Le plaisant « temps qu'il reste » au Palestinien Elia Suleiman
Voilà un film qui ne plaira ni aux Israéliens, ni aux Palestiniens. A moins, au contraire, qu'ils ne se reconnaissent que trop dans le miroir déformant que leur tend Elia Suleiman, célèbre réalisateur originaire de Nazareth (mais vivant à Paris), en Galilée, et donc « Arabe Israélien » ou Palestinien d'Israël, c'est-à-dire ni réellement israélien, ni plus totalement palestinien…
Parti d'un récit autobiographique simple, sans histoire à raconter, sans rebondissements ni coups de théâtre scénarisés, Elia Suleiman réussit, dans « Le temps qu'il reste », à tracer un portrait impressionniste d'une tranche d'histoire du Proche-Orient. Et de le faire en maniant à merveille l'esthétique, la poésie et le burlesque, ses points forts. (Voir la bande annonce)
Il n'y a que des antihéros dans « Le temps qu'il reste » : pas de combattants mythifiés comme chaque camp, dans cet interminable conflit, passe une bonne partie de sa vie à les inventer pour regonfler le moral de ses troupes fatiguées.
Elia Souleiman n'épargne ni les piètres défenseurs arabes de la première guerre israélo-arabe de 1948, ni les citoyens arabes résignés et déjantés de l'Etat hébreu, ni même les glorieux combattants des intifadas qui ne sont là qu'en murmure lointain, de simples éléments de décor.
Il n'est pas plus indulgent avec les vainqueurs arrogants de 1948, dont il décrit les failles morales, l'impitoyable détermination, et la main lourde de l'occupation. Il termine sur l'inhumanité du mur de séparation avec la Cisjordanie, et une pirouette finale que je me garderai bien de révéler ici.
Le recul d'Elia Suleiman par rapport aux occupants et occupés
Le réalisateur exilé, à qui on devait déjà « Intervention divine » en 2002, porte également un regard tendre mais lucide sur son propre père, éphémère résistant, brisé par l'échec, l'usure et l'absurdité du quotidien ; et sur lui-même. Cet enfant qui se fait engueuler par son proviseur pour avoir qualifié les Américains de « colonialistes », mais observe aujourd'hui d'une manière distante, désabusée et sans fard occupants et occupés.
On retiendra quelques images dont on ne se lasse pas, comme ces magnifiques plans sur le balcon de la maison familiale à Nazareth, véritables tableaux de maître encadrés, ou encore une bande son orientale renversante.
Et puisqu'on en est à la musique, cette scène d'anthologie, vers la fin du film, lorsque des soldats israéliens dans leur jeep tentent d'imposer un couvre-feu devant une boîte de nuit palestinienne, mais se laissent prendre par le rythme de la techno qui s'en dégage. Parfaitement réaliste quand on connait le profil des appelés de Tsahal, qui pourraient se trouver dans la boîte de nuit s'ils n'étaient pas sous l'uniforme…
On retiendra surtout le regard désespéré d'un fils de Terre sainte (Nazareth, impossible de faire plus symbolique…), disposant du recul et de la sérénité nécessaires pour observer les haines et les peurs, et qui préfère s'en tirer en passant par-dessus les murs, littéralement.
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De GWERN
Ex militant du vaste mouvement des ... | 17H59 | 13/08/2009 |
Intervention Divine était déjà une oeuvre d'une maturité évidente !
Le genre de truc qui vous permet de ne pas complètement désespérer du Moyen Orient !
à GWERN
De PIT LE CHIEN
20H36 | 13/08/2009 |
INTERVENTION DIVINE aurait eu la Palme d'Or à Cannes, si, cette année-là, il n'avait pas été politiquement correct aux yeux de certains de l'attribuer à Michael Moore pour son doc anti-Bush.
LE TEMPS QU'IL RESTE, en 2009 à Cannes, semble avoir subi l'ostracisme de la Présidente du Jury…
Elia Suleiman est un grand cinéaste qu'il est inutile de comparer à qui que ce soit (Buster Keaton, Tati, etc… NON ! ) tant son univers et sa manière de filmer sont uniques sur le fond et la forme.
LE TEMPS QU'IL RESTE est sans doute moins grand public qu'INTERVENTION DIVINE mais il est si beau. On a le sourire en permanence tout en étant émus.
Un critique du Monde a écrit « le film cultive une forme d'insurrection par l'esprit, entendez cette façon d'avoir de l'humour avec mauvaise humeur ».
C'est ça et c'est du grand art !
