20/02/2010 à 09h32

Jeux olympiques : pourquoi le ski intéresse-t-il autant ?

Hugues Serraf | Chroniqueur

Comment une activité marginale pratiquée par moins de 10% de la population française parvient-elle, lors des Jeux Olympiques d’hiver, à avoir un tel écho quand on pourrait s’y intéresser autant qu’à des championnats de pêche au gros ? Le vaticinateur s’interroge.

Je suis absolument incapable de m’intéresser aux Jeux Olympiques d’hiver. J’aime bien que les Français ne s’y ridiculisent pas trop et en rapportent quelques breloques (c’est mon côté chauvin, fièrement assumé dans un contexte aussi bénin), mais ça s’arrête-là.

Le ski et toutes ses références, les stations, les remonte-pentes, les forfaits, le vin chaud, les pistes de toutes les couleurs, les petits chalets aux toits enneigés, tout ça m’est tellement étranger que je ne parviens pas à me contenter de considérer la performance sportive pour ce qu’elle est.

Bon, je me rends bien compte de la difficulté qu’il y a à se jeter d’un tremplin haut d’une cinquantaine de mètres (ou plus, ou même moins, qui sait), voire de la combinaison de talents hautement improbable qu’il faille posséder pour participer à un biathlon ski-tir, mais ça ne m’émeut pas.

Un truc de Blancs

Je me suis d’ailleurs demandé si c’était parce que je ne pratique pas ces sports qu’ils me laissent, hum, froid, mais je ne crois pas que ce soit le cas. Après tout, je peux être totalement passionné par les coupes du monde de foot et de rugby sans jamais mettre les pieds sur un terrain ou dans un stade, ni même réellement connaître les règles de base de ces disciplines.

J’ai également plus d’affinités avec les compétitions des sports que je pratique moi-même, la course, le vélo ou l’équitation mais, encore une fois, je ne pense pas qu’il s’agisse d’une affaire purement « sportive ».

J’ai regardé « La première étoile » l’autre jour à la télé, cette histoire d’une famille de banlieusards parisiens noirs découvrant les joies de la neige. (Voir la video)

L’idée est que le ski est essentiellement un truc de blancs et tout le film tourne autour de l’incongruité de la présence, à 1 500 mètres d’altitude, de noirs en doudoune se cassant la figure avec leurs grosses chaussures de location en plastique...

Mais je me souviens de m’être senti au moins autant « out of place » que cette famille lors de l’unique séjour que j’ai jamais effectué dans une station de sports d’hiver en saison ― et je ne suis ni noir ni banlieusard.

L’exotisme du lancer de tronc d’arbre

De fait, le ski reste une activité marginale, pratiquée par moins de 10% de la population française, un pourcentage à l’intérieur duquel il faudrait encore distinguer la proportion de pratiquants résidant à l’année dans les régions où l’on skie. Blancs ou noirs (ou jaunes, soit-dit en passant), nous n’avons, pour la majorité d’entre-nous, qu’une perception lointaine et floue de cet univers et de ses codes : des films (« Les bronzés font du ski », « La femme de mon pote »…), des livres (« Premier de cordée », mais c’est de l’alpinisme et qui lit encore Frison-Roche ?), des photos de pipoles ou d’oligarques à Courchevel dans Public…

Au fond, le ski est une abstraction. Pas exactement un mythe puisque nous connaissons des gens qui le pratiquent « pour de bon » et qu’il peut nous arriver, comme à la famille de « La première étoile » ou à la mienne, d’aller glisser sur la poudreuse au moins une fois dans une vie, mais une abstraction malgré tout.

Ce qui est curieux, pour autant, c’est qu’une activité aussi manifestement mineure puisse avoir le statut, la résonance publique et les privilèges d’une pratique réellement « populaire ». Attention, je ne m’en formalise pas au sens où il s’agirait d’un passe-temps bourgeois indûment surreprésenté dans les médias : si tous les « bourgeois », ou du moins tous les gens qui ont les moyens de passer une semaine à la neige de temps à autre décidaient de le faire, le ski serait effectivement un sport de masse.

