21/06/2011 à 18h56

« Une séparation », meilleur film du moment, pour vous aussi ?

Pascal Riché | Redchef Rue89


« Une séparation » d’Asghar Farhadi, 2011 

Une fois n’est pas coutume, notre Bande du ciné ne porte pas sur une sortie, mais sur un film en salle depuis deux semaines : « Une séparation » est un phénomène. Lors de sa sortie le 8 juin, il était distribué dans 105 salles. Ce nombre ne cesse depuis de progresser : 273 salles le projettent cette semaine.

Ce succès est mérité. Je n’ai pas vu, en salle, un film aussi fort depuis assez longtemps (depuis « Un prophète » de Jacques Audiard, je pense). J’en suis sorti essoré, et je sais que je ne suis pas le seul.

Ne vous fiez pas trop à la bande-annonce, bruyante : le film est tout en finesse et en virtuosité. Il raconte l’histoire d’un drame de la vie quotidienne, somme toute assez banal, un conflit entre deux familles.

A partir de là, chacun va développer sa vérité, comme dans les tragédies grecques. Et nul ne pouvant dire qu’une vérité est supérieure à une autre... (Voir la bande-annonce)

Ours d’or et prix d’interprétation à Berlin

Le film est construit comme un thriller : chaque développement bouscule le spectateur et resserre un peu plus le nœud dans sa gorge, jusqu’au dénouement. La maîtrise du cinéaste Asghar Farhadi, dans le déroulé de l’intrigue et dans la direction des acteurs est impressionnante. « Une séparation » a reçu l’Ours d’or et tous les prix d’interprétation à Berlin.

Si l’histoire se passe en Iran, elle pourrait avoir lieu partout ailleurs : ce sont les ressorts fondamentaux des personnages – leur bonne et mauvaise foi, leurs colères et leur désir de pardon, leurs certitudes et leurs contradictions... – qui sont explorés par Asghar Farhadi. En un mot : leur humanité.

  • 29366 visites
  • 72 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • Grande Anse
    Grande Anse
    Homme sans qualité
    • Posté à 19h20 le 21/06/2011
    • Internaute 143691
      Homme sans qualité

    Je ne mets plus les pieds au ciné qu’une fois ou deux par ans. J’ai eu ma dose de très bons films, et je ne supporte plus de voir un navet ou du déjà vu.Précipitez-vous pour voir « La séparation » ! Pour n’évoquer qu’un aspect de ce film incroyablement riche, le rapport parents/enfants y est peint avec une rare vérité, celle des trahisons et désillusions qui font grandir....Ca m’a rappelé (je sais pas pourquoi) « Cria cuervos » de Carlos Saura. Et la fin est terrible...Bon, ben, allez, vous êtes pas encore partis !

  • CyrilM
    • Posté à 19h57 le 21/06/2011
    • Internaute 22596

    je n’arrête pas de penser à ce film depuis que je l’ai vu et l’émotion me prend à chaque fois, quel bonheur que ce film.
    Mais je ne pense pas que l’histoire aurait pu avoir lieu partout ailleurs justement, au final évidement que c’est l’humanité des personnages qui est explorés et qui nous touche, mais la spécificité des tensions auxquelles ils sont exposés dans leur pays participe totalement à la beauté et à la justesse de ce film à mon sens. Dans un autre pays cela aurait été tout simplement un tout autre film. Ils seraient arrivé peut-être au même point mais en utilisant un tout autre chemin, qu’est ce que l’art ? le point d’arrivé ou le chemin ?

  • Xisouthros
    Xisouthros
    Etudiant
    • Posté à 20h32 le 21/06/2011
    • Internaute 130852
      Etudiant

    C’est effectivement le meilleur film du moment. Il dégage une puissance que le cinéma occidental a aujourd’hui du mal à atteindre. Ashgar Farhadi fait partie d’une nouvelle vague artistique iranienne qui monte en puissance au niveau international.

    D’ailleurs, l’Iran devient une puissance artistique et intellectuelle majeure face à un occident dont la qualité des oeuvres ne fait que diminuer.

    Asghar Farhadi ou encore Jafar Panahi pour le cinéma, Zoyâ Pirzäd ou Fariba Vafi pour la littérature. L’Iran, pour notre bonheur, retrouve sa grandeur intellectuelle et artistique, grandeur héritée de ses illustres poètes comme Omar Khayyam et de ses monuments de la littérature comme « les mille et une nuits ».

    A voir absolument également, « A propos d’Ely », second film de Farhadi sorti il y a deux ans. Réalisateur exceptionnel.

  • Slovan
    Slovan
    Baroudeur
    • Posté à 21h32 le 21/06/2011
    • Internaute 63535
      Baroudeur

    Film admirable, simple, touchant, complexe, gracieux, rude, un petit bijou, que dis-je, une merveille !
    Courez le voir !

  • Pascale.K
    Pascale.K
    Pour une gauche à gauche !
    • Posté à 21h34 le 21/06/2011
    • Internaute 104099
      Pour une gauche à gauche !

    Je suis allée voir ce pseudo « chef d’oeuvre ». J’ai vraiment pensé être passée à côté du film et en lisant en détail les critiques, je me suis rendue compte que j’avais bien tout compris. Pour moi, ce n’est pas un chef d’oeuvre. Est ce le meilleur film du moment ? Je ne peux comparer qu’avec Le chat du Rabbin que j’ai largement préféré au 1er même si la comparaison est un peu bizarre tellement les genres sont différents.

  • beral
    • Posté à 11h26 le 22/06/2011
    • Internaute 37914

    Je suis allé le voir hier soir et je reste sur une impression très forte (effectivement pas loin de celle qu’a pu me laisser un prophète) mais très ambigüe. Voilà pourquoi.

