
Linguistique de ZEP : « Ah l'bâtard, elle m'a exclu ! »
Quelques jours seulement sans élèves, à corriger le brevet ou égrener les réunions pour préparer l'an prochain. En jetant des papiers, je relis le rapport d'une collègue qui avait exclu un de mes élèves qui l'avait » traitée de bâtard » et repense au cocasse petit cours de linguistique fait ensuite par l'élève pour se défendre et se justifier.
» Ben m'sieur, vous voyez, j'ai juste dit à Ferdinand : « Ah l'bâtard, t'as vu tous les devoirs pour demain », et elle s'est énervée, elle a dit que je l'avais traitée de « bâtard », mais « Ah l'bâtard », ça veut pas dire ça m'sieur, c'est une expression automatique, on le dit tout le temps, pour dire, je ne sais pas moi, « Aîe », « Mince ! “ ou ‘Oh la la'.
’ Vous voyez, par exemple, on dit souvent, ‘Ah l'bâtard, j'ai fait tomber ma trousse’, ou ‘Ah l'bâtard, vous avez vu Paris a gagné ! , même on pourrait dire Ah l'bâtard, elle a une faim de loup’, ça veut pas dire qu'elle c'est un bâtard, ni le loup, ça veut juste dire ‘Oh la la, elle a une faim de loup'.
’ Et puis c'est une femme, si j'avais voulu l'insulter, j'aurais dit ” Ah la bâtarde ! “.”
Evidemment, pour les utilisateurs de l'expression qui n'ont pas envie de rester toute l'heure en classe, c'est un ticket pour l'exclusion de cours, il suffit de dire tout fort : » Ah l'bâtard, j'ai oublié de souligner le titre en rouge » , pour qu'un professeur adepte des » Dehors ! » éjecte l'élève pour » Insulte au professeur » .
Facile ensuite pour l'exclu d'expliquer au CPE qu'il n'a pas insulté mais juste dit » Ah l'bâtard ! » et d'y aller de son petit cours de linguistique pour expliquer qu'il voulait simplement dire » Aïe » . Les mouvements et inventions de la langue affluent des cités. Parfois c'est une force reposant sur de méandreuses ambigüités, et ce soir, quel professeur n'aurait pas envie de s'écrier : » Ah l'bâtard, Darcos veut supprimer 10 000 postes ! »
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De
11H05 | 30/06/2007 |
Il m'est arrivé - en 3e - de m'exclamer tout haut, en entendant le titre du devoir qui nous attendait : « ah la vache, c'est pas simple ! »
Mon prof a souri, ne s'est pas senti agressé, n'a pas cru que je le traitais de vache.
Le « bâtard » a remplacé la « vache » et la parano des enseignants a grandi à un point… oh putain !
De Rhaouline
15H36 | 30/06/2007 |
Quand bien même il ne s'agit pas d'une insulte, je ne trouve pas normal d'utiliser ce genre d'expressions, surtout en classe. L'école doit nous apprendre à maîtriser notre langue. Comment voulez-vous comprendre le monde dans lequel vous vivez si vous ne parlez pas correctement ? De plus, je considère qu'un langage correct est un signe de respect pour notre interlocuteur.
à Rhaouline
De Klaus
16H47 | 30/06/2007 |
Je ne vous apprends pas qu'une langue possède plusieurs niveaux, c'est ce qui fait sa richesse. Passer de l'argot au mode d'expression le plus élaboré, c'est cela qui vous permet de comprendre le monde dans lequel nous vivons.
Je suis issu des milieux populaires, j'ai conservé les mots de la rue (où je me fais comprendre) et j'en suis fier, ce qui ne m'a pas empêché d'acquerir un peu de vocabulaire et de tournures propres à me faire comprendre dans les « salons » avec toute l'hypocrisie que cela suppose.
je peux traiter quelqu'un de con en le respectant énormément, et dire « ma chère » à une pétasse en me foutant royalement de sa gueule.
le respect c'est autre chose.
Montrer du respect à l'autre c'est commencer par parler sa langue surtout s'il n'a pas eu la chance d'apprendre davantage.
Et c'est quand même malheureux que ce soit à un homme de droite comme moi de rappeler ça !
