24/03/2010 à 11h39

Il faut sauver le soldat Zemmour



Capture d'écran d'Eric Zemmour sur le plateau d« On est pas couché

Je regarde peu la télévision, mais j'ai fini par devenir un spectateur régulier d'On n'est pas couché sur France 2. Plus que Ruquier, ses calembours à deux balles et son vrai sens de la répartie, c'est la présence des “deux Eric”, Naulleau et Zemmour, qui m'incite réellement à allumer la télé le samedi soir.

Car franchement, où est-on encore susceptible, dans ce PAF totalement aseptisé, d'entendre un critique éreinter un livre, un film ou une pièce ? Et si j'écris “encore”, je pourrais tout aussi bien demander “quand” on y a jamais éreinté qui que ce soit pour quoi que ce soit.

Instruments de promotion plus que d'information, les chaînes publiques ou privées font, par nature, dans le consensus fade. Et ce n'est pas parce que deux ou trois empoignades mémorables chez Polac sont rediffusées en boucle lors des soirées d'hommage à “l'impertinence télévisuelle” que les choses ont un jour été différentes.

Des gusses inutilement méchants

Avec les porte-flingue de Ruquier, c'est une autre paire de manches. Tiens, je me souviens encore du passage à tabac de cette ex-journaliste de Canal+ dont j'ai oublié le nom ― vous savez bien, cette nana aux cheveux prématurément gris renvoyée à ses chères études à la suite d'un reportage bidonné sur les kalachnikovs qui circuleraient dans les “ quartiers ”… Atomisée pour un roman à l'eau de rose dont on comprenait qu'il était essentiellement alimentaire, la pauvre n'en menait pas large.

La question est d'ailleurs de savoir si elle méritait d'en prendre à ce point plein la figure. Car les deux gusses ne sont pas simplement honnêtes, ils sont aussi inutilement méchants, limite cruels. Une autre fois, apprenant à Eliette Abecassis que son roman “Séfarade” n'était jamais qu'un recueil de recettes de cuisine enrobé d'une intrigue insipide, ils s'étaient montrés assez lourds pour forcer le dessinateur Philippe Gelück à mettre un terme à cette séance guantanamesque. Ecoeuré, l'auteur du “Chat” avait fait à la belle un rempart de son corps, lâchant :

“J'ai l'impression de voir deux loubards agresser une jeune fille dans le métro.”

Flatterie des puissants

Méchants, cruels, insensibles... les deux Eric ne sont pourtant pas à l'abri d'un poil de flagornerie avec les puissants. Oh, pas les puissants au sens de ceux qui détiennent les clés du Pouvoir avec un grand P ― sur ce plan, je leur accorde volontiers le bénéfice du doute ―, mais bien avec les physiquement puissants. Ceux qui pourraient bien, on le subodore, se lever pour leur coller une beigne après un mot de trop. Ainsi, à Gérard Lanvin qui venait présenter un obscur navet au moins aussi grotesque que le roman de l'ex-journaliste de Canal (dont je ne me souviens toujours pas du nom mais ça va bien finir par me revenir), ils en étaient même arrivés à expliquer qu'il s'agissait d'une profonde et acide réflexion sur le métier de reporter de guerre !

C'est rigolo parce qu'on avait quand même l'impression qu'il allait leur en coller une, juste pour le fun. Même chose avec Joey Starr, l'ogre de NTM, qui n'en est pas à un tabassage près et aurait pu leur faire avaler leurs ratiches s'il leur était venu l'idée saugrenue de le chatouiller pour de bon dans sa zone de confort…

Mais je mentirais si je ne précisais pas qu'avec Zemmour (l'autre Eric étant officiellement “de gauche”, ses provocs politiques ne dérangent pas plus que les sketches subtilement subversifs de Stéphane Guillon : “Sarkozy est petit ! ” “Martine Aubry est grosse ! ” “Eric Besson est un traître ! ”), le spectacle passe aussi par l'expression de convictions totalement inhabituelles dans le contexte télévisuel. Souverainiste, ça va encore, il y en a d'autres, mais à ce point réactionnaire, sexiste et, disons-le, raciste, avec ses histoires de Noirs délinquants et de prénoms pas de chez nous, on n'est peut-être pas couché mais on est souvent sur le cul…

