée de s'assurer que son volant de contractuels ou de vacataires est suffisant, notamment en cas d'absences longue durée pour remplacer les enseignants titulaires.

Ce sont des ajustements auxquels nous procédons tous les ans. Il ne s'agit en aucun cas de postes d'enseignants titulaires… »

Au ministère de l'Education nationale, on précise que ces ajustements sont laissés « à l'appréciation de chaque recteur d'académie ».

Mais ce qui surprend, c'est que ces « ajustements » portent sur des matières « généralistes » comme les mathématiques ou l'allemand, ce type de recrutement étant traditionnellement réservé à des matières bien spécifiques.

1 200 postes en moins dans l'académie depuis 2003

Pourquoi alors ce besoin soudain de profs de maths ? Pour le syndicat d'enseignants Snes Aix-Marseille il n'y a là aucune surprise. Laurent Tramoni, secrétaire académique, détaille :

« Depuis la rentrée 2003, l'académie d'Aix-Marseille a perdu 1 200 postes, l'équivalent de 25 collèges supprimés. On veut nous faire croire que ces contractuels ne sont là que pour assurer des remplacements. On a surtout l'impression que ce sont les profs de demain. » (Ecouter le son)

Depuis plusieurs années, les syndicats dénoncent le net recul des postes ouverts aux concours d'enseignants dans de nombreuses disciplines et déplorent la substitution des titulaires de zones de remplacement (TZR) -des profs certifiés- par des vacataires.

Une enseignante d'histoire-géo d'un lycée du centre-ville de Marseille rappelle :

« Ce qui fait la différence, c'est que les enseignants titulaires ont passé des concours, ont été sélectionnés sur leurs compétences et ont été formés pour enseigner. Les autres non. »

La tendance s'accélère mais surtout, elle prend de nouvelles formes. Pour Laurent Tramoni, la petite annonce passée par le rectorat d'Aix-Marseille est symptomatique de cet état de fait :

« C'est la première fois que le rectorat lui-même recrute des personnels pour assurer des remplacements dans un grand nombre de disciplines. On a vraiment l'impression que l'essentiel, c'est qu'il y ait quelqu'un en face des élèves. »

On connaissait déjà le recrutement d'instituteurs au smic via l'ANPE. Laurent Tramoni passe en revue les « trois nouvelles façons de recruter des enseignants » : (Ecouter le son)

Outre l'embauche par petites annonces, les établissements font donc appel aux « collègues » fraîchement retraités. Une pratique de plus en plus fréquente, comme cela a été le cas cette année au lycée Thiers, fleuron de l'enseignement public marseillais.

Au début de l'été, le proviseur a fait partir un courrier dans lequel il tente de faire vibrer la « fibre pédagogique » de ses anciens collègues :

« Vous avez choisi (ou le système a choisi pour vous…) de faire valoir vos droits à une pension de retraite. En vous enviant tout de même un peu, nous ne vous oublions pas et je me suis interrogé pour savoir si vous ne ressentiez pas un brin de frustration, la fibre pédagogique qui vit toujours en vous n'arrivant plus à s'exprimer.

C'est pourquoi je m'adresse à vous aujourd'hui. En un mot : seriez-vous prêt à nous aider -nous, c'est vos collègues en activité, l'administration du lycée, mais surtout les élèves et leurs parents- dans une projet de soutien scolaire en classe de première (…) Nous aider bénévolement, cela va sans dire. »

Des BTS contractuels en techno ?

Plus grave selon le syndicat majoritaire chez les profs : le recours aux étudiants bac+2 sortant de BTS pour assurer des enseignements. Là encore, c'est l'Académie d'Aix-Marseille qui a initié la démarche en faisant appel « au vivier des lauréats du BTS de la session 2008 » pour répondre au besoin de contractuels et vacataires en technologie au collège.

Au ministère de l'Education nationale, tout en prenant soin de ne pas dévaloriser la matière, on peine quelque peu à justifier la démarche. Au Snes, on estime qu'il s'agit tout simplement « d'une négation de la qualification des enseignants, d'une négation de l'enseignement », alors que c'est tout le système de formation, à travers notamment les Instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM), qui est aujourd'hui menacé.

Bien au-delà du cas de la petite annonce du Rectorat d'Aix-Marseille, Laurent Tramoni déplore « une volonté idéologique de démantèlement du service public ».

Selon lui, « les économies réalisées par la suppression d'1 poste de fonctionnaire sur 2, c'est des queues de cerise dans le budget de l'Etat ». (Ecouter le son)

Et qu'en pense le recteur de l'académie d'Aix-Marseille, Jean-Paul de Gaudemar ? Chargé par le ministre de l'Education nationale d'élaborer « le nouveau lycée général et technologique », il poursuit la concertation des différentes représentants du monde éducatif, moins le Snes-FSU qui a quitté ce jeudi la table des discussions.

