
Mehdi, mon acteur, est sorti de prison : leçons sur les EPM

Il y a bientôt quatre mois, je vous annonçais qu'un des acteurs de Khamsa, Mehdi, surnommé « Rachitique », venait d'être mis en prison, deux semaines après l'achèvement du tournage.
J'avais réagi spontanément, tiraillé par des sentiments de colère, de rage et de dégoût devant tant de gâchis. Vos réactions avaient été très nombreuses, certains pensaient que Mehdi n'avait eu que ce qu'il méritait, d'autres au contraire adhéraient à mes sentiments de gâchis et d'injustice.
Aujourd'hui, je viens juste de finir mon film et je pense à toi Mehdi.
Rachitique vient de sortir, après six mois passés en prison pour un délit mineur. Pour des raisons légales, je ne peux pas vous donner la raison de son incarcération. La seule chose que je peux vous dire, c'est que ce minot de 16 ans n'a pas détourné des milliards d'une grande banque française.
Mehdi a été incarcéré dans un EPM de Marseille. Non, ces trois petites lettres ridicules ne veulent pas dire : « école pour minots », mais établissement pénitencier pour mineurs. Ce sont des prisons modernes censées éduquer les jeunes sauvageons récidivistes.
Soixante places par établissement, ultramoderne, avec activités sportives et école obligatoire. Ces nouvelles prisons pour enfants doivent remplacer le vieux système, c'est-à-dire les quartiers pour mineurs à l'intérieur des prisons d'adultes.
Je ne souhaite pas débattre ici de la légitimité de ces nouvelles prisons pour mineurs, juste vous faire part de l'expérience de Mehdi.
Quand Mehdi arrive dans cet EPM, il retrouve beaucoup de jeunes qu'il connaît déjà. Mehdi n'est pas étonné d'atterrir en prison, quand il m'en parle c'est comme une espèce de fatalité, une sorte de cursus obligatoire, un passage obligé. Sa fatalité me révolte, le seul horizon dans lequel Mehdi peut se projeter, c'est la prison, c'est vous dire les perspectives d'avenir de ce jeune garçon.
Mehdi n'accepte pas l'enfermement, il pète les plombs, s'énerve contre ses surveillants, alors pour le mater et le punir, l'administration décide de le transférer dans un quartier pour mineur dans une prison pour adulte.
Et c'est cela que je trouve particulièrement pervers. On invente des EPM qui cela dit en passant coûtent une fortune aux contribuables, si on lui demandait son avis, le citoyen préfèrerait peut-être que tout cet argent soit investi dans une vraie politique sociale de prévention, mais passons, là n'est pas le problème sur lequel je souhaite vous alerter.
Ce que je trouve écoeurant c'est que d'un côté on nous dit que ces EPM sont une avancée dans notre système judiciaire, plus moderne, plus conforme à notre démocratie, et que finalement on conserve le vieux système (quartier pour mineurs) pour en faire le mitard de ces beaux EPM.
Pour punir Mehdi et sa famille, la prison où il est transféré se trouve à cent kilomètres de Marseille. Alors imaginez, le temps pris sur le travail du père de Mehdi et le budget qu'occasionnent tous les déplacements pour se rendre au parloir.
Maintenant je sais que ces EPM ne sont qu'une façade, un leurre médiatique et politique, et que derrière leurs murs se cachent toujours les horribles quartiers pour mineurs.
Si Mehdi le souhaite je lui demanderais de nous raconter son expérience à l'intérieur de ces prisons pour enfants.
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► Lire aussi : Mon jeune acteur Mehdi en prison : un immense gâchis
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De Karim Dridi (auteur)
Réalisateur | 11H08 | 29/05/2008 |
Merci pour lui, je pars à Marseille pour voir Medhi et lui transmette tous les messages de soutiens.
Pour ceux que l'aventure intéresse passez voir sur dailymotion :
http://www.dailymotion.com/mirakd1
De Network 23
identité perdue dans mes papiers | 13H09 | 29/05/2008 |
J'espère que Mehdi va prendre son clavier et nous raconter tout ça, comme il veut, comme il le sent, avec les tripes ou avec le langage châtié de ceux à qui on a coupé la langue, la vraie, celle qui parle pour dire quelque chose. Qu'il parle, qu'il crie ou qu'il médite cette expérience disciplinaire !
Ecole, entreprise, prison, quartier de haute sécurité, prison pour mineur, quartiers de jeunes en prisons d'adultes… Tout est régi par les mêmes disciplines, mais c'est à chaque fois un peu plus dur quand on ne réussit pas à trouver sa place dans le système disciplinaire.
« Ouvrez une école, fermez une prison ! » - le slogan du Black Panthers Party n'a jamais été autant d'actualité !
Des prisons qui servent à mettre tout ceux et celles qui résistent contre le système disciplinaire de l'entreprise, de l'intérim et du « workfare » : travaillez, c'est pour votre bien !
« Le travail est la meilleur des polices » (http://philia.online.fr/txt/niet_024.php)
C'est du dit et du redit, et quand on s'insurge devant l'enfermement, les paroles du poète incarcéré, du taulard récidiviste, du philosophe en quartier de haute sécurité ou du bandit qui découvre ce que, jadis, on appelait une « conscience de classe », ont toutes le même poids.
On le voit, dans les « Paroles de détenus » (Librio, 2 euros), on a du mal à reconnaître qui sont les « vrais » poètes.