Il peut dire toutes les saloperies du monde

Eh oui, le gars dit effectivement tout haut ce qu'un tas de gens pensent tout bas, pour reprendre le vieil adage du borgne. Mieux : le gars dit exactement comme le borgne. Oui, tout pareil. Comme le borgne, il est un pauvre petit enfant économiquement défavorisé qui s'en est sorti à force de travail et de volonté et à qui il ne faut pas faire le coup de l'enfance malheureuse pour justifier ses vols de mobylettes. Comme le borgne, il s'exprime plutôt pas mal et connait ses classiques sur le bout des doigts.

Tout comme le borgne, on vous dit.

Enfin, il y a tout de même une différence notable avec le borgne, qui fait remonter son arbre généalogique jusqu'à Cétautomatix : Eric Zemmour est juif. Et d'Algérie par dessus le marché. Ce qui fait dire à un ami libéral de gauche à moi ― mais ça n'engage que lui ― que c'est pour ça qu'on l'a choisi : il peut dire toutes les saloperies de la terre, s'exprimer comme on s'exprime dans un meeting du FN, le fait qu'il soit juif en désamorce l'essentiel. On libère “un peu” la parole, parce qu'il faut bien que les idées crades partagées par 15 ou 20% de la population française brisent de temps en temps le consensus bien-pensant qui va du centre gauche au centre droit, mais on le fait avec un type aussi éloigné du profil “la terre ne ment pas” que possible…

Un peu comme les discours racistes ou antisémites de certains jeunes d'origine maghrébine : on ne sait pas exactement quoi en faire.

Il faut qu'on entende ces choses ailleurs que dans les fêtes BBR

Mais pourquoi pas, après tout ? Plus on avance, et plus je me dis que ces idées-là ne seront vraiment combattues que si l'on est en mesure de les entendre ailleurs que dans les bistrots ou les fêtes BBR. Le borgne et Zemmour profèrent des horreurs ? Répondons-leur avec des arguments adaptés plutôt que d'en appeler à la censure en levant les bras au ciel. Ils nous terrorisent avec leurs contes de Grimm où un ogre basané vient dévorer nos chères têtes blondes ? Appelons donc le prince charmant Aladin à la rescousse.

Car au final, l'extrême droite qui dit des conneries est-elle ontologiquement plus dangereuse que l'extrême gauche qui en fait autant ? Besancenot expliquant, sur le canapé rouge de Drucker, à quel point nous serons heureux lorsque la dictature du prolétariat nous protégera des méchants ultranéolibéraux, est-ce vraiment moins déstabilisant qu'un Zemmour promettant une France sans délinquance si les ministres ne baptisent (sic) plus leur fille Zorha ? Connerie pour connerie, faisons plutôt le pari de la liberté d'expression et méfions-nous du sort qui risque d'être fait par le CSA à Zemmour, maintenant que même Le Figaro a menacé de le lâcher.

Et en plus, les mauvais romans/films/spectacles continueront de se faire éreinter. Elle est pas belle la vie ?

Capture d'écran d'Eric Zemmour sur le plateau d“On est pas couché”

  • 68083 visites
  • 707 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • Vuedechezmoi
    • Posté à 12h09 le 24/03/2010

    Et hop, encore une fois, on saute sur le « méchant » qui dézingue tout et tout le monde pour mieux se hisser en « gentil » qui à le coeur du bon côté.... pfffff c'est gonflant je vous assure...

