Droits télé du foot: un nouveau match et de nouveaux joueurs

Un pizzaiolo niçois pendant France-Togo, en 2006 (Eric Gaillard/Reuters).

Après des années de vaches grasses, la Ligue professionnelle de football (LFP) entame en novembre un nouveau marathon pour le renouvellement des droits de retransmission télévisée des matches du championnat de France, à compter de l'été 2008.

Lors de la précédente négociation, le suspense avait tourné court, Canal+ avait acceptant de casser sa tirelire pour offrir à ses abonnés toujours plus de foot. La chaîne à péage avait déboursé 600 millions d'euros par an pour une période de trois années, soit la bagatelle de 1,8 milliard d'euros.

Pour ce prix, Canal avait récupéré l'exclusivité des retransmissions et avait mis TF1, son principal concurrent en matière de ballon rond, sur la touche. Une bonne opération pour la chaîne de Vivendi et pour son bouquet satellite CanalSat. Depuis, Canal+ a racheté le concurrent de ce dernier, TPS, et les deux offres ont fusionné.

L'ennui pour le tout puissant patron de la LFP, Frédéric Thiriez, est que le football du samedi soir ne passionne plus autant les spectateurs, rivés devant leur télévision, zapette en main, cliquant frénétiquement pour passer d'un match à l'autre pendant le multiplex.

Rodolphe Belmer, le directeur général de Canal+, reconnaissait dans une interview au Monde fin octobre que l'audience du football avait diminué d'un tiers sur sa chaîne. Il faut admettre que des rencontres du genre Caen-Metz ou Nice-Auxerre (sans aucun mépris pour ces clubs) ne sont pas de nature à pour faire souffler un vent nouveau sur la Ligue 1.

Bien sûr, il y aura toujours quelques amateurs prompts à se réjouir des malheurs du PSG ou de ceux de l'OM, et à regarder les Parisiens se faire humilier une nouvelle fois au Parc des Princes. Mais là, comme ailleurs, les blagues les plus courtes restant les meilleures, l'ennui est perceptible.

La Ligue 1 souffre de la domination étouffante de l'Olympique lyonnais

Autre explication de la lassitude : la domination lyonnaise sur la Ligue 1 devient étouffante. La saison n'en est même pas à mi-parcours que l'OL est déjà sur les rails d'un septième titre consécutif, record absolu en Europe : aucun autre pays majeur de la planète foot n'a jamais connu semblable hégémonie. La situation, répétitive à l'extrême, a de quoi décourager même les plus férus des buveurs de bière.

Dans ce contexte, l'intervention du président lyonnais a de quoi surprendre. Homme d'affaires averti, Jean-Michel Aulas a récemment déclaré :

On veut 900 millions d'euros par an. Le minimum, c'est 750 millions d'euros. Comment voulez-vous que Lyon, qui reçoit 45 millions, puisse lutter à armes égales en Ligue des champions avec Barcelone qui reçoit 150 millions, ou Manchester United qui reçoit 110 millions ?

Expliquer les déboires actuels de son club en Ligue des champions par la faiblesse des droits télé est difficilement acceptable d'un point de vue intellectuel, mais comme avant tout match serré, il est de bonne guerre de faire monter la pression. Canal+, anticipant des négociations délicates, a déjà fait savoir qu'elle n'est plus intéressée par la totalité des lots .

Mais les droits télé représentent la moitié des revenus du football français. D'où l'inquiétude de la LFP, qui perd un levier essentiel : la dépendance de Canal + au football.

Les fournisseurs d'accès à Internet ne sont pas prêts à entrer dans la danse

La Ligue doit donc trouver des solutions ailleurs. L'une d'elle, qui traîne dans les cartons depuis plusieurs années, est d'impliquer les opérateurs des télécoms, dont les ressources financières sont sans commune mesure avec celles des chaînes.

La LFP regarde d'un très bon oeil la décision de France Télévisions de lancer une chaîne, sous la marque Orange. Mais, comme le rappelle la lettre confidentielle EuroTMT, spécialisée dans les télécoms :

Nouveaux venus dans l'audiovisuel, les acteurs des télécoms ont besoin de temps pour s'imposer. SI tous les Français ou presque ont un téléviseur, la part de marché de l'Internet est bien moindre.

Le pays compte un peu plus de 14 millions d'abonnés au haut débit. Certains problèmes techniques demeurent. Il faut donc du temps pour convaincre les abonnés de payer un supplément pour le football.

