16/03/2010 à 10h16

Travail, logement : les effets bénéfiques d'une dose de libéralisme


Ça fait déjà un sacré bail, mais je me souviens encore très bien de m'être étonné, en signant celui de mon premier appartement en Angleterre, de ne pas avoir été forcé de constituer le fameux « dossier » sans lequel il serait impensable d'obtenir un logement en France.

Vous savez bien, cette épaisse liasse de documents comprenant l'original et les photocopies de vos soixante-douze dernières fiches de paye, de votre carte d'identité, de votre avis d'imposition et d'une attestation de votre employeur -sans parler du pedigree de vos garants, de leurs éléments de revenus, de leur relevé de taxe foncière et des quittances de loyer de votre appartement précédent…

J'étais jeune et chevelu, mais pas crétin

A l'agent immobilier qui me remettait les clés de ce petit deux-pièces de Battersea, un quartier du sud de Londres rendu célèbre par la pochette d'un disque des Pink Floyd, j'avais même naïvement demandé pourquoi il m'accordait sa confiance avec autant de légèreté :

  • j'étais étranger
  • je venais de débarquer dans le pays
  • je n'avais commencé à travailler que deux semaines plus tôt
  • ce loyer, en engloutissant près de la moitié de mon salaire, explosait totalement les proportions auxquelles les propriétaires gaulois sont plus attachés que les banques suisses au ratio Cooke.

« Ben j'imagine que si vous prenez cet appartement, c'est que vous pouvez payer, non ? », avait-il répondu en haussant les épaules. « Car vous avez bien de quoi payer, hein ? » « Oui, oui, évidemment… », avais-je bredouillé en empochant les clés, regrettant presque d'avoir provoqué la suspicion de cet administrateur de biens si ingénu.

Et de fait, quelle autre réponse aurais-je pu lui donner ? Bien sûr que j'avais de quoi payer. J'avais beau être jeune et chevelu, je n'étais pas complètement crétin et j'avais choisi un appartement dont le loyer correspondait à peu près à ce que je pouvais me permettre.

« Non, c'est pas légal, mais c'est efficace »

Colin, mon distingué collègue de bureau à la Continental Shipping & Travel Ltd., m'avait ensuite expliqué :

- « De toute manière, si tu ne payes pas, tu ne vas pas tarder à te retrouver sur le palier avec ta valise et ta téloche, m'avait par la suite expliqué Colin, mon distingué collègue de bureau à la Continental Shipping & Travel Ltd. Ça marche comme ça ici.

C'est pas comme chez vous, où l'on peut rester des années sans payer avant d'avoir un huissier sur le dos. Et si tu refuses de dégager, le proprio t'envoie deux costauds pour te faire une “offer you can't refuse” (“une offre que tu ne peux pas refuser”), façon “Le Parrain”.

- Quoi, c'est légal ?

- Légal ? Non, c'est pas légal, mais c'est efficace… »

Hum, brutal, hein ? On ne te demande pas de raconter ta vie ou de fournir des informations sur le groupe sanguin de ta grand-mère, mais on te loue l'appartement de ton choix et on te vire prestement si tu ne payes pas…

Moi, en tout cas, j'ai toujours payé et je n'ai donc jamais fait la connaissance des costauds.

Rien ne ressemble d'ailleurs davantage aux marchés du logement en Grande-Bretagne et en France que leurs marchés du travail respectifs. Côté nord, hors période de crise :

  • une fluidité et un dynamisme qui permettent aux salariés de ne pas craindre le chômage puisque d'autres jobs sont disponibles
  • des employeurs recrutant sans risque puisqu'il est leur facile de licencier
  • des locataires dénichant aisément un logement puisqu'on se contente de leur demander de payer leur loyer
  • des propriétaires peu regardants, rassurés qu'ils sont par la possibilité de se débarrasser sans difficulté d'un mauvais payeur…

Côté sud, et quelle que soit la conjoncture :

  • des salariés barricadés derrière un code du travail toujours plus dense, mais terrifiés à l'idée de perdre leur emploi puisqu'ils sont convaincus qu'ils n'en retrouveront pas un autre
  • des entreprises freinant leur propre développement en ne recrutant pas, puisqu'elles savent qu'il sera coûteux et difficile de licencier si les carnets de commande se remplissent moins vite que prévu
  • des locataires quadragénaires forcés de demander à leurs parents d'être leurs garants
  • des propriétaires préférant conserver des biens vides plutôt que de risquer de se retrouver encombrés, parfois des années durant, d'un locataire ne payant plus son loyer…

Ça peut sembler étrange, cette idée que l'empilement de règlements et de dispositifs de protection des salariés et des locataires ne produise, in fine, que de la pénurie et de l'inconfort pour ceux-là même qu'il est censé protéger.

