« Slumdog Millionnaire » relance le débat sur la misère au cinéma

Extrait de 'Slumdog Millionnaire' de Danny Boyle (Pathé distributions)

L'histoire de Slumdog, jeune misérieux indien débarqué dans « Qui veut gagner des millions ? », est-elle réjouissante ou indécente ? La question a divisé les riverains de la Bande du ciné.

Lorenzo68 rappelle la trame du film :

« Un jeune Indien des milieux défavorisés de Mumbai se trouve sur le point de gagner 20 millions de roupies à l'émission “Qui veut gagner des millions ? '.

‘De son enfance dans les bidonvilles jusqu'à sa participation à la célèbre émission télévisée, une parabole sur le destin’ avec des ‘flash-backs nous permettant de comprendre comment ce pouilleux des bidonvilles’ (le slumdog du titre) a pu répondre correctement à toute une batterie de questions de plus en plus pointues.”

“Parlez-nous des cadavres”

Que l'on s'emballe pour le tonus, les couleurs et musiques du film, que l'on mette en scène une émission de télé à paillettes agace Agaguk :

“Parlez nous des cadavres qui jonchent les rues de certaines cités et pourrissent a la vue de tous,

Parlez nous de ceux qui récupèrent les dents et les os de ces mêmes cadavres et qu'on retrouve sous forme de poudre chez nos dentistes occidentaux….

Parlez nous du karma…

Mais ne me parlez pas de ‘Qui veut gagner des millions ?

On habille toujours la misère sous des couleurs chatoyantes et des chants mimant le bonheur parce qu'il y a peu pour remplir l'estomac…’

La place indispensable de ‘Qui veut gagner des millions ? ’

‘L'émission de télé est au contraire très importante’, lui répond Lemmy_Nothor :

‘L'attitude condescendante de l'animateur, ses blagues sur le statut du participant, ses doutes sur son honnêteté…. Ne pas oublier qu'il ne participe uniquement parce qu'il sait que Latika est sûrement rivée devant sa télé et que dans une ville de la taille de Mumbai, c'est vraiment son unique chance de la revoir. Il se fout du fric… C'est elle qu'il cherche.’

Même analyse de JDep :

‘Le plus gênant, dans l'esprit des producteurs de l'émission, n'est pas que Jamal (Dev Patel) gagne, mais qu'il soit assez instruit pour cela. Il a triché, indubitablement. Il a donc droit à cet autre interrogatoire, en coulisse et musclé, qui sera le pivot du film, habile prétexte à revenir sur les épisodes de la vie d'un des plus pauvres spécimens terrestres.

Chacune des réponses du pouilleux’ est décortiquée sur écran, chaque regard, pour situer l'éventuel complice. Et à chacune de ses réponses, qu'il doit expliciter, va correspondre un épisode de son histoire.

Episodes éprouvants, car ce que vit un enfant des bidonvilles dépasse ce dont sont capables nos imaginations douillettes : expéditions ‘punitives’ injustifiées mais légales, passages à tabac d'enfants qu'on exploite, qu'on mutile pour augmenter leurs ‘performances’ de mendiants, dans l'indifférence d'une population tellement habituée à la misère que seul un touriste y prendra garde…”

Micro-caution documentaire

Pour Valzeur, cela ne justifie pas les méthodes du réalisateur :

“On n'a rien contre les ‘divertissements populaires de qualité’, encore faut-il qu'ils respectent l'environnement ou, au minimum, une vague éthique de cinéaste. Et dans le cas de Boyle, on peut clairement s'asseoir dessus.

Voir de vrais enfants des bidonvilles apporter une micro-caution documentaire et payer de leur personne dans ce conte lénifiant qui fait d'un moins que rien une icône télevisuelle, un millionnaire aimé et un amoureux comblé après moults rebondissements outrés, c'est un peu fort de café.”

Pour Mathieu Tuffreau, le traitement est justement adapté au fond et le film s'inscrit au croisement du cinéma bollywoodien et de la réalisation de Danny Boyle :

“Du cinéma bollywoodien, Slumdog garde la formidable énergie, l'humour et la structure de conte de fée, en ancrant davantage le film dans le quotidien des plus pauvres : enfer des bidonvilles, trafic d'enfants condamnés à la mendicité, police corrompue par les puissants, massacres de Musulmans par les Hindous, etc.

