Le Pouple se fait balader : à Caen, la retraite

Le poulpe: pour l'attendrir, il faut taper dessus (cursedthing/flickr).

Comme chaque samedi, Rue89 publie une nouvelle histoire du Poulpe, la série de polars créée en 1995 par Jean-Bernard Pouy. Ce week-end, cap sur Caen, après la défaite de la maire UMPiste Brigitte Le Brethon, alors que la ville était à droite (remember Lecanuet…) depuis des lustres. Une maire qui, à la veille de céder son écharpe tricolore à son vainqueur PS, inaugurait le V'éol, le Vélib » de la ville bas-normande. Son bébé à elle… Où Vergeat le RG, ennemi intime du Poulpe, réapparaît… Pour la deuxième fois, le Poulpe est dans la peau d'un internaute de Rue89 !

La nuque ankylosée dans un bac à shampoing du salon de Cheryl, mes yeux subissaient des catalogues de coiffures. » La coupe tektonik, pourquoi pas vous ? » . Je peaufinais un argumentaire quand j'aperçu un livre oublié là. Je m'en empare : » Aimez moi » , les poèmes de Jozsef. Un pavé, comme en 68, mais en papier, comme les tigres. Depuis le 6 mai dernier, je m'amusais comme je pouvais. Plongée dans les vers écorchés du hongrois, stationnait une enveloppe.

Vergeat ! La fouine des RG s'adonnait au crossebouquinegue, l'oubli volontaire de livres. Il était influençable, depuis que je l'avais vu chez Nature et découverte, je m'attendais à le voir incendier une paillote avec une loupe, mais là, ça ma scié. Sauf qu'il a pas saisi le principe en entier, vu qu'il a marqué » Pour Lecouvreur » sur l'enveloppe. De ses pattes de mouches, il m'invitait à Caen et joignait un billet de train. Il y avait aussi une carte magnétique V'eol qui, selon ses hiéroglyphes en mousse de foie, me serait utile.

 » Si Vergeat est là-dessous, Cheryl, le parquet flottant de ta nièce attendra. Je pars à Caen » , j'ai dit, m'extrayant du bac à shampoing.
J'étais déjà à la gare. J'ai mis le trajet en turbotrain à comprendre le dernier mot de Cheryl : » have e naïsse tripes » . Côté tripes, c'était pas en excursion gastronomique, ce que je signalai au passager voisin qui se prenait pour Néron, mais avec du Babybel en guise de lyre et le compartiment comme théâtre de ses exactions d'aliéné.

La gare de Caen était victime de travaux. Ça ressemblait aux images de Sarajevo détruite. Mais un Sarajevo où on n'aurait reconstruit que les sanouicheries, parce qu'elles, elles rutilaient dans les décombres. Evitant les snipers de pains nordiques, je sortis.

J'ai été direct pétrifié : au milieu des bagnoles hoquetait un long suppositoire bleu et gris. » C'est quoi ? » . L'apostrophé mitoyen de répondre : le tramway. Pour ralentir ma décomposition, il compléta : » La journée, il est sur rails avec électricité, puis il rentre sur pneus avec de l'essence. » Et il s'enfuit, un peu honteux. Mon regard débusqua une station V'eol, des bicyclettes en libre service. L'enquête piétinait pas du tout. Je présente la carte magnétique de Vergeat à la borne. Un message s'affiche. Mr Lelièvre, prenez le V'eol sur l'attache n°9. Lelièvre, ça devait être l'énigme n°2.

Pédalant tel un ado en passe de perdre son innocence, je découvrais cette ville dont j'ignorais tout, hormis qu'elle avait eu le bon goût de dégager la droite aux élections. Je longeais le bassin de plaisance. Au-delà de l'eau s'élevait un paysage industrieux qui détonnait des quais rutilants. J'empruntais un banc assez vaste pour héberger une sieste lascive, harem compris.

Un senior opina de la visière Crédit Agricole et soutînt que les aménagements pour la Solitaire du Figaro étaient jolis. Ça serait surtout joli que le Figaro parraine un truc collectif plutôt qu'en solitaire, mais fallait pas rêver. Ça m'a énervé, j'ai repris le vélo.