Plus de logements HLM en Grande-Bretagne qu'en France

Surtout lorsque la première réaction des « résistants » à la fin de la « trêve hivernale » qui empêche les mauvais payeurs d'être fichus dehors est d'exiger un « moratoire » sur les expulsions. On comprend toutefois qu'une telle mesure ne rassurera guère le petit propriétaire qui hésitait à louer ce studio sur lequel il paye encore un crédit, où grâce auquel il pensait compléter sa retraite…

Non pas, d'ailleurs, qu'une protection moindre du locataire soit nécessairement le corollaire d'un désengagement de l'Etat en matière de logement social, puisque la quantité de HLM est nettement plus élevée en Grande-Bretagne qu'en France (85 logements pour 1 000 habitants contre moins de 70).

Ou même que les locataires du privés soient moins aidés outre-Manche : les allocations logement y sont une tradition à peu près aussi ancrée que le goût pour les fromages à pâte molle chez nous. Elles sont même à la fois plus élevées et plus largement distribuées que les nôtres.

Mais c'est plutôt qu'une autre philosophie est à l'œuvre, dans le cadre de laquelle le marché s'autorégule sans intervention massive de l'Etat -en parallèle d'une politique d'assistance à ceux qui en ont vraiment besoin.

OK, la crise du logement n'en est pas pour autant résolue chez les voisins du dessus, confrontés à des problèmes de démographie et d'urbanisme que nous ne connaissons pas (autant d'habitants qu'en France, pour moitié moins de place).

L'on imagine pourtant que l'importation raisonnée et pragmatique de leurs recettes aurait peut-être un impact positif sur des problèmes que nous sommes, manifestement, incapables de résoudre.

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  • C_B
    C_B
    • Posté à 10h48 le 16/03/2010

    Comme le fait remarquer un riverain, fonder votre propos sur votre seule expérience personnelle, dont vous dites vous-même qu'elle est assez datée, en limite sérieusement la portée et la solidité. Je me permets d'indiquer un lien vers un billet d'Alexandre Delaigue, du blog Econoclaste, qui tient un propos relativement proche me semble-t-il, mais en plus solide : Lien.

  • yabon
    yabon
    Klingon
    • Posté à 10h56 le 16/03/2010
    • Internaute
      Klingon

    Ca fait vingt ans qu'on injecte un peu partout une dose de « libéralisme ». Si ça avait amélioré les choses, que ce soit au niveau du logement, du travail ou des services, ça se saurait.

    Et puis, baser son argumentaire sur l'efficacité au détriment de la légalité, est-ce bien sérieux ? Parce que dans ce cas, où s'arrête-t-on ?

  • Gorn
    • Posté à 11h05 le 16/03/2010

    Article assez juste même si pas de bon ton d'un point de vu français.

    En France, le propriétaire a toutes les difficultés à se séparer d'un locataire, résultats, les proprios demandent de plus en plus de garantie avant de louer quelquechose voir laisse leur bien non loué. Je ne suis pas propriétaire mais je comprend leurs points de vus.

    c'est la même chose pour les entreprises, tu prends les gens en stage puis en intérim ou en CDD pendant 2 ans pour être certain de faire le bon choix car les entreprises savent à quelle point il est difficile de se séparer d'un salariés en France.

    c'est un peu le principe de précaution aussi, vaste stupidité sur toute la ligne. On ne tente rien car il sera très difficile de se séparer ensuite d'un locataire ou d'un salarié donc on ne loue pas et on embauche pas.

  • Ermite
    Ermite
    Consultant IT
    • Posté à 11h29 le 16/03/2010
    • Internaute
      Consultant IT

    Excusez-moi, môssieur Serraf, mais on parle bien de l'Angleterre ?
    Ce pays qui a inventé et réinventé le « working poor » (travail pauvre, pour les anglophobes) ?
    Vous savez, ce pays où on a le « droit » d'avoir plusieurs jobs et plusieurs patrons parce qu'aucun d'entre eux ne vous paye suffisamment pour vivre...
    La Paradis sur Terre, en effet.
    Ce qui n'est certes pas une spécificité anglaise puisque ça devient de plus en plus le mode en France... suite à la « libéralisation » (au sens économique du erme) du marché du travail toujours plus importante.

