07/02/2010 à 15h29

« C'est parti », Besancenot héros de cinéma (malgré lui)

Olivier De Bruyn | Journaliste

Pendant plusieurs mois, Camille de Casabianca a suivi au plus près la naissance du Nouveau parti anticapitaliste (NPA). Résultat : un documentaire passionnant, cocasse, instructif... En haut du casting, un certain Olivier Besancenot.

Mais d'abord, une scène marquée par un peu d'humour et beaucoup de tristesse, à moins que ce ne soit l'inverse... Des filles et des garçons vident leurs bureaux. Sous des piles de vieux journaux et dossiers poussiéreux, ils retrouvent des traces d'un passé révolu.

Comptes-rendus antédiluviens, notes éparses. Un type raconte : « Y a des trucs qui croupissent ici depuis vingt-cinq ans. ». Plus le temps de faire le tri : les vieilleries passent par la fenêtre et atterrissent dans une gigantesque benne postée sur le trottoir.

Krivine, Besancenot, Weber... disent adieu à un monde ancien

La scène se situe à Montreuil. Et ceux qui font le vide pour cause de déménagement sont les permanents de la Ligue Communiste Révolutionnaire, auto-dissoute pour donner naissance au NPA, le Nouveau parti anticapitaliste.

Bientôt, des visages familiers apparaissent. Les plus connus ? Ceux d'Alain Krivine et Olivier Besancenot. L'ancien et le moderne, se retroussant les manches de concert pour que le processus de rénovation suive son cours. Pas une mince affaire.

D'un meeting à la Mutualité à l'université d'été à Port-Leucate en passant par un débat musclé à la fête de l'Huma (guest star : Henri Weber, ex de la Ligue reconverti en inconditionnel de la realpolitik), on croise des anonymes, sympathisants de la première ou de la nouvelle heure, et des personnalités historiques du mouvement. Daniel Bensaïd, décédé il y a peu, ou Pierre-François Grond, la figure montante.

Le film enregistre les grandes résolutions et les petits tracas des uns et des autres. Le trivial se mêle à l'idéologie. La crise de rire à la prise de tête. (Voir la bande annonce).

Un film d'entreprise ? Une fiction militante ? Deux fois non. Si Camille de Casabianca, la réalisatrice, a incontestablement de la sympathie pour ceux qu'elle observe (« Je ne sais pas faire de films sur des gens dont je me paie la fiole », dit-elle), « C'est parti » ne s'abîme jamais dans les ornières du docu pédago-partisan.

Pour la réalisatrice, une démarche de proximité, mais pas complaisante

Les responsables de la Ligue ont accepté le principe du film, laissé la cinéaste musarder où elle le voulait. Le résultat ne cherche en aucun cas à « vendre » (ou à salir) les couleurs new-look du trotskisme.

Ce qu'enregistre la documentariste est bien plus universel, drôle et passionnant : comment vit un groupe ? Comment rénover une vieille maison ? Comment imposer de nouveaux visages ? Comment résister, aussi, à la starisation du leader ?

Dépourvu de tout commentaire, le film renseigne sur les difficultés de cette gauche-là et, plus généralement, raconte avec un humour ravageur les inévitables tensions agitant une communauté au travail (parti politique, journal, club de foot, en l'occurrence peu importe).

Besancenot donne à voir l'ambivalence de son statut au sein du NPA

La caméra furette partout, parvient à se faire oublier et enregistre des crispations instructives. Ainsi cette scène, qui tombe à pic vu les polémiques du moment, où une nouvelle recrue interroge le NPA sur ses positions vis-à-vis de la religion et du voile. Et essuie une volée de bois vert (de bois rouge) de la part d'une militante fidèle aux racines ultra-laïques de la LCR.

Mais le plus passionnant est niché côté Olivier Besancenot... Il n'est qu'un personnage parmi d'autres de « C'est parti », mais le film, en creux, donne à voir l'ambivalence de son statut dans l'organisation.

Important meeting à venir... Les leaders du NPA cherchent à convaincre Besancenot d'y apparaître. Ce dernier freine des quatre fers. Semble redouter son instrumentalisation au sein même du parti.

