Ça schlingue la bonne année BD dans le Bronx

Alors que tout le monde, le monde entier, s'est tourné vers l'Amérique pour l'avènement mondial d'Obama, le Bronx va carrément dans l'autre sens, jusqu'au rade du coin, un bistro comme le Rêve, par exemple, pour vous souhaiter une bonne année qui schlingue. Car il n'y a pas qu'Obama dans la vie. Y'a Charlie Schlingo aussi.

Et donc, aujourd'hui, on se tourne d'abord vers un personnage de Bande dessinée réel, vivant avant que d'être malheureusement mort, dont Florence Cestac et Jean Teulé ressuscitent la mémoire dans un livre : l'incroyable, l'inénarrable, le redoutable, le roule-sous-la-table, l'indispensable, le fonce-dans-les-murs-costaud-du-râble, CHARLIE SCHLINGO !

Un livre à quatre mains, scénario de l'immense (1m95 ? ) auteur de « Le Montespan », dessins de la seule femme à avoir obtenu le Grand Prix de la BD d'Angoulême, qui avaient tous deux eu l'insigne honneur de très bien connaître l'iconoclaste en chef de la BD, naïf, destructeur, drolatique et dramatique, le seul, l'unique, le brutal qui avait en horreur la brutalitude, gaspature ! Leur ami, quoi… (Voir la vidéo)

« Patron, une cuite s'il vous plaît ! » Charlie Schlingo, l'homme qui marchait sur les mains, était un auteur « culte », plafonnant à chaque album vers les 112 exemplaires vendus, ce qui n'enlève rien à son immense richesse humaine.

Mais commençons donc par la fin. Quand on referme l'album de Cestac et Teulé, on a la sensation d'avoir pris à la fois : une cuite irréparable, un plongeon dans un délire de gaz hilarant, un solo de batterie avec la tête dans la grosse-caisse, une overdose d'un truc à peine comestible, un fou rire inextinguible, une série de pains dans gueule, du vomi sur son blouson, un blues d'enfer, bref une leçon d'humanité.

Oui, on se sent tout bizarre après avoir tourné la dernière page. Bizarre et triste, même si certains souvenirs sont parmi les plus drôles jamais vécus.

Vomir dans le képi d'un agent de police

Revenons au début. Le titre de cet album -« Je voudrais me suicider, mais j'ai pas le temps“- est de lui. Et c'est tout lui. Car s'il avait des moments heureux, Charlie Schlingo avait des instants de cafard à se foutre en l'air. Ou à foutre son dealer par la fenêtre pour arriver finalement à décrocher.

Une enfance déchirante de petit polio, massacré par ses petits camarades de classe et planqué sous la table par ses parents quand ils recevaient. De là sont nées ces fameuses expressions sonores qui émaillent tous ses albums et son attachement aux odeurs et à la baston.

Découvrant un jour que sa passion pour les ‘illustrés’ comme on disait à l'époque, peut lui permettre de se transformer en personnage de BD vivant, et donc lui permettre d'en vivre, il consacre sa vie à cette passion, tout en augmentant continuellement sa capacité à se torcher, à pisser par la fenêtre des improbables endroits où il habitait, et à vomir un peu partout, jusque dans le képi d'un agent de police, geste qui valut au Professeur Choron une nuit au poste.

Mais je ne vais pas vous raconter sa vie : Cestac et Teulé l'ont plus que bien fait. Ce livre, baptisé (au pinard, probablement) ‘Document’ par les Editions Dargaud, est indispensable. Il ressuscite l'inventeur du bifteck à péage, le tenancier halluciné d'un monde peuplé d'êtres et de bestioles énervées, un monde qui est le nôtre et où tout schlingue, un monde absurde en liberté, mal foutu, crade et malpoli dans trous les sens du terme, ‘de la BD en colère, à l'énergie pure, sans un instant de calme’, dit Teulé.

‘Quand il dessinait, il était mort de rire, il n'en revenait pas lui-même de pondre des conneries pareilles’, dit Cestac. Dans leur album, on voit passer une grand-mère attachante qui perd peu à peu la boule, des copains, le fleuron de la BD Française, l'histoire de Charlie Mensuel et Hebdo, Chron et ses beuveries, quelques éditeurs dont Dionnet, et Cestac et Robial du Futuropolis de l'époque, la famille de Schlingo, sa petite chienne fidèle baptisée ‘La Méchanceté’, encore des copains, des filles, une Josette de rechange, etc etc…

Et Cestac et Teulé réussissent parfaitement, en ces temps d'interdictions, de politiquement correct, d'hyperprudence pitoyable, à faire revivre toute l'existence de ce personnage de BD plus que vivant, qui fonce sans jamais calculer rien, et bizarrement, ça vous rend triste tout en vous réconciliant avec la vie.