    Autre chose : le fait que le propriétaire français soit un trouillard qui demande une demi-tonne de justificatifs et cinquante mille assurances et garants différents est entièrement dû à l'état français ? ? ? C'est bien ça ?
    Pas au fait que le propriétaire français, avec sa mentalité « libérale » (au sens économique du terme) est pour le risque, doctrine chère à môssieur Sellières... SAUF quand il s'agit POUR LUI de prendre des risques.
    Dans les faits, et pas que dans la doctrine « libérale », les risques, c'est toujours bon pour les autres, c'est bien connu.

    Certes, certains locataires abusent.
    Mais comme d'habitude, on fait une généralité de « quelques » cas (« quelques » en rapport avec le nombre global de locataires en France) pour justifier d'un certain nombre de choses qui retombent in fine sur la tronche de l'ensemble des locataires.
    Salauds de pauvres, va ! ! !

  • kevangel
    kevangel
    Chercheur
    • Posté à 12h53 le 16/03/2010
    • Expert
      Chercheur

    Je suis d'acord sur le logement. Mais plutot que de faciliter les expulsions, je suggérerai d'autoriser le prélèvement du loyer sur le salaire des mauvais payeurs. D'autant plus que ce ne sont pas forcément les plus pauvres qui payent le moins leur loyer. Peut-etre que de telles mesures faciliteraient aux plus modestes la recherche d'un appartement, qui est actuellement un parcours du combattant.

    Par contre, je m'oppose totalement au parallèle avec le droit du travail. C'est totalement faux de dire que faciliter le licenciement diminue le chomage. La preuve, il y avait bien moins de chomage sous Jospin et les licenciements n'étaient pas plus faciles. C'est aussi débile que dire qu'augmenter le pouvoir d'achat des plus riches relance la consommation. Il n'y a qu'au MEDEF qu'on croit encore à ces sornettes. Pour relancer le travail, il faut une politique économique et un partage des richesses créées qui permettent d'augmenter la consommation des ménages.

    Et puis il y a un fait qu'il faut aussi regarder, qui n'est pas forcément de la faute du gouvernement. Les propirétaires et les employeurs francais ne sont toujours pas sortis de la logique de lutte des classes, contrairement aux anglo-saxons. Ils refusent de faire confiance aux jeunes, ils restent arc-boutés sur leurs conservatismes et n'ont toujours pas digérés 1789. Il faudra un jour dire haut et fort combien les rentiers et les patrons de ce pays sont archi nuls et entrainent la France vers le bas.

  • Azza
    • Posté à 15h05 le 16/03/2010

    Ce que Serraf oublie de preciser, c'est que la plupart des contrats de location ont une duree minimum (un an en general), renouvelable a chaque echeance.

    En clair, le locataire S'ENGAGE A RESTER POUR TOUTE LA DUREE DU CONTRAT. Donc, si vous devez demenager apres 6 mois pour cause de marche du travail trop flexible, vous perdez six mois de loyer. Merveilleux non ? Une clause de mobilite peut etre incluse, mais c'est au choix du proprio.

    Moralite, un casse tete pas croyable pour faire coincider ses demenagements avec la date anniversaire du bail precedent.

    Ah, et si le loueur ne vuet pas renouveler avec vous a la date anniversaire, et bien vous degagez. Cool non ?

    Et puis pourquoi les proprios devraient ils avoir peur que vous ne puissiez payer, puisqu'en quelque mois, ils auront deja encaisse de quoi voir venir, vu le prix astronomique du loyer, meme si votre piaule a la taille d'une cabine de plage (sans le soleil, mais avec les fuites). En clair, au dela d'un certain seuil de rentabilite de la location, le risque de defaut de paiement du locataire devient franchement un risque qu'on peut courrir avec plaisir.

    A la decharge des proprios d'ici, les prix de loyer delirants sont une consequence directe de la pression non moins delirante exercee par les banques.

    En clair, entre payer un loyer dement et un mortgage encore plus dement, vous n'avez franchement pas toujours le choix. La consequence est toujours la meme : a une extremite de la chaine, le locataire se saigne, a l'autre bout, les banquiers s'engraissent. Entre les deux, les proprios les mieux places font un peu de gras et les plus galeriens serrent sur les frais d'entretient. D'ou l'etat absolument sordide d'une bonne partie des logements.

    Franchement, si il y a bien un sujet que le liberal de gauche aurait du eviter sur la grande bretagne, c'est bien celui du logement ! ! !

