Lamy : « Changer le système ? C'est la guerre ou le consensus »

Chantre du libéralisme économique pour les uns, partisan d'une régulation socialisante pour les autres, le directeur général de l'OMC aime à dire que « toute mondialisation n'est pas néo-libérale » mais que le commerce a du bon. Rencontre.

Négociateur infatigable, déléguant peu à ses collaborateurs, il est, dit-on, souvent consulté par les Nations unies pour tenter de donner une cohérence au système international. Alors que les institutions dites de Bretton Woods -Banque Mondiale et Fonds Monétaire International- subissent les dommages collatéraux de la crise financière, celle qu'il dirige, l'Organisation du commerce mondial, commence à être citée en exemple pour sa gouvernance relativement équilibrée entre pays riches et pauvres et sa capacité à réguler et à sanctionner. L'OMC pourrait servir de modèle en cas de réforme véritable…

Quel rapport avec la crise alimentaire ? La régulation. C'est à l'OMC que se joue le sort des subventions agricoles, qui ont créé une distorsion du marché mondial et des échanges, et des protections tarifaires -« un vieux truc hérité du colonialisme » selon Lamy, interviewé le 5 septembre par Patrice Barrat pour Madmundo.tv.
(Voir la vidéo)


Patrice Barrat : en juillet dernier à Bruxelles, je vous ai entendu dire la chose suivante : Jacques Diouf (directeur général de la FAO) avait parlé d'escalade tarifaire et vous, vous aviez plutôt parlé d'un « vieux truc hérité du colonialisme ». Qu'est-ce que ça désignait ?

Pascal Lamy : Mais la même chose que ce dont Jacques Diouf parlait. Le vieux truc colonial de l'escalade tarifaire consiste -et on en a eu des tas d'exemples au XIXe ou au XXe siècle- pour une puissance coloniale à établir des relations commerciales avec une colonie de telle sorte que quand cette colonie exporte vers le colonisateur des matières premières de base, elles ne sont pas taxées. Et si la colonie se met à avoir l'idée de monter dans la valeur ajoutée, à ce moment-là, on commence à taxer de plus en plus fort. Ce qu'on appelle l'escalade tarifaire, c'est : j'exporte des oranges, droits 0% ; j'exporte du jus d'orange, droits 15% ; j'exporte du jus d'orange congelé, droits 30% ; j'exporte du jus d'orange en petits paquets bien faits de telle sorte que le consommateur le trouve dans le supermarché, droits 40%. Ça c'est l'escalade tarifaire.

PB : C'est ça ce qui s'est passé là ?

PL : Absolument, c'est ce qui s'est passé de manière tout à fait classique en matière de commerce agricole. Et un des objets de la négociation à l'OMC, ce fameux round du développement, c'est effectivement de remédier à cette escalade tarifaire en faisant en sorte que les pays développés ne puissent plus utiliser ce vieux truc qui consiste à augmenter les tarifs au fur et à mesure que la valeur ajoutée augmente, et qui a pour effet de cantonner les pays en développement dans le fin fond des économies de cueillette.

Ça, ça fait partie aussi de la négociation. D'ailleurs,ce qu'il y a sur la table depuis juillet dernier à Genève traite cette question puisque les pics tarifaires des pays développés vont devoir être considérablement réduits en parallèle avec ce qui devra être fait sur les subventions.

PB : Selon vous, l'échec des négociations de Genève est-il une catastrophe pour la résolution potentielle de cette crise alimentaire ?

PL : Cet échec est pour l'instant provisoire. Cette négociation a connu des bas, des hauts et des bas, elle est morte plusieurs fois. Et elle a redémarré plusieurs fois et on est peut-être dans une phase où elle redémarre. Bon, je crois que c'est une question qu'il faut poser aux pays en développement. Après le flop de juillet, qu'est-ce que les pays en développement ont dit à l'OMC, et notamment sur les questions agricoles ? « On ne veut pas que toutes ces concessions qui ont été faites disparaissent, donc s'il vous plaît, continuez à essayer d'aboutir à un accord. »

Alors, non pas que ceci changera les choses dans deux mois, dans six mois ou dans un an. Le rythme dans lequel l'influence des règles du commerce international va régler tout ça, c'est plutôt de l'ordre de cinq ou dix ans. Mais c'est pas parce que c'est un problème de cinq ou dix ans qu'il faut pas commencer par le traiter maintenant. Plus tard on le traitera, ça prendra toujours cinq à dix ans, donc ce sera forcément cinq à dix ans plus tard.

PB : Mais qu'est-ce qui s'est vraiment passé à Genève, pourquoi les négociations ont-elles échoué en juillet ?

