Plan Campus : un quart de victoire pour Marseille
Les universités d’Aix et de Marseille ont donc été sélectionnées in fine dans le cadre du plan Campus. C’est un succès indéniable, tant l’accouchement du dossier a été difficile. Les enjeux étaient importants, mais le poids de l’université dans la métropole constituait un atout certain et ce résultat honore tous les universitaires.
Même si de nombreuses questions restent en suspens, les présidents d’université doivent être félicités, ainsi que tous ceux qui ont contribué au dossier. C’est une bonne chose pour Marseille. Mais, finalement, qu’est-ce qui est sélectionné ? Tous les sites, certains sites ? Si Aix a été retenue, la ministre Valérie Pécresse n’a pas précisé si, pour Marseille, l’ensemble du site scientifique proposé (Etoile et Luminy) est concerné. Il est vraisemblable que non, puisque le dossier déposé faisait moins cas du site de l’Etoile (Château-Gombert, Saint-Jérôme), proposant l’inscription prioritaire du site de Luminy.
Ainsi, si seul le site de Luminy peut bénéficier de ces financements, le plan Campus ne concernera, pour Marseille qu’un petit quart des universités et 8000 étudiants sur presque 35 000. Déjà Marseille, contrairement aux autres villes universitaires lauréates, avait choisi de ne proposer que deux sites (St-Jérôme-Château-Gombert et Luminy) sur quatre majeurs (St-Charles et la Timone n’étaient pas présentés).
Mais pourquoi Luminy et seulement Luminy ?
Certes, Luminy constitue l’un des campus les mieux situés et les plus agréables en Europe, mais aussi l’un des plus excentrés. Marseille ne se réduit pas à Luminy et Luminy n’est ni au cœur du dispositif universitaire de médecine, ni au cœur du dispositif universitaire scientifique.
Donc bravo pour lui, mais peut-on pour autant dire bravo pour Marseille ? Etre retenu pour un site, c’est évidemment mieux que rien, puisqu’un nombre important de villes n’ont pas été retenues. Mais ce n’est pas non plus un résultat glorieux, puisque dans les grandes villes universitaires, les sites majeurs, très fortement soutenus par leurs élus, ont été sélectionnés, souvent dès le premier tour.
Le bilan peut être vu en termes de retombées financières, d’apport à la ville et de dynamique universitaire. Sur le plan financier, avec un quart des étudiants concernés, alors que l’état des bâtiments universitaires dans sa grande majorité est mauvais à Marseille, les retombées du plan Campus en euros par étudiant risquent d’être bien faibles comparées à des villes de moindre importance.
Le plan Campus est axé sur la nécessaire réhabilitation des locaux universitaires et sur l’insertion des campus dans les métropoles. Sur ce dernier point, la non prise en compte du site de l’Etoile (Saint-Jérôme, Château Gombert) serait une mauvaise chose, car c’est également dans les arrondissements situés au nord que se situent, outre le technopôle de Château-Gombert, les plus importantes réserves foncières pour les activités économiques, et notamment à haute valeur ajoutée technologique.
L’Université a besoin de se projeter dans l’avenir et de décupler son interactivité sociale et économique. C’est pourquoi ce serait également un signe politique négatif, reposant le problème du développement différencié de la partie nord et de la partie sud de la ville.
Quelles conséquences sur la fusion des trois universités ?
Dans cette affaire, le ministère, très directif, a préféré jouer un seul site contre une stratégie globale de développement bénéficiant à toute la ville. Marseille aurait pourtant pu tirer tout bénéfice d’un développement universitaire s’intégrant dans un développement urbain équilibré, intégré et cohérent.
On doit espérer que tout ceci n’aura pas effet retardant, voire bloquant, sur la fusion nécessaire des trois universités. Car, pour faire évoluer ces structures, il faut que les acteurs aient vraiment une perception « gagnant-gagnant ». Or ce succès partiel, bâti sur un compromis déséquilibré, doit interroger les universités sur leur capacité à mener une véritable stratégie de développement évitant les laissés pour compte.
Les enseignants, les chercheurs et les étudiants, déjà peu sensibilisés par la fusion, s’impliqueront-ils vraiment dans cette aventure si leurs intérêts ne sont pas repris, quelque soit leur site de travail ? Rien n’est sûr… En tous les cas, le chemin reste encore long pour se hisser au niveau d’une grande université européenne.
► Lire aussi le blog de Jacques Boulesteix.
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« Se hisser au niveau d’une grande université européenne », quel bel objectif pour la future université fusionnée... Se désoler des 3 quarts oubliés par le plan campus, quel beau combat !
Malheureusement, cela ne saurait occulter l’absence de réflexion générale. On pourrait presque croire qu’une grande majorité des universitaires se sont passé le mot tant ceux-ci sont convaincus qu’il faut foncer tête baissée dès qu’une réforme pointe le bout de son nez :
- les pôles de recherche et d’enseignement supérieur (PRES) ?
Fonçons ! En avant !
- l’intégration des IUFMs aux universités ?
Vite, faisons que celui du coin échoit à notre établissement !
- la réforme LRU ?
Soyons parmi les premiers à entrer dans les procédures d’autonomisation et à créer nos fondations !
- le plan campus ?
Dans les 10 sélectionnés, nous serons !
Votre tribune est l’illustration de ce manque de recul sur les modifications actuelles de l’enseignement supérieur. A une vision politique s’est substituée une gestion opportuniste des universités. Les nombreux services dits de « valorisation » qui fleurissent dans les universités en sont le meilleur exemple.
Cela occulte ainsi que l’enseignement supérieur européen - né du processus de Bologne et de la réforme LMD - est aujourd’hui un espace de concurrence libre. Y entrer se fait déjà et se fera en marchant sur la tête de son voisin et concurrent.
Cela occulte aussi qu’aujourd’hui, l’implantation ou le renforcement des sites d’enseignement supérieur se fait en dépit des logiques d’aménagement du territoire.
Cela occulte enfin et surtout que l’université est un service public dont l’objectif est d’offrir au plus grand nombre la possibilité d’accéder à des structures universitaires de qualité et de proximité, meilleur palliatif connu aux inégalités sociales.
Je pense qu’une réflexion sur le fond de cette réforme aurait mérité a minima une digression. C’est en tout cas ce que j’attendais d’un universitaire influent, qui plus est élu de gauche.
Cordialement,




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