    Zemmour n'est pas un ange, on est pas idiot, on est tous capable de se faire une idée personnelle, pas la peine de nous proposer cette analyse à la mord moi le bulbe qui, effectivement comme l'écrit Piedo, qui permet à l'auteur de mieux nous dire ô combien « la gauche un peu centré, c'est bien, c'est mieux, c'est bon et j'en suis ! »

    Quoi qu'on pense des Zemmour, Guillon, Naulleau et autres agitateurs du PAF, ces critiques ont au moins un courage, celui de ne pas se plier aux injonctions de fausse tolérance que ce pays, malmené et dévalorisé en boucle depuis des années, secrète comme un poison qui l'auto détruit lentement.

    Marre des objecteurs de la bonne pensance, marre de ces faux gauchistes et droitiste qui veulent sans arrêt nous montrer où sont les méchants, les intolérants, les faschos. Ça devient insupportable de devoir se surveiller parce que le moindre mot ayant une vague résonance avec noir, juif, blanc, jaune, religions, femmes, homos, machos, Amérique et j'en passe est immédiatement assimilé à l'horreur suprême.

    Zemmour et Naulleau critiquent sans management, des fois ça va loin, et bien tant mieux, ça change des cireur de pompes de la marchandisation du n'importe quoi que la télé balance à jet continu. Celles et ceux qui viennent vendre leurs trucs dans cette émission savent parfaitement qui va donner son avis en face. Soit ces vendeurs de machins sont capables, parce que suffisamment cultivés talentueux, de débattre avec les deux journalistes, soit ils restent chez eux ou vont vendre sur d'autres plateaux où on s'émerveille sur le moindre petit livre, petite chanson creuse ou invention inutile. Na !

  • Spike Tarantino
    • Posté à 12h18 le 24/03/2010

    Plus que sa méchanceté, il me semble que ce sont ses propos racistes qui l'ont conduit là. Ne mélangeons pas tout. La liberté d'expression ne doit pas être un prétexte pour l'apologie du racisme. Sinon ça ferait beaucoup de personnes à qui ont devrait redonner le micro, beaucoup de « soldats » à sauver.

  • Francis Mizio
    Francis Mizio
    Ecrivain
    • Posté à 12h48 le 24/03/2010
    • Internaute
      Ecrivain

    j'ai vachement de mal avec cette partie du texte :

    « Il faut qu'on entende ces choses ailleurs que dans les fêtes BBR
    Mais pourquoi pas, après tout ? Plus on avance, et plus je me dis que ces idées-là ne seront vraiment combattues que si l'on est en mesure de les entendre ailleurs que dans les bistrots ou les fêtes BBR. »

    Je ne suis pas certain que dans les bistrots, on échange que des propos racistes et beaufs. J'y vais. je parcours la France et j'interviens dans des endroits et auprès de gens que vous n'avez sans doute pas croisés, et dont vous n'avez pas idée, dont les politiques même n'ont aucune idée. Je suis désolé de vous apprendre qu'il y a de la solidarité, de la tolérance, de la fraternité, bien plus qu'on ne croit.

    « Le borgne et Zemmour profèrent des horreurs ? Répondons-leur avec des arguments adaptés plutôt que d'en appeler à la censure en levant les bras au ciel. Ils nous terrorisent avec leurs contes de Grimm où un ogre basané vient dévorer nos chères têtes blondes ? Appelons donc le prince charmant Aladin à la rescousse. »

    Si on entend des propos racistes, c'est peut-être parce que par mimétisme les gens les entendent assénés dans les médias de masse. L'influence télévisuelle est monstrueuse. On le voit dans la création de comportements, de façon de penser. La démocratie, je ne suis pas certain que ce soit 50% de temps de parole à Hitler, et 50% de temps de parole aux juifs.

    « Car au final, l'extrême droite qui dit des conneries est-elle ontologiquement plus dangereuse que l'extrême gauche qui en fait autant ? »

    Les extrêmes se rejoignent. Pol Pot est parmi nous, etc. Tout se vaut, etc. Air connu.
    Je propose qu'on réponde à cette question : quel est le problème de société que l'extrême gauche a posé ces vingt dernières années ? Quel est celui de l'extrême droite ? Y'a pas photo.

