Mme Pfff, prof de maths (II): des "bombes" au conseil de classe

"Alors non seulement on fait 8h00-20h30 non-stop, avec deux pré-conseils le midi, pas le temps de manger, et en plus on s’prend des bombes ! Tu parles d’une soirée ! " Ce sont les derniers mots de Mme Pfff avant de rentrer chez elle, hier soir devant le Collège.

Tout se passe pendant le tour de table, au début du conseil.

D’abord, chacun y va de sa formule pour décrire la classe. Exercice peu évident, qui demande du métier. Il faut permettre à ceux qui ne mettent pas les pieds en cours (administration, parents, CPE) de se représenter le travail et l’ambiance particulière du groupe.

Puis c’est le tour des deux délégués de classe, qui font souvent amende honorable et promettent que la classe se conduira mieux dans tel cours et fera de gros efforts dans telle matière. Enfin les délégués de parents ont la parole et hier soir, timidement, "Boum" : "Il y a un problème en maths, la classe fait n’importe quoi, les parents ne comprennent rien au cours et les enfants ont beaucoup trop de devoirs."

Le principal s’empresse aimablement de donner la parole à une Mme Pfff, rougeoyante, qui jette un : "Nous sommes des professionnels, non ? Je sais tout de même ce que je fais quand je leur donne telle ou telle proportion de travail personnel. Ensuite, ce n’est pas aux parents de comprendre le cours, mais aux enfants ! "

Nous en parlons après avec Christian. Comment les profs et les parents pourraient-ils mieux communiquer ? Christian pense que Mme Pfff s’est braqué parce que c’était devant nous. Ce serait pareil dans n’importe quel boulot. On ne juge pas quelqu’un au travail devant ses pairs. Si la mère mécontente avait pris rendez-vous avec elle, tout aurait été plus calme et surtout la discussion aurait été plus fructueuse et aurait abouti à quelque chose.

Mais dans ce cas, à part répéter à voix haute les bulletins, à quoi servirait le conseil de classe ? "On a encore du chemin à faire pour travailler ensemble ! ", a dit Christian en secouant la tête avant de monter dans son train.


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ratsept | Prof
11H29 10/12/2007

