Belle manif' à Rue89, pourtant j'ai le blues
Belle manif, grande manif ! Il fait froid, certes, et la pluie imprègne les vêtements.
« 200 % pour toi, rien pour nous », le slogan de tête sur le véhicule de la CGT, qui ouvre la marche, donne le ton des revendications et du mécontentement. C'est du pouvoir d'achat en berne qu'il est le plus question.
Les gens sont venus tôt, par petits groupes, pour le rendez vous organisé devant la gare de Rennes. Ce sont les blouses des personnels des hôpitaux qui viennent se mêler aux casques des agents d'EDF et de GDF, tandis que les lycéens de Zola font le tour des lycées et collèges privés pour inviter leurs collègues à se joindre au mouvement.
Beaucoup de monde dès 11 heures. Il est temps que le cortège s'élance. Les banderoles et les parapluies rivalisent pour prendre de la hauteur. Quelques caddies de supermarché, relookés pour l'occasion, symboles de la vie chère, de l'essence qui augmente, attendent le départ.
L'ambiance est là, les gens sont visiblement heureux d'être ensemble et si nombreux pour manifester contre une politique qu'ils condamnent et qui terni leur quotidien.
Je retrouve des potes, je passe d'un groupe à l'autre, les collègues de Santé-Sociaux sont bien là, CGT, SUD, FO et… CFDT ! De ma boîte, nous sommes une bonne quinzaine. ça fait chaud au coeur. Pourtant, nous ne sommes pas issus du secteur public. Que des travailleurs sociaux se montrent solidaires des autres, cela devrait aller de soi, mais ce n'est pas toujours le cas.
Alors, les chiffres ! Les fameux chiffres des manifs ! Bon , c'est parti :
- 9 500 selon la police
- 25 000 selon la CGT
- 11 000 selon Ouest France
- 18 657 selon Charles Mouloud.
Sinon, j'ai pour ma part un sentiment bizarre. J'ai le « blues ». Plus qu'à une manifestation porteuse des espoirs de demain, j'ai l'impression de participer à un cortège suivant le cercueil des luttes .
Je suis comme dans du coton, j'entends les slogans scandés, mais aujourd'hui, ils ne me touchent pas. Pourtant, je suis fermement hostile à la politique de casse sociale et de mise en opposition des salariés entre eux.
Mais,j'ai l'impression qu'une page est en train de se tourner. Qu'il nous faudra trouver de nouveaux moyens de lutte. Lesquels, je ne sais pas.
Je me sens désemparé devant le rouleau compresseur de la droite ultralibérale, rejointe par les sociaux-traîtres socialistes. La gauche est un champ de mines, le syndicalisme essouflé et à reconstruire. Manque de transversalité, vieux logiciels.
En face, les gros moyens de com », l'argent, le contexte économique qui génère la peur de perdre le peu acquis, et le repli sur l'individualisme. Je devrais être content de la forte mobilisation d'aujourd'hui, qui semble se généraliser sur l'ensemble du pays. Mais, non, je suis triste ! Triste comme à l'enterrement d'un ami cher.
Mais bon, ce sera un enterrement sans « concession » ! Ce soir, nous apprendrons que notre président sortira de sa hotte quelques cadeaux, quelques miettes. Les syndicats réformistes ont déjà acceptés, en disant que c'est moins grave que si c'était pire ! Je ne veux pas jouer les rabats-joie, mais je crois que nous n'avons pas fini d'en baver.
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De
17H20 | 20/11/2007 |
C'est le mois de Novembre qui fait cet effet, en mai les manifs rendent tout de suite plus joyeux ; )
De Charles Mouloud (auteur)
Bras gauche de la Vénus de Millau | 17H24 | 20/11/2007 |
merci !
à Charles Mouloud
De Alice77
19H02 | 20/11/2007 |
Vous ne vous ssentez pas dedans, mais ne foutez pas le blues à Rue89. Gardez le pour vous, merci bien. Vous croyez que nous on se marre ? Non. Semer l'humour, l'ironie, et le courage sur Rue 89 me semble plus productif, même si mes vannes sont nulles.
à Alice77
De Charles Mouloud
(auteur)
Bras gauche de la Vénus de Millau | 20H10 | 20/11/2007 |
Je ne pense pas manquer d'apporter mon ironie , mon humour décalé sur Rue89. Mes posts en témoignent depuis des mois.
Je me suis engagé à livrer mon témoignage, je le fais avec aussi mes tripes et mes « émotions » et « sensations » du jour, c'est ainsi.