    « Besancenot expliquant, sur le canapé rouge de Drucker, à quel point nous serons heureux lorsque la dictature du prolétariat nous protégera des méchants ultranéolibéraux, est-ce vraiment moins déstabilisant qu'un Zemmour promettant une France sans délinquance si les ministres ne baptisent (sic) plus leur fille Zorha ? »

    Je vous laisse ça. Autant je ne crois pas à un retour de la dictature du prolétariat, autant je crois proche un retour d'une société totalitaire. D'ailleurs chaque jour nous en rapproche, à mon sens.

    « Connerie pour connerie, faisons plutôt le pari de la liberté d'expression et méfions-nous du sort qui risque d'être fait par le CSA à Zemmour, maintenant que même Le Figaro le lâche ».

    Cessons surtout de faire du spectacle avec de l'ineptie. Ruquier est d'un vide abyssal. Naulleau est un clown pathétique dans son rôle d'aboyeur et Zemmour un provocateur. Ces gens sont payés pour leur rôle. Ils sont payés pour dire ce qu'ils doivent dire. Si demain les courses d'escargots font 60% d'audience, vous aurez ça toute la journée. Que retenez-vous après avoir passé 3 heures ou je ne sais devant cette émission. Si demain les gens adorent qu'on leur lise Enid Blyton, Naulleau lira ça, ou un autre. Ce n'est pas de la critique, du débat... de la démocratie. C'est du spectacle, pour faire de l'argent. Dès lors, tout est pensé en ce sens. Zemmour, c'est de l'audience, du fric fait avec de la provoc ordurière. Et par ailleurs, combien de temps on vous a capté et encombré l'esprit avec du volatil ?

    « Et en plus, les mauvais romans/films/spectacles continueront de se faire éreinter. Elle est pas belle la vie ? »

    Aujourd'hui, la dérision est aussi promotion, servi par le ricanement, un humour superficiel, sans distance ni réflexion.
    Il sort plus de 60 000 livres par an en France. Pourquoi consacrer du temps à tuer quelque chose ? Ne pas en parler suffit. Cette phrase prouve que vous attendez du spectacle, avez un besoin de vous repaître. Alors on dézingue les films, les livres. Zemmour dézingue les gens, lui. Tout est égal. C'est mortifère.

  • thierry reboud
    • Posté à 13h54 le 24/03/2010
    • Internaute

    Sur le fond des propos de Zemmour, je ne vois pas bien l'intérêt d'y revenir, même si je m'étonne de voir Mougeotte jouer sa pucelle effarouchée : après tout, on lit couramment la même chose sous le clavier des commentateurs du Figaro.fr sans qu'il juge bon de s'en offusquer.

    Sur la question de la liberté d'expression, mon opinion est que si on ne la défend pas pour ceux qui vous sont opposés, ça revient à ne pas la défendre du tout. Ce qui ne vaut évidemment pas adhésion aux propos tenus.

    En fait, bizarrement, cette histoire de Zemmour me pose surtout un problème de droit du travail.

    Si j'ai bien suivi l'histoire, les propos reprochés à Zemmour ont été tenus sur Canal+, et non pas sur France 2, alors qu'il était invité comme essayiste de chez Fayard/Denoël, pas comme folliculaire du Figaro. Or il me semble bien que la liberté d'expression des salariés est reconnue, avec certaines limites lorsqu'ils parlent de leur entreprise, ce qui n'était de toute façon manifestement pas le cas pour cette histoire. Je n'aimerais certes pas être le délégué syndical chargé d'assister Zemmour à son entretien préalable, mais je ne suis pas certain que la démarche du Figaro soit si assurée que ça.

    En revanche, si on accepte le sort promis à Zemmour, je me demande bien ce qu'on pourra reprocher après ça dans le cas où un salarié d'une entreprise quelconque serait viré pour (par exemple) s'être présenté à des élections sous l'étiquette (par exemple) NPA au seul motif que l'entreprise jugerait que c'est incompatible avec ses valeurs.

