
Petit portrait d'élève de ZEP : Yamina (dernier épisode)
Yamina est revenue de son exclusion. Enchaînement de bonnes séances, fiche de suivi élogieuse. Il faut finir l'année calmement, elle sait. Toujours cette difficulté à regarder droit dans les yeux les gens, mais elle essaie. Alternance de sourires et de maux de tête, histoire de respirer un peu à l'infirmerie. Tout le monde fait attention.
Sa sœur est au rendez-vous le soir de son retour, détendue pour la première fois, chaleureuse. Elle compare Yamina six jours à la maison à Yamina à l'école : mêmes évasions soudaines, même volonté trouble d'être entourée, même gentillesse, puis colère soudaine, » inexplicable » . La famille a décidé de retrouver le goût des dîners tous à la même table et » ça va mieux, on s'est mis à discuter, à parler… »
Personne ne veut plus la perdre. Et elle ? Comment l'aider à relever la tête ? Essai avec son bulletin, 13 en français, 9,5 en maths (contre 6 auparavant ! ), mais 1,33 en physique et 0,25 en SVT, un beau 15 en musique : » Des efforts ce trimestre, à étendre à toutes les matières l'an prochain. Yamina a su montrer de réelles qualités malgré ses soucis. ENCOURAGEMENTS. »
Goût amer du dialogue au pré-conseil avec ce jeune prof de physique qui ne voulait pas venir en ZEP :
– Comment peut-elle avoir 1,33 dans ta matière ?
– Ben ma moyenne c'est ses notes… Elle s'assoit en classe et elle n'écoute rien ! Qu'est-ce que tu veux que je te dise Zacharia ?
– Mais qu'est-ce que tu as fait pour qu'elle écoute ? C'est ça l'enjeu ici. Les élèves s'assoient et n'écoutent pas, personne ne les écoute eux non plus, c'est à nous de les captiver, non, c'est notre boulot (quelques collègues acquiescent) ?
– Pour moi une moyenne c'est une moyenne, on ne parle pas le même langage Zacharia !
Curieux souvenir seul dans le couloir des « Quatre Cents Coups ». Le dernier plan sur la plage, Jean-Pierre Léaud adolescent qui se retourne dans sa fuite et fixe la caméra qui l'immobilise ainsi.
» Pour toi ça finit bien ou mal ? » , m'avait demandé un ami. Je sais ce soir que ça finit bien. Antoine regarde le monde. Tout s'arrête sur son regard qui nous fixe franchement. Dans les interstices de nos complexités et lâchetés d'adultes, il a appris à faire face. C'est très difficile. C'est tout ce que je souhaite à Yamina.
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De Vigilante
Etudiante à Paris | 10H19 | 19/06/2007 |
Mes encouragements à Yamina et mes félicitations à Zacharia… En espérant qu'il reste mobilisé et attentif cet été à la réforme de l'Education Nationale qui risque fort - quoi qu'en dise notre cher président - de reléguer les Yamina dans des « internats de la deuxième chance » où elle ne sera entourée que d'élèves comme elle et de profs surmenés…
Bon courage à tous.
à Vigilante
De Zacharia Dosseur
(auteur)
Enseignant en ZEP | 14H26 | 20/06/2007 |
Oui, Vigilante, je vais tenter de rester connecté cet été, où que j'aille, afin de poursuivre nos échanges et le dialogue (si riche) avec vous. J'ai l'intention d'envoyer quelques « cartes postales », sur le vif, au moindre méandre étrange du gouvernement, d'une vigilance l'autre !
De
13H03 | 19/06/2007 |
S'il fait le programme, s'il assure la séreinité et le calme en classe alors oui une moyenne c'est une moyenne. L'école c'est un effort, apprendre c'est dur, lire, sélectionner, connecter, déduire ce n'est pas facile. Je suis désolé, je ne suis pas enseignant, mais l'idée que mes enfants puissent avoir des profs dont l'obsession serait de les « attirer » par je ne sais qu'elle pédagogie « captivante » me fait peur.
Désolé.
De
15H51 | 19/06/2007 |
Courageux anonyme de 14h03, je dois dire que ce discours est valable pour les enfants qui en « chient » uniquement à l'école. Mais tu sais bien que ce n'est pas le cas pour tout le monde, et dans certains cas (cf l'article) c'est dûr de passer d'« enfant » à « élève » tant la vie d'enfant peut être rude. Ce discours est aussi celui du « si tu veux du travail tu en trouves », celui de l'homme-boeuf qui devrait tout oublier sauf de travailler dûr.
De avivelefeu
15H11 | 19/06/2007 |
tout à fait d'accord avec le courageux anonyme de 14h03. Ils sont là pour en chier, n'est ce pas là le but de l'armée, oups de l'école. j'espère que mes enfants auront la chance que j'ai eu de rencontrer des profs qui transmettaient leurs passions. Les cours étaient plaisants y compris pour ceux qui n'étaient pas les premiers. Apprendre c'est facile quand c'est un prof pédagogue (c'est un gros mot maintenant ? ) qui enseigne. Sinon cela s'appelle l'armée avec le bourage de crâne qui va avec. L'armée c'est efficace, les militaires savent faire plein de trucs sauf penser car penser c'est désobeir.