Evidemment que c’est le système qui est en cause et non pas les malheureux profs que malhonnêtement il installe. Pour moi, le prof mal dans sa peau et dans sa classe est avant tout une personne mal entourée (sur le moment), certes, mais très souvent quelqu’un qui a été mal orienté ou mal préparé professionnellement. Car une des carences majeures du système éducatif français c’est tout de même l’absence quasi totale de formation pédagogique et psychologique. A moins d’être né psychologue ou d’avoir suivi une vraie formation à la prise en main de groupes AVANT d’entrer dans l’arène la toute première fois, quel prof ne s’expose pas tôt ou tard à être confronté douloureusement à un non savoir-faire culpabilisant et destructeur? Et les ravages sont immédiats, et pour l’intéressé et pour la classe. Je suis témoin impuissant de ce drame tous les jours depuis 20 ans dans mon petit collège. Et dans la hiérarchie, personne ne prend bien sûr ses responsabilités : ni le Principal qui se lave les mains en clamant qu’il n’a pas le pouvoir d’intervenir dans la pédagogie (ouf! pour lui…), ni l’Inspecteur d’Académie à qui il ne voudra jamais s’adresser faute d’avoir à avouer qu’il y a des vagues dans son établissement (donc qu’il est un mauvais Principal oh là là… et à l’Inspection on n’aime pas les vagues, c’est bien connu…), ni à l’IPR qui pourtant seul pourrait faire quelque chose en termes de conseils ou de formation. J’ai même vu un Inspecteur IPR débarquer (car finalement sollicité) et livrer à lui-même un collègue en grande souffrance avec des conseils bidons qui bien sûr ne remédiaient en rien au problème de fond qui était l’incapacité absolue de la personne à gérer un groupe, alors que dans sa discipline il était très au point. Ce que l’Institution Education Nationale dans une grande lâcheté refuse d’admettre, c’est qu’elle recrute sur le critère de la seule maîtrise d’UNE discipline, tout en négligeant totalement celui de la maîtrise de LA discipline, c’est à dire l’aptitude à comprendre et gérer les comportements individuels et de groupe. Elle jette en pâture aux fauves le jeune enseignant débordant d’enthousiasme, et il se fait écharper dès la première heure. Personellement, si on me propose un jour de participer à un groupe de travail sur l’amélioration des contenus du cursus de formation des jeunes profs, je réponds présent, car j’ai beaucoup de choses à dire et à proposer. Car c’est bien beau, au quotidien, de faire jouer à fond la solidarité et le soutien moral vis à vis des collègues qui souffrent et se détruisent, et heureusement que cette dimension humaine fonctionne dans la salle des profs!, mais la solidarité s’arrête là hélas, et au-dessus, rien, mais ce qui s’appelle rien. Il faudrait avoir l’honnêteté de dire à un candidat prof : d’accord, vous êtes très bon en anglais certes, mais vous êtes reconnu inapte à l’enseigner. Cela ne remet en aucun cas en cause votre intégrité personnelle ni votre valeur dans votre discipline (vous pouvez très bein être agrégé), mais l’on n’est pas apte à exercer tous les métiers, or, enseigner est un métier à part entière, pour l’exercice duquel il ne suffit pas de maîtriser à fond une discipline… A quand la réforme honnête qui fera honneur à l’Education Nationale, qui ce jour-là respectera et ses personnels et les élèves? Si tant est que cette auguste Institution se consacre à l’enrichissement des individus que sont les élèves, elle doit s’en donner les moyens. Car ce n’est en rien respecter l’élève que de le confier à quelqu’un qui va avoir peur de lui ou se laisser déstabiliser par un comportement perturbateur. L’adulte formé et reconnu qualifié à s’occuper de lui et du groupe dans lequel il est (la classe), l’élève doit sentir de prime abord qu’il sait faire et qu’il saura gérer toutes les situations, et que cela sera pour lui (l’élève) une garantie de sécurité et donc un cadre rassurant au sein duquel il va pouvoir sereinement apprendre et s’épanouir. Car, à quoi assiste-t-on dans trop de classes dans ce pays, si ce n’est au spectacle navrant et ravageur de groupes qui s’imposent au prof alors que ce devrait être l’inverse? On assiste aujourd’hui trop souvent, à un renversement des rôles aux conséquences dramatiques car déstructurantes pour l’élève qui a tant besoin de repères : c’est lui qui dicte sa loi, parce que le prof est incapable de dicter la sienne, qui ne devrait d’ailleurs n’être que l’écho de la loi tout court, celle du respect de l’autre au sein du groupe….. à suivre j’espère…

 
thoughtthrow
15H27 06/12/2007

Il me semble que la pédagogie n’est pas au programme des formations de nos chers professeurs… Si ça pouvait changer les « Nous sommes des professionnels, non? » de Mme Pfff auront plus de crédibilité! et ça c’est que pour les math… je ne vous parle pas de l’anglais: des prof qui peuvent n’avoir jamais foutu les pieds en pays anglophones sont là pour vous apprendre une langue qu’il n’ont jamais pratiqué en « immersion réel ».
 Pfffffff…

 
janpoleroy
01H10 07/12/2007

Que croyez-vous que les élèves profs font à l’IUFM… du tricot ?

 
ratsept | Prof
11H34 10/12/2007

sans doute cela ne va-t-il pas jusque là, mais oui, dites-moi ce qu’ils apprennent en termes de psychologie de l’enfant et de l’adolescent, en termes de gestion d’un groupe classe? Comment sont-ils formés à l’anticipation de situations difficiles, voire de crise? Comment la formation, si elle existe, dépasse-t-elle le cadre des concepts et de l’analyse de situations hors du terrain classe? Oui, j’aimerais connaître le contenu précis de ces formations très spécifiques, et alors je vous dirai, avec ma petite expérience de 20 ans en collège difficile si cela va suffire et vous préparera efficacement et sans mauvaise surprise à l’exercie d’un métier devenu un métier à risques et qui n’a plus rien à voir avec ce u’il était il y a ne serait-ce que dix ans?