PL : La session de juillet a buté sur une difficulté, essentiellement entre les Indiens et les Américains, non pas sur le principe mais sur les modalités d'une clause qui permettrait aux pays en développement au cas où leurs importations de produits alimentaires augmenteraient trop brutalement, de limiter ces importations. C'est un dispositif qui existe au GATT et à l'OMC depuis très longtemps, que d'ailleurs les pays développés ont utilisé.

Il s'agissait de paramétrer cette clause : de combien faut-il que les importations aient augmenté pour qu'on la déclenche ? De combien faut-il que les prix intérieurs aient baissé pour qu'on ait le droit de la déclencher ? C'est sur ces paramètres que la négociation a échoué. C'est sur ces paramètres qu'elle est en train de reprendre maintenant.

PB : Avez-vous le sentiment que Via Campesina, qui pourrait être perçu de l'intérieur de l'OMC d'abord comme un mouvement protestataire, est perçu comme un mouvement qui a des choses à proposer pour résoudre la crise, avec son idée de souveraineté alimentaire ? Le droit à l'alimentation est-il une des voies pour régler le problème de la faim ?

PL : Je crois que, enfin disons le, le droit à l'alimentation est là dans les principes du système international. Là où y a une différence, très importante, entre la position de certains pays en développement et la position de Via Campesina, c'est pas de savoir s'il faut assurer la sécurité alimentaire. Tout le monde est d'accord là-dessus : il faut plus d'aliments pour améliorer la sécurité alimentaire. Mais où cela se traite-t-il ? Est-ce un problème global ou un problème local ?

PB : Quelle conjonction de facteurs, de politiques, faudrait-il pour traiter de front cette crise alimentaire à court terme et à long terme ?

PL : Il y a, disons, trois grands acteurs : la molécule essentielle du système international actuel, ce sont les Etats-nations souverains. Puis vient l'échelon supra-national, construit avec des organisations internationales spécialisées : la FAO, l'OMC, la Banque Mondiale, le FMI, le Programme des Nations unies pour le développement. Je travaille beaucoup avec le Secrétaire général des Nations unies pour essayer de mettre au point une réponse globale, aussi bien sur l'analyse que sur les solutions.

Enfin le troisième niveau est celui des sociétés civiles, des citoyens, des acteurs, de ceux dont le « métier » est de faire pression sur les acteurs nationaux ou internationaux. C'est à l'intérieur de ce jeu complexe, beaucoup plus complexe au niveau international que celui auquel on est accoutumé au niveau national, que se trouve probablement la solution.

Mais il faut aussi être capable d'écouter sérieusement ce que les pays en développement ont à dire. Si le système pêche à certains égards aujourd'hui, c'est probablement parce que leur voix et leur poids ne sont pas assez grands dans le système. Un des avantages relatifs de l'OMC, c'est que les trois quarts de ses membres sont des pays en développement : comme on décide par consensus, sans eux, il n'y a pas d'accord.

PB : En 2001, un porte-parole du FMI, Tom Dawson, m'avait dit que son directeur, à l'époque Michel Camdessus, était critiqué aussi bien par l'administration de Bush que par la société civile radicale. Pour lui, cela signifiait que Camdessus « must have been doing something right » (faisait sans doute ce qu'il fallait, ndlr). Avez-vous l'impression d'être critiqué et un peu incompris dans vos choix, dans vos orientations ?

PL : Le type de position dans lequel je suis, qui m'oblige à une déontologie de neutralité et à une objectivité aussi grande que possible -autant que le peut un être humain-, rend ce genre de critiques inévitables. L'important est que les membres de l'OMC considèrent que le directeur général qu'ils ont choisi n'est pas en train de tirer le tapis dans une direction ou dans une autre. Quelque chose les réunit : l'ouverture du commerce, plutôt bonne pour le développement et pour la réduction de la pauvreté. Pas dans n'importe quelles conditions. Il faut simplement que je les aide à mettre en pratique ce principe.

Ce n'est pas facile. Quand vous dirigez une organisation internationale de ce type, vous êtes soumis à des contraintes incroyablement plus sévères que celles d'un commissaire européen. Lui-même est soumis à des contraintes plus sévères qu'un ministre national. Ce sont les risques du métier. On a l'avantage de travailler pour la planète. On a l'inconvénient de travailler dans un système où pas toujours très bien organisée pour traiter ses problèmes.

