Bienvenue dans le clan Gorgan, Tsiganes d'Arles

Ismaël et son cousin Jo (DR).

C'est en cherchant le rôle principal de « Khamsa » que Coralie Amedéo, ma directrice de casting, a rencontré Ismaël Gorgan dans la ville d'Arles. Elle l'a filmé dans sa caravane. Derrière lui, il y avait Jonathan, avec son sourire éclatant et ses grandes oreilles. Immédiatement, je suis attiré par l'énergie et la force qui se dégagent de l'image de ces deux garçons. Jonathan est bien plus vieux que mon personnage, mais mon intuition me dit qu'il faut que je le rencontre.

Jonathan accompagne son cousin Ismaël pour passer une audition pour le rôle principal de mon film. Après deux jours d'essais, je décide de ne pas prendre Ismaël pour jouer le rôle titre de « Khamsa ». Non pas qu'il ne possède pas les capacités, mais je juge le temps de préparation nécessaire pour le former avant le tournage trop court pour obtenir un résultat qui me satisfasse. Cependant, je n'arrive pas à laisser filer Ismaël. Je décide d'écrire un rôle spécialement pour lui. Quant à Jonathan, sa formidable présence et sa sympathie me donne envie de l'inclure aussi dans la distribution de « Khamsa ».

J'ai fait un choix instinctif, sans me soucier de savoir de quelles origines exactement viennent les deux cousins. C'est par la suite, en discutant avec Olivia Moura qui s'occupe de l'association Yaka, que j'apprends l'origine et l'histoire de la famille Gorgan.

Contrairement aux autres acteurs de Marseille ou Port de Bouc, qui sont tous gitans espagnols ou manouches, les deux cousins sont roms. Les relations entre Johnathan et Ismaël et les autres enfants n'ont pas été tout de suite évidentes. Par la suite, je découvre le travail photographique entrepris par Mathieu Pernot, fondateur de l'association Yaka.

Pas de fausse proximité : une distance physique autant qu'éthique

Douze années plus tôt, Mathieu Pernot, alors étudiant en photographie, rencontre par hasard la famille Gorgan. Des liens se créent et il s'attache à cette famille de six enfants. Très vite, Mathieu se pose la question de savoir comment photographier cette minorité et sur le sens d'un tel travail. Bien que conscient du drame social que vivent les familles, Mathieu s'efforce de garder une certaine distance par rapport aux gens qu'il photographie. Une distance physique autant qu'éthique. Mathieu ne cherche pas à nous faire croire à une fausse proximité.


La plupart de ses photographies évoquent le rapport que la société a eu avec les Tsiganes au cours de ce dernier siècle. Et c'est dans le sens d'un questionnement global du politique qu'il faut entrevoir la majorité des images.


Personnellement, ce qui me touche le plus dans le travail photographique de Mathieu Pernot, c'est l'harmonie évidente entre l'éthique, l'esthétique et le politique. Les rencontres avec des artistes comme lui me donnent espoir car elles me prouvent que l'engagement est avant tout une démarche personnelle et que toutes ces énergies personnelles finissent toujours par se rencontrer. La preuve ! Voici un extrait de « Tsiganes », un des livres de Mathieu Pernot :

« Je sais que ton travail ne s'arrête pas à la production d'images et que tu as créé une association d'aide aux familles. Peux-tu nous parler de celle-ci et de ce que pourrait être l'idée de l'engagement du photographe aujourd'hui ? “

-Je ne sais pas ce que peut signifier l'engagement aujourd'hui et je crois qu'il appartient à chacun de donner sa réponse. En tout cas, je ne crois pas qu'il y ait une forme photographique qui puisse signifier la valeur d'un engagement. La photographie ne peut impliquer que des questions photographiques et c'est sans doute pour cela que je n'ai jamais considéré qu'elle pouvait suffire dans le rapport que j'avais avec cette communauté. Cette association représente donc vraiment quelque chose de très important à mes yeux et je crois qu'elle est la seule chose dont je puisse être vraiment fier dans cette histoire. L'association s'appelle Yaka (mot qui veut dire les yeux en tsigane) et propose des activités visant à soutenir les familles en difficulté. L'objectif essentiel est l'alphabétisation des enfants. Nous intervenons aussi pour des problèmes ponctuels en essayant de jouer un rôle de médiation entre les Tsiganes et l'administration.”

Ismaël Gorgan (DR).

Tsiganes de Mathieu Pernot - éd. Actes Sud - 112p., 24,39€.

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Bonsoir Karim dridi,

Je désire simplement dire que je te salue,ainsi que la famille Gorgan et les autres familles et que les « yeux »
dont il est question,à travers cette assossiation ,je lui dis » MERDE « 
Et YAKA…..toujours plus,afin d'obtenir le meilleur pour ces enfants.
Et aussi pour leur famille.

Portrait de Karim Dridi

De Karim Dridi (auteur)

Réalisateur | 07H59 | 19/06/2008 | Permalien

Merci pour le soutien à l'association Yaka et à la famille Gorgan. Je transmettrai votre salue à Ismaël et Jonathan que je vais voir très prochainement à Marseille pour leurs montrer mon film « Khamsa » qui sortira sur les écrans Français le 15 oct 2008.
Si vous voulez vous faire une idée de mon film, aller sur Dailymotion ou Youtube, la bande annonce et de nombreuses vidéos du making off sont disponible.Vous y verrez Ismaël et Jonathan au milieu d'autres minots gitans du camp Mirabeau de Marseille.
Bonne journée

karim Dridi

http://www.dailymotion.com/mirakd1
http://fr.youtube.com/Mirakd1

Portrait de LienRag

De LienRag

11H11 | 19/06/2008 | Permalien

Il n'y a vraiment qu'un arabe(*) pour voir « un sourire éclatant » dans l'image de titre…
Et finalement c'est lui qui a raison, le sourire est objectivement éclatant, ce n'est que par notre subjectivité formatée que les oreilles le cachent !
Comme quoi l'esthétique n'a jamais rien de neutre. Comme quoi aussi nier les différences culturelles au nom d'un antiracisme abstrait est un appauvrissement sans nom.

(*)Ou un autre déclassé social peut-être, en tout cas pas un souchien ordinaire !

Portrait de Romain C.

De Romain C.

approximative | 13H26 | 19/06/2008 | Permalien

J'avais déjà vu le travail de Mathieu Pernot sur les tsiganes. En un mot : sublime. J'avais un peu oublié cet auteur, merci de nous en reparler ici.
J'ai hâte de voir votre film, si vous avez su garder le même regard que celui de vos articles, je sens que je ne vais pas être déçu ; )
Bon courage pour la suite.

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