09/03/2009 à 19h49

Avec « Harvey Milk », les riverains boivent du petit lait


C'est certain, la force et la beauté du combat de Harvey Milk ont séduit une majorité de riverains cette semaine. Même si les biopics finissent par en lasser certains, le caractère universel et actuel du message laissé par Gus Van Sant remporte presque tous vos suffrages.


« Harvey Milk » (DR)

Par quoi commencer ? Difficile de trancher, vos louanges concernant chaque aspect du film, du scénario aux acteurs. Et à ce jeu-là, Sean Penn a conquis les riverains de Rue89, qui ne tarissent pas d'éloges à son égard. Steed1 considère que l'acteur oscarisé était taillé pour ce rôle :

« Excellent choix de la part de Gus Van Sant d'avoir pris Sean Penn pour le rôle de Milk. Je n'imagine même pas Tom Cruise dans la peau du personnage. »

Mlab partage cet avis :

« La photographie est sublime (comme toujours chez Gus Van Sant) et les acteurs incroyablement justes. Sean Penn est remarquable. Il est Milk, on n'en doute pas une seconde. Ses gestes, sa diction, ses émotions sont plus que naturels, ils sont “réels'. C'est là toute la force de l'interprétation de Penn. Oscar largement mérité.

Jack Sullivan partage cet avis concernant la statuette :

‘Sean Penn est, lorsqu'il est bien dirigé, un acteur formidable. J'ai été ravie que l'Oscar lui soit décerné’.

Pour autant celle-ci s'avoue lassée des biopics, genre un peu trop à la mode :

‘Il y a juste un peu trop de biopics sur les écrans ces dernières années, et c'est un genre dont je suis peu friande (à de rares exceptions, tel Ali’ de Michael Mann). Peut-être en laissant passer un peu de temps, en laissant s'éteindre la pub et le buzz ? ….”

Pour Pit Le Chien, toutefois, un biopic sur un personnage méconnu reste intéressant de tout point de vue :

“D'accord sur la ‘pénibilité’ des biopics en général, mais seulement lorsqu'il s'agit de personnages ultra connus, lus, vus, etc… Dans le cas d'Harvey Milk, dont je n'avais jamais vu d'images, la combinaison Van Sant/Penn sur une telle cause me semble incontournable…”

Postée vingt minutes avant le gong, l'analyse de Valzeur est comme souvent très poussée. Il est le seul riverain à ne pas avoir aimé “Harvey Milk”, voici quelques uns de ses arguments concernant ce qu'il considère comme une piètre prestation de Sean Penn :

“Sean Penn a vraiment beaucoup de chance d'être mis en scène par un réalisateur homo qui cautionne de fait son ‘interprétation’, car ce qu'il fait à l'écran tient de la performance besogneuse et de mauvais goût - une constante de son parcours. Son idée de Milk, c'est :

- de petits moulinets de poignet incessants
- un regard humide de Droopy chassieux
- minauderies et sourires mécaniques en veux-tu, en voilà.”

L'aspect contemporain du message porté par le film a touché plusieurs riverains. Mastrono rappelle les récents événements californiens défavorables aux homosexuels :

“D'ailleurs, non content de nous replonger avec brio dans l'univers des années 70 en Californie, Gus van Sant nous montre à quel point son film est encore d'actualité aux Etats-Unis : voir récemment le combat des religieux en Californie pour faire abolir le mariage homosexuel.”

Nonoostar, lui, fait le rapprochement avec le tout récent projet de loi concernant les droits de couples homosexuels en France :

“C'est assez marrant que ce film sorte au moment où Nadine Morano a eu la bonne idée d'annoncer un projet de loi qui donnerait une sécurité légale et juridique à un enfant élevé dans une famille recomposée ou un couple homosexuel, ce qui fait pousser des cris d'orfraies à un bonne partie de la droite (Boutin en tête) qui s'insurge contre la reconnaissance de la famille homoparentale… Et quand on entend les arguments opposés à ce projet de loi, c'est peu dire que le combat d'Harvey Milk a encore un sens.”