PB : Est-ce parce que cette ouverture du commerce a été trop hypocrite qu'elle n'a pas donné les résultats escomptés pour réduire la pauvreté, pour amener la démocratie, comme la mondialisation néo-libérale le prétendait ? Entre-t-on aujourd'hui dans une nouvelle phase avec beaucoup de régulation ou dans une autre forme de mondialisation où des droits, comme le droit à un travail décent ou à l'alimentation par exemple, vont être les moteurs ?

PL : Toute mondialisation n'est pas néo-libérale. Il y a diverses versions de la mondialisation et j'appartiens idéologiquement plutôt à un camp qui est de ceux qui essaient de la maîtriser. Elle a d'énormes d'avantages et comporte d'énormes risques - d'ailleurs dans la vie en général, on n'a pas d'énormes avantages si on n'a pas des risques qui sont de la même proportion. L'idée qu'on pourrait avoir tous les avantages sans aucun risque est une idée qui a mon avis n'a pas cours sur cette terre. Cette mondialisation a besoin de régulations, et à l'OMC c'est notre métier global : contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, on n'est pas dans la dérégulation, à l'OMC, mais dans la régulation.

Qui régule les subventions agricoles ? L'OMC. Qui fait en sorte que les protections tarifaires que les pays développés se sont données -et qui sont des obstacles aux exportations des pays en développement- diminuent ? C'est là notre travail de base.

Personnellement, je crois que cette mondialisation a besoin d'être régulée. Mais reconnaissons que ce n'est pas un milieu unanime. Il y a sur cette planète des gens ou des pays qui pensent que la loi de la jungle, c'est plutôt à leur avantage. Au sein des rapports de force, il faut trouver l'équilibre. Parce qu'au plan international, vous ne décidez pas à la majorité, vous décidez en général par consensus.

Il y a deux moyens de prendre des décisions pour changer les règles du système international : c'est la guerre ou le consensus. Je crois qu'on a fait assez d'expériences dans le premier domaine pour donner la préférence au second. (Voir la vidéo)


Lire aussi l'intégrale de l'entretien sur Madmundo.tv.

16 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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De Eric citoyen

"Casse ta tv" c'est ta seule chance... | 14H53 | 31/10/2008 | Permalien

C'est incroyable de lire ces propos … « la mondialisation a besoin d'être régulée » !

Mais c'est quoi la mondialisation … ?

L'ultra richesse pour une ultra minorité et la famine pour tous les autres ! ouvrez les yeux … merde alors !

Non la mondialisation doit être combattu , elle doit laisser la place à l'humanité … c'est ça où la mort !

Il faut vraiment arrêter les conneries .

A+

Eric Bloggeur

http://monmulhouse.canalblog.com/

Portrait de 9911francis

De 9911francis

15H40 | 31/10/2008 | Permalien

D'autant, cher blogueur mulhousien, que la mondialisation est la seule excuse qu'un super-expert en économie comme JM Sylvestre pour déclarer que désormais on ne peut rien faire que la suivre… s'y plier.
Avec des hyper-super-experts aussi compétents qu'ils finissent chef dans les bureaux à TF1, on ne peut se tromper.
C'est la mondialisation de l'incompétence des chien-chiens du MEDEF.

Portrait de pablico

De pablico

15H42 | 31/10/2008 | Permalien

on peut se poser la question :
et si toutes ses crises en domino( financière,bancaires, industrielles, sociales, etc), allaient faire naitre des crises politiques ? ?

Portrait de Trevor narg

De Trevor narg

auteur | 16H07 | 31/10/2008 | Permalien

Guerre ou consensus, nulle autre alternative ?
Apparemment pour M. Lamy . A force de consensus, ce prétendu homme de gauche, comme nombre de ses amis du PS, a facilité avec la droite l'adhésion de la France à cette mondialisation libertaliste, à ses dérives, à ses ravages.
Aujourd'hui c'est la crise et, là encore, il faudrait les suivre sous peine d'ultime violence.
Il est vrai que la vente actuelle de l'économie occidentale aux fonds souverains, à la Chine*, nous réserve des réveils difficiles, que les « mauvais perdants » libertalistes (capitalistes libéraux) transformeront peut-être en menace guerrière, ce que fait déjà M. Lamy. Qu'ils risquent même de passer à l'acte, se croyant encore les plus puissants.
C'est un scénario de ma fiction 2053 LE REVEIL que l'on peut redouter en effet.

* http://www.youtube.com/watch ? v=F-JG4SlXbpA

Portrait de J.C.M.

De J.C.M.

16H07 | 31/10/2008 | Permalien

 » Le type de position dans lequel je suis, qui m'oblige à une déontologie de neutralité et à une objectivité aussi grande que possible… « 

Venant du VRP se Monsanto, c'est comique.

