Du "blank page syndrome" au "kitchen meeting"

En agence de publicité on aime beaucoup les anglicismes et on ne s’avoue jamais vaincu. Mort à celui qui baisse les bras ou qui est à sec d’inspiration. Alors quand arrive la présentation client et que l’on n’a rien a présenter, on ne va quand même pas annuler pour autant. Pourquoi froisser le clibard? Voilà que se dessine alors le goulayant « Kitchen Meeting ». Concept prétendument importé des States, il a pour but unique et précis un délicat exercice d’équilibriste qui tient en quelques mots: masquer le vide par du faux plein, si possible appétissant.

Pourquoi faire une énième réunion classique sous l’assommante présence d’un austère slide powerpoint quand on peut se la jouer décontracté? On se donne RDV à la cafet’, on prend quelques sandwichs, on déballe les crobards les plus ineptes et les plus inaboutis possibles. On dispose quelques magazines tendance, on remue l’ensemble agrémenté de quelques dossiers de photographes trendy. Et on sert le tout dans le désordre et la bonne humeur.

Noyant le prospect sous des dizaines de pseudo pistes, donnant l’impression d’un festin créatif, d’un banquet « all you can eat » où le client pourra se gaver. Mais finalement il ne se gave que d’illusions, car il ne s’agit que de « dead-ends » et autres angles d’attaques impossibles à finaliser.

Car la vérité qu’il va lui falloir avaler au bout de cette réunion, finalement aussi longue et indigeste qu’une autre, c’est qu’il repartira sans rien de consistant et qu’il devra sans doute inviter à son tour d’une façon originale créative et cool son directeur marketing, pour lui expliquer ou lui faire oublier qu’il n’a rien et que son agence continue le travail dans une ambiance hyper féconde de « work in progress ».


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Numerosix | Prisonnier dans le village global
10H49 08/05/2008

..et on voit le resultat . Apres on se retrouve a regarder d’ un oeil torve dans la rue des panneaux de pub géants « Porno chic tendance » au milieu des méméres a cabas . Ce n’est même plus que ça choque, c’est surtout que ça ne ressemble plus a rien , à part à un dessin humoristique de Sempé ..

 
11H06 08/05/2008

Serait-il possible de metre en ligne une traduction francaise de cet article?

Merci.

 
ira
11H53 08/05/2008

outre le patois insipide nous avons droit à des erreurs… par exemple « Gouleyant » (avec un E).
je ne suis pas allé au bout… superficiel et consternant de vide.

 
Bardamu | difficile
15H23 08/05/2008
 
juliettelucie | expat chez les tulipes, les moulins et l...
10H38 09/05/2008

C’est fou, c’est justement le sujet de l’article… le vide intersidéral

 
12H33 08/05/2008

ben, non, Tophee, le sujet même du papier, c’est le kitchen meeting, pas la réunion de cuisine … la réunion de cuisine n’aurait aucun sens, le kitchen meeting fumeux c’est cool, et non pas … frais.
bien vu. mais le client n’est pas que dans la pub… l’électeur (l’électard?) se laisse enfumer de la même façon, sonné d’agitation, étouffé d’esbrouffe, au son métallique des breloques qu’on lui agite sous le nez, submergé d’intox et de flons flons fumeux, de promesses creuses, de mesures effrayantes, du bruit doré du gain façon bingo de machine à sous - et du silence médusé qui accompagne l’incrédulité à l’annonce des pires nouvelles. la cuisine électotale de la droite néo sonore s’est faite dans la kitchen de l’ump, les pubards hilares qui ont gagné cette élection ont regardé le client repartir super content, il a rien vu ce con, proximité, proximité du backstage, intimité, émotion, ce qu’il veut, l’électard, c’est l’illusion. c’est inimaginable, Tophee, mais ça a marché, pas besoin de traduction …

 
13H24 08/05/2008

La reunion de cuisine n’aurait aucun sens, je suis d’accord avec vous, mais, n’en est-il pas de meme pour le « kitchen meeting »?

Si j’apelle une merde une « piece of shit », devient-elle appetissante par la magie de la langue anglaise?