Je suis passé devant une pauvre tour médiévale qui surveillait ; belliqueuse ; un parking, puis l'église Saint-Pierre en pleine restauration, prête à être passée au rouleau de ripolin en somme. Suivant le cours du suppositoire, je passai devant la fierté du coin, un château du XIe siècle reconstruit l'air de rien au XIXe, où l'on fomentait un complot de contrefaçon made in le Moyen-Age.

Vu le col digne du Tourmalet qui se profilait, j'optais pour me requinquer dans le premier bar. Le Nucléon. Bonne pioche : les intellos jouent aux fléchettes, les piliers profèrent de vagues poèmes au patron qui passe du rock digne de ce nom, le Pied de Porc n'a qu'à bien se tenir. Je voulais me colloquer un demi, le patron servit une Tyskie, une polonaise. Je feuilletais Ouest France, la Bible de l'étape, quand une manchette d'article me prit au menton. Le commissaire Lelièvre reçoit je ne sais quelles palmes, fier homme grenouille de la République.

 » Adieu rock et fléchettes, au commissariat ! » Le vélo bougeait pas d'un pouce, j'ai dû me résoudre à pédaler. J'emmenais dans mon braquet rues reconstruites et commerces d'un autre âge. Le commissariat était accolé à un grand centre commercial ; sans doute pour mieux le défendre. L'ordre avait choisi son camp.

- » Lelièvre ? » . Pourvu d'un bec, l'OP eu l'air dépité.
- » Montez au second. Z'êtes l'ami à Vergeat ? »
- » De Vergeat » , j'ai corrigé. Bonne pioche n°2.
- » J'l »ai connu à l'armée » . Il prit le téléphone. » J'ai là ton copain, La Verge » .

Ils s'étaient manifestement bien connus à l'armée. Il me fourgua le combiné en pouffant comme une huître. L'organe de Vergeat résonnait dans l'abyme de fatigue de mon périple à vélo.

- » Lecouvreur, t'es content ? Tu l'as, ton truc collectivisé à la cambrousse ? Tu l'as, ta ville de gauche ? »

J'objectai que j'avais jamais voté PS, pas même en 81, moi. Ça, il a pas aimé.

- » Le billet de retour, tu l'as ? Eclate toi chez les rouges ! T'as aimé le poisson d'avril ? »

Il raccrocha, je l'imitai. Lelièvre était digne. Huître, mais digne.

Je sortais furibard, ces flics pouvaient tout se permettre aujourd'hui. La fouine était chafouine au printemps. Et laisser un livre qui s'appelait » Aimez moi » pour faire cette blague, ça relevait des meilleurs divans de psychanalystes.

C'était mardi, on est samedi.

Pas con, je suis rentré en vélo, j'ai le cul tanné, mais l'huître peut se carrer dans la coquille ses 150 euros de caution. Tout est à tous, à commencer par les gages des flics, il était visionnaire quelque part, Vergeat.

Gabriel Lecouvreur, alias le Poulpe (PCC : Nathanaël Frérot, internaute de Rue89).


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Portrait de Elle anonyme

De Elle anonyme

11H59 | 05/04/2008 | Permalien

Parenthèse : Lecanuet, c'est Rouen. Caen, c'est plutôt Jean Marie Giraud.

Portrait de Cratère

à Elle anonyme Portrait de Elle anonyme De Cratère

12H05 | 05/04/2008 | Permalien

Ou même Jean Marie Louvel pour l'époque…

Portrait de Cratère

De Cratère

12H02 | 05/04/2008 | Permalien

Le Poulpe dans ma ville… Très fidèle…

Portrait de Tomah

à Cratère Portrait de Cratère De Tomah

ch'ti | 19H31 | 05/04/2008 | Permalien

En effet, merci le Poulpe pour cette escale à Caen, nouvellement à gauche…je vais aller d'ailleurs aller fêter ça au Nucléon !

Portrait de Numerosix

De Numerosix

Prisonnier dans le village global | 12H11 | 05/04/2008 | Permalien

Dis Caen reviendras tu ?
Dis, au moins le sais-tu ?
Excellent . bravo Frérot !

Portrait de quetzal2012

De quetzal2012

enseignant précaire | 12H18 | 05/04/2008 | Permalien

Belle prouesse verbale, on dirait du béru…un p'tit trou normand et je reprends le velib'…

http://alternativealaconstipationdelapensee.blogspot.com

Portrait de Charles Mouloud

De Charles Mouloud

Bras gauche de la Vénus de Millau | 12H56 | 05/04/2008 | Permalien

Sympa la photo des amygdales de M'dame Le Brethon !

