17/04/2010 à 13h58

Benbassa : « C'est la faute des élites si la France se rabougrit »

Pascal Riché | Redchef Rue89


Le dictionnaire des racismes

L'historienne Esther Benbassa parle avec un léger accent, comme pour rappeler qu'elle est une Française comme beaucoup d'autres : riche de ses racines familiales tortueuses.

Née à Istanbul, juive, elle est arrivée en France à l'âge de 22 ans. Depuis des années, avec son compagnon -dans la vie et dans le travail- Jean-Christophe Attias, elle se consacre au rapprochement entre juifs et arabo-musulmans.

Blogueuse sur Rue89, elle intervient souvent dans le débat public -c'est une des tâches de l'intellectuel, dit-elle- sans mâcher ses mots.

Esther Benbassa et Jean-Christophe Attias viennent de diriger un « Dictionnaire des racismes, de l'exclusion et des discriminations », pour, disent-ils, « combattre l'ignorance » et rappeler « au delà de la victimisation », que des gens se sont battus pour leurs droits et pour « reprendre leur destin en main ».

Les élites responsables du repli sur soi des communautés

Pour l'historienne, la France se replie actuellement sur elle-même, comme elle l'a montré par les récents « débats stériles » (voile, burqa, identité nationale). Mais le problème ne vient pas tant de la société que de ses élites, dit-elle. Et particulièrement de ses élites politiques. (Voir la vidéo)

A l'heure de la globalisation et d'Internet, la France ne s'ouvre pas au monde, mais se replie sur elle-même. La montée du « communautarisme », qu'attise le racisme, est en partie fantasmée par une France qui « se rabougrit », selon Esther Benbassa. (Voir la vidéo)

Le rejet des arabo-musulmans, rappelle à l'historienne, n'est pas sans rappeler la façon dont étaient traités les juifs à la fin du XIXe siècle. (Voir la vidéo)

Comment sortir la France de ce repli ? En faisant en sorte, dit l'historienne, que les élites ressemblent davantage au reste de la société, et s'ouvrent donc aux français issus de l'immigration.

Pourquoi ne pas, par exemple, prévoir une période de quelques années des mécanisme d » « action positive » -traduction littérale de « affirmative action », expression que Benbassa préfère à « discrimination positive » ? (Voir la vidéo)

Esther Benbassa se sent visiblement plus à l'aise avec la tolérance des pays anglo-saxons. « A l'aéroport de Londres, vous pouvez être accueilli par une douanière en foulard, sans que personne ne s'offusque », dit-elle.

Le vieux modèle d'intégration à la française, qui fonctionnait il y a quelques décennies doit être repensé, selon elle. Etrangement, le mot « république » ne figure pas dans son dictionnaire.

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  • caro
    caro
    délinquante avérée
    • Posté à 14h50 le 17/04/2010
    • Internaute
      délinquante avérée

    D'abord, bravo à Esther Benbassa d'être restée aussi concentrée sur son sujet, malgré tout ce qui se passait autour d'elle : toux, sonneries diverses, va et vient etc etc etc

    Ensuite, eh bien, je ne suis pas d'accord sur plusieurs points et notamment sur les « élites ». « Une élite » ou « des élites »
    À l'origine, le statut d'élite n'est pas accordé par la détention du pouvoir, mais par l'autorité morale, c'est d'ailleurs pourquoi le terme est employé au singulier. Aujourd'hui il est plus courant d'évoquer les élites. Le pluriel donne une connotation négative : ce n'est plus la qualité de l'être qui est concernée, mais la domination d'une catégorie sociale sur les autres. - wikipedia

    Il n'y a plus d'autorité morale, mais bien une domination sociale. Est-ce que les français « issus de l'immigration » doivent participer à la domination sociale ou ne pourraient-ils pas participer au changement urgent du mode de gouvernance ?

    Les Français peuvent ne pas être racistes à preuve l'élection de Ali Soumaré dans le Val d'Oise, pour peu que les politiques leur proposent un programme cohérent.

    La France doit retrouver sa spécificité de patrie des droits de l'Homme, ouverte, laïque et tolérante, l'intégration se fera toute seule. D'accord, c'est un peu utopiste, mais ... il faut rêver et agir.

