12/03/2010 à 14h53

Chouette, on peut faire du vélo en contresens à Paris

Hugues Serraf | Chroniqueur


Une voiture qui croise un cycliste à double sens (Christophe Belin, Bernard Pedretti/Mairie de Paris)

Alléluia ! Depuis février dernier, il est devenu parfaitement légal, dans un certain nombre de rues de Paris, d’ignorer les panneaux de sens interdit si l’on est à vélo ! Oui, comme à Amsterdam ou n’importe quelle autre riante cité de cet innovant petit paradis du Gouda et du coffee-shop, le cycliste parigot peut désormais s’éviter quinze kilomètres de détour inutile pour atteindre son but...

Enfin, quand je dis « désormais », c’est avec tous les accents de l’hypocrisie qui me va si bien au teint : jusqu’à présent, je ne suis pas encore tombé sur la moindre rue à double-sens cyclable que je n’empruntais pas déjà à ma guise et dans n’importe quelle direction.

Mais bon, j’aime mieux être en règle avec la loi aussi souvent que possible pour ne la transgresser que lorsqu’elle ne me laisse vraiment pas d’alternative.

Donner raison aux « outlaws »

Ce qu’il y a d’intéressant dans cette évolution, pour autant, c’est la manière dont elle finit par donner raison aux outlaws dans mon genre. Le vélo, ce n’est pas une voiture ou un camion. Il ne saurait donc être soumis aux mêmes contraintes, même si l’idée générale est bien de permettre à tout le monde de circuler sans trop de frictions (littéralement).

Pour le moment encore, il ne s’agit d’ailleurs que d’une expérience limitée aux « zones 30 », ces quartiers que la mairie qualifie plaisamment de « tranquilles » -sans doute parce que les gens qui y vivent sont tous sous tranquillisants ce qui tendrait à prolonger le parallèle avec Amsterdam.

Bah, c’est formidable tout de même. Évidemment, les automobilistes continuent de vous regarder de travers lorsque vous leur déboulez dessus dans une ruelle encombrée de camionnettes de livreurs et de conteneurs à ordures, mais vous pouvez toujours leur désigner, d’un coup de menton ironique, le petit vélo blanc peint sur la chaussée qui vous donne raison. Il suffit juste d’avoir un menton expressif.

On en vient même à se demander si, après la légalisation de ce qui aurait pu vous valoir de finir en garde à vue avant la pose d’un bête marquage au sol, la possibilité de griller les feux rouges ne vous sera pas offerte en prime un de ces quatre.

Mais c’est peu probable et, moi-même, je n’y serais pas favorable. Car si le franchissement d’un feu par un cycliste solitaire et précautionneux est défendable, une quinzaine de vélos passant ensemble au rouge tomate conduirait certainement à une hécatombe de pédaleurs urbains...

Supprimer des places de stationnement

Mais pour en revenir à ces rues que nous avons enfin le droit d’arpenter dans tous les sens (il nous arrive aussi de les traverser de gauche à droite ou de droite à gauche, mais il me semble que ça a toujours été autorisé), le concept peut-il être généralisé à toute la ville, voire à tout l’Hexagone ? Oui. Trois fois oui. A une condition toutefois, qui risque de faire grincer des dents dans les habitacles de bagnoles : la suppression de milliers de places de stationnement dans les artères trop étroites.

Sauf, bien sûr, à demander aux tribunaux de donner systématiquement raison au cycliste qui se sera fait écrabouiller par un automobiliste n’ayant malheureusement pas le compas dans l’œil. De fait, si j’étais moi-même (encore) automobiliste, je préfèrerais de loin avoir un peu plus de mal à me garer qu’être expédié à la Santé pour homicide involontaire.

Cette adaptation progressive de la capitale française à l’usage du vélo est tout de même très intrigante. Presqu’autant, en réalité, que la facilité avec laquelle les Gaulois ont accepté de ne plus fumer dans les lieux publics.

Quoi, le pays le plus frondeur de la planète, sans doute le seul à avoir élevé la manifestation anti-réforme au statut de tradition folklorique, serait donc capable d’accepter de revenir sur des acquis aussi fondamentaux que l’usage sans contrainte de la voiture en ville ou l’inhalation de monoxyde de carbone au comptoir d’un café ? ! Apparemment…

Hum, si j’étais Sarkozy, je me débrouillerais pour faire passer la réforme des retraites pour une mesure visant à améliorer la circulation des vélos non-fumeurs et le tour serait joué !

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  • Waldeck
    Waldeck
    Vivement dimanche 20 mai 2012 ! (...)
    • Posté à 15h14 le 12/03/2010
    • Internaute 36864
      Vivement dimanche 20 mai 2012 ! (...)

    Ce sont les piétons qui devront faire gaffe !

    Croyant pouvoir s’exonérer d’un double regard avant la traversée de l’artère univoque, ils risquent de se faire buter par un 2 roues, droit sur ses pédales, venant du côté réputé interdit.

    ( Je me suis fait heurter par un vélosolexiste, rue du Four ( Paris 6ème) à contre-sens ).

  • Rivendell
    Rivendell
    Suppot de satan
    • Posté à 15h34 le 12/03/2010
    • Internaute 102483
      Suppot de satan

    La grosse différence tout de même c’est qu’on parle de la légalisation de rouler en sens interdit à vélo (et même du « tourner à droite » dans certaines ville, soit griller un feu rouge) et de l’interdiction de fumer dans les lieux publics. Dans un sens on légalise une pratique assez dangereuse (rouler à contresens, même sur une voie dédiée, c’est pas ce qu’il y a de plus sûr), dans un autre on en interdit une Lien dangereuse dans les deux cas en se servant d’une certaine popularité à l’instant présent de ces réformettes plus ou moins contraignantes. Moralité : notre petit plaisir passe avant celui des autres, et même devant notre sécurité, sécurité dont on se plaindra lorsqu’on en aura besoin pour interdire aux autres certaines choses qui nous déplaisent ou nous en autoriser. L’hypocrisie est décidemment une valeur sûre en France.