Mais je m’étonne qu’un si grand nombre de gens pour qui il est aussi exotique que, disons, la pêche au gros ou le lancer de tronc d’arbre, puisse jouer le jeu avec autant d’enthousiasme.

Suivre la « descente » en attendant l’épreuve de montée ?

Car enfin qui, parmi tous ces gens n’ayant jamais posé un orteil à La Plagne, à Risoul ou à Avoriaz (oui, oui, je connais même le nom de toutes les stations, comment faire autrement !) mais ne loupent aucun compte-rendu du service des sports de France Télévision, s’y retrouve entre les soixante-douze types de disciplines recensées à Vancouver ? Slalom, slalom spécial, slalom géant, slalom super-géant et, last but not least, comme s’il existait du ski de montée, « descente »... Vraisemblablement pas grand monde.

OK, il y existe bien quelques enjeux économiques légitimes pour certains pays, France comprise, dont les domaines skiables sont un atout essentiel dans la palette des options offertes aux touristes nationaux ou étrangers. L’hôtellerie, la restauration, la reconversion de populations agricoles isolées, le BTP, l’équipement des skieurs, tout ça ne compte pas pour du beurre (des alpages)...

Mais regarde-t-on par millions, à la télé, une cohorte de Norvégiens ou d’Autrichiens dévaler une piste à toute allure pour soutenir l’industrie française du tourisme en montagne, un peu comme on regarde le Téléthon par solidarité avec les enfants malades ?

Mais peut-être est-ce, plus que le ski lui-même, le hockey sur glace, ou pire, le curling (le curling, franchement…), l’idée du ski qui séduit les foules. Autant que la pureté virginale attribuée à la neige et aux petits chalets montagnards à toit de lauze, le bon air vivifiant, le froid revigorant, les salopettes bariolées, la force tranquillement mitterrandienne des sommets, les chamois insouciants qui gambadent, les petits piolets-baromètres que l’on achète à la boutique de souvenirs…

Zut, il va quand même falloir que je regarde la super descente en slalom à bosses sur France 3, alors ! J’espère seulement qu’il y aura beaucoup de buts.

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  • Guillemette Faure
    Guillemette Faure
    Journaliste
    • Posté à 10h00 le 20/02/2010
    • Internaute 34
      Journaliste

    Mais Hugues, si l’intérêt d’un sport devait être proportionnel au nombre de gens qui le pratiquent, les droits de retransmission des Grand Prix de Formule 1 devraient se vendre deux francs cinquante, non ?

  • Zobi la Mouche
    Zobi la Mouche
    Père au foyer
    • Posté à 10h17 le 20/02/2010
    • Internaute 98854
      Père au foyer

    Je ne sais pas skier et la seule et première fois où j’ai pratiqué ce sport (j’avais plus de 25 ans), j’ai eu vite fait de prendre des snow blade (génial pour débuter pour qui comme moi aime pas se prendre la tête).
    A part les sensations excellentes et enivrantes j’ai plus que détesté l’ambiance des pistes ; les piliers de métal de partout, les brasseries hors de prix aux patrons qui tirent la gueule, les skieurs par paquets de douze qui dévalent les pistes à toute vitesse ipod vissé sur les oreilles.
    J’ai surtout détesté arrivé en haut des pistes et me faire agressé par une musique technoïde bien grasse et primaire que gerbait des hauts-parleurs perché en haut des pylônes. Une horreur...
    Je conçois que ne devait pas être dans la meilleure station qui soit, certes. Mais tout de même !

    Bon, bref ! Le ski et les pistes c’est pas trop mon truc.

    Mais les JO qu’il soit d’été ou d’hiver, j’adore ça. Sauf quand c’est à quatre heure du mat’... Pourquoi ?

    J’ai remarqué que plus je prend de la bouteille, plus j’apprécie les rencontres sportives télédiffusées. Mais surtout ce que j’aime par dessus tout, c’est le direct, le vrai. Et c’est pas le direct d’un talk show tout fier d’avoir un invité border line dont on espère bien qu’il va la franchir, cette limite.