Le rapport Gaudemar pourrait être remis d'ici la fin du mois d'octobre, pour une communication du ministère à la rentrée des vacances de la Toussaint. Par petites annonces ?

5 commentaires sélectionnés

Portrait de Phil2922

De Phil2922

Retraite invalidité | 08H17 | 12/10/2008 | Permalien

Après la réforme de 90/91 supprimant les PTT, créant la Poste, les concours ont été supprimés et maintenant ceux qui rentrent dans l'entreprise (Et oui, d'apès les décideurs, c'est une entreprise) signent une convention collective et sont de droit privé.

Qu'est ce que ça change, vous allez me dire. Et bien, ils ne prêtent plus serment devant un juge et tout en faisant le même boulot, ils ne bénéficient pas d'une grille indiciaire fonction publique et n'ont pas de garantie d'emploi. Intérimaires, CDD, CDI, ils n'ont pas de grosse paye, déjà que celle des Fonctionnaires n'a jamais été exceptionnelle. En général, on ne rentre pas dans la Fonction Publique pour s'en mettre plein les fouilles.

Pour l'instant, il y a toujours des concours dans l'Education nationale mais, avec ce genre d'annonces que l'on voit de plus en plus souvent, jusqu'à quand… ? La disparition programmée des IUFM n'est elle pas le prémice de la privatisation complète de la 1ère administration d'Etat… ? !

http://phil195829.overblog.com

Portrait de hbf

De hbf

HBF | 08H49 | 12/10/2008 | Permalien

Quand je lis ces commentaires, 2 réactions me viennent :
- La première c'est la triste opinion que beaucoup de personnes ont de l'école : si elle était telle qu'ils la décrivent il y bien longtemps que notre école ne fonctionnerait plus, évidemment c'est une opinion donnée par des personnes qui ne se sont jamais retrouver devant toutes les problématiques d'une classe.
- La deuxième c'est le constat suivant : aujourd'hui ont demande à un enseignant de valider et de faire passer l'assr, le b2I, des PPRE, le socle commun de compétance, un suivit de l'orientation, des projets de cytoyenneté, de santé, d'impliquer les parents dans l'éducation…et leur matière. Quand on comprend donc que ces missions doivent être accompli maintenant par des personnes qui sont recrutées par petites annonces, sans formation… (L'iufm n'est pas parfaite, mais elle procure du temps au jeunes enseignants pour appréhender la multiplicité de facettes de ce métier)
Des précaires à la place d'enseignants, des objectifs de performance qui ne seront donc pas rempli…A qui va profiter cette « casse » de l'école publique … ni aux élèves, ni au parents, ni aux enseignants…
il y a sans doute dans des cartons des objectifs de 50% d'élèves dans le privée d'ici 2020 … ? juteux marché celui de l'éducation en pleine croissance !
Libéralisons, déréglementons, individualisons-nous, critiquons des professionnels, votons… mais ne nous plaignons pas après !
HBF enseignant aimant son métier et les élèves de maternel au post bac

Portrait de petitarbre

De petitarbre

11H00 | 12/10/2008 | Permalien

Les réactions sont nombreuses face à ce sujet.

Pour beaucoup d'entres elles, on retrouve un débat qui ne s'est jamais réglé au sein de l'éducation nationale : le recrutement des enseignants. Avec ce goût amer qui ne s'est jamais adouci : les enseignants, pour la plupart, ont été recrutés sur « simple » concours, et il est de notoriété publique que ces concours n'intègre en rien la dimension pédagogique du métier, autrement dit l'expérience « clinique » de l'enseignant.

Il est en effet une situation très étrange dans ce métier : à peine muni du concours, le futur enseignant peut enseigner « indifféremment » de la 6ième à la Terminale. Il se retrouve face à des collègues ayant de 1 à 45 ans d'expérience… et sa pratique n'est en rien évaluée, si ce n'est par lui-même. On croise ainsi des « aberrations », ces fameux enseignants ultra diplômés, mais dont la pédagogie est une pédagogie de coup de marteaux : « il faut enfoncer la connaissance dans le crâne des élèves »… Si on tente en quoi que cela de leur faire des remarques, on risque de s'entendre répondre… « Je suis libre et donc je n'ai de rendre de compte à personne au sein de ma classe ; les élèves n'ont qu'à se plier à mes choix ».

Au hasard de nos rencontres, il nous arrive de croiser aussi des enseignants ayant une véritable réflexion sur leur pratique, ayant compris que, finalement, la seule personne à même de les évaluer… c'est eux-même.
Mais alors, quelle solitude ! !

Bref, le sentiment que j'ai face à ce « métier » : la formation est bien trop empirique, uniquement empirique.

Ainsi, pour moi, la question doit effectivement porter sur les capacités pédagogiques du futur enseignant ; sur ses capacités à réfléchir sur sa pratique ; ses capacités à se remettre en question. Le concours ; pourquoi pas, mais pas en tant que finalité en soi.