  • Irfan
    • Posté à 13h55 le 24/03/2010
    • Internaute

    Plus que sa méchanceté, c'est sa bêtise péremptoire qui m'agace. Non, il ne connaît pas parfaitement ses classiques, ça saute aux yeux, et il ne s'exprime pas avec superbe. Vous devez être bien trop souvent en compagnie d'UMPistes pour dire cela...
    Pour un avis court mais - comme très souvent - intelligent sur la critique en France, plutôt que les dithyrambes lancés par un « libéral de gauche » pas trop regardant sur les questions sociales ni sur l'antiracisme (le vrai, le dur, le couillu), à un « riche de droite » qui gagne son argent en s'attaquant aux plus faibles cathodiquement et en s'amusant à dire que la merde ça pue, en gros. Oui, Zemmour est capable de démonter les grosses bouses qui viennent se vendre à la télé, et Naulleau aussi, waouh, ils en ont de la culture ! Et si à la place ils venaient parler de tout ce qui s'écrit et se pense encore d'excellent en France, qui représente encore un large pan de la production intellectuelle, mais qui n'a tout simplement pas sa place parmi les principaux médias ?

    Enfin bon, ce sont des clowns qui pratiquent l'entertainment, pas des critiques, et de bien piètres auteurs. Mais autant les protéger parce qu'ils ne sont pas « bien-pensants » d'après eux-mêmes, c'est ça ?
    (J'ai l'impression que les gens qui sont représentés par le parti présidentiel et parlementaire adorent se dire « mal-pensants », même s'ils vivent avec plus de 20k€ par mois ; alors que des gens qui ne font que penser et travailler et vivent très bien avec 3k€ sont eux « bien-pensants »... Cherchez l'erreur.)

  • Hugues Serraf
    Hugues Serraf répond à lancetre
    Auteur(e) de l'article
    • Posté à 14h12 le 24/03/2010

    Je suis doué, hein ? Et encore, je vous ai épargné le rappel de ce qui fait vraiment de Zemmour et de Besancenot de quasi-cousins : l'essentialisme et l'assignation identitaire de ceux dont ils font l'objet de leur discours.

    Cet essentialisme qui transforme pour l'un les noirs et les Arabes en délinquants ataviques, et les renvoie à un état de musulmans forcés pour l'autre. Avez-vous déjà oublié la candidate vauclusienne qui, par son voile plutôt que par son engagement politique, représentait les « quartiers » ? Moi pas.

    Lien

  • DeSuisse
    DeSuisse
    Je pense donc je gêne !
    • Posté à 14h39 le 24/03/2010
    • Internaute
      Je pense donc je gêne !

    Et voila, on s'en remet à la forme (méchanceté) plutôt qu'au fond de ce qui est dit et que personne n'a démontré ni infirmé.

    On écrit « raciste » parce qu'on a entendu « Noir » et « Arabe » et la bien-pensance de droite comme de gauche tombe à bras raccourcis sur 3 secondes de débat qui mériteraient des heures de discussions avec pour thèmes :
    Y-a-t-il vraiment une sur-représentation des « catégories » de Zemmour en prison ? (attention, en Suisse, c'est oui et il n'y a pas d'inconscient colonial à la con comme explication).
    Si oui, est-ce dû au fait de chercher toujours au mêmes endroits où on trouve les mêmes gens ou est-ce que les délits se concentrent vraiment là où on le dit ? (attention, les statistiques de la Creuse peuvent parler)
    Et puis : maintenant on fait quoi ?
    - pour éviter l'émotionnel
    - pour éviter que cela fasse le lit du FN
    - pour éviter d'avoir toujours les mêmes qui soient pointés du doigt à juste titre (le cas échéant)

