Mme Pfff, prof de maths (I): travailler plus pour gagner plus?

Intrigué par la silhouette deux fois aperçue de cette femme de plus de 60 ans dans la salle des profs (dont la moyenne d'âge doit tourner autour de 30 ans), je me suis avancé prudemment vers elle, grande, carrée, cheveux courts et gris, voix tonitruante, pour lui demander ce qu'elle faisait là.

« Pfff, j'me l'demande moi-même ! a-t-elle répondu. Figurez-vous que je suis TZR (Titulaire sur Zone de Remplacement, ndlr). Ben oui, je suis mon mari à droite à gauche et à chaque fois je repars à zéro où il atterrit. Pfff... Enfin voilà, j'remplace la prof de maths en cloque. »

Je lui ai passé mon code de photocopieuse avant qu'elle s'énerve complètement sur le petit terminal électronique.

Puis notre principal adjoint est monté dans la salle des profs pour nous dire qu'il devait demander à tous les parents d'élèves de sixième s'ils souhaitaient que leurs enfants soient pris en charge après leurs sept heures de cours au collège, pour faire de l'art, du sport ou du soutien, jusqu'à 18h00.

Il voulait nous annoncer, sceptique, qu'en cas de réponse positive de leur part, le collège devrait garder les élèves : les profs volontaires de toutes disciplines pouvaient donc tous faire deux heures de plus le soir, pour s'occuper des orphelins de 16h00, ah oui et grande nouveauté, ces heures sup étaient dé-fis-ca-li-sées.

C'est à cet instant que Madame Pfff est devenue populaire. Chacun se disait que l'idée de la garderie était un peu énorme, que les professeurs d'art ou de sport étaient discrédités, puisque d'autres pouvaient faire ces heures, et le principal adjoint n'avait pas tout à fait disparu, quand elle a lancé :

« Pfff… et voilà ! C'était ça travailler plus pour gagner plus ! Ben ils peuvent toujours se gratter. Pfff… Moi j'ai compris avec la retraite ! c'est vrai quoi, j'suis plus en phase avec ces gosses et on me force à venir tous les jours ! On travaille plus pour travailler plus, c'est tout. Ne vous faites pas avoir ! Qui y gagne ? Même pas les gosses qui ont besoin de respirer. Et gagner quoi en plus ? Cinquante balles ? Qu'ils filent l'argent aux étudiants et qu'ils vous augmentent vraiment plutôt pour tout le boulot incroyable que vous faites déjà ! Pfff…

À suivre…


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Zacharia Dosseur | Enseignant en ZEP
19H23 02/10/2007

Merci pour ces précisions.Les commentaires ci-dessous montrent aussi combien en focalisant sur ces prétendues facilités de mieux gagner sa vie, on détourne l’attention sur la qualité de l’école. Sans parler du temps déjà colossal que les enfant passent au collège, temps accru sous prétexte de « garderie »…

 
chfav
14H02 02/10/2007

Dommage,
Dommage, que tous le monde n’est pas reagi comme madame pfff un peu plus tot. Monsieur n ne fait qu’appliquer ce pour quoi 53 % des français ont voté pour lui. alors travaillons plus, plus longtemps pour moins de retraite moins longtemps. Réformons afin de rendre aux riches les milliards que ces salauds de pauvres ont accumuler sur leur dos.

 
jjezfm | Internaute
14H34 02/10/2007

je suis l’un des ces x00 000 fonctionnaires administratifs (ou non enseignants, si vous préférez) de l’éducation nationale

nous, quand on fait des heures sup, c’est gra-tuit
ah non, pardon, on a droit, au maximum, à 20€ de prime par mois, même si on fait 10h par jour plus quelques week-ends, voire vacances
pourquoi on le fait ?

parce qu’il y a tellement peu de place pour avancer qu’il faut ça (entre autres) pour avoir une chance de passer

ou alors, on laisse tomber et on s’occupe de soi et de sa famille, ses amis etc…, mais dans ce cas adieu la carrière

ceci dit, soyons clair, Mme Pff a bien raison !
On se fait tous arnaquer, chaque groupe de façon différente, et ça durera tant que le chômage durera. Autrement dit, longtemps…

 
jjezfm | Internaute
14H36 02/10/2007

dans mon indignation, j’ai oublié de citer l’autre raison, essentielle, qui nous fait accepter les heures sup gratos: la conscience professionnelle, que ça s’appelle
quand on croûle sous le travail et que des gens (des usages, ça s’appelle) attendent de vous que vous traitiez leur cas, ou on laisse s’empiler, ou on fait des heures sup gratos