Tentant de donner un coup de pouce à la Ligue et de favoriser l'arrivée des fournisseurs d'accès à internet, le gouvernement serait décidé à décréter un allongement de trois à quatre ans de la durée des droits mis en jeu. Et ce, malgré l'avis défavorable rendu le 25 juillet dernier par le Conseil de la concurrence. Le Conseil expliquait :

Une durée de trois ans est suffisante, dans la mesure où elle ne ferme pas le marché de manière trop longue tout en laissant à l'acheteur suffisamment de temps pour amortir son investissement. »

Pour le malheur de la LFP, Orange a déjà fait savoir qu'elle préférait passer son tour. La Ligue pourrait tenter de se tourner vers Free, mais ce dernier est lancé dans de grandes opérations d'investissement sur son réseau de fibre optique. Reste Neuf Cegetel, qui pourrait se porter candidat à quelques lots.

M6 pourrait profiter de la fin du monopole de Canal+

Après trois années de monopole de Canal+, l'heure est bien à un retour au partage, et une possible entrée dans le jeu de M6, qui a fait des débuts prometteurs sur les terrains à l'occasion de la Coupe du monde en Allemagne en 2006. La négociation des droits télé est un premier rendez-vous important pour Nicolas de Tavernost, le patron de l'ex- petite chaîne qui monte . Si M6 veut jouer dans la cour des grands, elle doit postuler à certains lots phares.

Le problème est que la chaîne est beaucoup plus petite que sa rivale TF1. Elle pèse seulement » 2,7 milliards d'euros en bourse, contre 4,3 milliards pour la Une. Cela réduit clairement ses moyens d'investir, d'autant plus que le marché publicitaire qui reste déprimé.

Pour le moment, TF1 semble se contenter des retransmissions consacrées à l'équipe de France et des grandes compétitions européennes. Les faits lui donnent raison : France 2 a ainsi obtenu la diffusion des images du championnat dans une émission dominicale, mais la chaîne publique ne parvient pas à doper l'audience de France 2 Foot .

Le dinosaure Téléfoot continue de maintenir ses scores, profitant d'un effet de chaîne » , selon un professionnel. TF1 peut aussi s'enorgueillir du succès des audiences lors de la Coupe du monde de rugby, qui lui offre une nouvelle piste à explorer.


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Laurent W
11H25 04/11/2007

Que de mépris pour cette populace qui s’intéresse au football, et même, qui sait, regarde peut-être la télévision. Ce sont d’ailleurs surement les mêmes qui ont voté FN et sont aujourd’hui sarkozystes…

Que ces articles n’intéressent pas un certain nombre de lecteurs, je le comprends. Mais est-il besoin d’afficher cet emportement fort select, qui passerait facilement pour un souci de distinction ?

 
Laurent W
12H08 05/11/2007

Non mais j’imagine qu’il faisait de l’humour, de l’ironie, comme dans mon message ci-dessus ; le problème de l’ironie, c’est que ça doit être manié avec prudence, sinon on est embarquées dans des trucs…

 
Adibou
16H33 04/11/2007

juste pour préciser, le Parc des Princes fait 48000 places et le Vélodrome 60000. Et pas 70 et 80000.

Bref, à part ça, Canal a raison de pas vouloir mettre autant. La faute est sur les clubs.

La logique dans laquelle nous nous trouvons est la suivante:

1) les clubs jouent pour ne pas perdre
2) il preferent ne pas encaisser de buts plutot qu en marquer plein.
3) donc le public se fait chier
4) donc les audiences baissent
5) donc Canal donnera moins.

Quand les clubs arrêteront d etre frileux, ils auront de l argent. Point. Ajoutez a cela, le pauvre niveau technique de notre championnat (Savidan (!), Valenciennes (!) et Pauleta, PSG, meilleurs buteurs du dernier championnat avec à peine 15 buts sur 38 matchs…) et vous aurez fait le tour de l’ennui.

Perso, je prefere largement regarder un match de Premier League, de Liga ou meme de Bundesliga, championnat dans lesquels il y a des buts à foison.