La dérive de ces recrutements traduit une idéologie ancré au sein de l'éducation nationale : être enseignant, c'est donné à tout le monde. Il suffit de se mettre face à 30 élèves et de faire cours. Rien de plus simple.
Car en effet, jusqu'à présent, l'idéologie propre des concours était cela : on vérife juste que vous avez des connaissances. Le reste, c'est sans importance. Les « pédagogues » ne sont que des petites personnes qui s'agitent…

Je suis personnellement convaincu qu'être enseignant est un métier. On peut décrire des techniques ; des approches ; des projets.

Je suis personnellement convaincu qu'il est possible de débattre et de construire des conditions de recrutement.

Du côté ministeriel, l'équation est simple. X elèves d'un côté nécessite Y adultes de l'autre (plus de 18 ans ; modestement éduqués). Une contrainte étant que, S désignant le salaire moyen des Y adultes, on doit avoir S fois Y inférieur à T pour cent du budget…
Le reste, les humains ; les adolescents… peu importe.

Mais tout cela rentre dans une idéologie bien plus vaste…

Marc Olive

Portrait de Desiderio

De Desiderio

14H55 | 12/10/2008 | Permalien

Beaucoup de contractuels sont des gens qui préparent en même temps les concours ou qui ont déjà tenté les concours, ils peuvent donc bénéficier d'une formation (mais en fait surtout disciplinaire pour les concours externes, avec juste quelques épreuves didactiques et non pédagogiques). Cependant, il est alors difficile de rester inscrit à des formations du fait des horaires qui peuvent coïncider et puis il faut savoir que les stages Mafpen sont toujours bloqués sur des mardi-mercredi ou des mercredi-jeudi donc avec au moins un jour de classe (le contractuel ne sera pas payé pendant ce temps-là, il est payé à l'heure de classe réellement effectuée). Ses horaires peuvent changer d'une semaine à l'autre s'il est appelé à une autre mission. En outre, il est difficile de s'inscrire dans une formation Mafpen en cours d'année surtout si les effectifs sont pleins dès le mois de juillet (il faut passer alors par le chef d'établissement ou le médecin du rectorat, une assistante sociale du rectorat, la DRH, l'inspection, on se signale comme un cas).

L'an dernier, j'ai remplacé une prof dépressive et en fin de carrière. Je suis TZR de lettres (donc titulaire, avec frais de déplacements, congés, points de retraite, primes pour les conseils de classes, heures sups payées si j'en fais et aucun dégrèvement en cas de sous-horaire), le poste était de lettres-histoire, il a donc été coupé en deux parce que je me voyais mal préparer à un bac pro ou un BEP dans une matière que je possède fort bien, mais pas assez pour des classes d'examen (il ne suffit pas de lire la table des matières du manuel ou de connaître le programme et le référentiel ou les annales, il faut avoir réfléchi). Mon binôme était un contractuel qui ne bénéficiait d'aucun de mes avantages, qui commençait seulement et qui préparait le PLP. Mais l'inspecteur lui a délégué un tuteur dès la deuxième semaine, tuteur qui assistait à certains de ses cours ou dont il observait certains cours. C'est, je crois, assez rare, voire exceptionnel, mais dans l'enseignement professionnel, il y a souvent une plus grande attention aux situations particulières que dans l'enseignement général. J'ai pu suivre de telles formations quand j'ai débuté comme maître-aux (là aussi dans l'enseignement professionnel avant que je ne bifurque vers le général), j'ai eu droit alors à des stages et à un tuteur au milieu de la première année, mais je ne pense pas que ce soit le cas pour tous les nouveaux contractuels qui se retrouvent dans une situation de grande précarité face aux représentants de l'institution.

Portrait de kestiontoi

De kestiontoi

travailleur forcé | 18H54 | 12/10/2008 | Permalien

« On a vraiment l'impression que l'essentiel, c'est qu'il y ait quelqu'un en face des élèves »

Combien l'Etat va-t-il économiser en employant des vacataires au lieu de titulaire qui ont reçu une formation ?

« Or j'avais un statut pas forcément très juste (pas d'indemnités chômage par exemple), mais un peu meilleur que celui des contractuels (pas de congés payés sauf le prorata des heures effectuées, pas d'indemnités de suivi et d'orientation, aucune prime, pas d'heures sup, limitation à 120 heures consécutives durant un trimestre, etc.) » (Desiderio)

Que va devenir un pays qui brade sont Education nationale ?
Pourquoi Mr Darcos s'attaque-t-il à la maternelle alors que l'Allemagne cherche à augmenter la qualification de l'encadrement des jeunes enfants ?
Les apprentissages dans les premières années ne conditionnent-ils les années suivantes ?
La lutte contre l'échec scolaire ne dépend-elle pas de la qualité des enseignants et du nombres d'élèves face à ceux-ci ?
Qu'est-ce qui est le plus coûteux, un système éducatif performant ou une formation professionelle qui essaie d'augmenter les compétences des chômeurs sous qualifiés ?

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