30/12/2009 à 16h16

L'Etat décide de financements aux sites d'information en ligne

Pierre Haski | Cofondateur Rue89

C'est une première : le tout nouveau Fonds d'aide au développement des services de presse en ligne (fonds Spel) vient de décider d'une première vague de financements. Rue89 fait partie des bénéficiaires, ainsi que plusieurs autres « pure players », c'est-à-dire des sites d'information qui ne sont pas adossés à un titre de la presse traditionnelle, comme Mediapart et Slate.fr. Les sites des médias traditionnels ont également reçu ces financements publics, d'un montant total de 20 millions d'euros au titre de l'année 2009.

Ces aides de l'Etat sont liées à la création du nouveau statut d'éditeur de presse en ligne, une modernisation que nous avions appelé de nos voeux et que nous avions appuyée lors des états généraux de la presse au début de l'année. Il s'agissait de mettre fin aux distorsions de concurrence entre médias traditionnels et « pure players » engendrées par les aides à la presse dont étaient exclus ces derniers.

Il ne s'agit pas de subventions de fonctionnement

Le fonds Spel doit aider les entreprises de presse en ligne, un secteur émergent aux faibles capacités de financement dans la conjoncture actuelle, à réaliser des projets de développement.

En l'occurence, Rue89 a reçu un financement, qui doit encore être confirmé fin janvier, de 249 000 euros pour le développement d'une nouvelle plate-forme technique, soit 60% du montant total de la dépense, la différence, 165 000 euros, devant être financée par le site lui-même. Il ne s'agit en aucun cas de subventions de fonctionnement.

Parmi les autres financements attribués par le fonds Spel, Mediapart devrait recevoir 200 000 euros, et Slate 199 000 euros. Il faut toutefois noter que la majeure partie des dossiers présentés l'ont été par les sites des médias traditionnels, qui sont eux-mêmes éligibles à tout le système d'aides publiques à la presse dont le montant total dépasse le milliard d'euros par an.

Nous ne sommes pas demandeurs d'aide publique, mais d'équité

Rue89 avait fait savoir lors de l'ouverture de ce débat l'an dernier, que nous n'étions pas demandeurs d'aide publique, et que dans un monde idéal, celles-ci ne devraient pas exister. Nous étions d'abord demandeurs d'équité, étant entendu que les aides attribuées aux sites des médias traditionnels constituaient des distorsions de concurrence dans ce nouveau secteur de l'information en ligne.

Ce « coup de pouce » de l'Etat en période de crise est censé aider au développement des nouveaux médias dans un secteur plongé dans la double crise d'un changement de modèle, et de l'impact de la récession sur ses recettes publicitaires. Malgré son important développement depuis son lancement en mai 2007, Rue89 est déficitaire en 2009, comme la plupart des autres titres du secteur.

Pas de transparence dans l'attribution des aides publiques

Lors des délibérations du fonds Spel, les « pure players », regroupés depuis peu au sein d'un syndicat de la presse indépendante d'information en ligne, le Spill, ont défendu le principe de la transparence dans l'attribution des aides publiques à la presse en ligne, contrairement à ce qui se passe dans les aides à la presse traditionnelle. Les demandes du Spiil n'ont pas été entendues à ce stade.

Rue89 a néanmoins choisi de s'appliquer à lui-même cette indispensable transparence, et de porter à la connaissance des Riverains ce financement public, qui va lui permettre d'offrir à ses lecteurs une meilleure qualité de prestation technique dans quelques mois, dans le respect de son engagement à proposer une information indépendante, participative et de qualité.

Nous allons d'ailleurs lancer prochainement une consultation auprès des Riverains pour recueillir leurs vues sur les évolutions qu'ils souhaitent voir apporter à Rue89.

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  • Di
    Di
    • Posté à 16h51 le 30/12/2009

    Ouille ! Rue89 va se transformer en FigMag ?

  • Pictulo
    • Posté à 17h34 le 30/12/2009

    Cette transparence est louable. En même temps, s'agissant de fonds publics, elle me semble être la moindre des choses.
    Les « pure players » (le nom est à chier, mais en attendant qu'on lui trouve un équivalent en français...) se présentent selon deux modèles économiques :
    - Abonnement + absence de pub (style @si)
    - gratuit + pub + appel au coup de pouce des abonnés (ma rue préférée).
    Bien sûr, l'intransigeance de Schneiderman (pas de pub, refus des fonds publics) me semble un excellent indicateur d'une indépendance totale à l'égard de quiconque. Mais le modèle de Rue89, accompagné d'une bonne dose de transparence, est fort intéressant aussi. Je m'interroge sur l'attitude de Mediapart, qui présente une forme d'hybridation économique (on facture des abonnements, et on prend les aides publiques), plus proche sans doute de l'économie « réelle » (la presse papier).
    L'essentiel est l'utilisation des fonds. Concernant Rue89, je n'ai pas de doute que cette manne (reconductible chaque année ? ) sera employée au mieux. Question de confiance.

  • caro
    caro
    délinquante avérée
    • Posté à 18h36 le 30/12/2009
    • Internaute
      délinquante avérée

    C'est une bonne nouvelle, s'il est sûr que le gouv ne demande rien en échange, par exemple la source du reportage off du petit nicolas... Je sais que vous ne la donnerez pas, j'espère seulement que la Rue pourra garder sa liberté de ton et des journalistes et des riverains.

  • spleenlancien
    spleenlancien
    Que sont mes voisins devenus ?
    • Posté à 19h06 le 30/12/2009
    • Internaute
      Que sont mes voisins devenus ?

    « Rue89 a néanmoins choisi de s'appliquer à lui-même cette indispensable transparence, et de porter à la connaissance des Riverains ce financement public, qui va lui permettre d'offrir à ses lecteurs une meilleure qualité de prestation technique dans quelques mois, dans le respect de son engagement à proposer une information indépendante, participative et de qualité. “
    S'il ne s'agit que de développemement technique, acceptons en l'augure.
    Toutefois, une aide publique,quoique généreuse, n'est peut-être pas désinteressée, aussi en cette veille de nouvel an, je forme le voeu que tel Ulysse, vous saurez résister au chant des sirènes.

  • kebra
    • Posté à 00h17 le 31/12/2009

    Encore une aide à la fausse gratuité, encore plus de soumission et de prostitution dans l'exercice d'un métier déjà vérolé, je préfère la mort des banques ou des médias à la perfusion des mauvais avec mon pognon (argent publique), en fait je deviens ultra-libéral, marche ou crève !

    Au lieu de cela, le capitalisme spectaculaire à la sauce Staline poursuit son ravage avec un contre-pouvoir factice et une opposition de façade, c'est beau comme du Orwell, bravo, continuez comme cela...