  • Azza
    Azza répond à Tyb
    • Posté à 15h20 le 16/03/2010

    « Mais c'est plutôt qu'une autre philosophie est à l'œuvre, dans le cadre de laquelle le marché s'autorégule sans intervention massive de l'Etat -en parallèle d'une politique d'assistance à ceux qui en ont vraiment besoin. »

    En clair, les rentiers sont en prise directe sur la partie rentable d'un marche subvensionne. Le meilleur du socialisme au service de l'appetit du liberalisme.

    Le marche ne s'autoregule pas sans intervension massive de l'etat. En sortant du marche les foyers les plus fragiles, l'etat diminue le risque de defaut de paiement du locataire moyen et permet au marche « libre » de ne rencontrer que des locataires a la solvabilite robuste et d'en tirer le max de profit (explosant ainsi le ratio de 1/3 des revenus pour payer son loyer). Cette rentabilite extreme encourage le placement des capitaux dans l'immobilier et donc les prix prohibitifs des logements a l'achat et le taux d'endettement massif.

    En clair, comme dans le cas de la crise des subprimes, l'aide attendue de l'etat encourage les detenteurs de capitaux a demander des retours sur investissement monstrueux, puisqu'ils n'ont pas a en assumer le risque, toujours pris en charge par la collectivite.

    Petit detail, sur la pochette du Floyd ou on voit la Battersea Power Station, le cochon tout en haut represent le capitalisme...

  • JLOUP
    • Posté à 17h30 le 16/03/2010

    Je suis parfaitement d'accord avec l'analyse d'Hugues Serraf. J'ai un métier qui m'oblige à beaucoup voyager et donc à voir ce qui se passe ailleurs....et permet de regarder sous un autre jour notre merveilleux « modèle social Français ». L'excès de règlementation est une gangrène qui mine l'économie. Il faudrait juste sortir des dogmes qui nous font tant de mal et devenir bêtement pragmatiques. C'est vrai que ça ne fait pas rêver, mais si nous avions la modestie de nous pencher sur les solutions qui fonctionnent chez nos voisins plutôt que de nous étriper sur des mots dont la majorité ne connaissent même plus le sens (Par ex le libéralisme...)...nous pourrions surmonter quelques uns de nos problèmes.

    Le droit du travail Français,est, par exemple, un frein considérable à l'embauche. Qui crée de l'emploi en France ? les toutes petites entreprises, les artisans et les commerçants. 90% des entreprises Françaises ont moins de 10 salariés. On n'en parle jamais, alors que c'est là que se crée l'emploi. Si vous voulez que ces entreprises embauchent, et elles le peuvent, il faut aussi qu'elles puissent licencier, parce qu'aucune entreprise privée n'est capable de garantir son activité et donc l'emploi. A force de règlementer le licenciement, on crée chez les employeurs potentiels la peur de se retrouver demain avec une baisse d'activité et d'être incapables de licencier leurs salariés. Ils préfèrent donc sous traiter ou gèrent en permanence des contrats en sous effectif. C'est pour ça que dans beaucoup de secteurs, on attend des mois avant d'être servi.
    Nous en sommes arrivés à un système profondément injuste et inefficace. La France est devenue un pays de castes : Tout en haut, les fonctionnaires, avec leur emploi à vie. En dessous, les salariés avec un contrat à durée indéterminée, très très protégés, surtout s'ils travaillent dans un grand groupe. En dessous les contrats à durée déterminée, puis les intérimaires et enfin les chômeurs. La précarité des uns ne sert qu'à payer la sécurité des autres. C'est ça, un modèle social ? ? ?

    Je préfère largement les pays dans lesquels l'embauche et le licenciement sont libres. Ce sont souvent des pays de plein emploi et, contrairement aux idées reçues, la balance y pèse souvent en faveur des salariés qui, dès lors qu'ils sont compétents et travailleurs, sont sollicités en permanence par des entreprises qui leur proposent une meilleure rémunération et de meilleures conditions de travail. Je préfère un système qui donne du travail à tout le monde et à chacun sa chance, même s'il s'appelle libéral, à un système qui derrière un paravent social habillé par de jolies formules, perpétue des injustices et enferme des millions de personnes dans l'assistanat forcé.

  • Hugues Serraf
    Hugues Serraf répond à Edouard Chastagnier
    Auteur(e) de l'article
    • Posté à 21h06 le 16/03/2010

    Je ne vous parle pas de socialisme en 1789. Je compare la confiscation d'un symbole révolutionnaire par l'extrême-droite et la transformation d'un concept « de gauche » (au sens de progressiste), en anathème « de droite » (au sens de réactionnaire).

