Un réalisateur doit "traquer sans répit le moment magique"
Cela va faire trois semaines que je tourne à Marseille. Quatorze ans ans après « Bye-Bye », je reviens dans cette ville envoûtante.
Sur « Bye-Bye », j’ai dirigé Sofiane Mammeri. Il avait 16 ans et jouait le rôle d’un ado turbulent qui devait laisser sa chambre à son petit cousin de Paris.
Quatorze ans plus tard, je retourne à Marseille et retrouve Sofiane, devenu Soso, un homme de 30 ans. Je lui parle de mon projet de faire un film dans sa ville avec des gamins gitans, Soso m’embarque au camp Mirabeau et là, je suis sous le choc. Tout se bouscule dans mon esprit, mon indignation devant les conditions lamentables de tous ces gens, ma fascination devant la beauté et l’énergie des gens, et ma révolte provoquée par tant d’injustice.
Immédiatement, je prends la décision de tourner un film ici, dans le camp Mirabeau, avec les habitants et les gamins. Tout s’est rapproché très vite, le scénario, la préparation et maintenant le tournage.
Aujourd’hui, lundi 22 octobre, je rentre dans ma quatrième semaine de tournage et je peux maintenant vous dire que ce film est vraiment difficile à faire. Heureusement qu’il est fascinant et que chaque journée m’apporte son lot de surprise et de joie.
Je repense souvent à ce que dit Vitali Kanevski quand il parle de la nécessité pour un réalisateur de traquer sans répit le moment magique. Cette petite chose indéfinissable qui fait toute la différence.
Ce qui m’impressionne le plus, c’est la formidable capacité de Marco (11 ans) à pouvoir, en trois semaines de tournage, passer du statut d’acteur non professionnel à celui d’authentique comédien. Et je pèse mes mots. Il a tout compris très vite. Savoir se placer, déconner juste avant la prise et immédiatement se plonger dans la scène et dans l’émotion du personnage. Il a intégré la fonction de chaque membre de l’équipe et il sait maintenant répondre à toutes les exigences que la technique cinématographique impose.
Mais ma plus grande surprise, c’est de voir tous ces minots qui ont toujours connu l’échec, réussir devant mes yeux à faire du cinéma.
Je dois vous avouer que c’est la 1ère fois que j’arrive à écrire sur le plateau.
Cette vitesse d’exécution me permet de réaliser le travail que j’ai toujours rêvé de faire avec les acteurs. Le tournage n’est pas la mise en image d’un scénario, mais sa continuité, son prolongement. Les gamins ont un instinct formidable que j’utilise pour construire mes scènes et les dialogues que nous inventons ensemble, dans l’instant.
Au début du tournage, je m’appliquais à concevoir un découpage efficace que je m’efforçais de réaliser tant bien que mal. Puis au début de la troisième semaine, j’ai réalisé qu’il me fallait changer de méthode. Ne pas trop répéter si je voulais réussir à attraper des moments de pure magie.
J’appelle magie les instants où les gamins sortent du cadre écrit pour inventer leur partition sous nos yeux. Quand cela arrive, les enfants ne jouent plus la comédie, ils deviennent véritablement les personnages qu’ils incarnent.
« Avec le cutter, ça peut faire peur »
« T’es un arabe comme nous »
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Bye Bye : superbe film. Emouvant et fort.
Et puis, Marseille est dans ce film comme dans la réalité (pas comme dans + Belle la Vie, merde infâme)
Bravo Karim ! Je courrai voir votre film. Mon amie bosse avec ces gitans et c’est leur rendre hommage que de faire ce film. Ici à Marseille, ils ont mauvaise réputation et sont singés en voleurs/joueurs de guitare roulant en Merco. Malheureusement la réalité est tout autre…
Comme c’est dommage que l’on ne se connaisse pas car nous avons, je pense, la même idée.
Je suis en train d’écrire un livre sur l’histoire de mon père, orphelin, né en 1944 qui n’a cessé de se demander qui était sa mère et qi a attendu d’avoir 60 ans pour le découvrir.
En 2000, mon père a eu enfin accès à son dossier DDASS et il m’a fallu 5 ans de recherches intenses pour découvrir qu’il était manouche d’Alsace Lorraine, sa mère avait été internée dans des camps français, elle s’était évadée pour accoucher mais avait du l’abandonner pour lui sauver la vie ( elle avait déjà perdu sa fille du fait des conditions de vie dans les camps )avant d’être de nouveau internée.
A sa libération en 1946, mon père avait disparut, on lui avait fait des faux papiers et on a dit à sa m ère qu’il était mort.
Nous avons rencontré sa famille manouche et nous nous sommes recueuillis sur la tombe de sa mère.
Je souhaite apporter un témoignage sur la répression du peuple gitan pendant l’occupation u travers de ce fait divers qui a boulversé tant de vie et privé mon père de sa famille.
Bon courage pour votre film car ces gens sont trop souvent détesté par manque de connaissance de leur culture et de leur histoire.
N Hoffmann