 
ZAD
11H51 05/11/2007

Bonjour,

Bien d’accord avec vous Adibou.
Les clubs n’ont pas encore compris que pour gagner il fallait juste mettre un but de plus que l’adversaire, et pas seulement ne pas en prendre. Donc à 11-10 on gagne quand même et en plus ce serait un match spectaculaire…

La ligue 1 va a sa perte si elle ne change pas sa vision du football, car en plus d’être un sport c’est aussi un spectacle et s’il est mauvais et bien les gens ne vont plus regarder tout simplement (c’est déjà mon cas…marre des 0-0 à répétition).
C’est vrai aussi que ce n’est pas qu’une question de budget (Lyon qui dit ne pas avoir assez d’argent pour gagner la coupe d’Europe, je rigole doucement, combien gagne Juninho déjà???…), mais surtout de volonté et d’une certaine vision du football. Je préfère regarder la ligue écossaise plutôt que la française…c’est grave quand même. Pourtant les clubs écossais sont loin des budgets français mais au moins ils ont compris que c’était aussi un spectacle et il faut en donner à son public pour qu’ils reviennent. Las-bas les stades sont toujours plein, pourquoi pas chez nous?

 
Michel13
19H23 03/11/2007

Le monopole des droits attribués à canal+ a pourri l’éthique du foot-ball français, en effet c’est la chaîne criptée qui dicte sa loi et organise les soirées de championnat comme bon lui semble au grand mépris des clubs et des supporters (pour les déplacement ils sont avertis peu de temps à l’avance). Par exemple comment accepter que l’OM, club très critiqué mais très apprécié par les caisses de la fédération entre autre, ait dû jouer la grande majorité de ses matchs en décalé et surtout souvent en fin d’aprés midi en ces mois de chaleur.

 
Domkishoot | Utopiste médiatique
20H56 03/11/2007

Je n’ai pas l’habitude de sombrer dans la vulgarité, mais malheureusement le foot est très incitatif ! Ce sport est pratiqué par des imbéciles incultes, dirigé par des abrutis prétentieux, regardé par des spectateurs crétins et haineux, visionné par des téléspectateurs lobotomisés et ahuris. Les sommes d’argent qui circulent dans ce milieu sont abjectes, Les déficits des grands clubs sont abyssaux (dernièrement une ministre anglaise en a dénoncé les montants). Le dopage est évident et les contrôles scrupuleusement évités. Que dire devant ces joueurs qui s’insultent, se crachent dessus, simulent, trichent. Que dire devant ces journalistes sportifs, sauf qu’ils commettent une double usurpation… Celles de n’être ni journalistes ni sportifs. Le foot n’est plus un sport, c’est un jeu comme ceux qui étaient pratiqués dans les arènes ! J’espère que Canal Plus ne commettra pas une deuxième erreur en dépensant 600 millions € par an pour ça ! Il est bon de rappeler que tous les experts s’accordent à dire que C+ s’était trompé d’environ 150 millions € par an. A mon avis, Belmer et Bompard proposeront 450 millions € et c’est déjà trop.

 
Laurent W
11H29 04/11/2007

le foot, le rap, les beurs… dérapage… incontrôlé ? Non mais où va la France, je vous le demande ?

Stop au mépris social !!

 
ericj
00H00 04/11/2007

OK, ce n’est que du football et nous ne sommes que des internautes… mais vous pourriez vous relire !

 
Domkishoot | Utopiste médiatique
10H50 04/11/2007

J’ai quelques doutes quant à l’efficacité, dans le cas ci-dessus, d’une relecture ☺

 
LOULOU33
17H25 04/11/2007

Le foot français est dans un vieil état et il ne faut pas se voiler le face: un club, Lyon, sans concurrence depuis la saison 2002-2003, des journées de championnat à 15 buts, peu de rencontres passionnantes ( sur 380 matchs de L1 il y a pourtant la place, trop d’équipes qui jouent pour ne pas perdre, pas de grands joueurs de clubs européens dans notre championnat,…
En 2003-2004, quand Canal avait acheté les droits pour 600 millions par an (soit prés de 2 milliards de Francs la saison) tout le monde avait crié que Canal était fou…et ils l’ont bien compris: ils ont acheté un produit qui vaut les 2/3 de ce prix là. La redistribution sur tout les clubs pros n’a pas permis à notre championnat de prendre une nouvelle envergure; au contraire il a meme régréssé. Meme les poids lourds historiques que sont PSG et OM se battent en duel dans les tréfonds de la L1.
Thiriez réclame 750 millions par an, il fait son boulot comme il peut mais qui irait déboursé 50000 euros pour acheter…une Twingo?Et pourquoi pas vendre du sable au Sahara? Et puis vu que pour l’instant il n’y a pas concurrence c’est pas près de faire grimper les prix, même artificiellement!
En plus de ça nos clubs ne brillent guère sur la scène europénne et des clubs de seconde zone d’Espagne, de Suisse, du Portugal empechent nos dirigeants de bien dormir…
OUI, la ligue 1 est dans un cul de sac et persevere dans la même direction…