« Monsieur D. » met en grève la psychiatrie marseillaise

L'annonce du retour de ce malade violent a déclenché une grève des agents hospitaliers, qui dénoncent le manque de moyens.

Devant l'hôpital de la Conception (Rémi Leroux/Rue89)

L'emballement médiatique provoqué par le retour de « Monsieur D. » dans une unité psychiatrique marseillaise a surpris tout le monde. Les agents hospitaliers grévistes comme la direction de l'Assistance publique des Hôpitaux de Marseille (AP-HM).

Il faut dire que le cas de « Monsieur D. » est hors norme. Ce patient présente « une pathologie psychiatrique lourde » couplée à des caractéristiques physiques « ahurissantes », selon Gérard Avena, de SUD santé-sociaux AP-HM. Un colosse de 2m03 et 140 kilos que le représentant syndical décrit comme « sociopathe ». (Voir la vidéo)

Un diagnostic que confirme, en le nuançant, Didier Stingre, directeur à l'AP-HM et référant pour la psychiatrie :

« C'est un patient psychiatrique à l'identique de tout autre patient, avec une pathologie certes lourde. Effectivement, ce qui le singularise, c'est une force physique un peu hors du commun.

“Il nous a néanmoins été adressé après un avis expertal d'essence médicale. C'est-à-dire que des psychiatres ont décidé qu'il était parfaitement apte à être accueilli dans une structure hospitalière classique, évidemment ayant une orientation psychiatrique telle que la nôtre.”

Révélateur d'un « manque de moyens »

Parce que « les conditions d'accueil et de prise en charge de ce patient ne sont pas réunies », les agents hospitaliers se sont mis en grève illimitée depuis lundi 29 septembre. Ils souhaitent, expliquent-ils, « pouvoir prodiguer leurs soins dans les meilleures conditions de sécurité pour eux-mêmes et pour les patients qui leur sont confiés ainsi que pour l'environnement immédiat ».

« Il y a cinq ans déjà, poursuit Gérard Avena, son passage par l'hôpital de La Timone a laissé de très mauvais souvenirs. C'est quelqu'un qui recherche une satisfaction immédiate et s'il ne l'obtient pas, il cogne. »

Mais pour les agents, le cas de « Monsieur D. » est révélateur des difficultés d'un secteur qu'ils estiment, depuis de trop nombreuses années, vidé de ses moyens, en nombre de lits comme en personnel. Un secteur qui pâtit du « désengagement des pouvoirs publics ». (Voir la vidéo)

Un constat que ne partage pas Didier Stingre :

« La psychiatrie marseillaise se porte très bien. Nous avons ouvert en 2006 deux nouvelles structures (sur les sites de la Conception et de Sainte-Marguerite, ndlr) d'essence tout à fait contemporaine, à la fois dans leur architecture, dans leur organisation, dans leur mode de prise en charge, avec les effectifs et les personnels qui ont été négociés entre la direction et les organisations syndicales. »

Il considère la féminisation de la profession d'infirmière comme « un fait de société, un fait démographique » et rappelle que la présence massive d'infirmiers se justifiait à une époque où « les pratiques étaient des prises en charge de confinement, proches d'un univers carcéral. Vingt-cinq ans plus tard, elles ont considérablement évolué ».

Une profession de plus en plus féminisée

« Il n'empêche, note encore le syndicaliste, la profession est aujourd'hui féminisée à plus de 80%. Dans les écoles d'infirmières, bien souvent, les stages de psychiatrie ont lieu dans des maisons de retraite. Le personnel n'est donc pas formé à la violence de certains patients. »

« Si tout allait bien, comment alors justifier qu'il faille envoyer un patient comme Monsieur D. dans tous les services psychiatriques de la région pour permettre aux équipes de souffler entre temps ? », interroge un agent.

Monsieur D. devait arriver en début de semaine en provenance de l'unité spécialisée de Montfavet, dans le Vaucluse. Le mouvement des agents hospitaliers a reporté son arrivée de quelques jours.

Jeudi 2 octobre, une assemblée générale des personnels devrait décider de la poursuite du mouvement de grève. Du côté de la Direction départementale des affaires sanitaires et sociales (Ddass) et de la direction de l'AP-HM, il a été proposé de mettre à disposition un vigile au sein de l'unité psychiatrique. Cela sera-t-il suffisant ? Didier Stingre :

« Notre patient est dans la reconnaissance de l'autorité qui se manifeste par un certain nombre de symboles, l'uniforme par exemple. Donc la présence d'un vigile, en dehors de la sécurité apportée aux personnels, aura un rôle sur le comportement du patient car il est dans une forme d'hyper-respect de l'autorité. »

Même si, pour les agents de la Conception, il n'est pas question « de refuser l'accueil à une personne en souffrance », Gérard Avena rappelle qu'il y a quelques années, il avait fallu « pas moins de 15 agents pour parvenir à maîtriser Monsieur D ».