De Rhaouline
17H29 | 30/06/2007 |
Votre réponse m'a obligée à relire ce que j'ai écris précédemment et à y réfléchir de nouveau (ce qui est l'intérêt de ce genre de discussion). En effet, il est très facile de mépriser quelqu'un tout en lui parlant « correctement » (pour citer un autre exemple que le votre, le tutoiement est réservé à nos amis alors que l'on vouvoie les inconnus ou les personnes avec qui on veut garder une certaine distance).
Je me suis donc mal exprimée en disant qu'un langage correct est un signe de respect.
Néanmoins, il ne faut pas dire que ce jeune homme « n'a pas eu la chance d'apprendre davantage ». Etant scolarisé, il a l'opportunité d'apprendre justement. Le jeune homme dont il est question ne fait donc pas preuve de respect envers sa prof en parlant un langage inapproprié en classe.
à Rhaouline
De Klaus
17H53 | 30/06/2007 |
Je vous concède que ce n'est pas très heureux : -)
mais bon… c'est un cri du coeur. Dans quelques années quand il sera expulsé d'un cours il sortira en récitant « mignonne allons voir si la rose… »
à Rhaouline
De noufnouf
16H33 | 01/07/2007 |
Je suis d'accord avec vous pour dire qu'il faut savoir adapter son language en fonction de la personne à laquelle on s'adresse. Mais dans ce cas précis, je ne pense pas que l'élève se voit dans un milieu social différent de celui qu'il va retrouver à la sortie de l'école. Cette phrase m'a l'air beaucoup plus destiné à lui même ou à ses collègues de classe. Il est fort probable que ce même élève, en face à face avec son professeur, adopte un language plus adéquat (ou du moins face des efforts).
Heureusement que chez nous, on ne renvoie pas un élève à chaque, O putain ! !
De
21H52 | 01/07/2007 |
Je saisis l'occasion pour remettre certaines pendules à l'heure, je m'explique : ce que je lis me donne envie de rappeler ce que je dis tous les ans à mes élèves dès le début de l'année. La politesse est une obligation pour chacun de nous, c'est ce qui permet le vie en société, entre autres. Par contre, le respect n'est pas un dû, ni une obligation, on respecte quelqu'un une fois qu'on a appris à le connaître et qu'il a mérité ce respect ; un peu comme la confiance, le respect se mérite. Ce n'est pas parce qu'on dit bonjour à quelqu'un qu'on le respecte, ça n'engage à rien, c'est juste une marque de politesse. Une fois que les élèves ont compris ça, tout va mieux, enfin un peu mieux.
De
12H27 | 22/08/2007 |
Une femme de gauche comme moi, qui, étant professeur de français, s'intéresse de près à la linguistique, aux différents niveaux de langage et à l'expression des sentiments d'êtres humains envers d'autres êtres humains, vous répond ceci :
lorsque je respecte énormément quelqu'un, je ne le traite jamais de con ; et même, si c'est possible sans mettre personne mal à l'aise, si j'en trouve l'occasion, je m'efforce de manifester mon respect - de façon littérale mais non servile - je ne dis pas que j'y arrive toujours, mais je m'y efforce.
Lorsque je n'apprécie pas quelqu'un, je ne lui dis pas « ma chère », ou « mon cher » ; je ne me réfugie pas derrière une ironie bien pensante, mais qui ne trompe personne. Je me contente de prendre un peu de large, et d'aller voir d'autres personnes qui me semblent plus intéressantes - et ces personnes ne manquent pas…
vous nous expliquer comment « montrer du respect » ; mais le respect n'est pas qu'affaire d'apparence ; et mon caractère littéral me pousse à vous répondre que de mon point de vue, le moyen le plus simple pour montrer du respect à l'autre… c'est encore de respecter l'autre.
Et quand je complimente mes élèves, qui n'ont pas eu la chance, ni même encore le temps, d'acquérir autant de vocabulaire que moi - ils me comprennent toujours…
à Rhaouline
De
10H33 | 02/07/2007 |
Langage correct et maîtrisé… Respect… Sens de l'Altérité… Convivialité… !
Toutes choses que l'on souhaiterait en effet, voir vivre et s'appliqer, dans le « rapport à l'autre » quelque soit la sphère considèrée… !
L'atmosphère ambiente étant au retour des grandes
« Valeurs » - travail - effort - mérite… Quid de l'exemple… ?
