Charlotte Gainsbourg, la preuve par deux
Dans « Persécution », Patrice Chéreau met en scène un trio dérangeant et destructeur. Tout en haut du casting, Charlotte Gainsbourg, qui sort parallèlement son nouvel album : « I.R.M ». Oubliez les sirènes hurlantes de la promo, les deux valent le détour...
Charlotte par ci, Gainsbourg par là... En couverture d'à peu près tous les magazines (les féminins et les autres communiant dans le même culte extatique), Charlotte Gainsbourg occupe méchamment le terrain promotionnel. Deux raisons à cela.
Primo, la sortie de son album, « I.R.M », conçu et enregistré avec Beck. Secundo, l'arrivée sur les écrans de « Persécution », le nouveau film d'une institution culturelle à lui tout seul : Patrice Chéreau, auteur cette dernière décennie de fictions auxquelles on peut tout reprocher, sauf leur absence de prises de risques.
Malgré le tintamarre médiatique, toujours un rien exaspérant, les deux événements méritent le détour du regard et de l'ouïe.
« Persécution ». Charlotte Gainsbourg, actrice mystère
Elle s'appelle Sonia et flotte avec étrangeté à la surface d'un film lesté de mauvaises intentions existentielles. Sonia semble n'être jamais tout à fait là. Toujours entre deux voyages, deux appartements, plusieurs états d'âme... Son art de la disparition irrite Daniel (Romain Duris), pourtant ennemi juré de la stabilité.
Un troisième personnage, un trublion inquiétant et obsessionnel inconnu des deux autres (Jean-Hugues Anglade), perturbe encore un peu plus la relation du couple désaccordé. S'imposant dans la maison (et la vie) de Daniel, il cherche à le convaincre de son amour et de l'absolue nécessité de leur union. (voir la bande-annonce
A priori et à première vue, le persécuteur, c'est lui. Sauf que ladite persécution donnant son titre au film s'avère bien plus tortueuse. Certes, celui que le scénario baptise « le fou » ne cesse de donner d'angoissants signes de monomanie passionnelle. « Je t'aime, forcément, tu m'aimeras », dit-il en substance. Mais, l'attachement de Daniel envers sa compagne n'est pas moins retors.
Malgré son pedigree vaguement libertaire et son indépendance forcenée, Daniel ne cesse, en paroles et regards, de réclamer à Sonia des preuves de son amour et de cavaler après des signes tangibles de leur union. Bref, le persécuté est lui aussi un genre de persécuteur.
Les deux récits s'entremêlent, les dialogues s'entrechoquent... Et, au sein de cette histoire sciemment désagréable, c'est le personnage de Sonia qui, par intermittences, attire (un peu) de lumière. « Ce film raconte à quel point la relation avec une personne est difficile, quand on essaie de la construire dans une autonomie mutuelle », déclare Chéreau dans ses interviews, depuis toujours admirateur forcené de Bergman.
À ce jeu tout sauf petit, l'héroïne apporte courage, résistance, une forme de sérénité et, surtout, un mystère permanent. Charlotte Gainsbourg incarne son personnage énigmatique avec une élégance inquiète du meilleur goût. Confirmation, après son sacre en mai dernier à Cannes pour le très controversé « Antichrist », que le noir lui va bien au teint. Jusqu'à la caricature ? Sa carrière à venir dira peut-être le contraire.
► « Persécution », de Patrice Chéreau. En salles le 9 décembre.
« I.R.M ». Charlotte Gainsbourg, interprète éclectique
Dans son cheminement musical plus encore que dans son parcours cinématographique, Charlotte Gainsbourg a vraiment dû se faire un prénom. Elle aurait pu être n'être qu'une « fille de... » parmi d'autres, étouffée par le génie paralysant du père qui, de « Lemon Incest » à « Charlotte for ever », composa pour elle, il y a des lustres, quelques duos brûlants et incorrects.
Mais cela fait bien longtemps que l'« exquise esquisse » n'est plus une gamine sous influence. La chanteuse sait (bien) s'entourer et, surtout, elle ne se contente pas d'appliquer des recettes prévisibles. Trois ans après son album « 5 : 55 », où Air et Divine Comedy figuraient au générique, elle sort aujourd'hui « I. R. M », un album stimulant conçu avec Beck, figure majeure de la scène musicale américaine, dont l'invention et l'évidente influence n'étouffent pas la singularité « gainsbourgienne » de la chose. (Voir la vidéo de son single, « Heaven can wait »)
En quatorze morceaux, Charlotte Gainsbourg et son acolyte mêlent évidence pop, arrangements raffinés et recherches tous azimuts. La chanson qui donne son titre à l'album fait référence aux examens médicaux que l'interprète subit il y a deux ans, suite à un accident cérébral. Les autres compositions, en anglais, sauf deux exceptions, se distinguent par leur brièveté, leur punch mélodique et leur énergie subtile. Sur scène et ailleurs, on attend la suite avec impatience.
► « I.R.M » (Because Music)
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- Sur charlottegainsbourg.comLe site officiel de Charlotte Gainsbourg
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