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5 commentaires sélectionnés

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De Phil2922

Retraite invalidité | 07H59 | 01/10/2008 | Permalien

Ca fait un moment que les hôpitaux psychiatriques manquent de moyens. C'est pour ça que les prisons récupèrent de plus en plus de malades qui auraient plutôt besoin de soin…

2m03, 140kg…, je propose que Monsieur D aille soutenir un pilier du Palais Brognard qui tangue pas mal… !

http://phil195829.overblog.com

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De ClemClemClem

étudiante en psychologie clinique | 08H29 | 01/10/2008 | Permalien

A DBL8 : oui oui braves gens, il faudrait même faire plus simple : une euthanasie hein ? ! comme ça on est tranquille en prévention d'une potentielle violence, cet homme qui est rappelons le MALADE devrait selon vous être maintenu physiquement et chimiquement ? Vos idées sont dans l'air du temps, vous devriez écrire à l'Elysée…
des « pilules qui font rire », vraiment ? ! vous ne savez même pas de quoi vous parlez, les médicaments utilisés en psychiatrie ne font pas rire, ils rendent apathique, dépendant, font grossir, ralentissent le cours de la vie… à croire que c'est le café du commerce ici (moi aussi tiens, je vais m'improviser experte en finances, comme ça je donnerai un avis sur tout par les temps qui courrent ! )

Je suis choquée par deux choses dans cet article principalement : on appelle les agents hospitaliers « agents » à tout bout de champ, ce qui amene une confusion avec les agents de police, qu'ils ne sont pas.

Une remarque est très pertinente : comment se fait il qu'il faille faire à Monsieur D le tour des HP pour que tout le monde souffle à son tour ? Est-ce profitable à ce patient ? Le serment d'Hippocrate stipule « premierement ne pas nuire », pourtant il est claire qu'un suivi en dents de scies ne peut pas ne pas nuire à quelqu'un comme monsieur D ! Voici la question de fond de la psychiatrie française… Où sont les psychologues cliniciens là dedans d'ailleurs ? Où est le soutien et la supervision aux équipes ? Comment est pris en charge Monsieur D ?
L'article évoque tout sauf ça, c'est troublant… Gave t on cet homme de tranquillisants sans plus de thérapie que ça ? Où est l'humain, dans tout ça ? Où est le sujet ? Monsieur D est violent, « frappons le en retour et enfermons le » j'espère que nous n'en sommes plus là… Le but de l'hôpital psychiatrique n'est pas de protéger la société des malades mais de les SOIGNER ! Ca serait bien qu'on s'en rappelle, et ça donnerait plus de profondeur dans cet article au réel désarroi des soignants qui au lieu de pouvoir s'y atteler craignent pour leur intégrité et leur sécurité…

Portrait de supprimé à la demande du riverain 23 mars

De tanagra92

x | 09H37 | 01/10/2008 | Permalien

 » Dans les écoles d'infirmières, bien souvent, les stages de psychiatrie ont lieu dans des maisons de retraite. Le personnel n'est donc pas formé à la violence de certains patients. »

Vous oubliez sans doute les unités protégées pour les malades d'Alzheimer qui bien souvent sont violents, voire très violents ; là aussi le problème de la gestion se pose ! Que faire dans ces cas reconnus de démence ?

Portrait de m a i a

De m a i a 9081

aquoiboniste | 10H12 | 01/10/2008 | Permalien

Je suis sensible à cet article, bien entendu…

Je comprends le desarroi de ces soignants face au manque de moyens humains qui leur permettraient d'exercer leur fonction avec plus de sérénité et dans l'esprit de leur engagement en psychiatrie.
En hôpital psychiatrique, les malades sont tous difficiles à leur façon, et il ne s'agit pas seulement de leur donner quelques pilules de toutes les couleurs pour traiter la pathologie.
Même un malade « calme » est une dificulté quant on s'attache à le connaître et à s'impliquer dans les soins que parfois lui-même ne demande pas…
Alors, bien sûr, un malade plus particulier, corpulent, un peu violent ou impulsif crée une tension et un éveil permanent vers l'incident qui peut arriver.
Or la vie en HP est déja quotidiennement faite de ces difficultés, il y a beaucoup de patients et peu de personnel, des locaux parfois inadaptés aussi.

J'ai vécu cela du côté « soignés » et le travail du côté « soignants » est une infinité d'instants « sur le fil » qui pèsent sur les nerfs et la patience ; s'il faut maintenant y ajouter l'angoisse de la « gestion » d'un malade qu'on sait particulier et que les services se « refilent » (il y a bien une raison à celà, dans l'éduc nat on se refile bien des élèves tant il faut préserver les forces de chacun au bénéfice de tous les autres…), la coupe déborde, je le conçois.

L'idée du vigile me paraît introduire dans une structure de soin une dimension étrange et peut-être déviante de l'objectif initial. Pourquoi proposer la « facilité » quand les professionnels de soin sont à même de déterminer précisément leurs besoins, pour le bien du malade ?
Car le bien du malade sera-t-il vraiment assuré dans ces conditions ? J'en doute…

Portrait de orties

De orties

11H04 | 01/10/2008 | Permalien

Ayant de mon côté vécu un passage en service psychiatrie en tant qu'externe en médecine, je peux vous assurer que la violence physique des patients n'est pas le seul problème que rencontre le personnel, alors que c'est celui dont on parle le plus.
Leur détresse est parfois si difficile à supporter qu'il faut aux soignants un sacré recul et surtout un bon équilibre mental pour tenir le coup. Leur travail est TRES difficile et mal reconnu (et récompensé), et cela justifie leurs revendications.

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