    Mais les histoires du libéralisme en France et en Grande-Bretagne ne sont pas si différentes et les références philosophiques sont souvent les mêmes. De la même manière que les courants d'idées issus des Lumières sont européens avant d'être français, italiens, anglais ou germaniques. Vous croyez parler de libéralisme, mais vous devez ajouter « débridé », ou « ultra » ou « néo » pour insister sur l'horreur supposée. Mais en fait, vous ne parlez pas de libéralisme, juste d'une vision égoïste de la société qui ressemble à un avatar du libéralisme que l'on appelle le « libertarianisme ».

    Vous n'accepteriez pourtant pas l'équation « gauche = Corée du Nord » (enfin j'espère). Toutes choses égales par ailleurs, c'est le même raccourci. En revanche, vous considérez que la gauche, la « vraie », serait-celle du NPA ou du PC qui prônent la mise en coupe réglée de tout ce que produit l'homme par une espèce d'État omniprésent – comme si l'homme n'aspirait qu'à se blottir dans les bras d'un gros machin impersonnel niant l'individu. Mais pourquoi cet État tout puissant serait-il le chemin du bonheur ? Vous aimez bien jouer les anars, les types hors-usinage. Pensez-vous que vous seriez heureux dans la tête de Besancenot, avec ses « combinats » financiers et industriels ? Moi je ne crois pas. Orwell, dans 1984, décrit précisément cet univers même si les « gentils » contemporains imaginent qu'il parle d'un univers, hum, « de droite »...

    Vous aimez bien dire que DSK ou Aubry, ou même Blair, ne sont pas la « gauche ». Mais quel est ce privilège dont vous disposez qui vous permet de dire qu'un bon 80% des Français de gauche ne le sont pas parce qu'ils n'ont pas de goût pour la dictature du prolétariat ou la collectivisation des moyens de production (ne vous récriez pas, vous m'envoyez LO comme « vraie gauche » à la figure).

    Il n'y a pas de ceci ou cela, « point à la ligne ». Il n'y a pas de pureté originelle de la gauche dont certains prêtres détiennent les clés intangibles. Ça c'est de la religion, pas de la politique. Il y a des valeurs et des principes, mais il y a aussi la capacité à comprendre les évolutions du monde, comme l'obsolescence progressive de la poste, par exemple, qu'il faudrait pourtant défendre comme s'il s'agissait de la Vierge Marie. Idem pour la retraite à 60 ans.

    Mais si demain tout le monde utilise Internet et le téléphone (c'est déjà pratiquement le cas, pourquoi faire semblant de défendre le courrier) ; si demain nous vivons jusqu'à 120 ans et que nous étudions jusqu'à 30, pourquoi prétendre qu'on ne sera pas capables de travailler plus longtemps ? Bien sûr, nous n'en sommes pas encore là, mais bon...

    Dans l'histoire du logement de cette chronique, je compare une situation où il est facile de trouver un appart et une autre où ce n'est pas le cas. Mais ce qui est ontologiquement « de gauche » pour vous, c'est la deuxième solution ? Parce l'autre est « libérale » ? !

  • Georges D.-
    • Posté à 01h34 le 17/03/2010

    « Libéral » ne veut même plus dire seulement « de gauche » dans les pays anglophones, mais presque carrément « gauchiste ». Ce mot désigne tous les progressistes, il est opposé à « de droite » et à « conservateur ».

    Les libéraux ont seulement inventé le concept de liberté et d'égalité universelle en dignité et en droits : ça mérite bien que les Français leur crachent dessus...

    A lire les commentaires sur l'« Angleterre » - ils veulent dire le Royaume Uni - on est revenus à l'époque de la « perfide Albion », c'est incroyable. On est carrément dans la xénophobie.

    Oui, c'est le Royaume Uni qui a inventé le libéralisme (Adam Smith n'était pas « anglais », il était écossais), avec les Français, tous ces gens qu'on a appelés les Lumières. C'est le Royaume Uni qui a inventé la démocratie moderne, avec quelques broutilles qui ont changé la vie des Européens : Magna Carta (fin du pouvoir absolu du roi, 1215), Habeas Corpus (obligation de présenter toute personne arrêtée à un juge, 1679), Bill of Rights and Liberties (Déclaration des droits et libertés, 1689), etc...

