Sans-papiers : quand la réalité rejoint l'affliction

Firat Ayverdi dans 'Welcome' (DR).

Après une semaine de boulot, quoi de mieux pour se détendre un peu les boyaux de la tête que d'aller au cinoche avec une amie. Un film sur le Nord, région d'accueil, où les gens ont dans le cœur le soleil qu'ils n'ont pas dehors, comme dit le philosophe Macias.

J'avais loupé la sortie de « Bienvenue chez les Ch'tis », et je me suis donc rattrapé sur le dernier film de Philippe Lioret , « Welcome ».

Ben… c'est pas le film comique de l'année, l'histoire de ce paillasson nommé « Welcome » sur lequel on s'essuie les pompes avant de rentrer chez soi, peinard, loin des bruits de l'immonde. Pas un gag sur le maroillle, pas une vanne sur l'accent, rien qu'une histoire ordinaire de personnes lambda, dans une période nauséabonde qui rappelle les heures les plus sombres du thermalisme.

Ici, l'histoire d'un maitre nageur rencontrant un gamin de 17 ans, Bilal, un Irakien du Kurdistan, qui veut aller rejoindre la belle Mina, à Londres.

Je comprends que la justesse du film, la délicatesse de l'approche de la situation des « sans-papiers », des réfugiés, des rêveurs aspirant à un destin autre que celui de la misère, de la guerre, et des mariages forcés, dérangent nos petits conforts.

Ce n'est pas juste un film, c'est un film juste. Pas de grandes déclarations, pas de tribunes, mais simplement, des faits au plus près du quotidien des « gueux », des gens ordinaires, pris dans une machinerie implacable.

Lindon, il est comme tout le monde, le gars. Pas un activiste islamo-gauchiste tibétain maçonnique encarté à rue89 ! Rien qu'un mec qui laisse parler son cœur et ses tripes.

Bilal a dans les yeux toute l'histoire de ses rêves et celle des damnés de la terre. Mina est le symbole des femmes marchandises privées de destin personnel.

Là-dessus, j'apprends que le ministre Besson, se raccrochant aux branches en déclarant que le film est excellent, ne supporte pas l'amalgame entre la période de Vichy et la nôtre. Il a raison le physionomiste en chef du club privé « France ». A l'époque tout était en noir et blanc, aujourd'hui on repère mieux les gens de couleurs.

Ensuite, j'avais un vernissage, pas eu envie de m'y rendre, juste de rentrer, le cœur gros, et les larmes aux yeux…

Bon, ce n'est que du cinéma, où la réalité rejoint l'affliction.

A Rennes, une occupation pour un droit d'asile de plus en plus précaire

Retour à la « réalité » le lendemain, avec un coup de fil du collectif de soutien aux sans-papiers de Rennes. Depuis mercredi, il occupe des locaux d'un centre social, Carrefour 18, afin d'y héberger des demandeurs d'asile, privés de logis, d'aide alimentaire…

La DDASS vient de faire savoir aux services d'accueil d'urgence que les budgets sont réduits drastiquement, et quid des 400 places. Les budgets pour les expulsions ne sont eux pas touchés par la crise. Seules 100 places seront disponibles, à l'heure où la régionalisation du guichet d'enregistrement des demandes d'asiles oblige les familles à rester sur la région rennaise.

Arrg ! Pourtant ces personnes sont en situation légale de demandeurs d'asile et l'Etat à pour mission de pourvoir à leur accueil dans des conditions décentes.

Hier soir, une famille du Congo RDC avec deux enfants en bas âge, venait rejoindre des Arméniens et des Birmans.

Les soutiens affluent (politiques, associatifs, personnels), l'occupation des lieux risque de durer un bon moment, en attendant une solution à cette situation de précarité, que l'Etat ne saurait accepter, compte tenue de sa mission d'accueil et d'asile.

Photo : Firat Ayverdi dans « Welcome » (DR).

3 commentaires sélectionnés

Portrait de supprimé à la demande du riverain24mars

De Moneygasque

Sarkozyste de gauche | 13H37 | 15/03/2009 | Permalien

Je n'ai pas vu ce film, mais à lire, ici et là, les appréciations des gensdegauche, on devine que c'est un naveton indigeste. Mais il est interdit de le dire. Tout gensdegauche a le devoir impérieux de dire que c'est un chef-d'oeuvre, sous peine d'être accusé de haute trahison ! Cela ressemble aux films de propagande dans la Russie Soviétique ! Ce qui est lamentable, c'est qu'on puisse faire du fric en exploitant le malheur de ces pauvres migrants…

Portrait de éternellerebelle

De éternellerebelle

enragée ! | 14H25 | 15/03/2009 | Permalien

Il faut que ce film fasse un triomphe !
Merci à Vincent Lindon et Lioret pour ce témoignage sur l'immonde
politique de ce pouvoir policier envers les sans papiers

Tout est dit avec pudeur et sobriété,on sort de ce film chaviré
avec la honte de ne pas avoir encore pu arrêter cette tragédie

film magnifique d'engagement ,espérons qu'il fera comprendre
aux citoyens de ce pays le sort inhumain infligé aux sans papiers
par ce gouvernement qui traque,rafle ,en notre nom

Portrait de caro

De caro

délinquante avérée | 17H06 | 15/03/2009 | Permalien

bonjour Charles Mouloud,

pour en revenir aussi à ton très bon article et le lien que tu fais entre welcome et les mis à la rue de Rennes :
Les demandeurs d'asile à Grenoble sont dans la même situation que les demandeurs d'asile rennais et d'autres villes.
L'état a baissé de 90 % les subventions aux associations gestionnaires des logements pour les DA et de 100 % l'aide alimentaire en disant que les DA n'ont qu'à aller se nourrir auprès de la Banque Alimentaire qui reçoit quelques subsides du Fonds Européen.
Le Préfet et la DDASS ont affirmé que l'argent avait été versé à la Région dans le cadre de la décentralisation et que la Région n'avait pas fait suivre … Bin voyons … l'histoire a soulevé un tel tolé, que pour faire taire nos « mauvaises langues », le Préfet a assuré un déblocage urgent de quelques € (pour l'instant, c'est oral), permettant à l'association de maintenir les DA dans les logements jusqu'à fin avril. Si non, demain, c'était 200 personnes à la rue, dont presque la moitié d'enfants et 8 à 10 licenciements.

Nous suivons de près ce qu'il se passe à Rennes et ailleurs et sommes prêts, de notre côté, à passer à l'action.

Welcome, c'est la réalité transférée au cinéma. Les gens à la rue, c'est la triste réalité, même pas romancée.

EDIT : il ne s'agit pas que des DA de Grenoble, en fait, les logements sont répartis dans tout le département.

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