  • Disciple ressucité
    • Posté à 14h55 le 17/04/2010

    Sûr, ce s'rait bien que les élites soient à l'image du métissage de la France.
    O.K, faisons un rêve... voilà c'est fait, le métissage, tout va bien.
    Tout va bien ?
    Ben non, ça va pas bien. Si c'est pour avoir des élites formatées comme avant, qui pensent comme avant, à quoi bon ?

  • FredBogota-
    • Posté à 15h25 le 17/04/2010

    Esther Benbassa, admiratrice d'un modèle anglo saxon qui ne fonctionne pas et que les zélites politiques et parisiennes essaient de nous vendre depuis des années.

    Ces zélites ,dont elle est une parfaite représentante, ne devraient t-ils pas enfin écouter le peuple ?

  • Dan51
    • Posté à 16h04 le 17/04/2010
    • Internaute

    Le titre est parfaitement exact.
    Terrible que l'on dresse tout un pays à se coucher devant ce qui est décrété « élite », car ces gens n'ont pas plus d'humanisme que ceux qu'ils méprisent hautement...

  • femmedesbois
    femmedesbois
    dans sa forêt
    • Posté à 16h37 le 17/04/2010
    • Internaute
      dans sa forêt

    Esther Benbassa critique ces soi-disantes élites à juste titre mais elle en a aussi des tics comme celui de tout comparer avec ce qui se fait dans les pays anglo-saxons lorsque on aborde un sujet de société, jamais on ne regarde ce qui se fait dans les autres pays d'Europe (ce qui n'empeche pas des cours de morale de la part de ces gens-là lorsqu'il s'agit de voter pour les députés européens...)

    Sinon je suis parfaitement d'accord avec Esther Benbassa lorsque elle dit que les immigrés servent de bouc émissaires dans notre beau pays...

  • Brachamul
    Brachamul
    Multi-Taskeur
    • Posté à 17h17 le 17/04/2010
    • Internaute
      Multi-Taskeur

    Pourquoi mépriser les élites plutôt que le système qui fait que les enfants d'élites le deviennent également ?

    Comment mépriser quelqu'un qui souhaite donner toutes les chances à ses enfants ?

    Notre système éducatif fait que les différences sont massives entre les « aidés par leurs parents » et les « non-aidés par leurs parents ».

    Il suffit de regarder les taux de réussite au bac selon les lycées, et selon les zones géographiques... C'est à pleurer de voir des lycées à 100% et d'autres à moins de 40%

    Une bonne famille, pour un bon lycée, pour une bonne prépa, pour une grande école. Le cheminement est parfaitement logique à partir du lycée, le soucis est le fait qu'on ait autant de mal à garantir la réussite scolaire de ceux qui sont moins poussés par leurs familles.

  • Shix
    Shix
    Madteam since 2010
    • Posté à 17h28 le 17/04/2010
    • Internaute
      Madteam since 2010

    Si on respectait réellement le modèle d'assimilation égalitariste français, il n'y aurait aps de problème et quiconque se donnerait les moyens parviendrait au sommet de l'Etat sans soucis ! Il faut juste foutre un coup de pied au cul aux élites pour qu'elles arrêtent de truster les postes à pouvoir et faire prendre conscience que la République s'offre à chacun qui embrassera l'idéal républicain (ce qui comprend la langue française, les devoirs civiques, l'éducation, le respect des lois, de la tolérance, la laïcité, l'humanisme etc ...)

    Quand on a des élites qui méprisent l'égalité et la solidarité et que l'on a des populations qui refusent de mettre leur culture d'origine au second plan pour accepter l'idéal républicain, c'est sûr que le modèle d'assimilation est voué à l'échec ! Si c'est pour se calquer sur le modèle anglo-saxon, mettre le droit à la différence en avant, cloisonner les français selon leurs ethnies, cultures, religions, langues etc ... avec une compétitions sociale de ces mêmes communautés hypocritement contrebalancé par « l'affirmative action », je dis : non merci ! Je veux vivre avec tous les français sur les mêmes bases qu'eux, avec eux, à leurs côtés ! Marre du droit à la différence qui prend le pas sur tout au nom des droits individuels ! On veut vivre ensemble ou chacun dans son coin ? Au nom de quoi, j'ai du laisser tomber ma culture d'origine, ma langue, mon Histoire, mes racines pour adopter la France et y avoir une place alors que d'autres auront cette même place sans ces mêmes efforts grâce à la « discrimination positive » ? Chacun fait des efforts, garde sa culture en lui mais fait l'effort d'atteindre notre idéal commun pour y trouver sa place, et ce de manière égalitaire ! C'est l'assimilation, c'est une violence pour chacun mais ça garantit l'égalité (pour peu qu'on dégage ces élites qui l'ont oublié).

