
Eurocopter a-t-il couvert le harcèlement d'un de ses cadres ?
Lundi 1er septembre, Christine Boulet sera fixée. Elle saura si son combat de deux ans pour faire reconnaître le harcèlement dont elle estime avoir été victime méritait d'être mené.
Elle saura si son employeur, Eurocopter, l'une des plus grosses entreprises de la région Paca, fleuron de l'industrie française, est reconnu coupable de l'avoir licenciée, selon elle, parce qu'elle a dénoncé « le comportement discriminatoire de son supérieur hiérarchique ».
L'audience s'était tenue devant le conseil des Prud'hommes de Martigues au mois de mai dernier. Depuis, Christine Boulet compte les jours qui la séparaient du 1er septembre, date à laquelle sera rendue la décision des conseillers.
Tout commence fin 2002 : Christine Boulet est chargée d'organisation événementielle au sein d'EADS, à Paris. Recommandée par le consortium à Eurocopter, elle rejoint le siège de l'entreprise à Marignane, au service des relations publiques, dirigé par monsieur C. Six mois plus tard, en juin 2003, elle est promue adjointe au responsable. (Ecouter le son)
Mais, selon elle, monsieur C. ne s'arrête pas là. (Ecouter le son)
Christine Boulet explique que la situation ne va faire qu'empirer au fil des mois. Son supérieur hiérarchique intervenant de manière de plus en plus insistante à la fois dans sa vie professionnelle et dans sa vie privée. Elle n'évoquera que du bout des lèvres ce qu'elle estime être du « harcèlement sexuel“…
« Mon manager contrôlait en permanence le moindre de mes faits et gestes. C'est quelqu'un d'une possessivité maladive. Tout ce qui n'émanait pas de lui, il le prenait comme une menace personnelle. J'ai servi de faire-valoir à ce monsieur qui recherchait une légitimité qu'il n'avait absolument pas. »
Un regard qu'elle porte a posteriori.
« J'ai pris progressivement conscience de la situation de harcèlement. Pour moi, ce poste représentait beaucoup. Je suis pied-noir, corse… arriver dans une région méditerranéenne, c'était un véritable désir personnel, un aboutissement professionnel aussi…
« Après des années passées en freelance dans des entreprises à culture américaine, c'était pour moi une opportunité formidable. Cela n'a pas été facile d'accepter de me retrouver dans cette posture… »
Difficile cependant de faire reconnaître une situation de harcèlement. Après des mois d'une situation inextricable, au cours desquels elle tente de faire entendre sa voix auprès de sa hiérarchie et se retrouve de plus en plus isolée, Christine Boulet est finalement écartée de son poste d'adjointe et détachée, dans le cadre d'une ‘convention de délégation de personnel’, auprès du rectorat d'Aix-Marseille…
La Halde s'en mêle
A l'issue de ce détachement, elle réintègre Eurocopter et reçoit, un mois plus tard, une convocation à un entretien préalable à licenciement. On lui reproche alors d'avoir ‘non seulement échoué dans sa mission au sein du rectorat’, ce qu'elle réfute, ‘mais aussi d'avoir terni l'image de l'entreprise Eurocopter’.
Lors de cet entretien, auquel assiste un délégué syndical, le DRH d'Eurocopter, Eric Arcamone, aurait reconnu les rapports problématiques avec monsieur C.
Ce que bien sûr confirme Christine Boulet, mais en allant un peu plus loin :
« Il m'a dit : “Eurocopter reconnaît que vous avez beaucoup souffert depuis votre arrivée parmi nous. Vous avez le droit d'être heureuse, donc il faut que vous alliez travailler ailleurs, parce qu'Eurocopter n'est pas capable d'intégrer des gens comme vous.”
« J'ai demandé au syndicaliste s'il avait noté cette phrase remarquable. Mais, le problème avec le harcèlement, moral ou sexuel, c'est qu'il faut prouver la souffrance. »
Alors, Christine Boulet s'est lancée dans la bataille pour la faire reconnaître. En décembre 2006, elle choisit de faire appel à la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité.
La Halde va mener son enquête et, dans une délibération rendue le 14 avril dernier, abonder en son sens :
« Le Collège de la haute autorité considère qu'il existe suffisamment d'éléments permettant de présumer que Madame Boulet, alléguant être victime de faits de harcèlement moral et de harcèlement sexuel, a été licenciée pour avoir dénoncé ces faits et qu'elle a ainsi fait l'objet d'une mesure de représailles justifiant la nullité de son licenciement ».
‘Elle ne supporte aucune hiérarchie…’
Roland Lescudier, l'avocat d'Eurocopter, estime que la Halde n'a fait état que de ‘présomption de harcèlement, elle ne l'a pas établie’. Il poursuit :
« La Haute autorité ne travaille pas dans des conditions contradictoires et, dans cette affaire, seuls les arguments de Mme Boulet ont été retenus ».
A l'audience, au mois de mai, Me Lescudier avait rappelé à Christine Boulet que ce n'était pas son ‘aptitude professionnelle’ qui avait été remise en cause, mais ‘son attitude comportementale’ : ‘Elle ne supporte aucune hiérarchie, elle est toujours persuadée de faire mieux que les autres.’
