Ingrid (I): comment ça marche si on n'a aucune autorité a priori?

C’est ma quatorzième rentrée, ma septième dans ce collège ZEP. Et ce matin, les mêmes tracasseries d’emploi du temps, les mêmes préoccupations de pré-rentrée concernant les absences et retards et, pointant son nez peu à peu dans la matinée jusqu’au retour à l’instant à la maison, le même plaisir de retrouver quelques collègues et de revoir des élèves dans quelques jours.

Pour l’instant, quatre listes de 25 noms entre les mains, une centaine d’inconnus qu’on va côtoyer pendant un an, essayer de motiver, faire rire et mettre au travail, qu’on va essayer de ne pas ennuyer en déployant toutes nos forces pour donner cette confiance en soi que la plupart n’ont pas par ici et qui leur permettra de s’exprimer et de penser, de s’en sortir.

Tour de table avec des noms à retenir  : les nouveaux collègues,  » néo-titulaires » (c’est ainsi qu’on appelle les nouveaux dont c’est la première année dans l’Education nationale) ou non, scrutent, hésitent à poser une question, mais ça va trop vite. A midi, une nouvelle qui s’appelle Ingrid (une  » néotite » comme on dit) s’avance vers moi et me pose des questions un peu angoissées sur les élèves, puis elle me regarde et de but en blanc  :

-Comment ça marche, si on n’a aucune autorité a priori  ?

-C’est difficile à dire, euh… Puis j’improvise  : éviter de se planquer… être sincère. Ne t’en fais pas, l’autorité n’existe pas en fait. C’est le respect d’un travail, qu’on appelle l’autorité. Les élèves savent qui travaille réellement pour eux et avec eux et en général ils respectent cela. Les salles de classe de banlieue sont des endroits où l’on ne peut pas tricher. La moindre faille inavouée crève l’écran et elle est auscultée par les élèves, les mains en avant pour tenter de l’ouvrir plus, alors autant s’expliquer, dire, définir dès le départ les choses avec eux. Le travail va plus vite ensuite. Il est mieux accepté. Rien ne sera jamais plat ou lisse ou gagné d’avance, mais tout aura plus de sens et…

-Tu pourras me dire comment on s’y prend concrètement demain  ?


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Zacharia Dosseur | Enseignant en ZEP
17H40 04/09/2007

Pour répondre au courageux anonyme de 11h29 et à ceux qui s’attaquent aux profs « plaintifs », j’avoue que je ne comprends pas bien où l’on se plaint dans ce premier épisode du portrait d’Ingrid, qui pose la question (très actuelle) de l’autorité et souligne le plaisir de faire ce métier.Point de narcissisme, point de complainte.Le but de ce blog n’est pas de se plaindre mais de tenter de montrer au plus près les acteurs du collège ZEP, élèves, professeurs, CPE, COP, ATOSS… dans leur quotidien souvent fort méconnu. 

 
Claude PELLETIER | Retraité dans son jardin
14H09 07/09/2007

Effectivement, il n’y avait de « plainte », simplement le comportement raisonnable d’un petit nouveau cherchant des conseils auprès d’un ancien. Les toutes premières réactions sont même incompréhensibles.

Je fais partie des anciens et je le regrette car j’aimais beaucoup mon métier.

Depuis que je suis à la retraite, il m’arrive d’être réveillé par un cauchemar scolaire récurrent. Je me trouve dans une classe. Je ne sais pas si on peut dire que « je fais la classe » mais je me sens complètement débordé, cela dérape, les enfants sont déguisés en chenapans, j’en arrive même à devoir retrouver des élèves qui ont disparu, cela devient tellement dur que je me réveille !

 
Alain Colbert
18H33 20/09/2007

« Courageux anonyme », l’expression convient bien ici, vous n’êtes pas et n’avez été enseignant !
vous vous faites passer pour tel afin de rendre plus crédible votre poujadisme primaire (« Il n’y a que dans le privé qu’on travaille ») C’est étonnant que vous n’ayez pas parlé de la longueur des vacances …

 
Zineb Dryef | Rue89
14H50 04/09/2007

Bonjour,

Où lisez-vous des pleurnicheries dans ce texte?

Zacharia Dosseur, prof en Zep, raconte le collège depuis la salle des profs, la salle de cours etc. depuis le mois de mai. Il le fait très bien. Sans jamais tomber dans un discours misérabiliste ou chialeur justement. Vous pouvez relire ses précédents posts pour vous en convaincre.

Par ailleurs, je remarque que de nombreux internautes tombent à bras raccourcis sur les enseignants-blogueurs, les accusants de tenir des discours « pleurnicheurs » là où, souvent, ils ne font que raconter l’école.

 
Zineb Dryef | Rue89
15H58 04/09/2007

Relisez ses précédents posts. Ils sont plein du bonheur de transmettre, justement.

 
deecurl
14H55 04/09/2007

bien sûr être prof n’est pas le pire métier du monde…et donc au motif qu’il y a bien pire, il faut se taire?

je préfère les écouter, comme ça quand j’aurai à me plaindre de ma situation, pas la pire du monde non plus, quelqu’un m’écoutera, peut-être :)

non sans rire, j’ai trouvé ce billet très intéressant. parce qu’on a beau dire, on peut être très pédagogue motivé et tout, il faut parfois savoir tenir une classe, tout le monde doit bien avoir en tête le souvenir de profs débordés qui avaient du mal à se faire entendre…

ils éduquent nos enfants quand même! alors ça mérite qu’on prête attention à leurs doutes et leurs attentes.

ensuite c’est très universel l’angoisse d’ingrid: premier job, responsabilités, volonté de bien faire…on s’y reconnaît tous!

 
martha | Enseignante à la Réunion
16H36 04/09/2007

Oui, concrètement, on fait comment?
Si l’autorité n’existe pas , on fait semblant d’en avoir quand même. Avec un peu de chance, l’élève y croira aussi; il acceptera de se ranger, de se taire,de jeter son chewing-gum et de ramasser son MP3, de prendre son stylo et une feuille. On n’aura pas besoin d’élever la voix, d’ironiser, de menacer d’une sanction, de punir; d’isoler du reste du groupe, de mettre un mot ou de téléphoner aux parents, de faire de rapport au principal. De plus les élèves sentiront qu’on est là pour eux, pour les aider à progresser, et ils nous en seront reconnaissants.

 
Claude PELLETIER | Retraité dans son jardin
15H15 07/09/2007

Pitié pour Ségolène !
Ce n’est pas de sa faute si les militants du PS ont fait l’erreur d’écouter les sondages ( Il y aurait un livre à écrire sur la Grande Malédiction des Sondages & le PS).

Elle ne parlait de l’armée qu’en cas de « recours »
et non pas comme un « mode ordinaire ». En plus, elle n’était pas si claire que cela.

Ceci dit sur l’enseignement, elle a avancé des choses étonnantes. Elle m’avait donné l’impression d’avoir vécu sur une autre planète quand elle s’est mise à parler des 35 heures pour les enseignants
en sous-entendant qu’ils en faisaient moins.
Pour ma part, j’en ai toujours fait beaucoup plus car « on n’a pas d’heures » quand on fait ce métier. Il y a toujours quelque chose de mieux à préparer pour ses élèves. Métier passionnant et « chronophage » ! Enfin, les autres, je ne sais pas ; je m’avance peut-être trop …

 
Claude PELLETIER | Retraité dans son jardin
14H59 07/09/2007

Allongez-vous sur un divan !

Parlez-nous de votre maman……