J'ai toujours été et compte rester un esprit libre et sincère.
J'évite les dogmes et le doute est le meilleur moteur de la reflexion.
J'avance ainsi…et tant pis si mes réflexions ne sont pas à l'unisson des propos du jour.
Ce n'est ni le premier , ni le dernier de mes combats.
Allez , demain je tâcherez de vous faire sourire.
ps : promis , je passerai vite du « blues » à qq chose de plus « rock »…très vite !
à Alice77
De zenou
20H04 | 21/11/2007 |
Je sais pas, mais j'etais à la meme manif, et j'ai eu la meme impression…
De Pupuce
19H16 | 20/11/2007 |
La principale force de sarko c'est sa ténacité.
Le seul moyen de lui tenir tête c'est de ne jamais fléchir, même légèrement.
De Tinhinane
Médiatrice scientifique | 19H41 | 20/11/2007 |
Dans le cortège de Paris, cette fois-ci, je n'y étais. Les élections présidentielles m'ont, je crois, je suis sûre, profondément déprimé. Les résultats certes et les sondages qui leur ont succédés, bien que je les jauge avec un esprit critique et averti, mais ce qui me plonge dans une grande « perplexité » c'est les discours des politiques (plus particulièrement ceux de gauche) et ceux des gens autour de moi. Je suis hors jeu, c'est clair, je reste sur le banc de touche. Je manque d'énergie pour me « battre » pour du pouvoir d'achat alors que je me sens si démunie face à la banalisation de certains événements à l'échelle mondiale et européenne (le retour du religieux sous divers masques, ce qui sous-tend les séparatismes italiens, belges, suisses, les stratégies d'instrumentalisation des recherches scientifiques qui rappellent des pratiques eugénistes, le populisme, la banalisation des diverses fores de xénophobie, etc.).
Quand dans un établissement culturel, je m'autocensure pour ne plus être « traiter » d'idéaliste, voire pire, aux yeux des certains, d'intello c'est qu'il est temps que je prenne ma retraite : -((
à Tinhinane
De caro
délinquante avérée | 21H46 | 20/11/2007 |
Continuez à vous battre, Tinhinane. Il y a 2 niveaux de lutte :
- la lutte politique, contre la mondialisation et tout ce que vous énumérez. Moi aussi ça me fait peur, parce qu'en face de la xénophobie gouvernementale, la politique de démantèlement de ce qui fait nos valeurs humaines pour laisser place aux conflits économiques mondiaux (pétrole par ex), on ne voit poindre aucune force assez puissante pour insuffler une nouvelle politique
- la lutte salariale. On ne peut pas faire grève sur des revendications politiques générales. Uniquement sur les conditions de travail, et c'est très ambigu. Par ex, dans mon secteur, un syndicat a déposé un préavis de grève pour l'augmentation de la valeur du point pour le calcul de nos salaires. J'ai donc fait grève, et je suis allée manifester ma solidarité avec la fonction publique et nous avons discuté de la loi de prévention de la délinquance qui stigmatise les familles et les jeunes en difficultés, et ne dit pas un mot sur les délinquants financiers.
Nous sommes des milliers (des millions ? ) d'idéalistes, nous devons nous faire entendre, que nous soyons en activité ou à la retraite. La retraite ne change rien à nos idéaux ; )
De
22H24 | 20/11/2007 |
moi aussi j'y étais à rennes dans la rue,aujourd'hui,12 ans après 1995 date à laquelle j'ai commencé mon métier de prof. Bien sûr on pouvait voir sentir cette impression de nostalgie de déjà vu, et plus ,slogans surranés, visages vieillis de collègues, de militants, etc. Mais je n'étais pas dans la rue pour défendre mon pouvoir d'achat, ma retraite etc tout ça c'est dépassé, j'aurais été aussi un peu dépité. je suis un décroissantiste, un autre monde avec moins et plus pour les autres au sens très large. En bref, j'étais dans le rue avec le sourire pour être là aujourd'hui dans l'attente et non tourné vers le passé
De Charles Mouloud (auteur)
Bras gauche de la Vénus de Millau | 06H33 | 21/11/2007 |
Je ne suis pas nostalgique.Et le passé ne me sert qu'à nourrir mon présent et mon futur.
Il n'est pas interdit de chercher à reflêchir autrement que sur un mode binaire, clivé et de tenter de mettre en perspective un mode de réflexion et d'analyse plus complexe.