    Les libéraux sont des gens qui sont attachés à la liberté en général et aux libertés en particulier. Ils ont inventé la démocratie, rien que ça. En économie, ça signifie la liberté d'entreprendre : un scandale !

    Bref, il faut avoir l'esprit tordu comme un Franchouillard pour faire du beau mot « libéral » un repoussoir.

    La tribune d'Hugues Serraf se borne à faire un constat, que tous les gens qui ont mis un jour les pieds hors de leur village natal ont tous fait : c'est une galère innommable de trouver à louer en France, c'est humiliant et abrutissant, alors que dans d'autres pays à peu près semblables au nôtre, ce n'est pas du tout le cas. Cette situation est indubitablement un effet pervers de la trop grande tolérance dont bénéficient dans notre pays les mauvais payeurs (qui bien entendu ne sont qu'une petite minorité, mais les bons, comme on dit, paient pour les mauvais). Ce simple constat - que personne ne conteste (je me suis fadé la lecture de tous les messages, je n'ai pas été déçu) - lui vaut comme toujours des insultes, des invectives et des invitations à quitter le territoire national.

    On ne conteste pas le constat, mais comme ça énerve, on insulte.

    Entre ça et la féroce xénophobie anti-britannique, on s'étonne que le FHaine fasse de jolis scores dans notre beau pays ? Le terrain est propice : l'étranger fait peur, la liberté est honnie, la soif d'égalitarisme est telle qu'on est prêt à ratiboiser tout le monde pour que pas une tête ne dépasse...

    Tant qu'à me faire tout plein de nouveaux amis, je tiens à ajouter en post scriptum aux Franchouillards qui détestent les « Rozbifs », qu'ils font un contre-sens total sur leur système de santé, car si celui-ci a été si longtemps aussi catastrophique (ça va mieux maintenant), c'est justement parce qu'il a été entièrement socialisé après la guerre, avec des médecins, des dentistes et des personnels de santé tous FONCTIONNAIRES, rémunérés par l'Etat au sein d'un système financé par l'Etat. C'est donc par manque de ce qu'ils appellent bêtement « ultra » ou « néo-libéralisme » qu'il est devenu catastrophique dès les années 60-70 : on a vu ça ailleurs, les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets.

  • Hugues Serraf
    Hugues Serraf répond à Ruski
    Auteur(e) de l'article
    • Posté à 19h20 le 18/03/2010

    La loi de Godwin est surtout un cliché éculé auquel les commentateurs de sites Internet font référence presque aussi souvent qu'au nazisme (et pour cause). L'énoncer sur un ton aussi ridiculement pédagogique ne renforce pas vraiment votre argument initial.

    En l'occurrence, je ne faisais aucune comparaison avec le nazisme, mais j'ironisais sur le rapport que vous établissiez vous même entre la situation que je décris dans ma chronique et la mafia.

    Mais puisque vous avez l'air d'apprécier les explications de texte laborieuses, en voici une : dans ce billet, et contrairement à ce que certains croient comprendre (ou font simplement semblant de comprendre mais comment le savoir ? ), je ne me fais évidemment pas l'avocat des gros bras mettant les mauvais payeurs dehors.

    Il s'agit juste d'un moyen imagé et extrême d'expliquer qu'en Grande-Bretagne, il n'existe pas de protection « à la française » du locataire, au sens où un litige peut durer des années sans que le propriétaire ne puisse récupérer son bien ou encaisser ses loyers. Les gros bras n'interviennent, quand ils interviennent, que lorsque la justice ou la police ont failli ce qui est vraisemblablement très rare mais reste tout à fait condamnable (moralement et légalement).

    En tout état de cause, je suis convaincu qu'en France aussi, ce genre de situation se produit. Mais encore une fois (je martèle puisqu'il le faut bien après quelque 150 commentaires horrifiés de commentateurs bons comme du pain), ce billet se contente de dire qu'il existe un pays (le nôtre) où louer est très difficile et un autre (celui des méchants anglo-saxons mangeurs de petits bébés) où même un étranger ne possédant ni parents riches, ni 867 fiches de paye peut se loger. La contrepartie, chez les méchants, c'est qu'il faut payer son loyer.

    Mais le second point abordé par ce billet aux relents mafieux, est que le pays des méchants a développé, en parallèle de toute cette horreur, une infrastructure de logements sociaux plus importante et des dispositifs d'allocations logement plus généreux que les nôtres.

    Vraiment, la mafia n'est plus ce qu'elle était (et les nazis non plus, apparemment).