Excellent cru que ce numéro !

Portrait de compte supprimé 24

à Charles Mouloud Portrait de Charles Mouloud De compte supprimé 24

| 13H02 | 05/04/2008 | Permalien

Ah ? J'croyais qu'il s'agissait de ses ovaires…

Portrait de Les Chats

à compte supprimé 24 Portrait de compte supprimé 24 De Les Chats

En grève du zèle contre le nettoyeu... | 14H07 | 05/04/2008 | Permalien

C'est une descente d'organes alors !

J'étais sûre qu'un mec allait faire une telle remarque et je soupçonne Rue89 d'avoir choisi cette photo exprès et même qu'ils ont dû parier entre-eux, tout comme sur l'article des gens de petites tailles ah ah : -))

Portrait de compte supprimé 24

à Les Chats Portrait de Les Chats De compte supprimé 24

| 14H11 | 05/04/2008 | Permalien

Oh, j'aurais pu faire pire, Les Chats : une descente d'orgasme…

Mais rien n'empêche les filles d'en faire autant avec nos parties molles, hein : -)))

Du coup j'en profite pour faire ma pub, qui n'est pas tout à fait déplacée, puisque j'écris un Poulpe en ligne et à l'œil sur mon site. Et toc. 27 nuits blanches = 27 épisodes.

www.blogacyp.fr

Portrait de Les Chats

à compte supprimé 24 Portrait de compte supprimé 24 De Les Chats

En grève du zèle contre le nettoyeu... | 14H17 | 05/04/2008 | Permalien

Ah ah cyp extra la descente d'orgasme : -)
Quand aux parties molles il s'agit desquelles, celles du bas ou du haut ? : -))
www.blogacyp.fr est déjà dans mes favoris depuis plusieurs jours.

Portrait de compte supprimé 24

à Les Chats Portrait de Les Chats De compte supprimé 24

| 14H25 | 05/04/2008 | Permalien

En fait, c'est le titre d'un bouquin qui me trotte dans les parties molles du haut depuis quelques années, mais que j'ai pas le temps d'écrire vu que j'ai deux ados tartinophages à la maison et que la littérature, c'est pas très nourrissant…

Ah… J'aurais que ça à faire, tiens, c'est dix feuillets par jour, que je pondrais. Côôôt !

Portrait de Les Chats

à compte supprimé 24 Portrait de compte supprimé 24 De Les Chats

En grève du zèle contre le nettoyeu... | 14H35 | 05/04/2008 | Permalien

Zut alors ! Pourtant on gagne 1h tous les 6 mois.
Pour les tartinophages suffit de tomber amoureux d'une amoureuse de la littérature, de la cuisine et de cyp : -))
Mais finalement, est-ce qu'on a pas tous au moins un bouquin à écrire, sur sa vie, son passé ou ses délires ?
J'ai l'impression que oui.

Portrait de compte supprimé 24

à Les Chats Portrait de Les Chats De compte supprimé 24

| 14H45 | 05/04/2008 | Permalien

C'est fait depuis vingt ans : ma p'tite chérye, elle est tout ça ; d'ailleurs je sais pas comment elle a survivu avec un tromblon pareil…

Tout le monde a au moins un livre au dedans. Le blème, c'est que j'en ai toute une bibliothèque. Mais faut pas se plaindre, alors je me plains pas.

Portrait de manu13

De manu13

15H47 | 05/04/2008 | Permalien

C'est Caen la retraite ?

Désolé….

http://journalduntraducteur.wordpress.com

Portrait de dalun

De dalun

15H57 | 05/04/2008 | Permalien

la photo : top classe ,en plein dans l'texte ! bravo.

Portrait de Rocky

De Rocky

22H18 | 05/04/2008 | Permalien

Le POUPLE ? ? ?

Portrait de Tinhinane

De Tinhinane

Médiatrice scientifique | 20H52 | 06/04/2008 | Permalien

Les photos du Pouple sont excellentes, comme l'est leur mise en page, aussi bien dans l'extrait qu'en pleine page. De qui sont-elles ?

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