Enfin Padiran va encore plus loin. Plus qu'un combat pour la communauté gay, le film est, selon lui, un appel à la reconnaissance des minorités :

“Tout ce qui peut faire avancer la cause des ‘minorités’, qu'elles soient sexuelles ou etniques ou sociales ne peut qu'être le bien venu.”

A force de louanges, ceux qui ne l'ont pas encore vu peuvent se demander si le film ne donne pas parfois dans le cliché sans saveur. Ce que dénonce Valzeur :

“En deux mots, Van Sant mâche tellement le travail d'identification du spectateur à ses personnages gays tous sages et bien mis que son film a le gland qui pendouille. Comme si chaque représentation de l'homosexualité - à fortiori hollywoodienne - devait être encadrée et transmuée en spectacle digeste à l'hétérosexuel.

‘DLB nous fait le bon vieux coup du regard rétrospectif -le testament enregistré qui déroule tous les flash-backs - affreuse structure vue partout depuis dix ans, la dernière fois dans Benjamin Button'. Hésitant entre individu et communauté, le film n'est convaincant ni d'un côté ni de l'autre. Le portrait de Milk se limite aux dix années d'activisme de sa vie et induit le regard porté sur lui : Milk, dans le film, est un militant gay et rien d'autre.’

Laissons le mot de la fin à Mlab, qui résume bien la plupart de vos commentaires :

‘'Harvey Milk’ est un acte de mémoire nécessaire pour maintenir notre vigilance à l'encontre des discriminations et des répressions, qu'elles soient des actes isolés ou pire, légiférées. Ce qui ressort de ce film c'est énormément d'amour, de générosité et d'humanité. Milk a fait don de sa personne, entièrement. Merci à Gus Van Sant et à Sean Penn de lui avoir rendu cet hommage.”

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  • Séo
    Séo
    Etudiant
    • Posté à 20h02 le 09/03/2009
    • Internaute
      Etudiant

    Gus Van Sant s'impose décidément comme un réalisateur incontournable. Et pour ceux qui avaient des doutes vis-à-vis de Sean Penn...

    Un film qui n'a que plus de signification lorsque l'on connaît le contexte actuel et que les Etats-Unis ont refusé de signer la charte de dépénalisation universelle de l'homosexualité. La critique de Milk est sur le webzine KUB3 : Lien

    Brillant.

    • Ballantrae
      Ballantrae répond à Séo
      enseignant
      • Posté à 09h43 le 10/03/2009
      • Expert
        enseignant

      Comme l'a dit fort justement Valzeur, il y a dans ce biopic une forme de timidité étonnante de la part de Gus Van Sant. On pourrait objecter que, compte tenu du combat militant, il s'agit de « lisser “ pour le plus grand nombre un univers qui risquerait de choquer. Mais bon , il serait dommage que ce Harvey milk amorce un formatage tel que put le connaître spike Lee avec Malcolm X qui me semble proche de la déception Milk.
      GVS a tout de même réalisé le sublime et hypnotique Gerry qu'on ne saurait trop conseiller aux internautes (à voir sur grand écran, histoire de se laisser absorber par le décor comme les personnages... sinon disponible chez MK2)puis les intrigants Elephant ou Last days (avec , pour ma part, une préference pour celui-ci : la création du morceau ou la citation du Velvet confinent au sublime) et, ‘autrefois’ il fut l'auteur des mémorables Drugstore cow boy puis My own private Idaho (une vraie expérience sensorielle là aussi).
      L'importance de GVS se joue là et non dans Forrester (Valzeur, c'est malhonnête d'en faire un objet semi eastwoodien ! ! ! ) ou encore Will Hunting. Il est rare qu'un cinéaste américain cite Bela Tarr ou Sokourov ( deux de mes cinéstes favoris en activité)comme des références de chevet et prouve en plus qu'il a su les ‘repenser’ dans une optique pleinement américaine : à savoir appréhension d'un espace ouvert aux possibles et confrontation aux mythologies (le rock, les armes, la frontière).
      Le biopic est devenu un genre redoutable. Peu de réussites dans ce domaine ces dernières années hormis Bird d'Eastwood (celui-là , Valzeur, il est tout de même admirable : construction, choix de photographie, interprétation, travail sur le son) et Ed Wood de Burton... dans une moindre mesure Aviator de Scorsese possède ses moments de grâce. Harvey Milk se situe quelque part entre le lourdaud Malcolm X et le très propre sur lui Truman Capote (lui aussi taillé sur mesure pour les oscars). On est loin du lyrisme fordien de Vers sa destinée consacré aux jeunes années de Lincoln.