Lorsque l'on voit le spectacle, que lui donne la France du « Tout en haut »…
Sarkozy : « RACAILLES »
Devedjian : « SALOPE »
Télé-réalité poubelle, s'attaquant aux fondements même du « vivre ensemble »
Comment la France du « Tout en bas », parviendrait-elle et serait-elle incitée, à mettre en pratique ces beaux idéaux… ?
N'est-il pas vain d'espérer l'avénément de
« générations spontanées », d'êtres respectueux, civilisés… ?
à Rhaouline
De
13H36 | 18/07/2007 |
dans certaines régions de Frances, ce genre d'idiome et d'expression illustrent et reflètent la culture locale, et même parfois la richesse linguistique d'une région….la notion de morale, et/ou de « français correct » est une notion subjective relative à une certaine forme de culture française….celle qui justement a du mal à intégrer une autre notion, celle de la diversité culturelle, ou de la multiculturalité….on peut continuer de réprimer des enfants et des jeunes, parce qu'ils parlent leur langage de la rue au collège, et continuer d'ignorer voire de rester passif, devant le phénomène de paupérisation culturelle dont souffrent aujourd'hui la grande majorité des habitants pauvres et disqualifiés de nos cités.
De
11H16 | 30/06/2007 |
Une question, « comme une autre », me vient : qui pourrait être le plus grand des « bâtards » de France ? ! ? …
De harpo59130
11H42 | 30/06/2007 |
Moi je comprenais qu'il disait « sale bâtard ».
Autant pour moi.
Alors je dirais désormais : « ah le bâtard, Darcos va supprimer 10 000 postes ! »
à harpo59130
De
12H51 | 30/06/2007 |
Ah, l'bâtard, au temps pour vous ; -)
à harpo59130
De philippe19
c'est long 5 ans! | 09H09 | 01/07/2007 |
Amusant cette linguistique « sociale ».
vous écrivez : « Autant pour moi ». Or, cette expression devrait s'écrire « Au temps pour moi ». Lors des défilés ( surtout militaires) avec musique, la personne qui perdait le rythme, demandait à ce qu'on lui redonne le temps musical et criait « Au temps pour moi ! »
à philippe19
De
12H42 | 01/07/2007 |
ah le batârd, t'as raison !
« Au temps pour moi » serait plus approprié !
à philippe19
De
02H20 | 02/07/2007 |
« Au temps pour moi » : apparemment la légende a la vie tenace… En fait, cet « au temps » ne veut rien dire, perversion orthographique à la mode depuis quelques années, c'est tout, mais je l'admets : elle est passée dans les moeurs et les deux formulations sont désormais admises. Je vous recommande néanmoins à ce sujet « Au plaisir des mots » de Claude Duneton (qui n'est pas forcément ma tasse de thé, sauf en ce cas).
à philippe19
De
09H59 | 02/07/2007 |
Bonjour à vous, ô homme de lettres. Je suis ravie d'apprendre d'où vient cette expression.D'autant plus, que je ne comprennais pas ce que pouvait vouloir dire « autant pour moi ». Au temps pour moi, je vais pouvoir me la péter.
De harpo59130
11H02 | 02/07/2007 |
Moi j'ai entendu « Au temps pour moi » pour la première fois à l'armée.
Pour croire que beaucoup de militaires veulent se la péter !
De Eric citoyen
"Casse ta tv" c'est ta seule chance... | 12H35 | 30/06/2007 |
Bonjour à toutes et tous,
Excellent !
Existe t il , un dico d'l'batard ?
Si oui, j'le veux.
Ah , l'époque, chez nous on disait, « Ah, l'En…r, ! »
C'était notre forme de langage, comme quoi…
Bises à toutes et tous.
Eric Bloggeur Mulhousien
PS : « CASSE TA TV“C'est ta seule Chance !
http://monmulhouse.canalblog.com/
De
12H50 | 30/06/2007 |
Linguistique de l'UMP : selon la racaille dirigeante du parti sarkoziste, « salope » serait une expression affectueuse.
De Couard identifié
14H28 | 30/06/2007 |
Ah l'bâtard, comment il l'a joué trop bon ! La tchatche de c'te caillera, ça c'est de la balle !
De
15H12 | 30/06/2007 |
Ah l'bâtard !
Ben, pour l'explication de texte ça vaut bien un 18 en français !
Par chez nous, on dit souvent « Oh, fils de pute ! ».