Le postier Besancenot aux camarades permanents : « Mais je bosse, moi ! »

Le ton monte. Besancenot évoque son emploi du temps surchargé. Se fâche contre ses potes qui usent de stratagèmes tordus pour parvenir à leurs fins. « Vous me demandez de faire un boulot de merde. »

Un peu plus tard, il lâche même un historique « Mais je bosse, moi ! », en référence à ses activités de postier, comparé à l'emploi du temps de ses permanents de camarades. Ambiance.

Dur, pour l'un, d'échapper à la personnalisation. Dur, pour les autres, de ne pas titiller la touche people quand on a en magasin un type jeune, sympathique, excellent dialecticien. Le film, parmi ses nombreuses richesses, donne à voir ces ambiguïtés-là. Franchement captivant.

► C'est parti de Camille de Casabianca - en salles le 10 février

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  • nemo3637
    nemo3637
    Déchoukeur
    • Posté à 17h11 le 07/02/2010
    • Internaute
      Déchoukeur

    Ce film participe à la réification du NPA, un peu comme un documentaire sur une espèce à un moment t dont on n'est pas sûr de son futur. On a tendance à extrapoler sur ce qui ne serait déjà plus.
    Et c'est vrai qu'il y a un mouvement de l'Histoire.
    Le NPA, comme tous les partis politiques, n'échappe pas à une intégration dans le jeu électoraliste bourgeois.
    On voit ce qu'il en est advenu avec Lutte Ouvrière il y quelques annéesqui avait cru, elle aussi, que « c'était arrivé ». Il y a quand même chez ce type un destin prométhéen poignant. Un héros qui ne veut pas en devenir un, c'est souvent un vrai héros.
    Pourquoi parle t-on moins du Front de Gauche ? Parce qu'il s'agit la d'une gauche « institutionnelle » que l'on connait déjà, qui a même peu ou prou participé au pouvoir ces dernières années. Et puis on aime bien Tintin. Même si Mélenchon se fait pousser la barbe on aura du mal à le prendre pour le Capitaine Haddock.
    Le NPA lui fait Nouveau Propre Actif même si ce n'est peut-être, bien sûr, qu'un cliché.

  • miron
    • Posté à 19h02 le 07/02/2010

    C'est marrant, tous ces visiteurs qui interviennent sans avoir vu le film (et la bande annonce ? ).
    Je l'ai vu lundi , certes en avant première, au Cinéma des Cinéastes , à Paris, grâce à l'ARP (société civile indépendante des Auteurs Réalisateurs Producteurs).
    Questions :
    Est-ce qu'un parti politique aurait laisser filmer ses activités en ses centres de débats stratégiques ?
    Aurait-on laissé filmer un débat très sensible comme par exemple celui de l'intégration dans un parti marxiste d'un engagement religieux (le fichu foulard) compatible (ou incompatible) avec une vision émancipatrice de la politique ? Et ce dans un cadre concret (les « quartiers » d'Avignon).
    Puis celui non moins sensible de la question de la définition aujourd'hui d'un parti révolutionnaire ?
    Enfin, est-ce qu'un parti politique aurait laissé des militant(e)s et des sympathisant(e)s s'exprimer avec cette liberté et humanité qui peut être au fond contre-productive ?
    Et « faire de l'image » aussi, quelquefois, ironiquement ?

    Réponse plus tard.

  • profgryzzli
    profgryzzli répond à Julien83
    • Posté à 19h17 le 07/02/2010

    Critiquer le choix de sujet, à cause d'idées politiques, je trouve ça idiot mais passable.
    Critiquer la réalisatrice sans avoir vu le film, je trouve ça puant.
    Amusez-vous bien au pays d'Avatar et de Terminator, vision 3D et tout et tout...

  • PierreAdrien06-
    • Posté à 19h33 le 07/02/2010

    Besancenot ?

    Bien meilleur pour faire du cinéma que de la politique !

  • psych0Dad
    psych0Dad
    sociopathe
    • Posté à 21h35 le 07/02/2010
    • Internaute
      sociopathe

    Le NPA est une impasse. Tout est dans le nom. C'est un parti ANTI capitaliste. Un vrai parti politique ne se definit pas en fonction de ce qu'il rejette mais en fonction de ce qu'il propose.