Je ne me suis jamais contenté du prèt à penser.
PS : je vais aller chercher « décroissant » pour mon petit dej !
à Charles Mouloud
De Compte supprimé le 3 janvier 3
in angulo | 13H32 | 21/11/2007 |
Salut charles,
Plus que toi encore, je suis dépité…
J'aurais tant aimé gagner le T-shirt « Rue89, Cécilia l'adore » !
Mais tout ce fog dans le panoramique de Stéphane Mahé ainsi qu'une vue qui baisse chaque jour que Chavez fait m'interdisent présentement de te retrouver.
Par contre, il me souvient t'avoir croisé, c'était au Musée d'Orsay, pas plus tard que dimanche dernier.
Dans une salle surmontée du titre : « L'art, c'est le geste de la beauté », tu m'es apparu y débitant avec une belle vigueur les derniers surgeons d'un FN moribond.
Ca aurait pu s'appeler « De quel bois Charles se chauffe » mais c'était tout simplement répertorié à « Le bûcheron de Ferdinand Hodler ». Tu peux le retrouver sur Google Image.
Aussi, Charles, s'il te plait, garde la pêche.
A l'attention de Monsieur Yann Guegan :
Cher Yann, bien que très conscient de ne répondre qu » imparfaitement à l'énigme du jour, il me semble pourtant que cette vision iconoclaste d'un Charles Mouloud en majesté mériterait à elle seule que vous interrogeassiez sur ma taille en T-Shirt.
Avec le secret espoir d'avoir bientôt de vos nouvelles ainsi que celui d'être livré avant Noël, bien à vous.
Brogilo
De
14H51 | 21/11/2007 |
Merci pour ce témoignage, j'oscille moi même entre ce sentiment de découragement et la surprise de voir autant de gens mobilisés. Je n'arrive toujours pas à croire qu'autant d'étudiants soient mobilisés, ou qu'il puisse y avoir autant de monde dans les rues de Paris sans métro pour se rendre au départ de la manif.
Mais je sais ce qui me fout le moral à zéro : voir que le rouleau compresseur des JT montre la réalité sous un angle partial et idéologique, et qu'il puisse le faire d'une manière aussi éhontée me sidère. Je suis sûr que tout le monde l'a lu ici, mais il faut faire tourner cet article :
http://www.liberation.fr/actualite/ecrans/291977.FR.php
dont la conclusion est :
« Depuis une semaine des millions de Français entendent les JT et le gouvernement leur parler en stéréo ».
De Thalie
12H36 | 22/11/2007 |
Pourquoi faire grève ?
Ce ne seront pas les « nantis » qui paieront pour vos, nos retraites. Ils tiennent à ce qu'ils ont au moins autant que vous à vos avantages acquis et … ils sont plus forts. Ce seront nos enfants et ce qu'on leur lègue est déjà bien lourd à porter.
Alors comment agir car il faut bien que ça change quand même… où sont nos vrais pourvoirs : améliorer, modestement, sérieusement nos conditions de travail, consommer le plus équitable possible (là les capitalistes n'y trouveront pas leur compte), être respectueux des autres et solidaires entre nous (quand j'entends certains commentaires, cela suinte le rejet de l'autre), sortir du toujours plus et chercher le toujours mieux. Bon courage !
De supprimé à la deande du riverain 14.01.10
.... | 15H03 | 22/11/2007 |
Bonjour à tous,
Le fait que les oppositions au gouvernement soient romantiques m'évoque ceci :
- on se rebelle principalement par goût de la contestation
- on exècre les réalités et les contraintes de l'économie et de l'entreprise. On préfère les éviter en argant du fait que le futur sera meilleur si notre projet est adopté.
Un question s'impose alors : et s'il ne l'est pas ? N'est-il pas légitime de chercher à améliorer les conditions du temps présent en optant pour le compromis et pour la réforme, plutot que pour l'opposition et pour l'attente de la révolution, lorsque la contradiction entre les forces productives et la propriété des moyens de productions seront grandes ? Vous vous réjouissez de ces manifestations, du malheur de l'université ,parce que bientot nous vivrons a Utopia. Mais si ce pays ne voit jamais le jour ? Qu'aurez vous fait a part contribuez a aggraver la situation et a maintenir l'écart entre les chances des favorisés et des non favorisés ? Car depuis que la fac est ds le statut quo, l'homogamie sociale s'est renforcée, malgré ce que certains prétendent…