à PIT LE CHIEN
De pythéas.
oui | 22H12 | 13/08/2009 |
La Palme d'Or, en effet, il la méritait largement.
à PIT LE CHIEN
De PIT LE CHIEN
22H49 | 14/08/2009 |
Permettez-moi de me répondre car j'ai écrit une grosse conn….
Ne voyant pas le temps passer, j'ai mélangé les années à Cannes.
C'est « OLD BOY » le chef d'oeuvre de Park Chan-Wook qui n'a pas obtenu la Palme d'Or, sous la présidence de Tarantino, en 2004, au profit de « Farenheit 9/11 » de Michael Moore.
Et, « INTERVENTION DIVINE », en 2002, n'a obtenu « que » le Prix du Jury… ce qui était plus que mérité.
Mais, cette année, « THE TIME THAT REMAINS » … n'a rien eu du tout………Merci Isabelle ……. !
à PIT LE CHIEN
De sara_kane
travailleuse jour et nuit | 01H20 | 15/08/2009 |
Et du coup en 2002, INTERVENTION DIVINE ne méritait plus la Palme d'Or alors qu'en 2004, oui ? Pour rappel, la Palme d'Or 2002 était LE PIANISTE de Roman Polanski. Personnellement, cette année-là, je pense que c'est LE FILS de Jean-Pierre et Luc Dardenne qui aurait dû avoir la Palme…
LE TEMPS QU'IL RESTE n'a peut-être rien eu cette année à Cannes parce que d'autres films étaient peut-être meilleurs ou bien parce que dans ces autres films le ou la réalisatrice s'essayait à un sujet ou à un exercice de style autrement plus périlleux ?
J'ai vu INTERVENTION DIVINE et LE TEMPS QU'IL RESTE. Bien que je trouve LE TEMPS QU'IL RESTE en effet lucide et poétique, j'ai néanmoins été légèrement fatiguée par la bande-son omniprésente et par l'accumulation de saynètes, certes burlesques et/ou touchantes, mais cependant pas toutes indispensables -à mon sens. Au final, j'avoue, j'ai été un peu déçue, d'autant que je connaissais déjà le style du réalisateur, ayant vu par le passé INTERVENTION DIVINE, comme je disais plus haut.
En revanche, il est possible qu'il est nombre de nuances -linguistiques, culturelles- que je n'ai pu véritablement saisir (même si la traduction faisait un effort explicite à cet égard : « La Patrie pour un shekel, Tous les Arabes pour rien ! »).
Je suis curieuse de savoir comment le public palestinien et israélien a réagi en voyant le film…
à GWERN
De Tyb
(par ici, par là) | 09H33 | 14/08/2009 |
Personnellement je m'étais prodigieusement emmerdé devant Intervention Divine hein, les critiques du film était peu ou prou celle de ce nouveau, mais bon une fois devant l'écran bof bof bof, scènes étirées sans but, scénario sans enjeu ni thèse ni rien, humour fade et bien loin de l'emule de Tati décrit dans les pages critiques de journaux j'en baille encore tiens.
Bon celui là a l'air bien mieux.
Je sais pas si je me laisserais avoir une deuxième fois par contre.
De brazz
18H34 | 13/08/2009 |
C'est un peu le Kusturica de là bas, non ? Par contre, pour ma part -mais je dois être un peu idiot ou ramolli par l'age- je pense qu'on en perd probablement la moitié si on ne connait pas la langue… et comme il n'y a pas de synopsis distribué (pour un film de toutes façons un peu onirique), au final on en sort en pensant que ça doit être un bon film, mais… Bizarre que ça me fasse ça alors que pour des tas d'autres films étrangers je n'ai pas eu cette impression, mais c'était peut être un mauvais jour. Enfin, il faut quand même aller le voir !
à brazz
De pythéas.
oui | 22H11 | 13/08/2009 |
Pitié, ne comparez pas Suleiman, qui est un véritable libre penseur, à Kusturica, qui s'est replié sur une pensée disons, plus « orthodoxe ».
De caro
délinquante avérée | 19H13 | 13/08/2009 |
je n'avais pas vraiment envie d'aller le voir, mais cette présentation du film excite ma curiosité et m'incite à aller m'enfermer 1h45 dans une salle obscure.
Merci
à caro
De PIT LE CHIEN
20H45 | 13/08/2009 |
Ce ne sera pas une salle obscure, mais un espace illuminé de tendresse et d'humour, d'images inoubliables
. Suleiman est le seul à pouvoir traiter un sujet aussi dur et grave avec cet apparent détachement mutique et tant de talent.