  • LaptiteBlan
    LaptiteBlan
    dilettante
    • Posté à 20h32 le 09/03/2009
    • Internaute
      dilettante

    Lien

    Vivement un Harvey Milk en France pour rester vigilant face aux bigots !

  • chente
    chente
    carbobilanisé
    • Posté à 23h17 le 09/03/2009
    • Internaute
      carbobilanisé

    Harvey Milk, ouais, ça fait du bien de réapprendre une histoire oubliée. Mais bon, les images sont belles, Sean Pen est merveilleux, comme d'hab, mais bon, bof.
    De toute la semaine dernière, le palmarès revient à Gran Torino, talonné par Welcome, et complètement dépassé par « La journée de la jupe » que je viens de voir en avant première au Melies, à Montreuil 93. Alors là, un bijou est en chemin.

    • Julos
      Julos répond à chente
      • Posté à 11h00 le 10/03/2009

      Je suis d'accord avec vous, pour Gran Torino. Je n'ai pas encore vu « Harvey Milk », mais ça va se faire. Sinon, ce que j'ai perçu pour l'instant du « Welcome » de Lioret me donne envie de soutenir ce film, en y allant.
      J'ai notamment vu Lindon face à Besson chez Taddeï (ce soir ou jamais), je l'ai trouvé très bon et peut-être le plus pugnace et déstabilisant face au bloc de suffisance et de cynisme du sous-ministre néo-sarkosiste.

  • mathieu com
    • Posté à 08h17 le 10/03/2009
    • Internaute
      blik

    merci pour ces critique cinemas sur Rue, ca m'aide a me faire un pti casting, des imenquable, pour le moment ou je serai libre d'aller au cine..
    et pourquoi ne pas faire de meme avec le Livre ?

    • Arnaud Aubron
      • Posté à 01h50 le 11/03/2009

      On y pense, mais pour être complètement honnête, on hésite sur la meilleure formule pour ça. Une idée ?

  • Seydou Yéké
    • Posté à 09h50 le 10/03/2009

    Jean-Marie Straub était hier à la Cinémathèque pour présenter son nouveau film (sortie prévue en salles). Nonobstant le poujadisme (inattendu) d'une partie du public, c'était émouvant de le retrouver. Le film est beau. C'est son « Femmes entre elles » à lui ; il reste à revoir celui d'Antonioni (personne n'en a parlé dans la salle). La seconde version de « Itinéraire de Jean Bricard » (dernier Huillet & Straub) est sublime. Le voyage en bateau à moteur autour de l'île (quelqu'un a évoqué « Partie de campagne » de Jean Renoir) est leur entrée à eux en gare de La Ciotat ; je n'avais jamais vu un film pareil !

  • bleuet1
    bleuet1
    espère malgré tout
    • Posté à 10h02 le 10/03/2009
    • Internaute
      espère malgré tout

    Article intéressant, mais je pense qu'il eût été utile de donner une définition pour « biopic ». Je le sais parce que je suis angliciste, mais je pense que la plupart des gens ne le devinent pas comme ça.

    Ce n'est pas de l'ignorance, c'est juste que le monde du cinéma a un langage bien a lui, truffé de termes anglais. Il serait bon que l'on sache de quoi on parle, sinon cela donne l'impression de discuter dans un petit club fermé d'initiés, et je pense que ce n'est certes pas le but d'un site tel que Rue 89.

    • Arnaud Aubron
      Arnaud Aubron répond à bleuet1
      • Posté à 01h51 le 11/03/2009

      Vous avez entièrement raison. Vous trouverez tout sur les biopics ici :

      Lien

    • Seydou Yéké
      Seydou Yéké répond à bleuet1
      • Posté à 10h26 le 13/03/2009

      @ bleuet1

      Vous savez que la toile est un jeu pour les cinéphiles.

