
« L'Enfer » : résurrection d'un film et du drame de Clouzot
Avez vous jamais vu une Romy Schneider comme celle-là ? Ces images fascinantes sont tirées de « l'Enfer », le film d'un grand réalisateur, Georges Clouzot (« L'Assassin habite au 21 » et « Le Corbeau »…) . Vous ne les avez jamais vues, et pour cause : le film a été abandonné trois semaines après le début du tournage, en 1963. Un tournage maudit, conduit par un réalisateur pourtant au faît de son art.
Les 14 heures de rushes ont été remisées pendant des années. Jusqu'au jour où la veuve du réalisateur, Inès Clouzot, s'est retrouvée bloquée dans un ascenseur avec Serge Bromberg, producteur et restaurateur de film. Ce dernier s'est retrouvé avec 185 bobines d'images « éblouissantes ».

Clouzot n'a pas réussi à réaliser « l'Enfer », qui devait pourtant, selon son ambition, révolutionner le cinéma. Frénésie d'essais en studio, retards, harcèlement de l'équipe, départ d'une des stars (Serge Reggiani) et pour finir, infarctus du réalisateur…
Pour raconter cette extraordinaire histoire, Serge Bromberg s'est associé avec la jeune réalisatrice Ruxandrea Medrea, dont il a produit un premier documentaire « Génération stagiaires ».
Pendant un an, Bromberg et Medrea vont retrouver les témoins du tournage, exhumer des photos, débrouiller les fils délirants de l'Enfer… Et chercher à comprendre les raisons profondes de l'échec du film.
Elles ne vont pas de soi : Clouzot, alors considéré comme un maître du cinéma, pouvait compter sur un budget quasi illimité de Columbia. Il dirigeait deux immenses stars, Serge Reggiani (43 ans) et Romy Schneider (26 ans). Cela ne l'a pas empêché de se noyer.
Le scénario est celui d'un film intimiste : un mari est jaloux de sa femme, jusqu'à l'obsession. Mais Clouzot veut aller beaucoup plus loin, jusqu'à la démesure, comme l'explique Ruxandrea Medrea :
« Clouzot avait une ambition énorme. D'un côté, il voulait raconter une histoire comme il avait l'habitude de le faire, c'est la partie en noir et blanc du film ; de l'autre il voulait tout exploser ! Vraiment : réinventer le cinéma.
C'est dans cette partie là qu'il s'est perdu. Il a commencé à faire des recherches, ce qui a vite tourné à la recherche fondamentale : dans les studios de Boulogne, pendant trois mois, avec trois équipes… Ce qu'il voulait, c'était entrer dans la tête d'un fou, et trouver comment on pouvait montrer à l'écran ce qui s'y passe. Et il s'est perdu… »

On pourra aussi voir l'échec de « l'Enfer » sous un autre angle : Clouzot sent qu'il est arrivé au bout d'une histoire, celle du cinéma qui a précédé la nouvelle vague. Il cherche à se renouveler, à trouver une voie, mais le monde qui s'ouvre n'est plus le sien.
Le mari fou de jalousie, c'est peut-être lui, et l'épouse qui rit, c'est peut-être le cinéma qui fuit vers d'autres modes d'expression. Ni le mari, ni le cinéaste ne savent plus où est le vrai et le faux : ils sont perdus.
Clouzot tournera trois ans plus tard un dernier film, « La prisonnière », que tout le monde a oublié.
► « L'Enfer » d'Henri-Georges Clouzot, en salle le 11 novembre
PS. Allez, voici, pour la bonne bouche, un autre extrait de « l'Enfer » : le mariage de Romy Schneider avec Serge Reggiani. Quel sourire ! (Voir la vidéo)
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De hagalma
18H26 | 11/11/2009 |
Un ange passe. Ange ou démon ? Article qui envie d'en savoir plus.
à hagalma
De Béatrix45
Prof | 00H30 | 13/11/2009 |
Moi j'ai vu des anges :
http://lesseptembriseurs.blogspot.com/2009/11/un-tournage-en-enfer.html
Peut être pas Clouzot par contre...