 » La mondialisation… Elle a d'énormes d'avantages et comporte d'énormes risques… « 

Pour qui les avantages ?
Pour qui les risques ?

 » … d'ailleurs dans la vie en général, on n'a pas d'énormes avantages si on n'a pas des risques qui sont de la même proportion. « 

Ce ne sont pas les PDG qui nous diront le contraire !

Puisque nous parlons d'avantages : quel est le salaire de Monsieur Lamy ?
Quels sont ses risques ?

Cordialement.

J.C.M.

Portrait de Humain

De Humain

16H25 | 31/10/2008 | Permalien

Lamy est à la mondialisation ce que Strauss Kahn est à la finance.

De plus ils sont tous deux socialistes !

Moi, je ne suis que de gauche, alors, j'ai du mal à suivre.

Je suis de plus en plus de gauche, et de moins en moins socialiste.

Portrait de Alain Pacifique

à Humain Portrait de Humain De Alain Pacifique

01H54 | 01/11/2008 | Permalien

tiens, c'est marrant, moi aussi ! !
et je crois qu'on est de plus en plus nombreux .

Portrait de Blaise11

De Blaise11

I'm hard, but I'm fair. | 17H39 | 31/10/2008 | Permalien

 » il faut plus d'aliments pour améliorer la sécurité alimentaire. Mais où cela se traite-t-il ? Est-ce un problème global ou un problème local ?

Puis, plus rien.
C'est navrant car il connait la réponse.
Et j'interprete d'autant plus son analyse sur la colonisation comme un écran de fumée. Ce coups de pied dans la fourmiliere sera nul d'effet.
En revanche, une dénonciation sans relache des pratiques de biopiraterie, qui elles ne découlent pas du colonialisme mais sont carrément coloniales, additionnée a une refonte de la législation mondiale en terme de propriété intellectuelle sur les ressources génétique, martelée par un language sans langue de bois c'est-a-dire faisant appel a un minimum de courage - donc tout a fait dans les cordes de l'homme, puisque vous en envisagez ses limites - et vous verrez, Monsieur Lamy, cher édicteur des lois néolibérales de la finance dans les années 1980, que vous pourrez changer beaucoup plus vite que vous ne le pensez la vie de la majorité des terriens.

Osez !

Portrait de jacques13

De jacques13

22H25 | 31/10/2008 | Permalien

Lamy n'est pas mon ami et surement pas le votre,quand à la misère qu'ils ont créé ,elle sera bientôt comparée aux malheurs du communisme.

Portrait de Maria Rosa

à jacques13 Portrait de jacques13 De Maria Rosa

23H13 | 31/10/2008 | Permalien

Staline et ses successeurs ont trahi le projet communiste, et les démocraties ont vendu leur âme au dieu « marché ». Aujourd'hui, les « démocraties » sont asservies par les puissances financières. Après les expériences du XX° siècle, le XXI° devra redonner du sens à la solidarité, et à la liberté. Car on n'est pas libre quand on n'a pas les moyens de vivre.

Portrait de Maria Rosa

De Maria Rosa

22H28 | 31/10/2008 | Permalien

la régulation selon l'OMC ? c'est de la régulation au profit de qui, Monsieur Lamy ? des multinationales, agricoles et autres. et avec quels résultats ? combien de pays africains cette « régulation » a-t-elle jetés dans la misère ? la dictature de l'ouverture des marchés que vous pilotez a détruit les agricultures de pays qui aujourd'hui meurent de faim. les émeutes de la faim, c'est un des risques que vous acceptez de courrir ?

Portrait de zorbek

à Maria Rosa Portrait de Maria Rosa De zorbek

07H05 | 03/11/2008 | Permalien

D'accord pour critiquer la régulation, mais de quelle régulation parlez-vous au juste ?
De quelle ouverture des marchés parlez-vous ? Avez-vous lu, entendu et compris ce que dit Lamy du néocolonialisme ambiant ? Les pays du tiers-monde ont-ils trop de barrières douanières pour nos produits ? Ou bien est-ce que nous ne taxons pas assez les produits du tiers-monde quand ceux-ci sont manufacturés ? On ne fait pas assez de benef sur leur dos, c'est ca que vous voulez dire ? Ce qui détruit les agricultures du tiers-monde, ce ne sont pas nos multinationales, c'est plutot la concurrence de nos produits subsidiés à grand coup de PAC qui rend obsolète tout le savoir ancestral des paysans du tiers-monde et qui dirige ceux-ci vers les mégalopoles…