  • Lemanic
    • Posté à 14h46 le 24/03/2010

    Comme il est très bien dit dans l'article,Zemmour est un mal nécessaire.
    Zemmour est un levier sur lequel on peut s'appuyer pour faire passer des idées humanistes et progressistes.Il permet d'argumenter et d'opposer à son discours réac.un discours moderne. Se priver de Zemmour c'est se priver d'un mur sur lequel on fait rebondir sa balle, d'autant plus que Zemmour est un mur intelligent qui permet d'élever le débat, ce qui est très ,très ,très, j'insiste très rare à la télévision.
    Zemmour est aussi un mal nécessaire parce qu'il est réponse à une simple question.Peut-on oui ou non dire ce que l'on pense en France ou doit-on fermer sa gueule si on déplait ?

  • lifka
    • Posté à 14h52 le 24/03/2010
    • Internaute

    Cette étrange habitude de faire dire aux gens ce qu'ils ne disent pas, juste pour hurler avec les loups.

    Monsieur Serraf, Comme vous (du moins je crois l'avoir compris), je n'aime pas tous ces gens qui se permettent d'autant plus d'être odieux avec les autres qu'ils sont déjà destabilisée, mais peuvent être d'une remarquable obséquiosité vis-à-vis de ceux qui ont de la répartie. Et puisque vous ne le citez pas, j'ai pour ma part été scandalisée de la manière dont ils (et Eric Naulleau en particulier) ont servi la soupe à un Ramadan pour déchirer la semaine suivante je ne sais plus qui au sujet de son prétendu « communautarisme ». Ce n'est pas une raison pour se permettre de leur faire dire ce qu'ils ne disent pas.

    « le gars dit exactement comme le borgne. Oui, tout pareil. “

    Non, il ne dit pas exactement ce que dit le borgne. Prétendre une telle chose est simplement un amalgame, une contre-vérité et surtout une erreur d'analyse. Zemmour pour autant que j'ai pu l'écouter chez Ruquier ou sur d'autres chaînes est tout simplement - en bon ‘israélite français’ qui doit tout au décret Crémieux et à l'émancipation de 1791 un fervent et intarissable défenseur de la laïcité et de l'assimilation à la française, celle qui a permis à des générations d'immigrés qu'on déclarait parfois inassimilables (ça a été le cas des Juifs) de s'intégrer et de devenir de bons français.

    Une différence énorme avec le ‘borgne’ qui lui ne tolère les étrangers que... ‘chez eux’.

    Il n'a pas non plus promis ‘une France sans délinquance si les ministres ne baptisent (sic) plus leur fille Zorha . Il a expliqué une chose historiquement vérifiable : jusqu'au milieu du 20e siècle environ, l'assimilation à la française est passée par un choix de prénom pour ses enfants qui leur permettait de passer inaperçus’ ou au moins de ne pas susciter de curiosité à l'école - ce n'était pas seulement le cas en France mais aussi en Angleterre et il y a sur ce sujet une nouvelle d'Israël Zangwill avec une famille dont les filles sont séparés en deux les aînées étant ‘russes’ les suivantes ‘anglaises’ avec des destins différents.

    Aujourd'hui avec la mode du ‘droit à la différence’, et la libéralisation de l'état civil, est venu le temps de ce qu'on appelle le prénom ‘drapeau’. Un prénom qui dès l'enfance marque l'enfant en fonction de son appartenance (que l'on soit Breton, Algérien ou Juif). En gros, là où on appelait son fils Maurice (par consonance) ou l'appelle aujourd'hui sans complexes Moshé. Ce qui peut paraître au départ comme un grand libéralisme, peut de fait servir de repère et de point de ralliement dans les cours de récréation et inciter au communautarisme.

    Zemmour regrette la neutralisation par le prénom qui cache l'origine géographique comme il regrette (je crois) la neutralisation par le tablier qui cache l'origine sociale, comme il n'aime pas les signes extérieurs de religion dont malheureusement certains ‘progressistes’ voudraient nous faire l'éloge.