Danny Boyle a gardé de ses premiers films (‘Trainspotting’, ‘La Plage’) le goût pour les histoires déconstruites, les angles recherchés et le montage rapide. Ces trois dimensions épousent parfaitement les bouleversements incroyables que l'Inde est en train de vivre, où des bidonvilles laissent la place à des quartiers d'affaires et de haute technologie en l'espace de quelques mois.”

Ne sortez pas trop vite, vous conseille Lorenzo68, “ce serait un crime de quitter la salle sans assister à l'extraordinaire générique de fin, véritable hommage aux films bollywoodiens à travers une danse galvanisante en diable”.

Photo : extrait de “Slumdog Millionnaire” de Danny Boyle (Pathé distributions).

A lire aussi : “Slumdog Millionaire”, le film qui va gagner des millions

La critique la plus dure (Stephanie Lamome dans Premiere)
La critique la plus gentille (Emmanuèle Frois dans Le Figaroscope)

3 commentaires sélectionnés

Portrait de mhelbert

De mhelbert

prof | 23H51 | 19/01/2009 | Permalien

de savoir si Slumdog Millionnaire est un film rejouissant ou indecent, ce ne'st pas uniquelement en le regardant qu'on va decide ce qui est indecent

ce qui est indecent ce n'est pas de montrer la misere noire, la segregation et l'idee que de pouvoir s'en sortir est un leurre

ce qui peut etre indecent c'est ce que le telespectateur en tire de ce film

Est-ce que a la sortie du film on se sent mieux car on a fiat notre devoir pendant quelques heures de non seulement aller voir un film, mais un film qui parle de la misere. Notre experience s'arrte la et dans ce cas c'est du voyeurisme. On s'est divestit sur la misere des autres

ou alors, de ce film ressort une analyse intellectuelle nous permettant de conclure encore une fois que les pauvres en general ont quasiment aucune solution pour sortir de la pauvrete exangue dfans laquelle ils vivent et ce bien parce que le systeme mondial actuel considerent que certain doivent payer pour la richesse des autres, du fait de sa limitations.

et dans ce dernier cas, aller voir le film n'est pas indecent, mais bien un element du processus de notre reflexion intellectuelle

Portrait de Chris152

De Chris152

Enseignant | 07H34 | 20/01/2009 | Permalien

Je trouve que ce film est l'image de notre monde. Indécent. A tout point de vue. En cela il est intéressant et à voir.

Portrait de deecurl

De deecurl

| 08H53 | 20/01/2009 | Permalien

pour ma part j'aurai aimé revenir à une analyse plus simple. au lieu de se demander tout de suite quelle est la bonne attitude à adopter vis-à-vis de ce film, quels sentiments fait-il naître en nous ? ensuite, on peut les analyser.

pour ma part, j'ai trouvé l'histoire convaincante et passionnante, la description de la vie des gamins des bidonvilles est un crève-coeur.

oui, je me suis divertie, car il ne s'agit pas d'un documentaire mais d'un film, et si triste et si glauque que puisse être le sujet, on raconte une histoire. et mieux vaut aimer les histoires, sinon autant aller voir un documentaire. on peut faire une belle histoire dans un cadre de misère…

et aussi, oui, j'ai réfléchi. pas tellement sur les gamins des rues qui vivent sur une décharge, je pense qu'on a pas besoin de Danny Boyle pour le savoir et à mon avis ce n'est pas le sujet.

pour moi c'est la suspiscion systématique qui pèse sur celui qui est parti de rien et qui réussit… on parle d'un jeu télévisé en Inde, mais ici en France c'est un peu pareil - j'ai immédiatement pensé aux belles bagnoles immatriculées 93…l'argent de la drogue, n'est-ce pas ! -.
on ne laisse pas toujours sa chance à qui voudrait faire ses preuves, en préjugeant qu'il n'y arrivera pas : des conseillers d'orientation interrogés avouaient ne pas parler sciemment des prépas lorsqu'ils intervenaient dans les ZEP…« c'est trop dur pour eux »

si faire un film sur la misère est indécent, faire un film sur la richesse aussi…faire un film sur la maladie, la vieillesse, n'est-ce pas aussi du pathos inutile ?
sur quoi peut-on faire un film alors… ?

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