Isabelle Hupert sauve la trop nombriliste « Villa Amalia »

Qui n'a jamais rêvé de tout plaquer ? Isabelle Huppert saute le pas dans « Villa Amalia » de Benoît Jacquot.

Dans le rôle d'une musicienne trompée, elle prend la fuite et abandonne sa vie pour mieux la reprendre ailleurs. Une interprétation que saluent les riverains de Rue89, tout en regrettant le manque de mise en perspective de cette aventure très « bourgeoise ».

Isabelle Hupert dans "Villa Amalia" (DR)

Giuletta s'est sentie particulièrement touchée par la manière avec laquelle le réalisateur retrace la quête de cette femme qui, à 50 ans, décide de tourner le dos à sa vie :

« L'extrême solitude recherchée par cette femme m'a renvoyé à des moments personnels où j'ai vraiment eu l'impression de toucher ces moments-limites où la vie l'emporte, où l'on se sent plus forte, plus vraie aussi, n'ayant plus besoin d'avoir recours aux formes pour dire “non”. »

Pour Djep, malgré le scénario plutôt banal d'une femme trompée par son mari qui remet sa vie en question, le film évite habillement de tomber dans les clichés :

« Ici pas de pathos, pas de bavardage, ni d'insupportables excès ou recherche de boucs émissaires que déclenche d'habitude, du moins dans le cinéma français, le traitement d'une rupture filmée. (…) Les non-dits, la poésie, l'humour subtil d'une Isabelle Huppert qui garde l'allure et le tempérament de ses 16 ans apportent à ce film élégant, idéaliste et somme toute optimiste, une véritable originalité. »

Vos commentaires sont presque unanimes : Isabelle Huppert est magnifiée par la caméra de Benoît Jacquot, même si Charles Mouloud préfère la première fugue de l'actrice dans Les Valseuses. Pour Choupie, la performance d'Isabelle Huppert dans « Villa Amalia » est bien la seule raison qui l'a empêchée de quitter la salle :

« Quel ennui les états d'âmes des riches ! ! Être seule au soleil, dans la Villa Amalia , sans avoir à bosser, moi je signe tout de suite… »

« Un milieu bourgeois sclérosé et verrouillé sur lui-même »

Sur la forme, la recherche esthétique et la narration ont plutôt séduit, mais, sur le fond, le film soulève un vent de critiques. Noémie.parmentier l'a vu en avant première, « au milieu des bobos parisiens ». Pour elle, Benoît Jacquot s'est enfermé dans ses propres clichés. Dans sa « tour d'ivoire », il s'est coupé du reste du monde :

« On est dans la pure captation (sans ce fameux regard omniscient) d'un récit blindé de références à un milieu bourgeois sclérosé et verrouillé sur lui-même. Sur des gens qui ne savent plus quoi faire de leur fric. Il y a quelque chose d'indécent à proposer ce type de récit sur une musicienne frigide dont le frigo est bien rempli, sans proposer de contrepoint ! »

Giuletta ne manque pas de souligner que, si l'héroïne se lance dans cette quête, c'est parce qu'« heureusement, elle a l'argent qui permet ce voyage ».

Pour Steffen louis, « Villa Amalia » est symptomatique d'un cinéma français à tendance « nombriliste » . Il se désole de l'absence totale de mise en perspective sociale et historique :

« Il semble qu'on ne vise plus qu'à flatter chez le spectateur le narcissisme romanesque par l'identification à des personnages coupés de toute consistance et de toute définition sociale. Le nombril est devenu la partie la plus intéressante de l'individu. »

Waldo, lui, trouve au moins un avantage à ce cinéma « nombriliste » qu'il estime uniquement destiné aux bobos :

« La loi Hadopi est vraiment inutile pour ce film : aucun risque de téléchargement. »

7 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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Portrait de karderouge

De karderouge

Artiste autoproclamé | 06H55 | 15/04/2009 | Permalien

Pourquoi faire un article sur une telle daube ? C'est un papier en moins pour des films beaucoup plus talentueux qui n'ont pas la chance d'avoir une telle pub.
J'ai dépensé 7 euros pour ce navet nombriliste, pseudo-sensible et embourgeoisé. C'est emmerdatoire du début la fin, sans relief et sans saveur. ça doit faire longtemps que son réalisateur n'a pas vécu
d'aventures vibrantes dans sa propre existence pour oser fabriquer un tel ramassis de longueurs inconsistantes.
La dernière fois que j'ai ressenti un tel vide c'était devant le film « Une femme française » avec Emmanuel Béard.
A fuir, assurément.

Portrait de Julos

De Julos

ex E.N | 09H01 | 15/04/2009 | Permalien

Juste un bémol sur le « nombrilisme » du cinéma français qui devient la rengaine et le cliché des anti-intellos. Quand le cinéma (ou la littérature) prend le monde extérieur comme sujet, comme prétexte ou comme décor, et qu'il en parle d'une façon enrichissante, je prends, mais il y a aussi un monde, des mondes intérieurs, ceux qui nous font et nous défont, et il y a des artistes qui en parlent bien (Bergman, W. Allen, Doillon etc…) et ça, je prends aussi. En littérature le « nombrilisme » ça a donné Proust ou Joyce par exemple. Excusez du peu ! Même si c'est très exigeant.

Pour résumer, le nombrilisme ne me paraît pas être un critère très opératoire. Le nombrilisme du cinéma français, ça n'a guère de sens pour moi. Il y a les films que j'apprécie, ceux que je n'apprécie pas, et ceux qui ne m'intéressent pas. Français ou pas.