    Il faut dire à ceux qui ne l’ont pas vu que ce film n’en est presque pas un si l’on a pour référence le cinéma hollywoodien, manichéen et transcendant auquel on est habitué. C’est un quasi documentaire, un « strip-tease » à l’iranienne (je mesure l’incongruité du rapprochement rassurez-vous) duquel on sort un peu lessivé, harassé par l’impossibilité de dégager la moindre certitude d’une situation inextricablement embrouillée qui a la complexité de la vie, et qui nous laisse un peu poisseux, incertain mais - c’est certain - pas indifférent.
    Tout le monde y a ses raisons, sa bonne et sa mauvaise foi, ses a priori. C’en est éreintant de réalisme et de complexité. D’autant que le scénario se joue de nous à plusieurs reprises, et prend un malin plaisir à nous suggérer des convictions pour mieux les effriter par petites touches au fur et à mesure.
    Finalement, le personnage qui appelle le plus d’empathie c’est le juge. Voilà, pour moi, ce film, c’est « vis ma vie » de juge de proximité en Iran et démerde toi avec un sac de noeud rendu encore plus complexe par la bigoterie et les injustices sociales, sans que rien ne te permette de te rattacher à des schémas simplistes.
    C’est très instructif, c’est fort, c’est passionnant, mais c’est aussi très particulier et je ne suis pas certain que c’est ce que tout le monde attende du cinéma. En fait, ce film, loin de vous abstraire du réel et de vous faire rêver, vous englue jusqu’aux oreilles dans la mélasse d’un quotidien poisseux et vous laisse baigner dans l’inextricable relativisme de la vie, qu’elle se passe en Iran ou ailleurs. Bref, c’est une tranche et une leçon de vie ; c’est très fort mais ça peut laisser un peu mal à l’aise. Je ne le recommanderais pas à tout le monde... et ça n’a rien à voir avec du snobisme intello attention ! c’est seulement un genre à la fois très réaliste et anti-manichéen. Il faut aimer se prendre ça dans le gueule.

  • beral
    • Posté à 11h26 le 22/06/2011
    • Internaute 37914

    Je suis allé le voir hier soir et je reste sur une impression très forte (effectivement pas loin de celle qu’a pu me laisser un prophète) mais très ambigüe. Voilà pourquoi.

    Il faut dire à ceux qui ne l’ont pas vu que ce film n’en est presque pas un si l’on a pour référence le cinéma hollywoodien, manichéen et transcendant auquel on est habitué. C’est un quasi documentaire, un « strip-tease » à l’iranienne (je mesure l’incongruité du rapprochement rassurez-vous) duquel on sort un peu lessivé, harassé par l’impossibilité de dégager la moindre certitude d’une situation inextricablement embrouillée qui a la complexité de la vie, et qui nous laisse un peu poisseux, incertain mais - c’est certain - pas indifférent.
    Tout le monde y a ses raisons, sa bonne et sa mauvaise foi, ses a priori. C’en est éreintant de réalisme et de complexité. D’autant que le scénario se joue de nous à plusieurs reprises, et prend un malin plaisir à nous suggérer des convictions pour mieux les effriter par petites touches au fur et à mesure.
    Finalement, le personnage qui appelle le plus d’empathie c’est le juge. Voilà, pour moi, ce film, c’est « vis ma vie » de juge de proximité en Iran et démerde toi avec un sac de noeud rendu encore plus complexe par la bigoterie et les injustices sociales, sans que rien ne te permette de te rattacher à des schémas simplistes.
    C’est très instructif, c’est fort, c’est passionnant, mais c’est aussi très particulier et je ne suis pas certain que c’est ce que tout le monde attende du cinéma. En fait, ce film, loin de vous abstraire du réel et de vous faire rêver, vous englue jusqu’aux oreilles dans la mélasse d’un quotidien poisseux et vous laisse baigner dans l’inextricable relativisme de la vie, qu’elle se passe en Iran ou ailleurs. Bref, c’est une tranche et une leçon de vie ; c’est très fort mais ça peut laisser un peu mal à l’aise. Je ne le recommanderais pas à tout le monde... et ça n’a rien à voir avec du snobisme intello attention ! c’est seulement un genre à la fois très réaliste et anti-manichéen. Il faut aimer se prendre ça dans le gueule.

  • David Langlois-Mallet
    David Langlois-Mallet
    Explorateur & reporter
    • Posté à 11h53 le 22/06/2011
    • Internaute 111275
      Explorateur & reporter

    C’est un film dur, mais d’une finesse merveilleuse.

    Il montre comment le choc d’une séparation se réfracte à l’ensemble des relations et des situations alentours.

    Si le vrai mobile de ce divorce reste comme de juste assez obscur (et peut-être même futile), ses conséquences sont innombrables et difficile à mesurer. Aucun des deux époux ne cèdera et le bon sens de l’enfant, témoin impuissant engagé dans les deux camps, n’y fera rien.

    C’est sûrement un très grand film, mais il y a eu cette année Le Discours d’un Roi et surtout Incendies. Si « Incendies“avait la dimension d’une tragédie antique portée dans le Liban contemporain, ‘Une Séparation’ appartient à un autre univers mental, l’esprit persan n’est pas l’esprit grec.

    S’ll y a dans ‘Incendies’ la puissance d’une dimension éthique, philosphique, ‘Une Séparation’ nous apporte quelque chose de rare. La compréhension minutieuses de tous les liens qui unissent un désordre ‘privé’ avec les grands désordres, politiques, sociaux, religieux d’une société.

    Un effet papillon qui m’a pour ma part laissé avec des larmes pleins les yeux.