    Le reste c'est l'encensement de l'individu et de ses « droits » qui doivent primer sur le groupe ! Et ça ne permet pas de vivre ensemble, il suffit de demander si les latinos, les noirs, les asiats et les WASP vivent ensemble à LA ! Si c'est ça que vous voulez ici : non merci !

  • Tom-
    • Posté à 17h30 le 17/04/2010

    Y a pas que la République qui est absente du discours. Y a aussi l'Egalité. Pas une remarque à propos d'Egalité, et pour cause. L'affirmative action, ça n'a pas comblé les inégalités aux USA. En fait, elles se sont creusés et les discriminations avec.

    Ca n'est pas un discours anti-raciste que tient cette dame. En fait, c'est même une dénonciation de l'anti-racisme.

  • flackyonbox
    • Posté à 17h58 le 17/04/2010

    Ce n'est pas le racisme qui crée le communautarisme mais le communautarisme qui engendre le racisme. La première règle pour éviter le racisme c'est de pouvoir communiquer, de vivre ensemble, de partager des ambitions, des projets communs, ... Ce sont les communautarismes qui empêche ceci.

  • Valdo Lydeker
    Valdo Lydeker
    journaliste, auteur
    • Posté à 18h43 le 17/04/2010
    • Journaliste
      journaliste, auteur

    Il y a une quinzaine d'années, séjournant souvent et ayant vécu à Londres, j'aurais abondé dans le sens de ce que disent certains intervenants : oui, on peut être accueilli en Angleterre par une douanière voilée et voir la circulation réglée par un sikh en turban, mais pour autant l'accession à certains statuts sociaux et cercles du pouvoir resteront toujours fermés aux Anglais (d'origine étrangère ou non) dont l'accent ne trahit pas le passage par Eton ou Oxbridge...
    et j'aurais défendu le modèle républicain français en estimant (naïvement) que ce plafond de verre pouvait être transpercé et en trouvant pas mal d'exemples.
    Aujourd'hui, je n sais pas ce qu'il en est en grande Bretagne, mais la panne de l'ascenseur social républicain, on la constate tous les jours. Pour les rejetons de l'immigration en particulier mais plus largement pour tous ceux qui ne sont pas nés au bon endroit ni dans le bon milieu pour bénéficier des « réseaux ». . Oui, je sais , on trouvera des exceptions. .. par définition exceptionnelles.

  • KissCoolz
    KissCoolz
    Etudiant
    • Posté à 18h53 le 17/04/2010
    • Internaute
      Etudiant

    Rapidement : jusqu'à nouvel ordre c'est le système d'intégration anglo-saxon qui marche le mieux, ou l'on accepte la différence au lieu de la faire disparaitre, c'est dans un pays anglo-saxon que l'on a élu Barack Hussein Obama, un noir avec un nom pas « très catholique » a la tête de la première puissance mondiale, c'est dans les pays anglo-saxon qu'on voit des acteurs et des animateurs télé noirs ou asiatiques, et la liste est longue...

    En France, il suffit que t'aie un nom étranger (surtout oriental) pour que tu sois grillé toute ta vie, même si tu parle très bien français, que tu sois cadre, que tu respecte les valeurs de la république et même si tu n'est même pas typé !

    Oui, c'est bien un problème « d'élites » qui se focalisent sur une toute petite minorité de délinquants ou d'extrémistes et qui font subir toutes sortes de pressions et d'humiliations a la majorité de ces étranger bien intégrés.

    Faudrait plutôt parler de modèle de désintégration français, la je suis d'accord c'est le meilleur !

  • Valdo Lydeker
    Valdo Lydeker
    journaliste, auteur
    • Posté à 22h52 le 17/04/2010
    • Journaliste
      journaliste, auteur

    Au moment où je reviens sur cet article lire des commentaires, j'apprends le décès de Sotigui Kouyaté, immense acteur burkinabé... Est-ce un hasard si c'est un metteur en scène anglais, Peter Brook, qui dès les années soixante dix a fait monter sur scène des comédiens africains, alors que dans son ensemble la scène française reste désespérément monocolore ? Ce n'est que depuis trois ou quatre ans que la Comédie française à intégré un comédien noir, Bakary Sangaré... également ancien de chez Brook...