Pour finir, j'emprunte à l'auteur trop vite dézingué (adjectif qui, de rade en rade, prend tout son sens) cette citation reprise dans le dossier de presse : ‘Comme je dis toujours, tout ce qui brille n'est pas du saucisson.’

Voilà, c'était en 2005, l'année qui Schlingue, alors bon 2009 à tous… Gaspation !

Le départ de l'homme au Bretzel

Bye Bye Bush, chez Dargaud

Et pour conclure, revenons à Obama, sacré nouveau président des USA, des nouvelles de l'ancien, le très peu regretté GWB dans un album collectif paru également chez Dargaud.

Aranega, Bouzard, Bravo, Ivan Brun, Charb, Clarke, Jul, Luz, Malingrëy, Nix, Sapin, Thiriet/Bercovici et Vuillemin se font une joie de célébrer le départ de l'homme au bretzel et aux think tanks (ou aux tanks tout court) dans une compilation aussi riche que variée.

Fin de mandat, Keep dreaming, Waï-taï school, In food we trust, The Wild West Low, Dernier check-point avant élection, Quel animal ne disparaîtra pas après le réchauffement climatique ? Où est Ben Laden ? Crétinationnisme, Bush et ses fantômes, Bush Back Mountain, Le Think Tank de la dernière Chance, Bush quitte la Maison Blanche… J'espère que les titres de ces quelques BD très irrévérencieuses vous mettront l'eau… (ou le bourbon-glace) à la Bush… pour arroser ça !

Je voudrais me suicider, mais j'ai pas le temps de Florence Cestac, Jean Teulé (éditions Dargaud, sortie le 23 janvier 2009). Et L'Association, dans son programme de rééditions patrimoniales, sortira deux livres en même temps, le 7 mars 2009, remettant dans l'ordre la première époque des publications de Schlingo (au Square).

Bye-Bye Bush collectif Chez Dargaud

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Portrait de aj115

De aj115

salarié agricole | 22H07 | 21/01/2009 | Permalien

je crois que c'est la premiere fois que je me retrouve le premier a faire un commentaire , où sont les autre ?
l'obamania est si puissante que les internautes délaisseraient les autre sujet.

Portrait de hershellgordon

à aj115 Portrait de aj115 De hershellgordon

23H08 | 21/01/2009 | Permalien

j'suis là m'sieur…et je viens de retrouver « les saucisses de l'exploit » dans une vieille édition des humanos en souple….coincée entre schulteiss et serpieri…je savais même que ce fâcheux était mort…après patrick mcgoohan, janvier pourri, bon il est vrai que j'ai pas vu l'intronisation d'obama…
edit : même pas foutu de respecter l'ordre alphabétique !

Portrait de Thomas Cadène

à aj115 Portrait de aj115 De Thomas Cadène

Dessinateur | 23H11 | 21/01/2009 | Permalien

En même temps ce commentaire commente l'absence de commentaire mais pas trop le sujet en lui même. hé hé.

 

Ah la BD est un vaste domaine qui fait trembler les foules. Ce n'est pas non plus parce qu'on ne dit rien qu'on ne lit pas. Parfois on peut simplement lire, se dire « ah mais oui ! il faut que je lise cette BD » et puis voilà. Je ne suis pas sur que nous devons nous en inquiéter. Le Web 2.0 serait il le Web de la tyrannie du commentaire ? Faire polémique pour faire commentaire ?

Bon ceci dit j'ai très envie de la lire cette BD. En fait j'ai très envie de les lire toutes les deux. Voilà ça n'apporte pas grand chose au débat on en conviendra.

Portrait de hershellgordon

à Thomas Cadène Portrait de Thomas Cadène De hershellgordon

23H37 | 21/01/2009 | Permalien

t'es vexant…je t'envoie torpedo…

Portrait de Blaise11

à Thomas Cadène Portrait de Thomas Cadène De Blaise11

I'm hard, but I'm fair. | 09H38 | 22/01/2009 | Permalien

Thomas, thomas.

Voyons, est-ce bien raisonnable ?
Tu vas tomber dans ce genre d'empoignade serrafinesque ?

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