Ce qui est souvent admiratif et ne signifit certe pas que sa mère (mais de qui ? ) fait le tapin rue Thubaneau ou ailleurs…
Pierre.
De
09H08 | 24/09/2007 |
C'est marrant chez nous c'est plus « sa mère ». Genre « sa mère y'a l'bus ! ». Ben la mère de qui, justement ?
De
18H50 | 30/06/2007 |
Ah les sercopithèques !
Comme ils déconnent graves sur Rue 89 §
De
20H02 | 30/06/2007 |
Je crois que sur le rapport il manque un mot :
ah l batard……..t as vu.
ce sont les nouveaux codes d expression et c est avec ce genre dincomprehension que naissent les conflits,je suis persuade que ce garcon est sincere et je suis aussi certain que cette ´prof pense qu elle s est faite insultee.Alors lequel des deux faut il eduquer ?
De
20H34 | 30/06/2007 |
Bâtard, bouffon, nique ta mère, ou NIKE…
Nique les keufs, nique les meufs, face de craie, etc.
Cela dure depuis vingt ans et le reste…
La sous culture omniprésente est même financée par
certaines municipalités.
Ajoutez radios, télévisions…
» Les capitalistes sont tellement bêtes qu'ils nous
vendront la corde avec laquelle on les pendra. «
Lénine.
De daniel machet
prof | 21H10 | 30/06/2007 |
c'est très intéressant, cette situation, avec le décalage entre le prof et l'élève qui ne donnent pas du tout la même connotation à un même mot. On est en plein dans les objectifs de l'enseignement du français au collège : l'objectif n°1 fixé par le ministère, c'est la maîtrise des discours (décomposée en trois volets : la lecture, l'écriture, l'oral). Pour l'oral, ça veut dire, entre autres, savoir adapter son niveau de langue, et notamment son vocabulaire, au public auquel on s'adresse. Et cet objectif, ce n'est pas du tout de l'hypocrisie, la maîtrise du langage permet de s'adapter à l'autre, mieux se faire comprendre de lui (la preuve : le prof ne comprend pas du tout le terme « bâtard » comme son élève et se trompe sur les intentions de celui-ci - même s'il y a peut-être quand même une petite ambiguité qui reste…). Ce travail n'est pas dû non plus à une « sous-culture », on a tous un langage que l'on emploie en famille, avec nos amis, très différent de celui que l'on emploie au travail ou dans des situations « officielles », quelle que soit notre culture ou notre origine sociale.
Donc, ici, on touche complètement à ce qu'un élève doit apprendre au collège. C'est ce qui le formera ensuite comme citoyen conscient des nécessités du langage et de son bon usage (du moins à l'oral), et lui permettra d'être autonome au sein de la société dans laquelle il vit. Alors ça ne sert à rien de s'insurger sur la vulgarité des enfants (ah ! aujourd'hui, on sait plus parler, de mon temps c'était mieux), ni de dénoncer une « sous-culture » (tout ça, c'est la faute à la Star Ac'et à leurs conneries à la télé ! ), il faut juste comprendre que l'élève est dans un processus d'apprentissage qu'il faut impulser et accompagner. Et cet apprentissage, on ne cesse de le continuer et le perfectionner (n'est-ce pas Mr Devedjian ? ).
à daniel machet
De
21H41 | 30/06/2007 |
Il me semble que vous minimisez légèrement l'effort que doit entreprendre l'enseignant pour « filtrer » les termes de la population à laquelle il s'adresse. Sans encourager l'emploi de ce langage il doit être à même de décoder donc d'apprendre, lui aussi.
à daniel machet
De JM29
11H09 | 01/07/2007 |
Très bonne analyse (je vous souhaite de devenir prof). A propos : des collègues ont-ils fait lire le livre de Bégaudeau Entre les murs (ou des extraits) pour réfléchir avec les jeunes concernés sur ce fonctionnement de la langue (multiplicité des niveaux de langue, créativité, importance de la situation d'énonciation, etc) ?
à daniel machet
De
20H35 | 01/07/2007 |
Arrêtons de nous prendre le chou quant aux supposés registres de langue. Notre Président de la République dit, dans une interview officielle : « Les Français triment ». Donc, les élèves peuvent interjecter à qui mieux mieux : le respect du code vient d'en haut…