Portrait de InitiativeDharman

De InitiativeDharman

Merde in France. | 07H58 | 01/11/2008 | Permalien

OMC, je vomis ton nom…

Je vomis tes directives agricoles : celles qui incitent à la surproduction dans les pays riches,
celles qui obligent les pays pauvres morts de faim à vendre leur production aux pays occidentaux déjà obèses,
celles qui régissent l'économie productiviste de surconsommation,
celles qui obligent les pays émergents à faire comme nous, contribuant ainsi à la chute de nos civilisations,
OMC, tu es le garant de la fin de l'humanité.
OMC, tu n'as tiré aucune leçon des erreurs passées.
OMC, tu décides mal…
OMC, tu es le responsable de la faim dans le monde,

Vive la décroissance soutenable !

Portrait de Humain

De Humain

23H19 | 01/11/2008 | Permalien

OMC ?

Cela s'écrit comme FMI ?

De toutes les façons Lamy est à l'OMC ce que DSK est au FMI !

Ils sont tous deux socialistes.

Moi, je suis de gauche, je reste bien sur de gauche mais je suis de moins en moins socialiste !

Portrait de egide

De egide

Littéral | 19H08 | 02/11/2008 | Permalien

Si le PS connait un problème de crédibilité politique, c'est qu'il n'est plus un parti représentatif de la société française. Les cadres et la plupart des élus socialistes sont des notables ou des technocrates.
Il ne représente plus qu'une fraction de l'élite, fortement menacée elle-même par son incapacité foncière à s'élargir en puisant dans l'ensemble de la société des talents nouveaux. Pourtant le potentiel est là de créativité et d'évolution, on refuse simplement de donner la culture générale nécessaire en préalable à l'acquisition de l'expertise.
On ne peut reprocher à la gauche l'absence d'alternative crédible au marché. Il n'y en a pas.
Et on sait bien que l'Etat n'est pas le moyen de la régulation.
D'une part parce qu'une grande partie des échanges échappent à la territorialité et les organisations commerciales ne représentent que des nations sur le champ ouvert de la compétition économique en dehors de tout droit.
L'OMC est une des rares organisations internationales qui produisent du droit. Certes les accords reflètent les rapports de force économiques mais il n'y a pas de période historique qui a échappé à la confrontation des empires. Pas la notre en tout cas.
Certes Pascal Lamy est un notable. Cependant si l'utopie technocratique qui le tient est contestable, ô combien ! C'est un héritier des Lumières et il produit du droit. Le problème de l'OMC actuellement ce ne sont pas les accords déséquilibrés mais bien l'absence d'accord qui remet en question la légitimité de cette organisation.

Portrait de zorbek

De zorbek

20H33 | 03/11/2008 | Permalien

Je trouve affligeantes toutes les réactions ci-dessus, à croire que les Français sont destinés à des combats d'arrière garde, tant ils sont enfoncés dans leur conservatisme idéologique…

Qu'est-ce que Lamy, et l'article très pédagogique ci-dessus, expliquent ? Que la crise alimentaire du tiers monde provient de NOS subventions agricoles et de NOS propres barrières au commerce mondial, non pas sur les matières premières évidemment (les hydrocarbures sont un cas à part), mais sur tout ce qui est produit par le travail des masses laborieuses du tiers monde. En d'autres termes, NOUS, profitant de notre position avantageuse de pays riches, nous nous enrichissons sur leurs dos en taxant le travail des plus pauvres (c.a.d en taxant leur plus-value, pour l'exprimer en termes marxistes). Et tout ce que l'intervenant lambda trouve à dire c'est de critiquer Lamy ou Diouf qui l'exposent pourtant de la manière la plus claire qui soit (cf « un vieux truc hérité du colonialisme »), comme si la faim dans le tiers monde venait du libre-échange (qui ne l'est absolument pas) alors que dans ce cas précis c'est bien notre protectionnisme de pays riche qui est en cause…

Lamy est pourtant on ne peut plus clair : « un des objets de la négociation à l'OMC, ce fameux round du développement, c'est effectivement de remédier à cette escalade tarifaire en faisant en sorte que les pays développés ne puissent plus utiliser ce vieux truc qui consiste à augmenter les tarifs au fur et à mesure que la valeur ajoutée augmente, et qui a pour effet de cantonner les pays en développement dans le fin fond des économies de cueillette. »

Mais plutôt que de lire et d'essayer de comprendre, il semble que la majorité des intervenants préfère le confort des raccourcis et préjugés idéologiques, tout en feignant ne pas s'apercevoir qu'ils foncent droit dans le mur du contre-sens…

Le conservatisme idéologique de gauche est presque pire que celui de droite.

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