à avivelefeu
De Zacharia Dosseur
(auteur)
Enseignant en ZEP | 17H00 | 19/06/2007 |
Pour répondre au courageux anonyme de 14h03 et préciser quelque chose. Je trouve étrange d'avoir peur que ses enfants soient intéressés par une matière ou adhèrent à un projet. L'idée d'avoir une classe s'intéressant au cours, non par dressage ou politesse, mais parce qu'on y découvre autrement les enjeux d'une question ou d'un point du programme, avec rigueur n'ayez crainte, est le minimum de toute pédagogie, de toute construction. Ce n'est pas une obsession, mais, je crois, le devoir d'un prof.
« Une moyenne c'est une moyenne », la formule s'accompagne souvent où nous travaillons d'exclusions de cours sans remise en cause, parce que le professeur ne pense pas devoir amener tous les élèves à s'intéresser sincèrement à ce qu'il « veut » leur apprendre et à progresser.
On exclut des exclus faute de les prendre en compte dans l'élaboration des cours. Ce n'est pas évident, je le reconnais, on peut échouer, mais on se remet en cause et on tente de faire travailler chaque élève davantage, en sachant ce qu'il fait. Comme le souligne Avivelefeu, point de rapport de force, ce n'est pas l'armée.
De
16H57 | 19/06/2007 |
Que serait-il advenu de ma fille aprés sa 3eme en college ZEP, et son année de seconde dans un lycée public, mais BCBG, si jamais la carte scolaire n'avait pas jouée pour elle ?
En precisant que durant ces années de college, elle fut la meilleure élève, ttes matieres confondues. Lui aurait-on refusé l'entrée, car primo-arrivante, ne faisant pas du cheval, ne partant pas a la neige, s'habillant chez l'Abbé-Pierre, se nourissant au Secours populaire, week-end et vacances a la médiatheque ou devant la télé. Les temps vont devenir bien durs ! ! ! ! ! ! !
De
17H06 | 20/06/2007 |
Le collège va fermer et avec lui sa galerie de petits portraits qui donnent un véritable visage au défi que doivent relever chaque jour les professeurs : bravo Zacharias et à l'année prochaine !
De Zacharia Dosseur (auteur)
Enseignant en ZEP | 21H36 | 20/06/2007 |
Merci, nous reprendrons ce voyage en septembre en effet (même si d'ici au 3 juillet, on ne sait jamais…) nouveaux portraits et autres surprises, sans oublier les cartes postales de l'été ! Bref, merci pour le mouvement, rien dans ce rare vent de liberté et de débat ne s'arrête…
De jbe
14H56 | 21/06/2007 |
Très beau portrait d élève à prof. je viens d une zep et je dois dire un grand merci a une prof qui m a donne l envie de devenir quelqu un de bien. j ai reussi a poursuivre mes etudes a bac+2 ce qui ne paraissait pas une evidence si je regarde 13ans en arriere ( parents alcooliques, violences, manque d argent…) alors je tire mon chapeau a cette prof (et au corps enseignant en general) qui a su capter mon attention et qui a sans le savoir changer mon existence, ma vision des choses.
De
07H36 | 24/06/2007 |
cher zacharia et tous ceux qui se défoulent avec plaisir sur l'anonyme de 14h03.
Je trouve un peu excessif voire lassant ce discours récurrent sur le prof qui a pour « obligation » d'être passionant ; si le prof n'arrive pas à captiver, à faire progresser l'élève, pas bon pédagogue ! En tant qu'enseignant, je connais certains élèves qui savent très bien jouer de ce discours culpabilisateur pour se déresponsabiliser.
Bien sûr qu'un professeur doit essayer de captiver, mais apprendre ses tables de multiplications par coeur n'a rien de captivant, c'est une obligation quasi « militaire ». Alors cessons de les apprendre.
Quand j'étais élève j'ai souvent appris par obligation, avec ennui. Je pourrais me plaindre de ces professeurs qui ont failli à leur devoir, mais au final je suis content d'avoir appris.
Cette vision idyllique du prof charismatique ne me semble pas aider à construire une école moderne, en prise avec la société actuelle…
De Zacharia Dosseur (auteur)
Enseignant en ZEP | 12H29 | 27/06/2007 |
Merci matinal anonyme de reconnaître notre rôlé premier, intéresser les élèves : Bien sûr qu'un professeur doit essayer de captiver, sinon, en effet, n'importe quel manuel suffirait à faire le cours à notre place.
Mais n'y a-t-il pas un paradoxe dans votre proposition de faire de l'apprentissage militariste (comme à la fin du XIXè) et de l'éloge de l'ennui le fondement de l'école moderne ?
Le charisme ne me semble pas en rapport non plus avec mon propos.
La question reste bien : Comment apprendre à tous les élèves, en particulier à ceux qui, souvent exclus de la classe (sanction ascolaire et pourtant la plus prisée…), n'ont aucune structure, aucun encadrement et donc plus aucun goût pour apprendre ?