Dans « De la prison à la révolte », Serge Livrozet comprend où ça mène, finissant en dialogue avec Michel Foucault, « Surveiller et punir », le meilleur pavé contre la prison qu'on ait jamais écrit ! Tandis que de Gramsci à Negri, le CV d'un philosophe politique italien passe par la case « prison », ça permet d'écrire des Cahiers ou l'Anomalie sauvage. Certains* sussurent même que Sarko s'inspirerait, sans le dire, du théoricien de l'hégémonie culturelle, Gramsci…
* http://www.esprit.presse.fr/review/article.php ? code=14113
De ellejo
15H21 | 29/05/2008 |
Que tous les MEDHI,qui subissent,ont subi l'enfermement
puissent trouver le courage de continuer leur Vie….sans replonger un jour ou l'autre.
J'émets toutefois quelques doutes pour certains.
Pour qui l'enfermement sera fatal.
L'educatif ne me paraissant pas compatible du tout avec
la prison.
Les prisons pour mineurs ont été crées dans le seul but de contôler une jeunesse et d'avoir la main mise dessus.Qui dit contrôle dit fichage.
On catalogue « profil à risque »…
Un comportement suspect devient un délit…
Ce délit se transforme vite en crime contre la société.
Les peines dites « plancher »,c'est de l'imposture….
Les magistrats et même certains policiers sont contre….
Lors de la manifestation de soutien aux parents de Julien,qui a préféré mourir,enfermé à Meyzieu,deux mois avant sa sortie,Rachida Dati vantait « ses belles prisons“(volontairement écrit ainsi),en disant plus ou moins que c'était l'espoir pour enrayer la délinquance.
Politique d'autiste….
Politique de merde…
http://www.fsu.fr/spip.php ? article942
http://snpespjj.fsu.fr/tract/epm-monstre-carceral-08.02.08.pdf
Merci à vous,Karim Dridi
Merci à tous ceux qui étaient avec vous.
De chambord
20H08 | 29/05/2008 |
C'est quand même dingue ces raisonnements ! Avec des gens come vous on Amplifie la violence. J'ai moi même vécu cela, et je ne suis pas fils d'émigré ! C'est trop facile vos discours avec des paquets de Kleenex ! Si dans l'éducation ce gosse avait apprit le bien du mal il aurait déjà réfléchit avant d'agir, ensuite je sais que les fréquentations n'arrangent rien..mais bon. Perso j'ai fais des conneries et j'ai payé , un paquet de temps, ces merdeux font des délits on leur pardonne et il ne « banque “ pas parce qu'ils ont des excuses, faut pas déconné vous encouragez la délinquance. Il n'y a qu'une seule règle, tu déconnes tu payes, apitoiement au cas par cas attendrit les mous du cerveau qui gratte du papier en se faisant une idée de la réalité derrière les vitres de leurs bureaux. Faudra un jour sortir dehors au lieu de refaire le monde derrière des claviers.
En plus il existe pleins de paradoxes, au jour d'aujourd'hui on retrouve pleins de jeunes sortis des banlieues qui réussissent dans la création et qui font la pige à leurs détracteurs !
Perso je préfère un article sur un jeune qui réussi que des larmes sur un merdeux qui a pénalisé des gens qui bossaient honnêtement et qui ne demandaient rien à personne.
Quand je pense que Ségo voulait créer des camps mode in USA pour les jeunes délinquants je me dis que toute ces bêtises sont truffées de paradoxes peu intelligents.
Penchez vous sur le bon exemple, pas le mauvais !
De gropl
07H41 | 30/05/2008 |
C'est difficile d'emmettre un avis car tout de suite onva se faire traiter de facho ou de naif angélique. ( c'est peut-être ça qui fait la force de l'article)Cette histoire me touche particulierement car un, j'habite à Marseille et deux mon boulot est de surveiller des jeunes à peu près comme mehdi. J'ai rien a dire de particulier si ce n'est, en echo à un un commentaire précedent, que souvent, quand on dit qu'un jeune est dans la toute puissance, c'est souvent à ce moment là, que les failles de son système de pensée sont les plus béantes et que simplement la rencontre d'un adulte, pas forcement un psy, un educ ou un survillant, ça peut être un cinéaste, un plombier, une infirmière, vous ou moi, peut suffire à changer son destin.
C'est juste les rencontres qui manquent.
De JULIA34
08H55 | 30/05/2008 |
Je suis un peu déboussolée après la lecture de tous ces messages. Ce que je constate, c'est que, premièrement tous ces jeunes prennent le racisme en pleine poire, deuxièmement qu'on ne leur donne pas toujours le bon exemple, loin de là. Troisièmement, ils n'en n'ont rien à f….e, ce qui est forcément la conséquence du premièrement et du deuxièmement. Je pense aussi que certains groupuscules intégristes ont la partie belle avec ces jeunes et un jour, fatalement, et si l'on ne fait rien, cela nous retombera sur la tronche.
Je me rappelle avoir lu un article sur des éducateurs qui avaient amené des délinquants dans le grand nord et leur avait appris la solidarité en leur en faisant baver. D'après l'article, ces jeunes étaient revenus transformés. Si c'est vrai, pourquoi ne pas retenter l'expérience, peut-être pas dans le grand nord, mais essayer de les rendre utiles auprès d'autres encore plus défavorisés (le tiers monde, par exemple) ? Bon j'arrête là mes élucubrations. Tous ceux qui pensent que tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, vont me tomber dessus.
De Jachri
Bénévole association | 07H30 | 31/05/2008 |
Le cas de Mehdi n'est pas singulier. J'ai une EPM dans ma ville et, contrairement aux discours, il n'a jamais été question d'y réinsérer des mineurs. Ces EPM ne sont, en réalité, que des antichambres de prisons normales. Le mineur est censé y rester 3 ou 4 mois avant son transfert , donc il ne peut y avoir de travail de fond effectué pour remettre ces jeunes dans le « droit chemin ».
Il faut que ce mensonge d'état cesse. Le cas de Mehdi ne fait que l'illustrer mais, je le répète, il n'est pas singulier, mais bien au contraire, la règle.