      Un biopic est la transposition de la vie réelle d'un personnage public dans une fiction. Pour réussir un biopic, un producteur doit trouver un scénariste de talent et l'intéresser à son projet (lui apporter du pouvoir, du prestige, et lui fournir beaucoup de femmes si on prend en compte la dévaluation rapide de l'économie). Or un bon scénariste perd sa valeur s'il se plie au cahier des charges du producteur sans s'approprier la commande. Vous savez peut-être, dans un domaine proche, que Skorecki a refusé une offre du nouveau Playboy.

      Le producteur rencontre d'autres écueils. Par exemple, un biopic réussi n'a rien d'hagiographique : on oubliera vite « JFK » (Oliver Stone) – mais tout le monde connaît « Le Dictateur » (Chaplin) ou ses équivalents romanesques comme « Son Excellence Eugène Rougon » (Zola). On sait aussi, au moins depuis « La Vraie Vie de Sebastian Knight » (Nabokov), que toute entreprise de biopic est plus ou moins foireuse – sauf « Opération Shylock » (Roth), puisque ce n'est pas un biopic – et la vie de Beckett (ou de Pynchon) est de ce point de vue un biopic réussi.

      Bref, je reconnais qu'il est sans doute difficile d'assurer une bonne rente de situation aux descendants d'Hugues Capet quand on leur propose un miroir aux alouettes. Les romans de John Le Carré en témoignent.

      Bonne chance pour votre CAPES. Les anglicistes de talent se font rares.

  • Bruno Rèbufie
    • Posté à 11h28 le 10/03/2009

    Même si le film m'a laissé sur ma faim, il n'est jamais inutile de rappeler que ce genre de personnages existent.
    Milk, si je me souviens bien fait partie des 100 qui ont « fait » l'Amérique selon le Times.
    Par contre, pour avoir connu la fin de cette période en Californie, l'atmosphère est plutôt bien rendue. Un peu idéalisée et proprette mais fidèle.
    Les tags d'alors étaient : Libertaire, pétards, disco, chemise à carreaux, expérimental, sexe, révolution. C'était plutôt marrant.

    Je retire de ce film une chose qui rassure. Qui se souvient d'Anita Bryant ? La Christine Boutin de l'époque. Personne ou peu de gens. Elle et son « combat » sont tombés dans les limbes de l'histoire, tant ils étaient rétrogrades et pas dans le sens de l'histoire.
    Ceci ne devrait pas manquer d'arriver à la Ministre. Qui se souviendra d'elle dans 20 ou 30 ans ? Hormis un petit noyau d'historiens spécialistes ? Personne.

    Et puis Milk dit dans ce film que « Seule la vérité est révolutionnaire ». Voila qui va bien dans le sens de notre site préféré, non ?

  • AlcoOri
    AlcoOri
    ingenieur
    • Posté à 12h08 le 10/03/2009
    • Internaute
      ingenieur

    Valzeur voit en la facon d'interpreter Milk de Sean Penn une « performance besogneuse et de mauvais goût ».
    Je vois au contraire une performance tres juste. Je me base sur les images d'archive d'Harvey Milk que j'ai pu voir. L'interpretation de Penn est proche du personnage en lui-meme. On reproche au film d'avoir ete assagi pour le public hetero, certes, mais il faut aussi voir que la communaute homosexuelle est compose de tout un panel de gens tres differents. Les homo faisant des moulinets du poignet, ca existe. Les homos se comportant « comme des heteros » ca existe aussi.
    Alors certes il n'y a pas d'orgie a l'ecran, mais pour autant je ne vois pas en quoi le film presente une vision epuree et propre des homos. Etant moi meme gay, j'ai cotoye aussi bien des gens « bien sous tout rapport » que d'autres qui passent leur temps a boire, faire la fete et se droguer. C'est la realite et il faut en etre conscient.

    Quant a critiquer le fait que le film ne couvre que le Harvey militant, je ne saisi pas bien la validite d'une telle critique. Le film etant sur le combat de Milk, je vois mal pourquoi il aurait couvert une autre partie de sa vie.