    Le direct dans le sport c’est différent. C’est plus intense, plus vrai, plus réel. Je me souviens de mon prof de ciné qui nous disait que la TV valait le coup d’être regardé pour deux raisons : les JT pour décortiqué les conneries qu’ils racontent, et le foot pour le direct. Il faut croire que cela m’a marqué et que c’est resté.

    Alors pourquoi aimé regardé des JO d’hiver et y voir des gugus pratiqué des sports que je n’ai moi-même jamais pratiqué ?

    Un mélange de plein de petites choses sans doute : blanc-bec né de parents Vosgiens. Amoureux de la neige et de la montagne. Adore le blanc et les jeux lumineux. Apprécie le direct à la TV (quand c’est pas pour nous montré 15 fois le genoux du skieur qui fait des aller-retour autour de la rotule de ce dernier...). L’aura autour des JO (en faisant un paquet de concessions politico-économique). Un peu de tout ça. Mais j’avoue ne m’être jamais posé sérieusement la question.

  • bleuet1
    bleuet1
    espère malgré tout
    • Posté à 10h24 le 20/02/2010
    • Internaute 65892
      espère malgré tout

    Et bien moi, au contraire je préfère les JO d’hiver à ceux d’été.
    Peut-être parce que la plupart des athlètes ne sont pas du tout des stars médiatiques, à l’instar de certains coureurs comme Bolt, et que je leur trouve une grande simplicité.
    Ce sont des gens comme vous et moi, mais qui ont su aller au bout de leur rêve.
    Je regarde les JO par admiration pour ce que la nature humaine est capable de faire d’elle-même.

  • Hugues Serraf
    Hugues Serraf répond à DorianD
    Auteur(e) de l'article Chroniqueur
    • Posté à 11h45 le 20/02/2010
    • Internaute 26641
      Chroniqueur

    Pas seulement : le 100 mètres est surtout un truc pratiqué par des centaines de milliers de collégiens ou de lycéens, du moins lorsqu’ils ont oublié d’imiter l’écriture des parents pour se faire un mot d’excuse et louper le sport.

  • Hugues Serraf
    Hugues Serraf répond à Guillemette Faure
    Auteur(e) de l'article Chroniqueur
    • Posté à 11h52 le 20/02/2010
    • Internaute 26641
      Chroniqueur

    Bof, ça serait pas plus mal...

    Mais le fait que des milliers de gens trouvent passionnant de voir tourner sans fin ces voitures sur un circuit, en sachant pertinemment qu’Hamilton va gagner (avant c’était Schumacher, mais bon c’était un peu pareil) me semble aussi un poil étrange.

    Pour autant, disons qu’il y a tout de même une petite proximité avec les masses : si Ferrari gagne, le type qui roule en Fiat Panda a l’impression de faire partie de quelque chose de plus grand que lui, comme on dit (enfin, de plus grand que sa voiture, ce qui n’est pas difficile...).

  • shillom
    • Posté à 12h52 le 23/02/2010
    • Internaute 22134

    Je suppose que cet attrait est lié à la fascination qu’exerce la montagne sur l’Homme. De tout temps, elle a été dangereuse pour lui, indomptable et sauvage, et ça lui donne une force et une influence démesurée chez le visiteur.

    Personnellement, comme l’océan, la montagne est un lieu qui me donne de l’énergie, un lieu qui remet l’Homme à sa place de grain de sable dans l’univers. Et nous sommes fascinés par ceux qui tentent de la maitriser, sur leur(s) petite(s) planches.

    Et puis, l’air de rien, les skieurs pros sont des passionnés, et semblent bien plus humains que des coureurs de fond par exemple.

    Dernier point, ces sports d’hivers procurent du plaisir, du débutant au pro, et même au non pratiquant, pour le cadre, pour les sensations. Tant d’éléments qui font de ces JO quelque chose qui touche un peu plus les gens que d’autres sports.