 
14H58 08/05/2008

oui, l’expression peut être plus appétissante pour les fumeurs de joints … le mot shit est mal choisi, tophee, mais je vois ce que vous voulez dire… meanwhile crocodile (oups! pendant ce temps, éléphant ) pierres qui roulent c’est pas pareil que rolling stones … ni chewing gum, gomme à mâcher …

 
21H23 09/05/2008

Impossible de traduire en français, sinon on s’apercevra que c’est encore plus vide que vide.

 
timiota | (lecteur de Bernard Stiegler)
11H59 08/05/2008

N’est-ce pas la version « pub » du « cognitive overflow syndrom » ? Il existe toujours un accès à 1000000 informations ayant un rapport avec ce qu’on doit traiter, rapport qui peut être lointain au temps du « storytelling ».

On retrouve l’aspect ambivalent (« pharmaka » :poison/soin suivant la dose) de la capacité d’association d’idée de nos cerveaux deprimates évolués, capacité qui peut élever l’esprit ou le « désublimer », et dans ce cas l ‘hypersynchroniser artificellement sur des systèmes qui n’élèvent pas, qui nient les singularités de chacun. Les « bons » systèmes sont ceux ou le receveur peut être mis en position de locuteur dans un « circuit long » (pas forcément du premier coup comme dans ces commentaires !)

Enfin, ce que j’en dis, c’est pour donner envie de lire B. Stiegler à des pubeux à qui le mot « philosophie » (ety son jargon) ne font pas peur ….
(version + trash : « mon enfant n’est pas un coeur de cible », de Ph Desbordes, Actes Sud, 2006 je crois)

 
13H12 08/05/2008

d’acc avec vous timiota, stiegler est à lire et relire, pas spécialement par les pubeux, d’ailleurs, sans oublier qu’il est un excellent communicant lui-même, charismatique et magistral …

 
13H57 08/05/2008

total d’accord pour stiegler!

 
Bardamu | difficile
15H20 08/05/2008

Au singulier, c’est plutôt « pharmakon ».

 
Olif _archipolak | varsolidaire a la bonne cause
12H00 08/05/2008

La publicite s’efforce de vendre du reve, et de susciter le besoin chez le citoyen lambda, et avec ca c’est le marche qui produit le plus de flouze…
Qu’ils appliquent la meme dose de vide dans leur processus de « creation » ne me semble meme pas choquant, ce qui me choque c’est qu’il n’y a pas plus tard que hier, je ne rendais pas compte a quel point ma vie etait vide et denuee de sens sans ce rasoir 28 lames qui fait Huckleberryfin azerty© wifi® 7 » de Polinrubinchtein™.

 
12H33 08/05/2008

c’est exactement l’illustration parfaite de notre société.
L’esbroufe (Cette expression signifie éclat, démonstration pompeuse à propos de rien, annonce bruyante d’une marchandise qui vaut plus ou moins.) avec une énorme pincée d’anglicisme, pour rendre le message abscon, et ceux qui ne comprennent pas prennent un air aussi entendu que ceux qui soit disant comprennent.
On peut faire la même esbroufe tout en français avec des mots très peu usités par le commun des français. j en ai même vu avec beaucoup de mots latins.

résultat de ce genre de conversations : tout le monde a cru comprendre, et a compris ce qu’il a voulu comprendre. Le vendeur a vendu sa soupe.
cela me rappelle une certaine élection dont on a fêté hier le premier anniversaire. :-)

 
ex-riverain | x
19H24 08/05/2008

zisse artikeule iz shit and i do not know how to tell it in many words

 
Gotch | ancien ouvrier de la banque
04H16 09/05/2008

Tout cela pour dire que la pub n’est que ceci : prendre un « truc » par définition invendable, l’enduire d’un déchet animal et faire miroiter au soleil les facettes inexistantes de l’ensemble obtenu. Le tout se vend très cher pour donner l’impression que cela possède une quelconque valeur. On appelle cette opération « valoriser un produit », alors que la solution la plus pertinente serait de l’employer pour fertiliser la terre autour de ses salades. Je ne vous en……nuie plus!

No pub, no TV.

 
Yakafersa | retraité consentant
21H28 09/05/2008

Comment ? personne n’a encore dit :  » c’est avec des trucs pareils qu’on se retrouve avec un gugus comme Sarko aux commandes ? »
Ben voilà  ! c’est fait !
Bonne nuit .

 
stephanemot | Auteur à Séoul
09H13 10/05/2008

Quand on prend le temps de reflechir sur le jargon, c’est qu’on regarde plutot dans le retro que vers l’avant.

Il faut dire que question panorama, c’est pas vraiment follichon.

Meme apres les vagues britanniques, scandinaves, iberes et autres, le landernau continue a fonctionner comme si NYC etait toujours le centre du monde de la pub (peut etre pour les sieges d’adcos, mais plus vraiment au rayon creatif).