A noter, dans le rôle de son père, Saleh Bakri,
(au physique de Laurent Terzieff jeune…) un acteur étonnant que l'on n'oublie pas.
A voir vite, car une sortie un 12 Août, ne présage pas une longue durée en salles…
De stephanemot
Author & Chief AtoZ Officer | 03H41 | 14/08/2009 |
je n'ai pas encore vu le film, mais une recente interview du realisateur (un auteur aussi brillant que lucide) avec quelques extraits m'avaient franchement mis en appetit.
il y a un cote chaplinesque et ca semble mille fois plus puissant et caustique que La Vita e Bella.
je crains d'avoir a attendre le DVD. d'ici a ce que ce petit bijou soit programme a Seoul…
De zorbek
06H54 | 14/08/2009 |
L'humour n'a pas l'air d'en être absent, et le point de vue intéressant. Alors, j'essaierai de le voir, merci pour l'article.
De glafouk
08H44 | 14/08/2009 |
Les programmateurs des érections annonces du KarmitzKinopalace d'la bibliothèque ont eut la bonne idée de laisser trainer celle du film DANS la salle où qu'il était projeté… Après avoir eut quelques moments de flottement, j'ai pris soin de vérifier auprès du joli p'tit couple assis à mes côtés, bah « si si, c'est bien la bonne salle… ». C'est un morceau d'pilosité dommage car comme d'hab, certaines jolies images y apparaissent déjà, du coup une heure après on les redécouvre sans surprise…
C'est joli ce qu'il fait ce monsieur… Vraiment… Sur un rythme bien agréab » en plus… Mais, y'a un truc faut qu'il arrête… C'est de vouloir à tout pris caser sa tête (oui je sais, Alfred aussi le faisait, Martin aussi, mais eux ils étaient discret…), non pas que ça fasse mauvais genre (après tout, c'est son machin et ça cause de lui) ou que son faciès soit ingrat… C'est plus au niveau de l'expression que j'bloque… J'veux bien admettre qu'il n'a pas grandi dans un endroit paisible et joyeux… Mais cet éternel regard de canidé pris sur le vif en train de déféquer, sert un peu l'histoire certes, mais au bout d'un moment bah ça agace violent (pourtant j'suis plutôt calme et tranquille comme bonhomme). C'est pas l'premier film où il fait ça, doit y'avoir un truc qui m'échappe…
De leconcombrevert
La vraie vérité >:-)) | 10H30 | 14/08/2009 |
Merci pour cette belle présentation de ce beau film que j'irais voir avec plaisir.
À signaler aussi cette page d'ARTE avec d'autres extraits du film et une interview de Elia Souleiman.
http://www.arte.tv/fr/content/tv/02__Universes/U3__Cine__Cinema/04-Dossi…
à leconcombrevert
De REMARQUEUR -Compte bloque-
freelance | 19H43 | 14/08/2009 |
Je découvre, ça a l'air génial.
Merci pour le lien !
De synarque
Ingénieur | 10H52 | 14/08/2009 |
Vu hier soir, vraiment très bon. Une réalisation irréprochable, des images magnifiques, un humour noir et un rien absurde. Bref, le tableau dressé par Elia Suleiman du conflit Israëlo-Palestinien est surprenant, dans le bon sens. A voir !
De bleuet1
espère malgré tout | 10H55 | 14/08/2009 |
Je ne suis pas tout à fait d'accord avec vous quand vous dites que le film risque de ne pas plaire aux Palestiniens : au contraire, j'ai entendu une journaliste dire que lors de la première projection de ce film, les gens ont beaucoup ri.
De Danniedany
retraitée | 19H14 | 14/08/2009 |
je l'ai vu hier soir !
dès le début on assiste à l'« invasion » israélienne et j'étais accrochée, puis j'ai trouvé un ralentissement, moins d'action, j'étais déçue……. en fait je viens de lire « le nettoyage ethnique de la Palestine » de Ilan Pappe (historien israélien anti-sionisme)
et j'ai réalisé que je venais le voir au cinéma. Ce n'était pas ça ! j'ai réfléchi, non, à l'heure actuelle, il etait iimpossible de montrer tout ce qui est décrit dans le livre, cela ferait une révolution, un scandale -
Elia Suleiman a su faire un film plein de tendresse, émouvant,un des rares qui nous parle de ce beau pays de Palestine, de ces gens dignes et courageux - à nous d'imaginer à travers les scènes qu'il présente la réalité de la vie de ces pauvres gens qui vivent dans un pays occupé, avec un autre peuple qui n'a pas su partager et qui a préféré s'imposer par la force, quel dommage, c'était peut être possible.
il faut aller le voir,