De ysengrimus
18H41 | 11/11/2009 |
Ne confondons pas "film raté" et film non finalisé. Un an avant, en 1962, on termine, en grandes pompes, ce film:
http://www.ecouterlirepenser.com/textes/pl_ci_longest_day.htm
Est-il pour autant réussi? Ouille ouille...
Paul Laurendeau
à ysengrimus
De Pascal Riché
(auteur)
7
Rue89 | 20H52 | 11/11/2009 |
Mais qui a parlé de film raté?
à Pascal Riché
De ysengrimus
21H31 | 11/11/2009 |
On lit:
"Et chercher à comprendre les raisons profondes de l'échec du film."
C'est ambivalent. On dirait un échec au guichet... Évidemment, le reste de votre papier rectifie clairement l'ambivalence. J'ai décodé:
"Et chercher à comprendre les raisons profondes qui firent que ce film ne fut jamais finalisé."
mais c'est une lecture personnelle.
P.L.
à ysengrimus
De Pascal Riché
(auteur)
7
Rue89 | 23H47 | 11/11/2009 |
l'échec = le fait qu'il n'a jamais été terminé, oui.
à Pascal Riché
De ysengrimus
03H55 | 12/11/2009 |
Tiens donc... Ayant lu votre papier et admiré les documents visuels que vous y avez joint, je m'en doutais un peu, pour le coup.
... oui
P.L.
à Pascal Riché
De GGGG
(r) | 09H06 | 12/11/2009 |
Bonjour Pascal,
J'irai voir ce film, pour passer un excellent moment, très sérieusement. La bande annonce annonce un beau projet de film parodique.
(et je n'aime que les ambiguïtés, ou du moins je donne une large chance à la polysémie)
De Olivier de Bruyn
Journaliste | 19H15 | 11/11/2009 |
Passionnant docu sur un projet-fou... Un truc étrange toutefois: il n'y est jamais fait mention du film réalisé par Chabrol d'après le scénario de Clouzot. Ledit film de Chabrol, également intitulé 'L'enfer' et interprété par François Cluzet et Emmanuelle Béart, respecte à lettre le script de Clouzot et met en scène les séquences imaginées par ce dernier. On peut penser ce qu'on veut de la fiction Chabrol, mais il est assez surprenant que le docu d'aujourd'hui ne l'évoque jamais. A part ça, le documentaire est fascinant de bout en bout.
De JJ Reboux outrageur de poulets
21H27 | 11/11/2009 |
Je n'ai pas vu le documentaire, en tout cas le contraste est saisissant entre les images de la maravillosa Romy et la platitude du film de Chabrol, où malgré des comédiens excellents (surtout Cluzet) et un scenario qui se tenait (pas étonnant, vu que c'était le script de Clouzot), on ne ressentait aucune émotion, ce qui est dommage pour un film sur la jalousie, par essence un sentiment "habité" et donc, il est vrai, très difficile à rendre au cinéma (ce qui fait encore plus regretter que Clouzot n'ait pu aller jusqu'au bout de son projet.
à JJ Reboux outrageur de poulets
De Tyb
(par ici, par là) | 11H21 | 12/11/2009 |
ah ? je l'ai trouvé excellent le Chabrol, personnellement, et justement très habité.
bon ceci dit les images du Clouzot font très envie...
De Alexander Doria
étudiant | 19H17 | 11/11/2009 |
Effectivement l'adjectif "raté" est plutôt inadapté ici. Disons plutôt qu'en faisant un grand saut dans le vide et en pratiquant une véritable tabula rasa du langage cinématographique établi, Clouzot s'exposait de toute manière à réaliser un film maudit. Ce fut déjà le cas d'Intolérance de Griffith (immense échec commercial), du Napoléon d'Abel Gance, ou de la plupart des œuvres de Welles.