  • VinceDeg
    • Posté à 16h43 le 12/03/2010
    • Internaute 36941

    C’est marrant, pour moi c’est le contraire, interdire le vélo à contresens je trouve ça normal, par contre mettre des prunes de 90€ pour être passé à une lupiote rouge alors qu’il n’y a personne, non.

    A Paname, avec tous les grands axes, des contresens on en fait rarement, au pire 50m à l’arrivée pour éviter de faire un détour, c’est pas une interdiction qui gêne particulièrement. Et ça se justifie : le contresens est très dangereux aux intersections parce que les gens (piétons et bagnoles) ne vous voient pas arriver : un cycliste non-expérimenté qui fait un contre-sens peut y laisser sa vie. Imaginez simplement, au bout de la rue prise en sens interdit une intersection en T, déboule au dernier moment tranquille comme béber une caisse qui tourne dans la rue à 30km/h et boum, Père-Lachaise. Donc je trouve que c’est plutôt justifié comme interdiction.

    En revanche, je serai en faveur de considérer, lorsqu’on est à vélo, un feu rouge comme une priorité alternée. C’est à dire, quand le feu passe au rouge, on fait comme si il y avait un triangle inversé qui venait de se dresser devant vous : si il y a quelqu’un (piéton ou voiture), on laisse passer, on ne terrorise pas la mamie qui traverse le boulevard, si y’à personne, on peut y aller. Je crois que ce serait une règle aisément compréhensible par tous, et franchement pratique. Après tout, c’est ce qui se passe quand on tourne dans une rue à gauche, hein, on laisse passer les gens en sens inverse et les piétons, et personne ne trouve ça compliqué.

    Ah ouais, dernier truc : putaaaain, les gens, cyclistes y compris, apprenez votre priorité à droite, quoi ! C’est facile, pourtant : t’es cycliste dans un couloir de bus, y’à une caisse qui déboule d’une rue à ta droite sans feu rouge, tu freines, tu laisse passer. Et dans l’autre sens ça marche aussi : t’es une voiture, tu veux tourner à droite, tu n’écrases pas le cycliste qui continue lui tout droit sur sa piste cyclable. Voilà.

    En résumé : prenez vos libertés quand au code de la route, mais tant que ça ne dérange personne.

  • Ermite
    Ermite
    Consultant IT
    • Posté à 17h31 le 12/03/2010
    • Internaute 37758
      Consultant IT

    Peut-être que, les parisien(ne)s, historiquement les plus frondeurs des français(e)s ont fini par comprendre que centre-villes et voitures se conjugent difficilement (particulièrement donc à Paris alors que le maillage et l’efficacité des transports en commun sont exceptionnels - attention, je m’exprime sur Paris et sa trés proche banlieue- quand on le compare sans a priori avec Londres ou New-York par exemple, et quoi que la situation puisse tendre à se détériorer, il faut bien l’admettre).

    Peut-être que les français(e)s si « rétifs aux réformes » ont fini par s’apercevoir que la bagnole ça fait un poste de plus en plus important dans un budget de plus en plus difficile à boucler.
    Alors à bas l’essence et vive le mollet... : -)

    L’Empire de la Bagnole va peut-être être remis doucement en question avant qu’on ne subisse son effondrement complet et traumatique sous les coups de boutoir conjugués de la fin du pétrole et de la chute du pouvoir d’achat.

  • Yann Guégan
    Yann Guégan
    Avec les doigts http://bit.ly/ (...) Rue89
    • Posté à 17h35 le 12/03/2010
      éditeur
    • Journaliste 1836
      Avec les doigts http://bit.ly/ (...)

    Ouh la, cher Hugues, vous découvrez un peu la Lune, là... Cf. le guide des pistes cyclables en vidéo... que j’avais tourné pour Rue89 en juin 2008 !

    Lienpar Lien

    Lienpar Lien

  • Mon-Al
    Mon-Al
    roturière : -)
    • Posté à 18h55 le 12/03/2010
    • Internaute 24219
      roturière : -)

    Dans ma ville de province, les cyclistes circulent bien dans tous les sens, ils n’ont pas attendu les panneaux pour ! ! !

    Et sur les trottoirs non plus d’ailleurs ! ! !

  • Hugues Serraf
    Hugues Serraf répond à Yann Guégan
    Auteur(e) de l'article Chroniqueur
    • Posté à 19h10 le 12/03/2010
    • Internaute 26641
      Chroniqueur

    « J’y vais jamais, sur les routes départementales ! »
    Jean Yanne, Le permis de conduire

  • fdrebin
    fdrebin
    Dilettante doué
    • Posté à 19h16 le 12/03/2010
    • Internaute 78377
      Dilettante doué

    Cher Hugues, pas besoin d’aller aux Pays-Bas vu qu’il y a déjà pas mal d’années que les contre-sens cyclistes ont été instaurés à Strasbourg.

    Ah, cette propension des parisiens - surtout les journalistes d’ailleurs - à croire que quelque chose n’existe que parce que cela débarque à Paris ! Les utilisateurs lyonnais du Vélo’v en savent quelque chose : « Tiens, il y a aussi des Vélibs à Lyon ? ! »

    Hugues, franchissez le périph et venez faire un tour de vélo à contre-sens en Alsace. Vous verrez, les abords du Parlement européen sont magnifiques et je vous offre une bonne bière de printemps à la fin...