Portrait de noemie.parmentier

à Julos Portrait de Julos De noemie.parmentier

menteuse | 10H22 | 16/04/2009 | Permalien

Le nombrilisme devient malheureusement « un critère opératoire » quand le nombrilisme devient la norme du cinéma d'auteur français.

Portrait de Julos

à noemie.parmentier Portrait de noemie.parmentier De Julos

ex E.N | 16H24 | 16/04/2009 | Permalien

C'est pour cela que j'ai précisé « ne ME paraît pas opératoire », c'est à dire par rapport à… mon nombril à moi !

 ; -)

Portrait de Jack Sullivan

De Jack Sullivan

en boule | 09H20 | 15/04/2009 | Permalien

J'ai vu « Villa Amalia » il y a deux jours et je ne comprends pas trop l'accusation de « nombrilisme » (sur le film comme sur le « genre » de cinéma qu'il est censé représenter). Le film ne se propose que de brosser le portrait d'une femme saisie d'un vaste ras-le-bol par rapport à sa vie, à tout ce qui la touche, il brosse ce portrait et a (justement ! ) le mérite de ne pas nous ensevelir sous les atermoiements et les pleurnichades (j'assume ce néologisme)…
De la même manière les agacements autour du caractère « bourgeois » de cette démarche me sidèrent : est-ce parce que l'héroïne est à l'évidence à l'aise financièrement qu'on décide de ne pas lui pardonner les liasses de billets et sa volonté de tout flanquer à la poubelle sans souci de recyclage ? Pitié, on est au cinéma, et ce film-ci n'affiche aucune prétention au tableau social, il ne se rattache qu'à un vécu émotionnel (et encore, vu de l'extérieur) : il est hors-sujet de lui reprocher de ne pas être un film de Loach, il ne cherche pas à se faire passer pour cela.

Pour ce qui est de mes impressions : je me suis sentie en empathie moi aussi avec cette espèce de réaction de rejet (au sens médical du terme) vis-à-vis de tout ce qui fait une vie, j'ai connu cela, j'en ai reconnu l'espèce de détermination absurde et jusqu'au-boutiste que dépeint (très bien) Isabelle Hupert. J'ai apprécié que Benoît Jacquot ne nous assène pas de longues explications sur les racines de son geste (si ce n'est le parallèle avec le père à la fin), j'ai été éblouie par le mouvement de caméra sensuel allongeant le corps de la jeune italienne auprès d'Hupert, j'ai moins goûté la photographie un peu vert-de-gris du début (un parti-pris sans doute destiné à rendre plus éclatant le contraste avec la luxuriance napolitaine ? ). Je ne suis pas folle de ce film, mais je l'ai goûté.

Portrait de Ballantrae

à Jack Sullivan Portrait de Jack Sullivan De Ballantrae

enseignant | 10H20 | 16/04/2009 | Permalien

Le cas « Benoît Jacquot » demeure en l'état depuis ses débuts dans les années 70 avec le très précieux ailes de la colombe avec une déjà formidable Huppert : un cinéma très distant, très référentiel, obnubilé par un discours « métalinguistique » (le cinéma ne peut parler que de cinéma).
le problème de Villa amalia -comme de La fille seule, de L'école de la chair- n'est pas tant sa dimension « bourgeoise “ (ce n'est pas un critère pour la détestation comme pour l'admiration : on peut aimer et Ken Loach et Desplechin, on peut aimer et Rossellini et Visconti, on peut aimer et Les raisins de la colère et Breakfast at Tiffanie's) que son aspect désincarné, lisse, dénué de véritable vertige (un comble vu le sujet ! ).
Les errances des personnages d'Antonioni avaient une véritable âpreté et le vide qui se creusait en eux ne coincidait pas avec un vide formel chez le cinéaste (revoyez L'aventura, Le désert rouge-visible à Paris- ou encore Profession reporter). L'ouverture vers les possibles d'une nouvelle vie avaient une toute autre gueule chez Angelopoulos (sur un mode élégiaque) ou plus récemment chez Carlos Reygadas (que les internautes voinet s'ils ne l'ont fait le physique, métaphysique, lyrique Japon).
Jacquot s'ennuie avec distinction mais sans inspiration, ce qu'il ne cesse de faire depuis ses débuts : ses exercices d'admiration s'avèrent du coup un peu laborieux… mais c'est le cas de nombreux ex collaborateurs des Cahiers (qui n'ont pas l'ampleur de leurs illustres ainés Godard, Rivette, Truffaut, Rohmer, Chabrol) comme Assayas ou Bonitzer qui, fimant, semblent encore écrire leurs articles.
Parlons plutôt de philippe Grandrieux qui ,avec Un lac, prend de vrais risques formels (encore dans deux salles parisiennes ! ) ou de Tavernier qui, quoi qu'on en dise, aime réellement le cinéma, joue bien plus sûrement son va tout à chaque nouveau film- quitte à se planter parfois- que nombre d'auteurs institutionnalisés par le cercle magique ‘Cahiers-le monde- libération- les Inrocks’ : il se trouve que Dans la brume électrique est une réussite singulière qui mérite le déplacement. Tavernier réussit la greffe américaine sans singer le cinéma qu'il aime et par là réussit à retrouver le sens de la démesure du Nicholas Ray de Wind accross the Everglades. Rappelons que Tommy lee Jones est encore une fois superbe après Trois enterrements et No country for old men, que le sens de l'espace est admirable, que le récit sait épouser le rythme si particulier du vieux sud, que le polar rural, veine plus rare que son homologue urbain, trouve ici un de ses plus beaux fleurons !

Portrait de oursonne

De oursonne

20H39 | 15/04/2009 | Permalien

Tout à fait d'accord avec Jack Sullivan….. J'ai ressenti exactement la même chose….

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