 
Servais-Jean | Psychanaliste orphelin
18H14 02/10/2007

La conséquence des heures sup défiscalisées, c’est plus de chomeurs, moins de cotisations SS donc moins de retraite. C’est en fait l’ouverture aux assurances privées qui auront toute latitude pour ne pas se trouver en déficit. Voir en Suisse ce qui s’y passe. Certaines années ils ont des cotisations qui augmentent de 6 à 8%, et les assurances y sont obligatoires.

 
michelem
00H20 03/10/2007

Je pense que ces histoires d’heures sup pour les enseignants sont vraiment une arnaque…Croyez-vous vraiment qu’un prof va s’investir après une journée de classe?Pour gagner quelques euros de plus?Pour la gloire d’aider des enfants en difficulté?Ces écoles et collèges « ouverts »pour les orphelins de 16h aident surtout les parents qui trouvent ainsi un mode de garde sécurisé et très bon marché.Néo retraitée de l.E.N j’ai connu des situations inadmissibles pour de jeunes enfants de maternelle ou de primaire :garderie du matin,cantine,étude puis garderie du soir.soit des journées de 7h30 à 18h30….Pas mal, pour permettre aux parents de se faire exploiter et ainsi rembourser tous leurs emprunts…
Et personne ne parlait des enfants , de leur bien être ,de leurs envies…
Refusez ces heures sup,c’est aux parents de se battre pour qu’ils n’y ait plus d’orphelins de 16 h!!!
Bon courage
Quant à moi,je veux bien en accueillir autour d’un goûter ,simplement pour papoter …

 
Zacharia Dosseur | Enseignant en ZEP
09H20 03/10/2007

Oui. Ces heures ne tenteraient-elles pas encore une fois de masquer une injustice sociale? On a en effet l’impression que plus les parents sont aisés moins leurs enfants restent tard à l’école et plus ils réussissent. Y a-t-il des enquêtes faites sur ce point? Pour le moment, au Collège, aucun professeur n’a accepté ces heures. On attend avec impatience les résultats du document envoyé aux parents.

 
caro | délinquante avérée
21H44 03/10/2007

et pour quoi « ce ne serait pas trop demander » ?

Je croyais que « tout travail mérite salaire ». Travailler sans être payer = travail au noir = interdit par le BIT

D’après des études d’inspecteurs du travail, notamment Gérard Filoche, avec les heures sup, tout domaine confondu, il y aurait de quoi embaucher 1,4 millions de chômeurs. Ca laisse rêveur, non ?

 
deecurl
14H24 03/10/2007

encore une fois on tape sur les parents qui travaillent.
je suis désolée, mais il y a peu de secteurs où les horaires permettent d’être à 16h30 devant la grille de l’école.
à moins que l’un des deux parents se mette à mi-temps ou arrête de travailler (devinez qui, papa ou maman?)
ce n’est qu’un avis personnel mais pour l’avoir subie :p l’étude surveillée n’est pas si mal. au moins on fait (un peu) ses devoirs, on se fait aider par les copains. bien sûr les gamins sont fatigués. mais là il y a un adulte (chez nous, c’était un étudiant) qui peut répondre à leurs questions, alors que tous les parents, ne peuvent pas (ou ne veulent pas d’ailleurs) aider les devoirs à la maison.
c’est un problème complexe qu’on ne résoudra pas à coup de « salauds de parents qui sacrifient leur gamins à leur carrière » contre « salauds de profs qui n’en foutent pas une ».

 
tabonnemine
10H33 10/10/2007

Je ne crois pas que la contribution précédente « tapait sur les parents qui travaillent »: les parents-travailleurs ne peuvent effectivement pas être à l’école ou à la maison à 16h30, mais est-ce bien ou normal? Si nous pouvions sans risque de perdre nos emplois respecter les horaires (35 ou même 39h par semaine), nous pourrions éviter à nos enfants des journées énormes. Je suis officiellement payée pour 39h hebdomadaire (quelques jours de RTT pour compenser) mais comme beaucoup d’entre nous, j’en fais minimum 45-50, sans compter les soirées en déplacement. Pas par choix, je vous assure.

C’est pourquoi je suis d’accord: ce n’est pas à l’éducation nationale de « payer » pour le non-respect du droit du travail dans les autres secteurs, mais à nous de nous battre.

Double bénéfice: je suis tentée de penser que des « heures de parents » valent beaucoup pour la réussite et l’équilibre des enfants.