 
george.B
17H04 06/12/2007

merci ,
je vais offrir le nouveau Bled à mon petit fils pour noel il sera ravi!!!
I est vrai que les grands parents ont un rôle primordiale dans l’éducation des enfants !!
nous avons eu beaucoup de chance de vivre à une époque où tout était plus facile , à nous les grands parents de redistribuer tout ce que l’on a reçu , tant au niveau du savoir et de la culture qu’au niveau financier car nos enfants n’ont pas la mçeme marge de manoeuvre pour élever leurs enfants !!! moins de temps , moins d’argent, plus de stress et de pression de toute sortes , ce n’est pas facile pour eux !!!
Soyons solidaires entre générations et n’oublions pas que ce sont eux qui vont payer nos retraites !!!
Moi , personnellement j’arrive a jouer au scrabble avec autour de la table 4 générations !! ça va de mon petit fifs de 6 ans jusqu’à ma mère de 83 ans et ma fille de 30 ans et ça marche !!!
Voilà juste pour témoigner !

 
daniele
16H47 06/12/2007

mes fils au college ont eux de bons profs,d’autres qui débitaient leurs cours et basta, ils devaient se debrouiller avec.aujourd’hui la societé a evoluée les enfants avec mais la méthode d’enseignement a t’elle suivi je n’en suis pas certaine.

 
Frère fauve
20H40 06/12/2007

Les programmes scolaires sont en constante évolution et chaque année les professeurs doivent s’adapter aux changements, ce qu’ils font. C’est plutôt la représentation qu’une certaine partie de l’opinion publique a des profs qui ne change pas… Merci en tout cas aux autres qui savent combien nous nous investissons au quotidien, et bravo à Courageux Anonyme de 18h11 : c’est exactement ça !

 
zouki
21H53 06/12/2007

bonsoir,
vous dîtes que les CPE ne mettent pas les pieds en cours et ne s’imaginent pas ce que peut représenter pour un adulte passer une heure face à une classe de collégiens: CA M ‘ENERVE TERRIBLEMENT car, une fois de plus, les CPE sont considérés comme des sous-merdes par certains « collègues » enseignants, alors qu’ils se tapent des journées de dingues à gérer le bordel, et seulement le bordel (jamais les moments cools avec les élèves cools)et à régler les problèmes des dits « collègues », qui eux, ne savent pas le faire tout seuls.
une CPE énervée après une journée pénible, mais ô combien, classique

 
Thierry Catrou
09H50 07/12/2007

Les conseils de classe sont de toute façon des bombes à retardement ! Lieu d’un règlement de compte, genre OK Corral où il s’agit bien sur de faire un bilan scolaire des élèves mais où on s’empoigne de plus en plus volontiers pour faire aussi celui des enseignants et pourquoi pas celui de l’école. Rien de bien étonnant les angoisses du social, sur l’avenir, les retraites, le… transpirent, suintent partout et le moment magique du conseil est un instant idéal pour toutes les formes de catharsis!

 
Marx Du_Veuzit
00H44 08/12/2007

On dit toujours beaucoup d’âneries sur l’école. Je dis « âneries » parce que ce sont trop souvent des événements transformés en généralités, et, par exemple, dire que les profs n’aiment pas élèves en est une. Ce n’est pas le rôle des profs d’aimer les élèves. Personne je pense ne me contredira. Pourtant beaucoup de profs aiment les gosses. Et d’autres n’en peuvent plus de les voir, de les entendre etc.
Ce que vous dites de juste me semble-t-il c’est la question de l’évaluation.
Pourtant le vrai problème aujourd’hui c’est l’inadéquation de l’école à la population des collégiens et des lycéens : je suis frappé par le fait que l’école a désormais la charge de TOUT apprendre aux jeunes. Le bain culturel familial et social n’existe plus. C’est cela qui rend le métier de prof de plus en plus compliqué parce que les prérequis nécessaires aux apprentissages, s’ils sont vus dans les classes précédentes ne sont pas utilisés dans la « vraie vie » et donc ce qui est appris en classe passe pour de la fiction (au mieux) des trucs inutiles (pas faux ;o)) et surtout évidemment, un moyen de sélectionner les meilleurs, c’est à dire d’écarter les autres.
Bon courage à >Mme Pfff. Et qu’elle se console : c’est vrai c’est une professionnelle. Comme tout le monde.