A la veille de la décision des conseillers prud'homaux, il relève ‘le talent et l'habileté dont fait preuve Mme Boulet pour communiquer sur son cas’. Face ‘au premier employeur de la région Paca’, sans doute fallait-il bien cela…
► Complété le 1er septembre à 13h42 : Le conseil des prud'hommes de Martigues a renvoyé sa décision au 24 octobre prochain.
Photo : Christine Boulet (Rémi Leroux).
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De Gina Grimont
13H16 | 31/08/2008 |
Ce qui est profondément discriminatoire et injuste, c'est qu'encore aujourd'hui, une femme n'est pas écoutée quand elle accuse un homme de harcélement. Autant les patrons n'y vont pas de main morte pour licencier leurs cadres pour la moindre petite faute professionnelle, mais dés qu'on rentre dans le harcélement moral et sexuel d'un homme envers une femme, mépris total envers la femme, comme si toujours revenait, inconsciemment ou pas le culpabilisant péché originel de la femme qui l'aurait bien cherché, coupable d'être désirable, ça exite l'homme et c'est de sa faute à elle ect… L'homme bien sûr n'est jamais coupable de sa sexualité irrépréssible, c'est juste qu'il y a encore et toujours cet archaïsme de la maman et la putain ! Celle considérée comme putain n'ayant que le droit de la fermer !
J'espére que cette femme gagnera cette bataille et que d'autres femmes, que des hommes considérent encore comme des objets à leur disposition, auront le courage de mener ces batailles !
De vol19
awash | 16H49 | 31/08/2008 |
Absolument, le harcèlement ne s'applique pas qu'aux femmes. Il n'est pas non plus qu'un phénomène interdividuel, il peut s'inscrire dans un « mouvement collectif » de nos jours.
Les dégâts peuvent être très importants : dépressions, suicides, toxicomanies, alcoolisme, somatisations diverses dont le cancer. Mais surtout ce syndrôme d'« épuisement relationnel », comme si la peau avait été brûlée, ce qui entraîne très vite un sentiment de fatigue en société, une hypersensibilité, une nécessité d'isolement, une difficulté à re-établir de la confiance, qui est amené à durer des années.
Ce genre d'« accident » plombe totalement une carrière et des années d'investissements professionnels. La dépression, la phase de crise coûte très cher à celui qui le vit, et après, c'est des années durant, une vie au ralenti. Hors une situation de harcelèment est très dificile, à prouver et quelqu'un dans une période de crise aura des difficultés pour faire un procès. L'autre problème, c'est que dans notre société féodale et clanique, les acteurs qui se permettent ce genre de pratiques ont des réseaux sociaux très larges, on a vite fait de répandre la rumeur qu'« untel à pété les plombs », est « fragile » et dans les espaces professionels qui sont étroits,et précaires, il y a des tas de moyens de continuer à exercer une pression…
Le problème, c'est que les allocations handicapés ou autres pensions d'invalidité (de l'ordre de 1000 euros par mois) pour ceux qui y parviennent après nombreuses humiliations supplémentaires… ne compensent absolument pas le coût pour la victime du harcèlement et de l'accident de vie qui en résulte et qui se situent sur des dizaines d'années. Le coût pour l'Etat est élevé. Mais le coût pour un individu de formation supérieure qui ne reprendra pas un travail devrait se chiffrer en centaines de milliers d'euros. Hors souvent, c'est très difficile à prouver. Que des entreprise soient de temps en temps condamnées à de lourdes amendes peut obliger les entreprises à réagir, à sensibiliser le personnel, au lieu de rester passif quand quelqu'un se fait attaquer. Toutefois, les personnes les plus démolies sur le long terme par cette expérience, ne sont pas celles qui font des procès, elles « disparaîssent »… En outre, il faut bien préciser que ce ne sont pas seulement les salariés en CDI qui trinquent mais également les stagiaires, free-lance, intérimaires, CDD et c'est d'autant plus fort à la fois qu'ils ont besoin de bouffer, et que s'ils disjonctent celà ne se verra pas comme ils ne sont pas vraiment lié à l'entreprise ou institution. Le crime est parfait. D'autre part le harcèlement de nos jour peut exister aussi hors espace professionnel, là ou l'on habite, espace de loisir, espace de formation, c'est très large.
Ce sujet est un sujet que je connais bien d'expérience, et si mon premier post était très distancié, ça montre bien en fait les défenses, on voudrait se cacher cette expérience. Le thème de la « disparition » de mon pseudo n'est pas un hasard.
De balafenn
staying alive | 19H37 | 31/08/2008 |
Envie de pleurer en vous lisant.
Je ne suis pas cadre mais ai choisi et exercé mon métier avec tant d'amour que je n'ai pas tout de suite compris ce qui se passait… Le harcèlement, quasiment improuvable et là, maintenant, en route vers l'invalidité. Le pire étant l'incompréhension de l'entourage (famille, amis) mais un entêtement absolu quand on sent que la santé (psychologique et physique) devient trop tangible et qu'on espère encore survivre