    Des petites choses qui facilitent le vivre ensemble, contrairement à ce que vous voudriez lui faire dire.

  • Hugues Serraf
    Hugues Serraf répond à BleuT.
    Auteur(e) de l'article
    • Posté à 15h09 le 24/03/2010

    Bon, comme j'ai le sentiment qu'il s'agit plus d'un malentendu provoqué par les mauvaises odeurs que vous croyez sentir dans mon texte (mal entendre avec son nez, c'est étrange mais bon...) que d'authentique mauvaise volonté, je vais me faire plus précis.

    Zemmour est un homme d'extrême-droite, nationaliste et, jusqu'à ce qu'il soit capable d'en démontrer le contraire, raciste. Je ne parle d'ailleurs pas de cette fameuse « citation hors contexte » mais des multiples remarques entendues depuis des mois et dont on pourrait dresser la liste si elle n'était pas si fastidieuse.

    Pour autant, un discours aussi extrême est très rare à la télévision, qui est un lieu de consensus et de gens bien élevés. D'où l'idée qui fait aujourd'hui son chemin de le virer pour entorse au mauvais goût.

    Ce que j'exprime, c'est qu'il a sans doute été décidé, à un moment, quelque part, même de manière inconsciente, qu'il fallait que ces idées désagréables, puisqu'elles correspondent effectivement à un courant d'opinion important (en gros l'électorat du FN), soit représentées dans les grands médias.

    Zemmour est donc devenu le vecteur de l'expression de ce discours, mais là où, disons, un Soral ou un Dantec, seraient irrémédiablement hors-limite, le fait qu'il soit juif, juif arabe même, peut disqualifier les critiques les plus virulentes. En gros, il ne peut pas être totalement raciste, puisqu'il est lui même une cible des racistes officiels.

    Ça ne veut pas dire qu'un groupe de gens s'est réuni quelque part pour décider qu'il fallait faire dire des saloperies à un juif pour qu'elles soient mieux acceptées (ça, c'est pour les théoriciens du complot), mais simplement que Zemmour s'est retrouvé dans ce rôle par un concours de circonstances.

    Ça ne veut pas non plus dire que les juifs soient inattaquables (ils le sont tout le temps), mais plutôt qu'un baratin de type lepéniste dans la bouche d'un journaliste juif, c'est un peu comme un discours raciste et antisémite dans la bouche d'un jeune d'origine maghrébine : on ne sait pas exactement quoi en faire.

    Mais ce n'est évidemment qu'un aspect de la question car pour un tas de gens qui ne savent pas que Zemmour est juif ou s'en contrefichent, il s'agit juste d'un type d'extrême droite qui passe à la télé. Et ce que je pense, c'est qu'il en a le droit à condition évidement que sa parole soit constamment contrée –- ce qui ne devrait pas être si difficile même si c'est rarement fait avec talent et à propos.

    Ouf.

  • lidiot du village
    lidiot du village
    imbécile heureux
    • Posté à 15h45 le 24/03/2010
    • Internaute
      imbécile heureux

    Un éditorialiste est sans cesse sur le fil du rasoir, coincé qu'il est entre ses prises de position et le respect d'autrui qu'il doit observer à chacune de ses saillies.

    Le problème, c'est qu'aujourd'hui, il me semble que l'esprit pusillanime et politiquement correct domine largement l'esprit critique et indépendant qui a longtemps prévalu dans le monde journalistique.

    Je ne suis pas fan de Zemmour, loin de là, mais la pire chose qui pourrait arriver, c'est qu'on le fasse taire et, avec lui, ceux qui rament « à contre-courant »... Laissons-les parler, quitte à fustiger parfois leurs excès. La qualité d'un débat d'idées est à ce prix.

    Pour paraphraser Nico au moment des caricatures sur Mohammed et qui, pour une fois, n'avait pas dit de connerie (même s'il n'a pas respecté ce précept éclairé par la suite) :

    Je préfère un excès de Zemmour à pas de Zemmour du tout.