Le cinéma est en définitive un art romantique : l'excellence y confine au fragment, à l'inachevé. A l'instar des grands romans du romantisme allemand, les "Heinrich von Ofterdingen" ou les "Lucinde", les échecs de génie ont fait davantage progresser l'art cinématographique que bien des œuvres bien construites.
à Alexander Doria
De GGGG
(r) | 09H09 | 12/11/2009 |
Quand vous dîtes "tabula rasa du langage cinématographique" avez-vous vu un seul film produit par la Nouvelle Vague ?
De obey
:| | 19H42 | 11/11/2009 |
Terriblement beau ces images et magnifique Romy.
De LIVIA
intermittente du spectacle | 21H10 | 11/11/2009 |
C'est très étrange cette extrême modernité pour un film fait en 63 !!!! Les effets de lumières me font presque penser à certains effets spéciaux d'aujourd'hui.... De même que son travail me fait penser à celui de Godart dans ce film qu'il a fait avec tout un tas de caméras différentes (numérique, super 8, 16 mm, 35 etc...) et dont je ne me souviens pas du titre mais qui n'est pas très vieux.....
J'irai voir ce film-docu "montage" ces jours-ci.....
Quant à Romy Schneider, c'est aussi assez étrange de la voir sous ce jour là.... on n'a pas l'habitude de voir Sissi transfigurée en Charlotte Rampling.....;)
De stephanemot
Author & Chief AtoZ Officer | 02H24 | 12/11/2009 |
Les rushes sont hallucinants. Bunuel et Hitch peuvent se rhabiller (moins presse pour Romi)
De geantdefer
(realisateur audiovisuel & cinema) | 08H49 | 12/11/2009 |
C'est peu honorable que de ne pas parler de la prisonnière et des démons qui habitaient clouzot à l'époque....
C'est peu honorable de ne pas parler de la version nulle de chabrol...
quand est que les journalistes feront leur travail plutot que de recopier les dossiers de presse ?
De Bardamu
difficile | 09H44 | 12/11/2009 |
Merci à la Rue, pour cet instant de grâce absolue...
Mais vous devriez légender la magnifique photo de Romy : par contrat, Romy avait spécifié qu'elle refusait de tourner nue.
Clouzot, non seulement la fait tourner nue, mais attachée à des rails de chemin de fer!
Reggiani va sombrer dans la dépression, Romy ne fera plus jamais allusion à ce film cauchemardesque pour elle...
Bref, du mythique, du maudit, tout ce qu'on aime.
Encore merci.
à Bardamu
De hershellgordon
21H45 | 12/11/2009 |
d'accord !
De AC-89
10H36 | 12/11/2009 |
Le grand réalisateur se prénomme Henri-Georges.
De theshadedcucumber
justicier potager | 12H48 | 12/11/2009 |
"Avez vous jamais vu une Romy Schneider comme celle-là ?"
Oui, mais c'est toujours un véritable plaisir ! Ah, Romy !
De alangaja
L´axe du bien est de retour ! | 13H45 | 12/11/2009 |
"au faît de son art"
faîte !!!
voili, voili...
j´adooooooooooore Clouzot !
De Madiran
(Business Analyst) | 19H44 | 12/11/2009 |
un réalisateur pourtant "au faît" de son art !!
Ha ha...Et quel est donc ce faît?
Peut être est-ce le fait (mais sans l'accent)
A moins que l'auteur n'ait simplement voulu dire au "faite de son art"....
En clair vous vouliez dire peut être "au top" ?
On peut s'exprimer dans la langue sans inventer de mots, non ?
Que les auteurs de posts ne regardent pas dans un "dico" cela se comprend tout à fait...
Mais qu'un auteur ne le fasse pas, c'est dommage.
à Madiran
De alangaja
L´axe du bien est de retour ! | 11H27 | 13/11/2009 |
A moins que l'auteur n'ait simplement voulu dire au "faite de son art"...
non, "faîte", bon sang de bois !
De heinpasdeux
Dans l'Oeil du cyclone | 19H49 | 12/11/2009 |
Moi je ne dirai qu'une chose :
L'Enfer c'est pour les autres...Oh! Nom de nom... Romy...