Education : 11 000 postes en moins ! ZEP-peur !
A quoi ressemblera l'école de demain ? A une école sans temps pour apprendre, avec moins d'heures, sans aide, sans le temps de penser, avec moins de professeurs, sans enfance…
Après la grève de mardi, je corrige des copies de sixième, un exercice d'écriture sur l'impératif, « Racontez votre journée en n'exprimant que des ordres et des défenses à l'impératif ». Voici celle de Yanis :
« Lève-toi, fourre ta barre dans ta poche, cours ! Cours, tu vas louper ton car ! Montre ton carnet. Va te ranger. Attends ton prof ! Ecoute, ça va sonner. Montez. Entrez. Asseyez-vous. Sortez vos carnets. Sortez une feuille. Taisez-vous ! Ne parlez pas ! Comprenez vite ! Dépêchez-vous de comprendre ! Ne posez pas de question, nous n'avons plus le temps. Sortez. Les carnets ! Sortez ! Ne traînez pas dans le hall ! Courez jusqu'au car ! Rentrez chez vous ! Tais-toi ! Travaille ! Prends ta douche ! Dîne ! Va te coucher ! Dors ! “
Son texte ne correspond-il pas à l'école de demain ? Une école sans temps pour apprendre, avec moins d'heures, sans aide, sans le temps de penser, avec moins de professeurs, sans enfance…
Plus de collèges privés en banlieue, priorité de l'UMP
Pendant la correction, la radio était allumée. Un auditeur judicieux faisait remarquer que quand un service de maternité ferme, une clinique privée ouvre. Manière discrète de privatiser les services médicaux en France. C'est la même chose au collège. D'ailleurs les candidats UMP l'ont révélé pendant les municipales, faisant de l'implantation d'établissements scolaires privés en banlieue l'une de leurs priorités sur leurs programmes. Le discours dénonce leur logique : l'école est mauvaise ici (forcément, ils la détruisent à coups d'heures en moins et de suppressions de postes), soyons libres de choisir une autre école pour nos enfants.
Dans la classe de Yanis (45% de réussite à l'entrée en sixième), plusieurs élèves sont illettrés et deviennent violents, personne ne peut plus réellement les aider. Toute aide reconnue dans les services des professeurs a été supprimée. Peu dans ce système pour se reprendre. Nous avons besoin de professeurs et d'heures… Qu'est-ce que ce sera l'an prochain avec trente heures de moins ? Que sera l'école publique dans trois ans ? L'Etat sourd à sa mission de service public
Nous faisons grève, nous votons contre la dotation horaire attribuée aux établissements scolaires par l'état, retirant dès la rentrée 11 000 adultes devant ces enfants et faisant passer des heures de maths ou de français en heures sup, facultatives.
Le combat continue, mais pour le moment l'État n'entend rien, sourd à sa propre mission de garant des services publics.
Darcos sait-il, lui, si ses électeurs ont voté pour qu'il détruise plus vite l'école ou contre la politique actuelle qu'il représente ? Quand les professeurs, les personnels de l'éducation nationale, les parents d'élèves et les élèves informés ont vu qu'il avait perdu, eux, ils savaient pourquoi.
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De quetzal2012
enseignant précaire | 12H56 | 20/03/2008 |
La précarité à l'école ! ! !
Quelques précisions supplémentaires sur l'école qui se profile à l'horizon. Par la loi Pécresse, LRU, les IUFM, qui forment (ce n'est pas tout à fait le cas, j'admets qu'il y aurait beaucoup à redire sur cette « formation », mais c'est un autre sujet) les profs une fois obtention du concours, vont être rattachés aux universités désormais autonomes (avec financement privé : qui va financer les facs de Sciences humaines ? Ça ne sert à rien, si ce n'est développer un esprit critique ! ). Donc, c'est la fin des concours nationaux. Un simple master professionnel suffira pour être prof et, ensuite, les chefs d'établissement décideront qui ils embaucheront. Le concours national, certes, ne garantit pas le fait d'être un bon pédagogue, mais, au moins, il valide des connaissances. Avec la LRU, le prof ne sera plus qu'un gentil éducateur, un gentil animateur de garderies et non plus l'un des piliers de la transmission du Savoir (quel gros mot ! ). Mais ce sera suffisant pour former des individus aptes au travail et dépourvus d'esprit critique.
D'un autre côté se met en place le Socle commun de connaissances. Il s'agit de revoir les programmes à la baisse, au strict minimum. Ce socle est déjà en place dans les écoles primaires. Dans un collège d'une amie, qui accueille quatre écoles primaires, les enseignants, au bout d'un mois, sont capables de repérer quels sont les élèves qui viennent de la seule école qui applique à la lettre ce socle : ils sont totalement à la ramasse par rapport aux autres.
De plus, pour compléter ce socle commun, chaque établissement va être amené à décider ce qu'il va rajouter comme enseignements, cela sera voter au conseil d'administration. Or, jusqu'à présent, cette instance, dans laquelle siègent des parents et des élèves, ne prenait que des décisions administratives. Désormais, elle aura un regard décisionnel dans le contenu pédagogique. Prenons un exemple de ce que cela peut donner (c'est déjà le cas aux États Unis). Imaginons que dans un collège, il existe un groupe important de parents défendant la thèse du créationisme : ils pourront imposer cette vision de la création du monde et refuser qu'on parle du Big Bang. Au final, on le voit bien : finis les programmes nationaux, finis les diplômes nationaux et une école à 36 000 vitesses.
Vous voyez donc que, quand les profs font grève, ce n'est pas uniquement parce qu'ils ne pensent qu'à leur petite personne, c'est surtout pour défendre une certaine idée de l'école républicaine et égalitaire. Or, celle-ci est en danger, peu à peu s'emboîtent les pièces d'un puzzle qui ressemble fortement aux systèmes anglais et américains. Le rapport Pochard qui a été remis il y a quelque temps à notre cher président va dans ce sens. Nous sommes à un moment clef : il est encore possible d'empêcher cette démolition mais ce serait bien, que pour une fois, parents, futurs parents, grands-parents se sentent concernés par les mouvements de colère des profs.
Derrière ce noir tableau se cachent l'Europe et son obligation de concurrence libre et non faussée.
http://alternativealaconstipationdelapensee.blogspot.com
De rackamlerouge
13H09 | 20/03/2008 |
La destruction de l'école publique a été explicitement mais discrètement demandée il y a quelques années déjà par l'UE.
Je travaille dans l'école de demain : un lycée français entièrement financé par les frais de scolarité payés par les parents, au Maroc, pays dont le système scolaire public est épouvantable.
Résultat : bonnes conditions de travail pour les élèves et les profs MAIS discrimination sociale terrible, impossibilité d'avoir une représentation sociale efficace, contrats courts dont le renouvellement n'est pas automatique et surtout élèves stressés, assommés par le travail (37H de cours plus cours particuliers) et la pression (tu feras polytechnique mon fils, sinon tu seras un raté) et à qui nous donnons une vision du monde complètement déformée.
Elitisme social et abdication de la pensée au programme.