Charles Mouloud en Terra Incognita Antipoda

Ils sont sympas les Rennais ! Depuis la rentrée de septembre, j'hante les salles de spectacle, et il semblerait que certains soient inquiets pour ma santé mentale ! Mais, il paraît que je ne suis pas le seul à devoir subir un check-up, à la lecture de ce courrier reçu dernièrement.
« Chers patients,
Si vous souffrez d'une lassitudinite culturo-conventionnelle aiguë caractérisée par une profonde carence en matière de curiosités et d'expérimentations, l'Antipode vous propose un remède : Une soirée en convalescence dans le laboratoire de l'étrange Docteur Fullmoon (Julien Mellano).
Le 13 novembre, nuit de pleine lune, le Docteur Fullmoon vous prescrira un curieux parcours de santé de 20h30 à 2h du matin, comprenant une transfusion d'expérimentations musicales à haute dose de décibels et quelques cuillerées de théâtre hors norme… »
Voilà comment je me suis retrouvé à l'Antipode de Rennes pour une séance de soins en clinique déambulatoire, mise en forme par les agités du local. Faut dire qu'ils sont un peu zarbis les tauliers de la MJC de Cleunay.
Déjà, au lieu de se contenter de concours de belote, d'ateliers macramé, ou de thé dansant, Thierry Ménager et son équipe (Amélia, Jacques, Aurélien et les autres…) se targuent depuis 10 ans, d'allier éducation populaire et salle de spectacle. Ainsi les djeunes « en difficultés », ou pas, de l'association « Tout Atout » par exemple, mettent la main à la pâte, se muent en bénévoles et œuvrent à l'organisation des concerts des zicos de la scène nationale et internationale.
Des pilules anti-Alzheimer
En file indienne, nous entrons sous la surveillance d'infirmier(e)s qui nous délivrent le programme sous forme d'ordonnance.
Présentation de la cure par le Docteur Fullmoon himself. Imaginez un Eric Von Stroheim d'une blancheur de plâtre, avec le regard de Marylin Manson, entouré de chimères à tête de cheval, de vache et de volaille, sorties d'un livre de Lewis Caroll.
Début du traitement avec un set hypnotique de Duracell, un électro-batteur épileptique, qui nous met en transes en jouant très fort, très vite, très longtemps ! , avant d'aller visiter dans sa fosse, l'étrange DJ Archaik (alias Alain de Philippis) et son installation concert de tourne disques.
J'ai compté une presque vingtaine d'appareils aussi divers que mange-disques, platines, phonographes et autres engins circulaires, mixant de concert des airs des années bissextiles et sépia, des bribes de voix célèbres, des sons d'autrefois, comme autant de pilules anti-Alzheimer, de lâcher de madeleines pour esgourdes encalminées.
Pour les adeptes du priapisme cérébral
Au bout de deux heures, et après la prestation de Mistress Bomb vs Le Bougnat et leur duel électro-Nina Hagennien, il faut se farcir les cinq psychopathes d'Anthurus D'Archer. Ces zébulons en tenue de chirurgiens découpent à la scie sauteuse leurs rifs de guitares parsemés d'air de clarinette et autres flûtes traversières. Ces enfants de Zappa, de Boulez, et de… Yvette Horner font passer les Sex Pistols pour un orchestre de chambre !
Arrrg ! je ne sais plus où je suis. Sur les murs, sont projetés des monstres humains qui m'évoquent l'univers de Sarah Moon ou de Diane Arbus pour leur étrangeté et leur poésie. Direction la salle de Jesse Lucas, où nos silhouettes se retrouvent projetées sur un écran géant pour un jeu vidéo intéractif zigomatisant.
Un tour au peep show des bouquins ! Les adeptes du priapisme cérébral se retrouvent dans cette pièce dédiées aux ouvrages fantastiques et fantasmagoriques, places aux queers, aux chimères, aux récits des bizarreries corporelles.

Cliquez ici pour voir le panoramique du peep show des bouquins
Potions magiques, complaintes morphinesques et set « vaudou hip hop »
Il ne fallait pas quitter la folle clinique sans répondre à l'invitation de Mr Joseph Carey Merrick. Je peux vous dire que cet homme et sa dévouée nurse m'ont profondément ému. Cette pièce de théâtre interprétée par la Cie Aïe Aïe Aïe est un pur chef-d'œuvre d'humanité et d'émotions.
Dans une mise en scène minimaliste, et un jeu tout en retenue et subtilité, Elephant Man nous convie à une rencontre bouleversante avec un gentleman. Un monstre ? , non, un homme très beau, sensible, cultivé, prévenant, qui nous donne une leçon de vie et de tendresse sur les préjugés.
C'était, un moment rare, écrit et scénographié par Benoit Hattet, joué par lui-même et Isabelle Bouvrain. J'en ai encore la chair de poule…
Fin du traitement avec les potions magiques de Jessica Constable et Philippe Gelda, avec leurs arabesques complaintes morphinesques, et en finitude un set « vaudou hip hop » de Chewbaca, tout en drum et gorge.
Je peux vous dire les zaminches, qu'en sortant, j'avais des étoiles dans la tête, hâte de retrouver la prochaine cure du Docteur Fullmoon, et avec la confirmation que les gens « normaux » ne sont décidément pas les plus fréquentables, et que la folie assumée est de salubrité publique.
Photos : DJ Arkaik (ADF-Granuvox.com) et Duracell, électro-batteur épileptique (DR).
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De asozial
bobo aus Berlin | 17H07 | 18/11/2008 |
ach, je reste persuadé que charles mouloud devrait avoir une belle moustache noire comme l'aile du corbeau, le tein olivâtre, l « oeil sombre et la pommette saillante, et mesurer au moins 1m90.
De Marina
nc | 17H24 | 18/11/2008 |
Des prescriptions pareilles, on en redemande ! Même en surdosage, pas de complexes vis à vis de la Sécu.
Le seul risque de la Fullmoonothérapie est l'accoutumance, mais l'addiction aux émotions ne nuit pas à notre santé et à celle de notre entourage.
Merci Charles pour le partage via cet écrit. Les mots justes, la charlemoulouderie, le ressenti et les références, c'est comme si j'y étais ! ; -)